Henri de Bournazel

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Henry de Bournazel)
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bournazel.
Henri de Bournazel
Carte dédicacée par Henri de Bournazel (n.d.)
Carte dédicacée par Henri de Bournazel (n.d.)

Surnom L'Homme Rouge
Naissance
Limoges, Drapeau de la France France
Décès (à 35 ans)
Djebel Saghro, Flag of Morocco.svg Protectorat du Maroc
Mort au combat
Années de service 1916-1933
Conflits Première Guerre mondiale
Pacification du Maroc

Henri de Bournazel[1] (ou Henri, comte de Lespinasse de Bournazel, dit l'Homme Rouge), militaire français né à Limoges le , mort le dans les montagnes du djebel Saghro, région berbère du sud du Maroc, lors des guerres de pacification du Maroc. Il fit l'objet dans les années 1930 à 1950 d'un véritable culte patriotique, devenant pour certains le modèle du jeune officier.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né le 21 février 1898, à Limoges dans une famille de militaires, le jeune Henri de Bournazel est très vite séduit par le métier des armes, et ressent des désirs d'évasion, particulièrement auprès d'un oncle, officier d'infanterie coloniale qui lui ouvre des visions de pays exotiques.

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

La Première Guerre mondiale éclate alors qu'il n'a que seize ans, frustré de ne pouvoir s'engager à son âge, il se jette dans les études (lycée privé Sainte-Geneviève) et prépare assidûment l'école militaire de Saint-Cyr. Lorsque son père, colonel, part avec son unité, le 1er régiment de chasseurs d'Afrique, vers le front d'Orient en janvier 1916, il lui arrache l'autorisation de s'engager pour le 4e régiment de hussards à Brissac-Quincé (près d'Angers).

La vie en casernement, à l'arrière, est loin de lui apporter toutes les joies qu'il attendait. Son âge lui interdit de monter au front, jusqu'en juin 1917 où son régiment emmène le jeune brigadier dans la région de Reims. Toujours volontaire pour les patrouilles de reconnaissance, il découvre enfin la « vie rêvée », avant d'aller se ressourcer quelques jours au château de Bournazel, à Seilhac (Corrèze), lieu idyllique de son enfance, puis d'entrer à Saint-Cyr. Malgré les attraits de la vie d'école, il n'a qu'un désir : aller au combat.

En mars 1918, promu au grade d’aspirant, il retrouve enfin la « vie rêvée », au 4e hussards qui fait bientôt mouvement vers la zone de Château-Thierry. Mais, atteint de la grippe espagnole, il passe quelques semaines de convalescence au château de ses pères, avant de rejoindre le front en septembre restant jusqu'à l'armistice à l'extrême pointe du combat, obtenant brillamment la croix de guerre pour une action audacieuse le 10 novembre, et faisant encore trois prisonniers le matin du 11 novembre.

La vie en garnison dans la zone allemande occupée fait retomber son enthousiasme. Puisqu'on se bat au Maroc, il parvient à obtenir, en même temps que le grade de lieutenant, son affectation à la disposition du général en chef commandant les troupes françaises au Maroc et il embarque le 20 juin 1921 sur le Volubilis.

Le Maroc[modifier | modifier le code]

Depuis la mise en place du Protectorat en 1912, le maréchal Lyautey y est résident général. Bien que l'armée française soit très présente dans le pays, de nombreux mouvements de résistance se lèvent dans tout le Maroc et s'opposent à la « pax francesa », particulièrement dans les régions montagneuses du Rif, et de l’Atlas. Henri de Bournazel rencontre le maréchal Lyautey à Casablanca et obtient en janvier 1922 une affectation au 8e spahis algériens à El Arba-Tahala, qu'il rejoint après avoir visité Rabat, Meknès et Fès. Il commence son acclimatation à la vie marocaine en assurant avec son escadron la protection des convois dans les défilés rocheux. C'est alors que le commandement décide de réduire la « poche de Taza » déjà entreprise l'année précédente, dans le Moyen Atlas autour du village de Skoura, fief de la rébellion.

Henri de Bournazel, muté au 22e spahis marocains, basé à Médiouna, près de Casablanca, va pouvoir enfin participer aux engagements, insistant pour prolonger son séjour au Maroc.

El Mers[modifier | modifier le code]

Le repaire des tribus guerrières des Marmoucha et Aït Seghouchen se tient dans le massif du Tichchoukt qui culmine à 2 800 mètres, et la position de Skoura est verrouillée au sud par le village d'El Mers qui commande l'accès par le col de Tigoulmamine.

Au mois de mai 1923 sous le commandement du général Poeymirau - « le père Poey » - l’encerclement du massif est entrepris, et de sévères accrochages se succèdent montrant l’opiniâtreté des guerriers tribaux adverses.

À l’extrême pointe de l'avant garde, le peloton d’Henri de Bournazel va connaître le 20 mai le véritable contact avec l'ennemi ; pour la conquête de l’éperon de Bou Arfa - au sud du massif du Tichchoukt - la bataille va durer toute la journée à travers des taillis épais ; la confusion s’accroît avec un brouillard intense qui couvre bientôt la région. Les Berbères chargent au poignard, et les troupes françaises se dégagent à la baïonnette. De cette journée, « Henri de Bournazel a eu sa part de baroud. Déchaîné, grisé, riant d’un grand rire heureux, il a chargé à la tête de ses hommes en chantant - ce qui deviendra pour lui une sorte d’habitude ».

Les pertes ont été sévères de part et d'autre ; et dès le 9 juin une seconde phase se met en marche pour prendre pied sur le plateau de Bou-Khamouj qui domine et défend El Mers : nouvelle journée de combats très durs dans un terrain difficile et très boisé. « Ici, encore Henri de Bournazel a été de la fête ! Pas un instant, il n'a quitté l'extrême pointe avancée ; il la mène à sa façon qui bientôt va devenir célèbre dans toute la troupe : avec un entrain débordant, exultant d'une joie puissante, gouaillant, riant, chantant, vêtu de pourpre, téméraire et élégant, impeccable et débridé tout ensemble. Adoré de ses hommes et admiré de ses compagnons, il est en train de créer chez eux la mystique du chic et de la bravoure de Bournazel ».

Enfin, troisième temps de la campagne, il faut emporter El Mers, où l'ennemi s'est replié en force. Dès l'aube du 24 juin, le groupement se met en marche avec à sa tête en éclairage l'escadron Bastien, dont l'élément le plus avancé est le peloton du lieutenant Henri de Bournazel ; à huit heures, le « père Poey », arrivé sur les lieux, donne l'ordre de poursuivre la progression.

À peine remis en route, l'escadron Bastien est violemment pris à partie ; de toutes parts, les Berbères surgissent des champs d'orge ; engageant le combat à l'arme blanche. Bientôt, le lieutenant Berger est tué et le capitaine Bastien grièvement blessé.

Henri de Bournazel prend alors le commandement de l'escadron et la direction du combat, et malgré une blessure légère à la tête, qui lui couvre le visage de sang, il entraîne ses hommes derrière lui, et dans un assaut final poursuit l'ennemi qui recule. Il atteint le premier le sommet qui domine El Mers en entonnant un air de fox-trot à la mode : « The love need », rapporte son camarade, le lieutenant Durosoy, qui, arrivant sur la crête, le hurle en réplique.

Et le soir, dans la ville conquise, sous la guitoune du prince Aage du Danemark, commandant d’une des compagnies de Légion, les jeunes officiers encore enfiévrés par cette journée tumultueuse se réunissent autour d’un banjo, pour célébrer la victoire.

Déjà lors des combats précédents, l’adversaire remarquait ce cavalier en tunique rouge toujours en tête de ses troupes ; mais à El Mers commença de se forger la légende de son invulnérabilité, de sa baraka qui écarte les projectiles et dans les années qui suivent, il va conserver, à la tête de ses goums, cette tenue rouge, qui aux yeux de tous le fera reconnaître comme : « Bou vesta hamra ».

Désormais Henri de Bournazel est définitivement conquis par le Maroc ; après un repos de six mois en France, il embarque à nouveau sur le Volubilis pour répondre à l’appel du « baroud », cette fois-ci dans la région du Riff, où le célèbre Abdelkrim El Khattabi rassemble les résistants.

C'est dans les goums qu'il va servir, en tenue d'officier spahi. Certains de ses compagnons affirment alors que « sa tunique est enchantée » en raison de sa chance au combat. Il connaît des heures exaltantes, mais aussi la trahison de certains partisans. Pourtant son expression favorite reste en toutes occasions : « La vie est belle ! »

Après son mariage en octobre 1927 avec Irnis Lahens (1904-1987), il passe quelques années en France, est promu capitaine, mais ne résiste pas à l'appel du Maroc lorsque des opérations sont décidées dans la région du Tafilalet, repaire de dissidents, à la fin de l'année 1931.

Une fois le Tafilalet conquis et pacifié, Henri de Bournazel en est nommé administrateur, et se révèle aussi remarquable dans la gestion et l'aménagement que dans le combat.

Mais l'occupation du territoire par le makhzen et les troupes françaises n'est pas totale dans le Sud marocain et une dernière opération d'envergure se prépare pour prendre d'assaut le djebel Saghro (dans l'Anti-Atlas). C'est là que résident les derniers groupes de résistants de la tribu Aït Atta menés par le cheikh Assou Oubasslam.

Les opérations commencent le 13 février 1933. Le 21, Henri de Bournazel entraîne ses hommes à la conquête d'un piton rocheux « La Chapelle ». Le 28 février, obéissant à l'ordre du général Giraud de recouvrir d'une djellaba sa tunique rouge, il monte à l'assaut de Bou Gafer et tombe, blessé une première fois, rassemble ses hommes, repart à la charge, mais est atteint à nouveau. Il meurt de ses blessures, le 28 février 1933, en plein djebel Saghro.

Hommages[modifier | modifier le code]

La réputation héroïque du capitaine de Bournazel est telle en France qu'elle est même utilisée sous forme parodique mais en forme d'hommage dans un roman de Maurice Leblanc, mettant en scène les aventures d'Arsène Lupin, l'un des derniers romans de la série des 23 volumes composant la saga Lupin : Les Dents du tigre, paru en 1921 chez l'éditeur Pierre Lafitte. Leblanc attribue dans ce roman à Arsène Lupin, engagé sous un faux nom dans la Légion étrangère, un fait d'arme authentique d'Henry de Bournazel qui, un jour, durant la révolte d'Abd El Krim dans le Rif, au Maroc, chargea à l'aube avec une nonchalance affectée, les mains dans les poches et la cigarette à la bouche, révélant son courage, un camp de redoutables cavaliers berbères endormis, traversant tout le camp sous les yeux stupéfaits des guerriers berbères, admiratifs et respectueux. Ces excellents tireurs firent feu sur l'intrus sans le toucher, ce qui, avec cet acte d'un courage inouï fit beaucoup pour entretenir parmi les rebelles, et à leur suite le Maroc puis la France entière, la légende d'invincibilité de « l'Homme à la veste rouge ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Né Henri Marie Just de Lespinasse de Bournazel (« Cote LH/1616/26 », base Léonore, ministère français de la Culture).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henry Bordeaux, Henry de Bournazel, Le Cavalier Rouge ou L’Epopée marocaine, Henri de Bournazel, Paris, Plon, 1935 et 1941.
  • Paluel-Marmont, Bournazel, l’homme rouge, Paris, Denoël (collection La Fleur de France, Les grands capitaines n°8), 1942.
  • Albert Réche, Bournazel, le cavalier rouge, Paris, Edition des loisirs (collection L’Ame de la France), 1943 (réédité 1946).
  • Jean d'Esme, Bournazel, l'Homme Rouge, 1952.
  • Maurice Grolleau, Trois héros de France : un fidèle, Charles d’Artagnan, un ange victorieux, Hélène Boucher, un chef, Henri de Bournazel, Saïgon, L. Feuillet, sans date.
  • Germaine de Bournazel, Le cavalier Rouge, édition France Empire 1971
  • Claude et Maurice Capez, Bournazel, collection « Vie et symbole », n° 9, éditions les Flots bleus, 1956

Liens externes[modifier | modifier le code]