Harry Wu

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Harry Wu
Description de cette image, également commentée ci-après

Harry Wu en 2011.

Nom de naissance chinois simplifié : 吴弘达 ; chinois traditionnel : 吳弘達 ; pinyin : Wú Hóngdá
Naissance
Shanghai, Chine
Décès (à 79 ans)
Honduras
Nationalité Chinois jusqu'en 1994 puis naturalisé américain
Pays de résidence Chine (1937-1985) puis États-Unis (1985-2016)
Activité principale
création et directeur de la Fondation pour la recherche sur le laogaï(1992)
Autres activités
création du Laogai Museum (2008)
Formation
étudiant en géologie
Distinctions
Prix Liberté de la Fédération Hongroise Activistes pour la Liberté (1991)
Prix Martin Ennals pour les Droits Humains de la Fondation Suisse Martin Ennals (1994)
Geuzenpenning (en), médaille de la Liberté de la Fondation néerlandaise pour la Résistance de la Seconde Guerre Mondiale (1996)
Conjoint
Ching Lee
Harry Wu and His Holiness the Dalai Lama
Harry Wu fait visiter le Laogai Museum de la Laogai Research Foundation au dalaï-lama en octobre 2009.
Harry Wu se joint aux Tibétains le 10 décembre 2012, journée internationale des droits de l'homme.

Harry Wu (de son nom chinois Wu Hongda), né le à Shanghai et mort le au Honduras, est un dissident et ancien prisonnier chinois ayant passé dix-neuf ans dans le laogaï de 1960 à 1979.

Il gagne les États-Unis en 1985 et y fonde en 1992 la Laogai Research Foundation dont il est le directeur. Auteur de plusieurs livres, il crée aussi le musée du laogaï à Washington et dénonce les violations des droits de l'Homme en Chine comme le prélèvement forcé d'organes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Alors qu'il est encore étudiant, Harry Wu est incarcéré le dans un camp du laogaï, à cause de ses « origines bourgeoises » et pour avoir critiqué l’invasion de la Hongrie lors de l'insurrection de Budapest par l’Union soviétique, alors alliée de la Chine[1]. Les membres de sa famille et ses amis sont contraints à le dénoncer comme « contre-révolutionnaire ». Sa mère, qui a refusé de le faire, se suicide[2].

À la suite des bouleversements politiques consécutifs à la mort de Mao Zedong en 1976, il est libéré en 1979, au bout de dix-neuf ans enfermé dans 12 camps différents. Il obtient ensuite un poste d'enseignant à l'université de géoscience à Pékin. Ayant reçu de l'université de Berkeley en Californie une proposition à y travailler comme chercheur invité, il quitte la Chine pour les États-Unis en 1985[3]. Pour gagner sa vie, il travaille la nuit dans un magasin de beignets[4] à San Francisco.

Cependant, les camps le hantent, et en 1991 il décide de retourner en Chine afin de filmer clandestinement la réalité des camps de travaux forcés du régime communiste chinois[3].

En 1992, il fonde, avec le Français Jean Pasqualini, la Laogai Research Foundation à Washington DC[5], avec le soutien de la NED[6],[7]. Wu a rencontré à Paris celui qui fut Prisonnier de Mao entre 1957 et 1964 : « nous nous sommes questionnés, auscultés, abordant des points de détails si infimes que seul un ancien prisonnier de camp pouvait vraiment être au courant »[1]. Harry Wu compare le laogaï au goulag soviétique et aux camps de concentration nazis, il estime que le système contrentionnaire chinois a conduit au décès de millions de prisonniers politiques et d'intellectuels[pertinence contestée]. Il a même, avec succès, fait campagne pour présenter le terme laogaï dans l'Oxford English Dictionary[4].

Harry Wu est naturalisé américain en 1994[4]. Il prend à nouveau le risque de retourner en Chine en 1995, mais cette fois-ci il est arrêté à la frontière chinoise, gardé en détention pendant soixante-six jours, condamné pour espionnage à quinze ans de camp, pour être finalement expulsé à la suite des pressions américaines[8],[9], les autorités américaines menaçant du boycott d'une conférence de l'ONU à Pékin par Hillary Clinton[4],[10].

En novembre 2008, il inaugure, à Washington, le musée du laogaï, « afin de commémorer la mémoire des milliers de victimes de ces camps et d’éduquer le public sur les atrocités commises par le régime communiste chinois »[11]. Le musée présente l'histoire et la structure du système pénitentiaire chinois au moyen de photographies, de documents officiels et d'uniformes de détenus provenant des archives personnelles de Harry Wu ou de dons d'anciens détenus[12].

En 2012, avec la Fondation pour la recherche sur le laogaï, il organise une conférence sur les laogaï au Tibet, à laquelle Ghang Lhamo et d'autres anciens prisonniers tibétains participent[13].

Il a aussi défendu d'autres prisonniers et dissidents politiques dénoncés par Pékin, dont le 14e dalaï-lama et le lauréat du prix Nobel de la paix de 2010 Liu Xiaobo, purgeant une peine de prison en Chine pour avoir préconisé des réformes politiques[14] (selon la justice chinoise, pour incitation à la subversion de l'État).

Honneurs[modifier | modifier le code]

Harry Wu a reçu diverses distinctions : en 1991 le prix Liberté de la Fédération hongroise des défenseurs de la liberté, en 1994 le Prix Martin Ennals pour les droits humains de la Fondation Suisse Martin Ennals, en 1996 la Geuzenpenning (en), médaille de la Liberté de la Fondation néerlandaise pour la Résistance de la Seconde Guerre mondiale. La même année, il a été fait docteur honoris causa de l'université de Saint-Louis et de l'université américaine de Paris.

Points de vue[modifier | modifier le code]

Estimations du nombre de détenus[modifier | modifier le code]

En 1997, Harry Wu estime à 50 millions le nombre de prisonniers internés dans le laogaï depuis 1949, date de la prise du pouvoir par le Parti communiste chinois. Il affirme que 6 à 8 millions de prisonniers sont enfermés en 1997, dont 10 % de prisonniers politiques[1]. Ces chiffres sont récusés par des experts du ministère américain des Affaires étrangères au motif que « Wu se fondait sur des données obsolètes et des suppositions injustifées »[15] ; pour 1995, le chiffre est estimé à 1,5 millions de détenus par l'universitaire James D. Seymour[16].

Pour sa part, le sinologue Jean-Luc Domenach, dans son ouvrage Chine : L'archipel oublié, avance qu'en 1952, le nombre de prisonniers serait de 10 millions. Entre 1966 et 1968, les désordres de la révolution culturelle ont vraisemblablement conduit à une diminution du nombre de Chinois enfermés. Mais entre les années 1968 et 1971 avec les « répressions politique» et l'augmentation de la criminalité, le nombre de prisonniers est estimé à 11 millions d'individus vers 1971-1972. Puis commence un lent processus de régression et en 1976-1977 le nombre de prisonniers est estimé à 10 millions. Puis entre 1985 et 1988, le nombre de prisonniers serait de l'ordre de 4 à 5,7 millions non compris «les victimes d'internements illégaux» [17]).

Les chiffres officiels, cités par James D. Seymour, sont de 10 millions de détenus entre 1949 et 1995, 5,92 millions (prison + rééducation par le travail) entre 1979 et 1998 et 3,84 millions entre 1983 et 1995, chiffres qu'il trouve peu crédibles[18].

Prélèvement d'organes sur des prisonniers chinois[modifier | modifier le code]

Des enquêtes et des rapports attestent l'existence de prélèvements forcés d'organes en Chine. Selon l'hebdomadaire protestant Réforme, dans les années 1990, les autorités chinoises récupèrent les organes sur les prisonniers des laogaï afin de les transplanter sur des membres du Parti communiste chinois ou sur de riches étrangers[19],[20],[11].

En 2000, dans son ouvrage Danse pas avec la Chine, Harry Wu affirme que le trafic d’organes en Chine permet à l’Armée populaire de libération de trouver des financements. Il affirme que les prisonniers sont tués d'une balle dans la tête afin de préserver les organes[21].

Allégations de prélèvements d'organes sur des pratiquants du Falun Gong[modifier | modifier le code]

À la suite de la publication, en mars 2006, par Epoch Times, journal lié au Falun Gong, d’un article alléguant l’existence d’un camp de concentration et de prélèvement d'organes à vif d’adhérents du Falun Gong à l'hôpital de Sujiatun, à Shenyang, dans le Liaoning[22], Harry Wu fait parvenir à divers parlementaires et journalistes américains ce qu'il pense de la situation : tout d'abord, d'après les résultats d'une enquête effectuée sur place, le camp de concentration de Sujiatun et ses 6 000 détenus n'existent pas. Ensuite, si depuis plus de 20 ans les organes de condamnés à mort exécutés sont prélevés en Chine, des prélèvements à vif à l'échelle de 4 500 sont impossibles et infaisables. Enfin, le vol d'organes de membres du Falun Gong n'est absolument pas crédible[23]. Selon AsiaNews (en), Harry Wu remet en question la prétendue recrudescence de transplantations et de ventes d'organes qu'auraient subie les membres du Falun Gong. Il estime que les affirmations de traitement comparable à celui des victimes du camp d'Auschwitz mises en avant par le Falun Gong risquent d'être considérées comme de la « propagande politique ». Quoi qu'il en soit, à son avis, « le gouvernement communiste chinois est un mauvais régime qui commet de nombreuses atrocités, dont la persécution du Falun Gong »[24].

Expositions de corps de Chinois[modifier | modifier le code]

Il est convaincu que des corps présentés lors de l’exposition Bodies: The Exhibition sont ceux de condamnés à mort chinois, et parvient à la faire interdire dans certains États américains[25].

Prédictions de l'effondrement du régime communiste chinois[modifier | modifier le code]

En 2001, Harry Wu, interrogé par le journaliste Anthony C. Lobaido pour le compte de WorldNetDaily.com, prédit que « ce qui s'est produit à Moscou se produira bientôt à Pékin ». Selon lui, « le système communiste est en train de s'effondrer »[26]. En 2013, il déclarait lors d'une interview sur CNN être sûr que le système communiste s'effondrerait en Chine[27].

Lectures critiques[modifier | modifier le code]

Le sinologue Jean-Luc Domenach indique que l'ouvrage Bitter Winds (Vents amers : un mémoire d'Harry Wu de sa période dans les camps), paru en 1994, « constitue une excellente synthèse sur le travail forcé en Chine en particulier dans les années 80 »[28].

Alain Peyrefitte, auteur de Quand la Chine s'éveillera… le monde tremblera en 1973, indique avoir lu avec émotion Le Laogaï et Vents amers (préface de Danielle Mitterrand), par contre il a moins apprécié Retour au laogaï[29].

Décès[modifier | modifier le code]

Harry Wu est mort à l'âge de 79 ans au Honduras où il séjournait chez des amis. Il laisse derrière lui son épouse, Ching Lee, et leur fils, Harrison Lee Wu qui vit en Virginie[30].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Le goulag chinois (Dagorno, 1966)
  • Vents amers (Bleu de Chine, 1994)
  • Retour au laogai (Belfond, 1996) (va de son arrestation de 1995 à sa libération)
  • Danse pas avec la Chine[31] (Indigène, 2000), (ISBN 2-911939-22-0)
  • (en) Bitter Winds (1994), un mémoire de sa période dans les camps.
  • (en) Troublemaker (1996), un rapport des voyages clandestins de Wu en Chine et de sa détention en 1995.
  • (en) Thunderstorm in the Night (2003), premier livre de Wu en chinois (autobiographie).

Notes et références[modifier | modifier le code]

    Annexes[modifier | modifier le code]

    Sur les autres projets Wikimedia :

    Bibliographie[modifier | modifier le code]

    • (en) New Ghosts, Old Ghosts, Prisons and Labor Reform Camps in China (1999), James Seymour, Richard Anderson
    • (en) Nine Lives: Making the Impossible Possible (2009), New Internationalist Publications, qui raconte les histoires de Wu & 8 autres personnes qui, (en) « "operating outside the normal channels, have made the world a better"

    (en) « I was sentenced to life in a Chinese labour camp. This is my story », The Independent, {{Article}} : paramètre « année » ou « date » manquant (lire en ligne) . Peter Braaksma (éditeur).

    • (en) The Sunflower (1998), Simon Wiesenthal, Hary James Cargas (éditeur), Bonny V. Fetterman (éditeur)
    • (en) China's Growth and Productivity Performance Debate Revisited - Accounting for China’s Sources of Growth with a New Data Set, The Conference Board (en), février 2014
    • (en) Laogai: The Chinese Gulag (1992), le premier rapport complet sur le système des camps de travail chinois.

    Articles connexes[modifier | modifier le code]

    Liens externes[modifier | modifier le code]