Gyroplane Breguet-Richet

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Le Breguet-Richet no 1 (1907)

Le gyroplane est un aéronef expérimental à voilure tournante, ancêtre de l'hélicoptère avec des ailes flexibles. Il est conçu en 1907 par Louis Charles Breguet avec l'aide de son frère cadet Jacques, polytechnicien, et avec le soutien financier de son parrain, le professeur Charles Richet, savant physiologiste mais aussi un des pionniers de l'aviation en France, ayant conçu un aéroplane dès 1896[1],[2].

Conception[modifier | modifier le code]

Numéro 1[modifier | modifier le code]

Le Gyroplane Breguet-Richet no 1, construit en 1907, est décrit par Louis Breguet qui conçoit le premier quadrirotor de l'histoire. Il s'inspire non des projets de Léonard de Vinci mais de Jules Verne, qui évoque cette technique dans le roman de science-fiction Robur le Conquérant. Il fait l'objet du brevet no 375606, déposé le [1]. Son dessin est publié le dans le numéro 1804 de la revue La Nature[3].

Au printemps 1907, Louis Breguet passe de la conception théorique à la réalisation pratique, et fabrique dans l'usine familiale de Douai cet appareil à voilures tournantes propulsé par un moteur à explosion Levavasseur V8 Antoinette de 45 ch pesant 170 kg. L'appareil était équipé de quatre hélices bipennes (appelées « gyroptères ») de 8,05 m de diamètre. Ainsi l’appareil disposait de 32 éléments de sustentation (4 × 8), d'une superficie totale de 26 m2. Afin de compenser l'effet de couple, les deux paires de rotors opposés tournent en sens inverses. Avec le moteur et le pilote, l'énorme engin pèse 580 kg.

L’appareil fait ses premiers essais en mai et juin 1907. Le , un premier envol à 60 cm de hauteur est réussi dans la cour de l'usine Breguet, selon le témoignage de Jean Boulet, l’un des quatre assistants qui tenaient le gyroplane[4], celui-ci n'ayant aucun moyen de contrôle excepté la manette des gaz du moteur[1].

D'autres essais ont lieu les 7 et 17 septembre. Enfin le l'appareil décolle de 1,50 m avec à son bord l'ingénieur Maurice Volumard[5]. L'un des câbles raidissant la structure casse, entraînant le basculement de l'un des « gyroptères » et sa rupture. Considérant que ce premier prototype a démontré ce qu'on attendait de lui - la possibilité de décoller - Louis Breguet décide de ne pas le réparer et de passer à l'étape suivante : une machine décollant verticalement et pouvant être contrôlée dans toutes les directions[3]. Cette grande première mondiale fait l'objet d'une communication immédiate à l'Académie des sciences le [3].

Numéro 2[modifier | modifier le code]

En 1908, Louis Breguet construit le Gyroplane Breguet-Richet no 2 dont la silhouette se rapproche davantage de celle des aéroplanes de l'époque. C'est un grand biplan avec un fuselage classique et un poste de pilotage à l'avant. Les voilures tournantes gyroptères de 8 mètres de diamètre sont installées entre le plan supérieur et le plan inférieur des ailes fixes, de part et d'autre du fuselage. Elles sont toujours biplan mais ne comportent plus que seize éléments de sustentation (4 × 2). L'appareil comporte à l'arrière une structure en tubes qui supporte les empennages, avec une surface horizontale et une importante gouverne de direction. Le moteur Levavasseur est récupéré du prototype no 1[6].

Les essais ont lieu à proximité de l'usine Breguet, sur le terrain de La Brayelle devenu Champ d'aviation de la Brayelle. Les tentatives de décollage, débutant en juin 1908, ne sont guère couronnées de succès, se limitant à des glissades sur quelques mètres de distance. L'expérience se termine le lorsque l'appareil est endommagé lors d'un atterrissage brutal dans un champ de betteraves. Toutefois il a démontré la possibilité de générer une translation horizontale, avec des gyroptères inclinés d'une douzaine de degrés vers l'avant[6].

Numéro 2bis[modifier | modifier le code]

Louis Breguet met à profit l'hiver 1908 pour concevoir et construire une nouveau gyroplane qu'il baptise « no 2 bis ». Il récupère l'avant du fuselage du no 2 accidenté, ainsi que le moteur Levavasseur. Le principe des propulseurs obliques est conservé, mais l'angle d'inclinaison de leur axe est porté à 40 degrés. Il ne s'agit plus de gyroptères complexes et fragiles, mais d'hélices à quatre pales métalliques dont le diamètre est ramené à 4,25 m. Cette réduction et le meilleur aérodynamisme des hélices permettent de multiplier par six la vitesse de rotation (environ 600 tr/min) par rapport aux gyroptères. L'architecture générale du 2bis est très différente de celle de son prédécesseur. Construit entièrement en tubes d'acier et en aluminium, il avait deux paires de plans en tandem, implantés à chaque extrémité de la nacelle carénée, avec le poste de pilotage au centre et le moteur à l'arrière. Un complexe treillis de tubes supporte les voilures postérieures et le gouvernail de direction. C'est une machine à mi-chemin entre gyroplane et aéroplane.

Le 2bis est la vedette du Salon de la locomotion aérienne qui se tient en décembre 1908 sous les verrières du Grand Palais à Paris. Ce sera sa seule apparition publique, car le il est broyé sous les débris de son hangar renversé par une bourrasque. Louis Bleriot abandonne ses travaux sur le gyroplane, trop complexe et trop coûteux à réaliser[7] et décide de se tourner vers les aéroplanes. Le professeur Charles Richet retourne à ses travaux en médecine[8].

Dans l'entre-deux-guerres, Louis Breguet reprendra ses travaux, et parviendra à réaliser un véritable hélicoptère, le Breguet Gyroplane Laboratoire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Roland de Narbonne, « Les gyroplanes de Louis Breguet », Le Fana de l'Aviation, no 571,‎ , p. 62
  2. Jean Lemaire, « Charles Richet et l'aviation » [PDF], (voir archive)
  3. a, b et c Roland de Narbonne, « Les gyroplanes de Louis Breguet », Le Fana de l'Aviation, no 571,‎ , p. 63
  4. Jean Boulet, Histoire de l’hélicoptère racontée par ses pionniers 1907–1956, France-Empire, 1991 (ISBN 2-7048-0676-4).
  5. Envols…Les essais de 1907
  6. a et b Roland de Narbonne, « Les gyroplanes de Louis Breguet », Le Fana de l'Aviation, no 571,‎ , p. 64
  7. (en) Kenneth Munson, Helicopters and other Rotorcraft since 1907, Blandford Publishing, Londres, 1968
  8. Roland de Narbonne, « Les gyroplanes de Louis Breguet », Le Fana de l'Aviation, no 571,‎ , p. 65

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Les revues françaises L'Aérophile et L’Aéronautique.
  • Roland de Narbonne, « Les gyroplanes de Louis Breguet », Le Fana de l'Aviation, no 571,‎ , p. 60-69.

Liens externes[modifier | modifier le code]