Gerda Taro

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Gerda Taro
Gerda Taro-Anonymous.jpg
Gerda Taro en juillet 1937.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 26 ans)
El Escorial (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nom de naissance
Gerta PohorylleVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonymes
Gerda Taro
Robert Capa
La Pequeña RubiaVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Père-Lachaise - Division 97 - Taro 03.jpg
Vue de la sépulture.

Gerda Taro, pseudonyme de Gerta Pohorylle, née le à Stuttgart, Allemagne, et morte le à l'Escurial en Espagne, est une photojournaliste allemande connue notamment pour ses reportages sur la guerre d'Espagne.

Compagne du photographe de guerre Robert Capa, elle en a inventé le pseudonyme et a contribué à lancer sa carrière, au détriment de la sienne.

Elle est la première femme photographe de guerre à avoir trouvé la mort lors d'un reportage, pendant la guerre civile espagnole, en 1937, à vingt-six ans.

La découverte tardive de nombreux négatifs donne une dimension nouvelle à son travail, longtemps sous-estimé.

Elle est inhumée à Paris, ville où elle avait trouvé refuge pour échapper au nazisme.

Biographie[modifier | modifier le code]

Née au sein d'une famille modeste de commerçants juifs immigrés de Galicie, Gerta Pohorylle bénéficie d'une éducation bourgeoise et artistique. Sa famille, endettée, déménage à Leipzig vers 1930.

Elle y fait la connaissance d'un étudiant en médecine, Georg Kuritzke, qui lui confirme ses intuitions révolutionnaires. L'arrivée d'Hitler au pouvoir et la répression contre les opposants et les juifs la contraignent à l'exil.

Elle s'installe à Paris fin 1933 avec son amie Ruth Cerf. En ces temps où la France souffre de la Grande Dépression économique mondiale, Gerda ne trouve que des travaux occasionnels de secrétaire, et passe une partie importante de sa vie dans les cafés du quartier du Montparnasse, notamment Le Dôme, où bon nombre d'artistes et d'intellectuels se retrouvent.

Elle y anime le groupe Leipziger Kreis avec Trudel Frank-Fromm, Ruth Cerf et Willi Chardack, groupe qui se réunit au café Capoulade sur le boulevard Saint-Michel, et auquel participent les membres du S.A.P en exil (dont Willy Brandt).

Elle travaille ensuite comme assistante à l'agence Alliance-Photo créée par Maria Eisner, Pierre Verger et Pierre Boucher.

L’« invention » de Robert Capa[modifier | modifier le code]

Robert Capa photographié par Gerda Taro en mai 1937.
Woman training for a Republican militia, Gerda Taro, photo prise sur une plage de Barcelone, août 1936.

Gerda Taro fait la connaissance du photographe d'origine hongroise Endre Ernő Friedmann, avec qui elle travaille et entretient une liaison amoureuse. Leur carrière ne décolle pas vraiment jusqu'au stratagème qui lance la carrière de Friedmann. En effet, elle invente pour lui le personnage du « photographe américain » et lui donne le pseudonyme de Robert Capa. Elle choisit pour elle-même celui de Gerda Taro. Gerda fait avec talent la promotion des clichés de son compagnon auprès des journaux.

1936, première carte de presse[modifier | modifier le code]

Sa première carte de presse date du , délivrée par A.B.C.-Press-Service, une agence de photo d'Amsterdam.

Dès le début de la guerre d'Espagne, Taro et Capa suivent les combats des Brigades internationales aux côtés des combattants républicains, comme photographes de guerre.

Alors qu'ils signent leurs photos de leurs deux noms, Capa y gagne une reconnaissance mondiale tandis que le travail de Taro reste dans l’ombre. Elle décide de le quitter pour couvrir le bombardement de Valence et vendre son travail sous son seul nom[1].

1937, la mort en reportage[modifier | modifier le code]

L'annonce de la mort de Gerda Taro dans la presse française.

Lors des violents combats autour de Madrid, elle est écrasée par un char républicain près de Brunete, et meurt, le lendemain , à l'hôpital de l'Escurial où des amis, le poète Rafael Alberti et son épouse María Teresa León, vont reconnaître le corps.

« Notre reporter photographe Gerda Taro a été tuée près de Brunete où elle avait assisté à la bataille. Un tank républicain tamponna la voiture sur le marchepied de laquelle elle était montée pour quitter le village tombé aux mains des insurgés. »

— Notice nécrologique dans la revue Ce soir

Elle est la première femme[2] reporter photographe tuée dans l'exercice de ses fonctions[3].

Son enterrement au cimetière du Père-Lachaise, le , en présence de milliers de personnes, devient une manifestation antifasciste. Son éloge funèbre est prononcé par Pablo Neruda et Louis Aragon[4]. Sa tombe située près du mur des Fédérés, division 97 du cimetière, est dessinée par le sculpteur Alberto Giacometti à la demande d'Aragon : il l'orne d'une simple vasque et d'un oiseau mythologique, le faucon Horus, symbole de lumière et de résurrection[5].

En septembre 1937, lors de son premier voyage à New York, Robert Capa convainc, avec l'aide de son agent Léon Daniel, les éditions Covici-Friede de publier Death in the Making, un album d'une centaine de photos réalisées en Espagne. Il s'agit de reportages que Gerda Taro et Robert Capa ont effectué ensemble ou séparément entre août 1936 et juillet 1937, pour les hebdomadaires Vu et Regards, ainsi que pour le quotidien Ce Soir dirigé par Louis Aragon. La préface est signée du journaliste du Chicago Tribune Jay Allen, la maquette, du photographe hongrois André Kertész. L'album paraît au début de l'année 1938. Après Gerda, le roman de Pierre-François Moreau publié en 2018 restitue cet épisode de la vie de Robert Capa.

La valise mexicaine[modifier | modifier le code]

En 2007, une valise retrouvée à Mexico, contenant 4 500 négatifs de Gerda Taro, Robert Capa et David Seymour réalisés au cours de la guerre d’Espagne, permet de considérer sous un nouvel angle l'importance du travail de Gerda Taro et sa relation professionnelle avec Robert Capa. En effet, certaines photographies attribuées à Capa seraient en fait l'œuvre de Taro[1].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Irme Schaber, Gerda Taro. Une photographe révolutionnaire dans la guerre d’Espagne, Monaco, Éditions du Rocher, coll. « Anatolia », 2006 (ISBN 2-268-05727-5) ; titre original (de) Gerda Taro Fotoreporterin im spanischen Bürgerkrieg
  • François Maspero, L’Ombre d’une photographe, Gerda Taro, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Fiction et Cie », 2006 (ISBN 2-02-085817-7)
  • Susana Fortes, En attendant Robert Capa, Éditions Héloïse d’Ormesson, 2011, (ISBN 2350871533)
  • Jane Rogoyska, Gerda Taro. Inventing Rober Capa, London, Johnathan Cape, 2013, (ISBN 9780224097130)
  • (en) Ruth Styles, « Dramatic story of 1930s pioneer Gerda Taro, the first female photographer to die in battle, brought to life in new book », Daily Mail,‎ (lire en ligne)

Roman[modifier | modifier le code]

Documentaire[modifier | modifier le code]

  • Sigrid Faltin, Femmes photographes de guerre, 52 minutes, Allemagne, 2014, diffusé sur Arte, juillet 2018. Un portrait de quatre femmes, figures majeures de la photographie de guerre : Alice Schalek, Gerda Taro, Lee Miller, Camille Lepage. [1].

Musique[modifier | modifier le code]

En 2012, le groupe anglais Alt-J sort une chanson intitulée Taro. Elle raconte la mort du photographe Robert Capa, compagnon de Gerda Taro, tué par une mine pendant la guerre d'Indochine.

Hommage[modifier | modifier le code]

Le 1er août 2018, Google a rendu hommage à Gerda Taro sur sa page de recherche, en montrant une image de la photographe souriante et tenant un appareil 24x36, sur fond de négatif noir et blanc, avec la mention : "Il y a 108 ans naissait Gerda Taro"[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Ruth Styles 2013, p. 1
  2. Laurent Gervereau, Histoire du visuel au XXe siècle, Seuil, , p. 154
  3. « Leur amie Gerda Taro, cinéaste et photographe, épouse de Robert Capa, périt, elle, […], sur le front de Brunete. Le troisième voyage espagnol de [Paul] Nizan, cette année-là, fut pour ramener en France le corps de Gerda [Taro]. »Pascal Ory, Nizan destin d’un révolté, édition Complexe, Bruxelles, 2005 (ISBN 2-8048-0029-6), p. 151.
  4. Irme Schaber, Richard Whelan, Kristen Lubben, Gerda Taro=, International Center of Photography, , p. 31.
  5. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents, (ISBN 978-2914611480), p. 740
  6. (en) « Gerda Taro’s 108th Birthday », sur www.google.com (consulté le 1er août 2018)

Liens externes[modifier | modifier le code]