Abbaye de Saint-Papoul

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Abbaye de Saint-Papoul
Image illustrative de l’article Abbaye de Saint-Papoul
Présentation
Culte Catholique
Type
Rattachement Diocèse de Carcassonne et Narbonne
Début de la construction XIIe siècle
Style dominant architecture romane
Protection Logo monument historique Classé MH (1846)
Logo monument historique Inscrit MH (2007)
Site web Abbaye-cathédrale de Saint-Papoul
Géographie
Pays France
Région Occitanie
Département Aude
Ville Saint-Papoul
Coordonnées 43° 19′ 56″ nord, 2° 02′ 12″ est
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Abbaye de Saint-Papoul

L'abbaye de Saint-Papoul est une ancienne abbaye bénédictine située à Saint-Papoul dans le département de l'Aude, à quelques kilomètres de Castelnaudary et de Carcassonne. De 1317 jusqu'à la Révolution française, l'abbaye est le siège du diocèse de Saint-Papoul et l'église abbatiale devient cathédrale. Aujourd'hui, c'est l'un des 22 sites du Pays cathare.

L'abbaye fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis 1846, ainsi qu'une inscription en 2007[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Saint Papoul[modifier | modifier le code]

Buste reliquaire de saint Papoul en bois doré du XVIIIe siècle. Le saint porte dans sa main sa calotte cranienne rappelant son martyre.

La tradition fait de saint Papoul[2] un disciple de saint Sernin venu évangéliser le Lauragais. Cependant, saint Saturnin a vécu au IIIe siècle et saint Papoul est un ermite du Ve ou VIe siècle. Ce n'est qu'au XIe siècle que les cultes de deux saints ont été associés.

Une autre tradition fait de saint Papoul un disciple de saint Pierre alors évêque d'Antioche et qu'il a été envoyé en Gaule avec saint Saturnin pour évangéliser la région de Toulouse. Il existait à 3,5 km au sud-est de Payra-sur-l'Hers le castrum d'Antioche, connu aujourd'hui sous le nom de La Tour[3]. Il existait alors une grande forêt portant le nom d'Antioche, nom peut-être rapporté par les Croisés. À l'époque de saint Papoul un ermitage dédié à saint Pierre se trouvait dans cette forêt. Cette version de la vie de saint Papoul est celle donnée par un moine du Bec, Flavius Anselmus, rédigée au XIIIe siècle, d'après les Bollandistes[4]. Cette vie de saint Papoul a dû être rédigée après la découverte du corps de saint Papoul et de trois des premiers successeurs de saint Saturnin, en 1265. L'évêque de Lodève Bernard Gui a repris le texte de la vita Sancti Papulus dans son Speculum Sanctorale rédigé en 1329.

Dans sa critique de la vie de saint Papoul, l'abbé Duchesne a écrit : « En somme saint Papoul est de ceux dont le culte est ancien et l'histoire effacée ».

Le récit du martyre de saint Papoul mentionne, qu'attaché à un arbre, battu, agenouillé et mains jointes, au lieu-dit « L'Ermitage », le sommet de son crane a été tranché d'un coup de glaive. Selon la légende, il s'est baissé et a ramassé le haut de son crâne. À cet endroit jaillit une source. Une chapelle avait été construite à l'emplacement de sa décapitation, dans le vallon des Arnouls, à 8 km de Castelnaudary, à 3 m de Saint-Papoul. Elle a été détruite à la Révolution et reconstruite en 1821 et a été le but d'une procession annuelle. Certaines sources indiquent que le corps du saint avait été déposé dans la basilique Saint-Sernin et la tête était restée à Saint-Papoul avant d'être translatée à Toulouse à une date inconnue.

Saint Papoul est fêté le [5].

Abbaye de Saint-Papoul[modifier | modifier le code]

La tradition fait établir l'abbaye au VIIIe siècle par les ermites qui se trouvaient près la chapelle et se seraient déplacés sur le lieu actuel. Elle est déjà assez importante quand elle est citée dans le capitulaire du de l'empereur Louis le Pieux plaçant l'abbaye parmi les abbayes de troisième classe ne devant que des prières pour la prospérité de l'empereur et le bonheur de l'État[6].

L'abbaye réapparaît au concile de Toulouse, en 1068, avec son abbé, Raimond Ier, cité de nouveau à l'élection de l'abbé de Sorèze, en 1071. Le moine saint Bérenger y vécut au XIe siècle. Il mourut la nuit de l'Ascension, le et sa tombe devint par la suite un lieu de pèlerinage. On n'a pas d'informations sur les bâtiments de cette époque.

L'abbaye est citée en 1119 dans une bulle du pape Calixte II parmi les possessions de l'abbaye d'Alet avec l'abbaye de Saint-Polycarpe et l'abbaye de Saint-Paul-de-Fenouillet. On ne connaît pas les raisons, ni la durée de ce rattachement[7].

Il n'y a pas de mention de l'abbaye avant 1205 et l'abbé Guillaume II. En 1209, l'abbaye est suffisamment riche pour acheter la seigneurie de Villespy. En , l'abbé de Moissac confie à l'abbé de Saint-Papoul la gestion de l'abbaye de Saint-Pierre de Camprodon qui est en lutte pour retrouver son autonomie. Quand l'abbé Bernard de Milhau est venu pour prendre le contrôle de la gestion de l'abbaye, l'évêque de Gérone s'y est opposé et a excommunié l'abbé. En 1254, l'abbé octroie des droits aux habitants du village pour en assurer le développement.

Pendant la croisade des albigeois, l'abbaye joue un rôle mineur. Jourdain de Roquefort, seigneur cathare, est inhumé dans le cloître. La même année, l'abbé de Saint-Papoul acquiert la seigneurie de Saint-Papoul de cette famille. En 1241, l'abbaye est prise par une cinquantaine de cathares venus délivrer deux Bons Hommes.

Les éléments romans de l'abbatiale, la tour-porche et la plus grande partie du chœur, l'abside et l'absidiole nord, datent de la fin du XIIe siècle ou du début du XIIIe siècle, contemporains du maître de Cabestany qui a sculpté les chapiteaux et les modillons du chevet[8]. Certains modillons ont disparu quand des fenêtres hautes ont été percées au-dessus des fenêtres romanes. Vers 1971, des modillons ont été retrouvés au sud du chevet, cachés par la toiture de l'absidiole sud[9]. Au cours de la restauration de 1923 a été mise au jour la toiture du chevet roman formée de dalles de pierres montrant des imbrications tronconiques. On peut voir à la liaison du chevet avec la nef de curieux chapiteaux d'aspect archaïque, peut-être les vestiges d'une église plus ancienne.

Le cloître est caractéristique du gothique languedocien du début du XIVe siècle. Il a dû remplacer un cloître plus ancien comme semble le montrer les pierres funéraires des abbés Olric et Géraud II et une épitaphe datée de 1227.

La liste des abbés de Saint-Papoul donnée dans Histoire générale du Languedoc est incomplète :

  • Guillaume I, cité dans un manuscrit de l'évêque Pierre Soybert,
  • Raimond I, participe au concile de Toulouse, en 1068, et à l'élection de l'abbé de Sorèze, en 1071,
  • Géraud I,
  • Olric ou Ulric, décédé dans la seconde moitié du XIIe siècle, cité par Pierre Soybert,
  • Guillaume II, souscrit à une donation faite à l'abbaye de Lagrasse, en 1205,
  • Pierre de Saint-Germain, abbé en 1209,
  • Bernard I de Milhau, abbé en 1230, assiste à l'élection de l'abbé d'Alet, en 1234,
  • Raimond II de Altinhaco, cité en 1244 et 1249,
  • Géraud II, abbé en 1250, mort en ,
  • Bernard II de La Tour, cité en 1284, 1290, 1299 et 1309. Il a été nommé le premier évêque de Saint-Papoul, le . Il meurt le de la même année.

Évêché de Saint-Papoul[modifier | modifier le code]

Le , le pape Jean XXII a érigé l'évêché de Saint-Papoul, et l'église abbatiale en devient la cathédrale. La bulle de délimitation du diocèse est publiée le et mentionne cinquante églises, chapelles, prieuré ou monastères[10],[11]. Les statuts du nouveau chapitre de la cathédrale datent de 1320. Quatre prébendes sont suspendues pendant quatre ans pour financer la construction de nouveaux bâtiments. Le monastère a conservé une grande partie de sa constitution antérieure. Il est dirigé par un prieur-mage, avec douze chanoines à la place des douze moines. Le chapitre n'est sécularisé qu'en 1670.

Trente quatre évêques vont se succéder jusqu'à la Révolution.

L'absidiole sud est agrandie et transformée en chapelle gothique, avec deux travées voûtées d'ogives et un chœur polygonal sous l'épiscopat de Guillaume de Cardailhac (1328-1347) qui a son enfeu contre le mur sud. Le mur nord a reçu le tombeau de l'évêque François de Donadieu (mort en 1626).

En 1361, la cathédrale est pillée par les routiers, en 1412 par les Bourguignons, et en 1595 par les protestants. En 1367, un accord est passé entre l'évêque et les habitants du village pour la construction par ceux-ci d'une seconde fortification en complément du fort constitué par la cathédrale et la tour de l'évêque.

L'évêque Pierre Soybert a fait faire des travaux de restauration des bâtiments laissés sans entretien et ayant subi un tremblement de terre, entre et .

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l'abbaye connut d'importantes restaurations et le palais épiscopal fut reconstruit. En 1790, la cathédrale entretenait même un petit corps de musique pour le service du culte, formé par un organiste, un chantre qui jouait aussi du serpent et un enfant de chœur[12]. À la Révolution, l'évêché fut supprimé et la cathédrale devint église paroissiale.

Architecture[modifier | modifier le code]

Cloître[modifier | modifier le code]

L'abbaye de Saint-Papoul s'organise autour d'un cloître de facture gothique réalisé entre la fin du XIIIe siècle et le début du XIVe siècle.

Le cloître est composé d'arcades en plein cintre retombant par l'intermédiaire d'un unique tailloir rectangulaire sur des chapiteaux doubles portés par des colonnettes géminées, majoritairement constituées de briques octogonales, empilées et enduites ou non. Le répertoire des chapiteaux est végétal (feuillages) ou animalier (griffons, monstres). Les scènes historiées sont regroupées contre les piliers (Adoration des Mages, Hérode et peut-être le martyre de saint Papoul).

Église abbatiale[modifier | modifier le code]

Au nord du cloître se trouve l'église abbatiale, en grande partie romane (XIIe siècle). L'entrée se faisait primitivement à l'ouest, par un portail en plein cintre aujourd'hui muré. Ce portail s'ouvre sur la tour-porche, édifice massif de huit mètres de côté. La tour-porche a fait l'objet d'une restauration en 2018, durant laquelle le troisième niveau, arasé depuis une période indéterminée, a été reconstruit.

À l'intérieur, la nef unique de quatre travées est surmontée d'une voûte en berceau brisé. Sur le flanc nord s'ouvrent quatre chapelles de dimensions très variables, dédiées à Notre-Dame de la Compassion, Saint Pierre et Saint Paul, Notre-Dame du Rosaire et Saint Jean-Baptiste. Sur le flanc sud se trouve la chapelle Saint-Papoul, qui abrite une statue du saint, portant sa calotte crânienne dans sa main.

Le chœur voûté en cul-de-four possède un décor en trompe-l'œil du début du XVIIIe siècle, de style baroque. Il est séparé de la nef par un baldaquin monumental en bois sculpté, doré et peint. L'absidiole nord est de style roman, celle du sud a été remplacée par une chapelle gothique.[13]

À l'extérieur, le chevet roman possède une toiture originale composée de dalles de pierres taillées en « écailles de poissons ». L'abside et l'absidiole nord sont ornées de chapiteaux et de modillons attribués au fameux maître de Cabestany.

Salle capitulaire[modifier | modifier le code]

La salle capitulaire ou salle du chapitre a été édifiée en même temps que le cloître. Sa voûte en croisée d'ogives porte les armes de l'abbé Bernard de La Tour, dernier abbé et premier évêque de Saint-Papoul (vers 1285 - 1317).

Réfectoire[modifier | modifier le code]

Décor et mobilier[modifier | modifier le code]

L'église abbatiale conserve un mobilier classé au titre des monuments historiques datant pour la plupart du XVIIIe siècle :

  • des stalles et un lutrin,
  • un groupe Vierge de Pitié,
  • un tableau représentant Le Christ en croix entre la sainte Vierge, saint Jean-Baptiste, sainte Madeleine, sainte Catherine et saint Jean, du XVIIe siècle,
  • des bustes-reliquaires,
  • le monument funéraire de François de Donnadieu, évêque de Saint-Papoul, du XVIIe siècle.

Orgue[modifier | modifier le code]

Orgue de tribune.

L'abbatiale possède un orgue placé sur une tribune contre le mur occidental. Il a été installé en 1740, par Pierre de Montbrun. Le contrat a été passé le par le chanoine syndic, G. Bardichon. La réception a été prononcée le [14].

En 1761, le chapitre demande à Jean-François Picard L'Épine une augmentation de l'orgue. Cette transformation impose une modification de la tribune. Ce travail a été confié au sculpteur Guillaume Rastouil, de Saint-Papoul. Il démonte et remonte le buffet en lui donnant plus de hauteur et en ajoutant un positif. Deux contrats ont été passés avec Jean-François Lépine, le et le pour l'agrandissement de la pédale. Le contrat avec Guillaume Rastouil date du .

L'orgue a subi des modifications au XIXe siècle non documentées.

L'orgue a été classé au titre des Monuments Historiques, le pour le buffet, et le pour la partie instrumentale[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Notice no PA00102891, base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. Hippolyte Amédée Hennet de Bernoville a publié en 1863 une Vita Sancti Papuli dans son livre Mélanges concernant l'évêché de Saint Papoul, pages extraites et traduites d'un manuscrit du quinzième siècle (lire en ligne). L'abbé Louis Duchesne dans le Bulletin critique de littérature, d'histoire et de théologie du 1er juillet 1888, p. 244, fait la critique de la légende de saint Papoul donnée dans Acta sanctorum novembris (lire en ligne).
  3. Couleur Lauragais : La chevauchée des Faydits de Montségur à Avignonet en passant par Antioche (1242 - 2005)
  4. « 82. Papulus (S.), saint Papoul, martyr en Lauragais », dans Auguste Molinier, Les Sources de l'Histoire de France, Alphonse Picard & Fils éditeurs, Paris, 1901, I-Époque primitive, mérovingiens et carolingiens, p. 28 (lire en ligne)
  5. Nominis : Saint Papoul, Prêtre martyr (IIIe siècle)
  6. Abbé de Foy, Notice des Diplômes, des chartes et des actes relatifs à l'histoire de France, Imprimerie royale, Paris, 1765, tome 1, p. 318-320 (lire en ligne)
  7. Dictionnaire des églises de France, p. 154.
  8. Le guide du patrimoine. Languedoc Roussillon, p. 512.
  9. Des copies peuvent se voir dans le réfectoire de l'abbaye.
  10. Marie-Claude Marandet, « Les lieux de culte du diocèse de Saint-Papoul à la fin du Moyen Age », dans Archéologie du Midi Médiéval, 1990, tome 8-9, p. 99-120 (lire en ligne)
  11. Abbé Jean-Marie Vidal, « Les origines de la province ecclésiastique de Toulouse (1295-1318) », dans Annales du Midi, 1904, tome 16, p. 21-22(lire en ligne)
  12. « Musique et musiciens d’Église dans le département de l'Aude autour de 1790 », sur Base de données Musefrem (consulté le )
  13. Des panneaux expliquant l'architecture de l'abbaye sont exposés dans le réfectoire
  14. Les Amis de Saint-Papoul : L'Orgue de l'église de Saint-Papoul
  15. « Orgue de tribune », notice no PM11002385, base Palissy, ministère français de la Culture

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Dans l'ordre chronologique de parution :

  • « Église de Saint-Papoul », dans Claude Devic, Joseph Vaissète, Ernest Roschach, Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives, Édouard Privat libraire-éditeur, Toulouse, 1872, p. 444-446 (lire en ligne)
  • « L'église et le cloître de Saint-Papoul », dans Léon Clos, Notice historique sur Castelnaudary et le Lauragais, Édouard Privat éditeur, Toulouse, 1880, p. 81-84 (lire en ligne)
  • Ch. Boyer, « De Carcassonne à Saint-Papoul par l'Abbaye de Villelongue. (Excursion du ) », dans Bulletin de la Société d'études scientifiques de l'Aude, 1928, tome 32, p. 179-184 (lire en ligne)
  • Roger Hyvert, « Saint-Papoul », dans Dictionnaire des Églises de France, Robert Laffont, Paris, 1966, tome IIC, Cévennes-Languedoc-Roussillon, p. 154-155
  • Jacques Lugand, Jean Nougaret, Robert Saint-Jean, Languedoc roman, Zodiaque (collection la nuit des temps no 43), La Pierre-qui-Vire, 1985, p. 45-46, 360, planche 145 à 148
  • Jacques Bousquet, « Saint-Papoul », dans Congrès archéologique de France. 131e session. Pays de l'Aude. 1973, Société française d'archéologie, Paris, 1973, p. 437-457
  • Geneviève Durand, « Saint-Papoul », dans sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos, Le guide du patrimoine. Languedoc Roussillon, Hachette, Paris, 1996, p. 512-515, (ISBN 978-2-01-242333-6)
  • Marie-Béatrice Jeanjean, L'abbaye de Saint-Papoul. Guide du voyageur, Centre d'archéologie médiévale du Languedoc, Carcassonne, 2008 (ISBN 978-2-9504321-8-6)
  • Marie-Béatrice Jeanjean, Découverte de deux sculptures romanes dans le style du « Maître de Cabestany», dans Archéologie du Midi Médiéval, 2009, tome 27, p. 268-272 (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]