Famille Lépine (orgue)

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La famille Lépine, originaire d'Abbeville en Picardie, s'installe dans le sud-ouest de la France au début du XVIIIe siècle[1]. Elle compte plusieurs organiers dont le plus célèbre est le fils aîné, Jean-François[1]:


François Picard de Lespine (Abbeville 12 octobre 1681 - Toulouse 27 octobre 1761), le père[modifier | modifier le code]

Avec son frère Adrian il apprend la facture d'orgues en Hollande, lors de l'exil de sa famille, de confession protestante, après la Révocation de l'édit de Nantes[2]. Après leur apprentissage et au bout de quelques années, face au manque de travail, les deux frères abjurent au profit du catholicisme pour pouvoir rentrer en France et gagner le sud-ouest où ils s'installent d'abord à Bordeaux dont ils restaurent en 1711 l'orgue de la cathédrale Saint-André; en 1712 ils construisent l'orgue de l'abbaye de Saint-Sever, et en 1724 restaurent celui de Saint-Jean-Baptiste à Saint-Jean-de-Luz. Les deux frères se séparent vers 1727, date à laquelle François se fixe à Toulouse où il se voit confier la construction de l'orgue des Cordeliers à l'origine d'un long procès (jusqu'en 1747) qui faillit ruiner sa réputation sans l'intervention de Dom Bédos de Celles mais le ruina financièrement. Néanmoins François restaure en 1728 l'orgue de la cathédrale Notre-Dame de Rodez et épouse le 8 avril 1730, à Toulouse en l'église Saint-Sernin, Jeanne Bonnet dont il aura trois enfants: Marie (30/04/1731), Jean-François, et Adrien dont le parrain sera son oncle Adrian qui, en 1735, avait regagné Abbeville après avoir restauré l'orgue de Saint-Michel de Bordeaux en 1732[3]. Dès 1750 François ne travaille plus lui-même mais sert de caution à son fils Jean-François non encore majeur légalement (pas avant 25 ans). Il décède le 27 octobre 1761, 3 ans après avoir cédé ses locaux toulousains à un autre futur grand organier du sud-ouest Jean-Baptiste Micot père.

Jean-François Picard L'Épine (Toulouse 19 juillet 1732 - Pézenas 30 juillet 1817)[modifier | modifier le code]

Premier fils de François, il travaille avec lui dès 1747 au relevage de l'orgue de la cathédrale Sainte-Cécile d'Albi construit par Christophe Moucherel en 1736, ainsi qu'à la cathédrale Notre-Dame de Rodez en 1749. On le retrouve ensuite, toujours pour le compte de son père, à :

C'est lors de la construction de l'orgue de la cathédrale de Clermont que Jean-François, déléguant le chantier à André Guillain Dupont, fait, en 1753 un voyage de perfectionnement, d'abord à Paris où il rencontre très probablement, entre autres facteurs, Louis-Alexandre Clicquot en train d'édifier l'orgue de l'église Saint-Roch de Paris (dont l'orgue de la Collégiale Saint-Jean de Pézenas est le frère jumeau); puis en Suisse où il visite l'instrument d'André Silbermann à Bâle et enfin en Allemagne. À son retour il tentera, apparemment sans succès, d'établir une relation épistolaire avec Jean-André Silbermann[4]. Quittant son père, il s'installe en 1754 à Pézenas (Hérault) où il construit son chef-d'œuvre de maîtrise pour la collégiale Sain-Jean de 1757 à 1759, date à laquelle il s'y marie avec Gabrielle Panier, fille d'un riche marchand drapier. De là, il rayonnera dans tout le Languedoc et ses environs:

Fin 1782, son dernier grand chantier semble être la reconstruction dans le superbe buffet de Charles Boisselin de l'orgue de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste d'Alès et, mis à part quelques travaux d'entretiens sur des instruments voisins de Pézenas (réparations à la cathédrale d'Agde en 1783 notamment), il met un terme à son activité de constructeur d'orgues pour se consacrer principalement au négoce de draps de Claude Panier, son beau-père, qu'il avait repris dès 1771 (il est depuis 1781 représentant de la corporation des marchands-tailleurs de Pézenas). En 1795 il est élu Président du Conseil Municipal et décède la même année que son épouse en 1817[6].

Jean-François L'Épine fut un des plus grands facteurs méridionaux du XVIIIe siècle[7], et selon Dom Bédos, dans une lettre adressée le 6 mai 1771 à Adrien L'Épine, inquiet de la cabale montée contre son frère par le sieur Labadie : «En un mot tout ce que j'ai vu (de lui) m'a donné la plus grande idée de l'habileté de votre frère, que je regarde comme un des plus savants et des plus grands facteurs que je connaisse et dont j'ai entendu parler. C'est un témoignage que je lui dois.»

Adrien Picard L'Épine (Toulouse 15 juillet 1735 - 1780?)[modifier | modifier le code]

Paris, St Médard

Deuxième fils de François, arrivé à Paris en 1758, épouse en 1768 Marie-Catherine Clicquot, sœur du célèbre François-Henri Clicquot, et travaille sur Paris et ses environs. Il ne connaît pas la carrière éblouissante de son aîné mais notamment restaure en 1767 l'orgue de la cathédrale Saint-Étienne d'Auxerre (disparu) ainsi que celui de Nogent-sur-Seine (PHOTO) auquel il ajoute un positif dorsal (aidé de Joseph Isnard venu se perfectionner chez lui); travaille à la chapelle St Louis de l'École Militaire à Paris en 1772, à Brie-Comte-Robert en 1773, à La Chapelle-près-St Denis en 1777, et à Paris, St Médard en 1778.


Tous doivent énormément à Dom Bédos de Celles, surtout Jean-François dont il fut le mentor.


Bien qu'ils signent leur nom: "L'Épine", l'usage a établi l'orthographe courante: "Lépine".

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Dictionnaire de la musique : sous la direction de Marc Vignal, Larousse, , 1516 p. (ISBN 978-2-0358-6059-0), p. 796
  2. Jean-Louis Bergnes, Jean-François L'Épine, facteur d'orgues languedocien, Société de Musicologie du Languedoc, Béziers, 1983, p. 15
  3. Jean-Louis Bergnes, Jean-François L'Épine, facteur d'orgues languedocien, Société de Musicologie du Languedoc, Béziers, 1983, p. 16
  4. Jean-Louis Bergnes, Jean-François L'Épine, facteur d'orgues languedocien, Société de Musicologie du Languedoc, Béziers, 1983, p. 17
  5. Jean-Louis Bergnes, Jean-François L'Épine, facteur d'orgues languedocien, Société de Musicologie du Languedoc, Béziers, 1983, p. 20
  6. Jean-Louis Bergnes, Jean-François L'Épine, facteur d'orgues languedocien, Société de Musicologie du Languedoc, Béziers, 1983, p. 23
  7. Jean-Louis Bergnes, Jean-François L'Épine, facteur d'orgues languedocien, Société de Musicologie du Languedoc, Béziers, 1983, p. 9

Liens internes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Jean-Louis Bergnes, Jean-François l'Épine, facteur d'orgues languedocien, Société de Musicologie du Languedoc, Béziers 1983
  • Norbert Dufourcq, Le Livre de l'Orgue Français, tome III, la Facture, 2e partie, Picard, (ISBN 2-7084-0031-2)
  • Félix Raugel, Recherches sur les maîtres de l'ancienne facture française d'orgues, p. 894-899, 944-948, 1029-1040, La Vie et les arts liturgiques, 1918-1919 (lire en ligne)