Langues chamito-sémitiques

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Langues chamito-sémitiques
(ou afro-asiatiques)
Région Afrique du Nord, Sahara, Corne de l'Afrique, Moyen-Orient
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-2 afa
ISO 639-5 afa
IETF afa
Carte
Répartition des langues chamito-sémitiques (en jaune) parmi les langues africaines.
Répartition des langues chamito-sémitiques (en jaune) parmi les langues africaines.

Les langues chamito-sémitiques — appelées de façon plus descriptive langues afro-asiatiques[1] — sont une famille de langues parlées au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, au Sahara, au Sahel et dans la Corne de l'Afrique[2].

Ces quelque 350 langues sont parlées actuellement par environ 410 millions de personnes[3]. En voir la liste dans cet autre article.

Classification interne[modifier | modifier le code]

Les langues chamito-sémitiques sont réparties généralement en cinq ou six branches :

Typologie linguistique[modifier | modifier le code]

Propriétés communes[modifier | modifier le code]

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Des propriétés communes des langues chamito-sémitiques sont :

Vocabulaire commun[modifier | modifier le code]

Les deux dictionnaires étymologiques publiés, l'un par Christopher Ehret, l'autre par Vladimir Orel et Olga Stolbova, ne coïncident pas. Sur quelque deux mille radicaux chamito-sémitiques postulés, voici les quelque trente qui réunissent un fragile consensus des chercheurs :

Répartition des branches de la famille chamito-sémitique.
Quelques reconstruction d'étymons chamito-sémitiques
Forme Sens Branches concernées
1 *ʔab père sémitique, berbère, tchadique, couchitique
2 *(ʔa-)bVr taureau sémitique, égyptien, tchadique, couchitique
3 *(ʔa-)dVm rouge, sang sémitique, berbère, tchadique, couchitique
4 *(ʔa-)dVm terre sémitique, tchadique
5 *ʔa-pay- bouche sémitique, couchitique
6 *ʔigar/ *ḳʷar- enclos, maison sémitique, berbère, tchadique couchitique
7 *ʔil- œil berbère, tchadique, couchitique
8 *sim- nom sémitique, berbère, tchadique
9 *ʕayn- œil sémitique, égyptien
10 *baʔ- aller sémitique, tchadique, couchitique
11 *bar- fils sémitique, berbère, tchadique
12 *gamm- barbe sémitique, tchadique, couchitique
13 *gVn(Vn)- menton sémitique, tchadique
14 *gʷarʕ- gorge sémitique, tchadique, couchitique
15 *gʷinaʕ- main tchadique, couchitique
16 *kVn- épouse sémitique, berbère, tchadique
17 *kʷaly reins sémitique, tchadique, couchitique, omotique
18 *ḳa(wa)l-/ *qʷar- dire, appeler sémitique, tchadique
19 *ḳas- os berbère, égyptien, tchadique
20 *lib- cœur sémitique, tchadique, couchitique
21 *lis- langue sémitique, berbère, tchadique
22 *ma quoi ? sémitique, égyptien, berbère, tchadique, etc.
23 *maʔ- eau sémitique, égyptien, tchadique
24 *mawVt- mourir sémitique, berbère, égyptien, tchadique
25 *sin- dents sémitique, berbère, tchadique
26 *siwan- savoir berbère, égyptien, tchadique
27 *inn- je, nous sémitique, égyptien, berbère, couchitique
28 *-k- tu sémitique, berbère, tchadique, couchitique
29 *zwr- semer, grains sémitique, couchitique
30 *ŝVr racine sémitique, tchadique

Les pronoms seuls se retrouvent dans une majorité de langues chamito-sémitiques, et ont permis de postuler l'unité de cette famille linguistique, très ancienne, 10 000 ans d'après Diakonoff et Ehret.

Théories sur l'origine de l'« afro-asiatique »[modifier | modifier le code]

Certains linguistes proposent ce regroupement des langues afro-asiatiques.

Le classement typologique des langues est à distinguer de leur classement génétique [pourquoi ?] [4]. Or depuis quelques années les recherches sur le modèle chamito-sémitique se diversifient, notamment en direction de la linguistique historique, avec des auteurs comme Lionel Bender[5] et Christopher Ehret[6].

Selon Christoper Ehret, l'origine de l'ensemble des langues afro-asiatiques se situe dans les collines bordant les côtes de la mer Rouge, dans l'actuel Soudan à une date plus ancienne que 15 000 ans BP.

Certains auteurs comme Gabor Takacs[7] ou Alain Anselin[8] soutiennent l'idée d'une origine purement africaine de l'afro-asiatique. Ces auteurs conçoivent l'« afro-asiatique » comme étant essentiellement un « macro-phylum » africain, avec des ramifications asiatiques, précisément des langues sémitiques d’Asie[9]. Ainsi, selon Anselin[10] :

« Tout se passerait comme si les nouveaux locuteurs d'une langue « africaine au départ » avaient conservé partie de leur vocabulaire d'origine, et triconsonnantisé systématiquement bien au-delà de ses propres tendances (cf. C. Ehret, 1989), le lexique africain lui-même. Des exemples classiques ne manquent pas : couchitique : *kVr-, tchadique : *kVl-, chien, sémitique : k-l-b ; couchitique : *k'Vc-, tchadique : *gVs-, petit, sémitique : q-t-n, etc. »

D'autres auteurs, tel le linguiste somalien Mohamed Diriye Abdullahi (en), vont jusqu'à remettre en cause l'appellation même de « afro-asiatique » ou « afrasien » :

« D'une manière ou d'une autre, des sémites ont émigré depuis les bords de la Mer Rouge et ont exporté un langage africain vers l'Asie, où ils rencontrèrent des populations asiatiques […] C'est la seule façon logique de prendre en compte la présence d'une branche [sémitique] africaine entourée de langues non sémitiques. [...] Il serait cohérent de remplacer le terme de famille afro-asiatique par quelque chose comme famille éthiopienne ou famille éthio-chadique [11] »

Ces thèses restent cependant très marginales, et ne sont que très peu reprises par les autres spécialistes, tel Colin Renfrew, qui considèrent que l'afro-asiatique est originaire du Proche-Orient et serait arrivé avec les migrations du Néolithique et la diffusion de l'agriculture et de l'élevage[12]. Les linguistes russes, Alexander Militarev and Viktor Aleksandrovich Shnirelman considèrent que les premiers locuteurs du Proto-Afro-Asiatique étaient les Natoufiens du Levant[13].

Génétique[modifier | modifier le code]

De nos jours la génétique des populations est devenue un outil de premier plan pour comprendre les migrations et les mélanges de populations du passé, et aide ainsi à mieux comprendre la répartition des langues dans le Monde.

Selon une étude de Hodgson et al 2014 portant sur l'ADN autosomal de nombreuses populations d'Afrique, du Moyen-Orient et d'Europe, les langues afro-asiatiques ont probablement été diffusées à travers l'Afrique et le Proche-Orient par une population ancestrale porteuse d'une composante génétique non-africaine nouvellement identifiée, que les chercheurs ont nommé « Ethio - Somali ». Ce composant « Ethio - Somali » se retrouve aujourd'hui principalement parmi les populations de langue afro-asiatiques de la Corne de l'Afrique. Ce composant est proche du composant génétique non-africain que l'on retrouve chez les Maghrébins, et que l'on pense a divergé de toutes les autres ascendances non africaines il y a au moins 23 000 ans. Sur cette base, les chercheurs suggèrent que cette population d'origine « Ethio - Somali » est sans doute arrivée du Proche-Orient, durant la période pré-agricole, en Afrique du nord-est via la péninsule du Sinaï. Cette population s'est alors divisée en deux branches, avec un groupe qui s'est dirigé vers l'ouest, vers le Maghreb et l'autre vers le sud dans la Corne de l'Afrique[14].

D’après une étude de génétique des populations publiée en 2015[15] sur le premier génome séquencé d'un squelette de chasseur-cueilleur ancien d'Afrique subsaharienne, datant de 2500 ans av J.C., il a été possible de mettre en évidence que tous les Africains subsahariens modernes sont légèrement mélangés avec une population d'origine eurasienne, qui était étroitement apparentée à la population actuelle de la Sardaigne et aux anciens agriculteurs du Néolithique européen qui étaient eux-mêmes issus d'une ancienne population du Proche-Orient. En Afrique subsaharienne, cette part d'ascendance eurasienne est bien plus importante chez les populations parlant actuellement des langues afro-asiatiques, notamment de la Corne de l'Afrique et des plateaux éthiopiens. Par la suite, en février 2016, les auteurs de l'étude ont publié un erratum concernant leur étude. À la suite d'une erreur bio-informatique, l'influx de gènes eurasiens en Afrique a été surestimé. Il y a bien eu une importante migration en Afrique de l'Est en provenance d'Eurasie. Cependant elle s'étend beaucoup moins ailleurs en Afrique. Ainsi les Yoruba et les Mbuti ne présentent pas plus de gènes eurasiens que l'ancien Éthiopien de la grotte Mota[16].

Une étude de Lazaridis et al publiée en juin 2016 a montré que la population à l'origine de ces gènes eurasiens en Afrique de l'Est étaient des fermiers néolithiques issus du sud du Levant[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le nom « afro-asiatique » est utilisé [Où ?], tandis que la dénomination traditionnelle « chamito-sémitique » est toujours utilisée en France et en Europe. Cf à ce propos les remarques de David Cohen dans : A. Lonnet & A. Mettouchi, « Entretien avec David Cohen », dans les Langues chamito-sémitiques (afro-asiatiques) vol. 2, Paris, Ophrys, 2006, p. 9-26.
  2. Joseph Greenberg, The Languages of Africa, Bloomington, Indiana University, 1963[réf. incomplète]
  3. http://www.ethnologue.com/statistics/family
  4. Jacques Leclerc, « L'origine des langues » (consulté le 18 janvier 2009)
  5. Lionel M. Bender, Omotic : a New Afroasiatic Language Family, Museum Series, 3, Carbondale, 1975
  6. Christopher Ehret, Reconstructing Proto-Afroasiatic (Proto-Afrasian): Vowels, Tone, Consonants, and Vocabulary, University of California Press, 1995.
  7. Gabor Takacs, Selected new Egypto-Afrasian correspondences from the field of anatomical terminology, in Papers from the 8th Italian Meeting of Afroasiatic Linguistics, Naples, 1995
  8. Alain Anselin, L'Oreille et la Cuisse — Essais sur l'invention de l'écriture hyérogliphique égyptienne, éd. Tyanaba, 1999
  9. Actes du Colloque de Frankfort, mai 2001 : « Afroasiatic as an African family languages »
  10. Les noms des parties du corps en égyptien ancien, essai de grammaire culturelle, in Cahiers Caribéens d'Egyptologie, n° 3/4, éd. Tyanaba, 2002, p. 252
  11. « Semites emigrated from the Africa side of the Red Sea anyway and exported an African language to Asia where they met Asians […] This is only logical way to account for the presence of an African branch in a place where it is surrounded by unrelated languages. […] It would make sens to change the name of the [afroasiatic] group to something like Ethiopic or Ethio-Chadic. » Propos rapportés par Alain Anselin dans CCdE n° 3/4, 2002, pp. 252-253.
  12. Colin Renfrew, « Language families and the spread of farming » in The origins and spread of agriculture and pastoralism in Eurasia, London, UCL Press, 1996, pp.70-92
  13. Peter S. Bellwood, Colin Renfrew, McDonald Institute for Archaeological Research, Examining the Farming/language Dispersal Hypothesis, McDonald Institute for Archaeological Research, University of Cambridge, 2002, p.136
  14. (en) Jason A. Hodgson, Connie J. Mulligan, Ali Al-Meeri et Ryan L. Raaum, « Early Back-to-Africa Migration into the Horn of Africa », PLoS Genetics,‎ (DOI 10.1371/journal.pgen.1004393, lire en ligne)
  15. Ancient Ethiopian genome reveals extensive Eurasian admixture throughout the African continent, M. Gallego Llorente, E. R. Jones, A. Eriksson, V. Siska, K. W. Arthur, J. W. Arthur, M. C. Curtis, J. T. Stock, M. Coltorti, P. Pieruccini, S. Stretton, F. Brock, T. Higham, Y. Park, M. Hofreiter, D. G. Bradley, J. Bhak, R. Pinhasi, A. Manica, 8 octobre 2015, revue Science, http://www.sciencemag.org/content/early/2015/10/07/science.aad2879
  16. Erratum for the Report Ancient Ethiopian genome reveals extensive Eurasian admixture in Eastern Africa, Science. 2016 Feb 19;351(6275). pii: aaf3945. doi: 10.1126/science.aaf3945.
  17. Lazaridis et al. 2016, The genetic structure of the world's first farmers, doi: http://dx.doi.org/10.1101/059311

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Roger Blench, « The languages of Africa : macrophyla proposals and implications for archeological interpretation », dans Roger Blench et Matthew Spring, Archeology and Language IV, Londres, Routledge, (lire en ligne)
  • Salim Chaker, Linguistique berbère, étude de syntaxe et de diachronie, Louvain,
  • Marcel Cohen, Essai comparatif sur le vocabulaire et la phonétique du chamito-sémitique, Paris, éd. Champion,
  • David Cohen, Dictionnaire des racines sémitiques ou attestées dans les langues sémitiques, Paris, éd. Mouton,
  • (en) Christopher Ehret, Reconstructing Proto-Afroasiatic (Proto-Afrasian): Vowels, Tone, Consonants, and Vocabulary, Berkeley, Los Angeles, University of California Press,
  • (en) Joseph Greenberg, The Languages of Africa, Bloomington ; La Haye, Indiana University ; Mouton,
  • (en) Bernd Heine, The Sam Languages, a history of rindille, Boni, and Somali in Afroasiatic Linguistics,
  • (en) Alan Henderson Gardiner, Egyptian Grammar, Oxford,
  • (en) Robert Hetzron, The Semitic Languages, Routledge,
  • (en) Vladimir E. Orel et Olga V. Stolbova, Hamito-semitic etymological dictionary: materials for reconstruction, Leiden, (ISBN 90-04-10051-2)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]