Gérard Chaliand

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Gérard Chaliand
Naissance
Bruxelles
Champs Géostratégie, guérilla, terrorisme
Institutions enseignant à l’ENA (1980-1989), puis à l’École supérieure de guerre (1993-1999), directeur du Centre européen d'étude des conflits
Diplôme Institut national des langues et civilisations orientales et doctorat de sociologie politique.
Renommé pour sa contribution au renouveau d'intérêt à la géopolitique et à la stratégie, notamment dans la publication d'une douzaine d'Atlas (avec J.-P. Rageau), dont le célèbre Atlas stratégique, premier du genre.

Gérard Chaliand, né en 1934 dans la commune d’Etterbeek, région de Bruxelles-Capitale[1], est un universitaire, géostratège et homme de lettres français. Il est spécialiste des relations internationales et stratégiques, des conflits armés et surtout des conflits irréguliers (guérilla, terrorisme).

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation[modifier | modifier le code]

Gérard Chaliand est diplômé de l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO) et soutient en 1975 une thèse de doctorat de 3e cycle en sociologie politique sur les Révolutions dans le Tiers-monde. Mythes et perspectives à l'Université de Paris V sous la direction de Maxime Rodinson[2].

Aux côtés des guérillas[modifier | modifier le code]

Gérard Chaliand prend position dès 1954, après un voyage en Algérie en novembre 1952[1], en faveur de l’indépendance du pays[1].

Gérard Chaliand s'engage auprès des guérillas de décolonisation en tant qu'observateur-participant ; durant plus de vingt ans, il côtoie les combattants d’une quinzaine de maquis[1] sur quatre continents (Afrique, Asie, Amérique latine, Europe de l'Est et Caucase), et notamment en Guinée-Bissau portugaise, aux côtés d'Amílcar Cabral (1964, 1966) avec lequel il noue de véritables liens d'amitié, dans le delta du Fleuve Rouge au Nord-Viêt Nam (1967), dans les provinces de Tolima et Huila en Colombie (1968), avec le Fatah, le FPLP et le FDPLP en Jordanie et au Liban (1969-1970), avec le FPLE en Érythrée (1977), au Kurdistan iranien (1980), et trois fois en Afghanistan (entre 1980 et 1982)[3] ; jusqu'en 2000, il va aussi au Haut-Karabagh, à Sri Lanka, et en Irak. Au total, ses recherches l’ont mené dans une soixantaine de pays[4].

Un analyste[modifier | modifier le code]

En 1983, il lance l'initiative d'un tribunal permanent des peuples sur le génocide arménien qui s'est tenu à la Sorbonne en 1984[5].

En 1990, étudiant la conquête espagnole de l'Amérique, il conteste l'existence d'un génocide amérindien et s'oppose à Tzvetan Todorov dont il considère l'analyse anachronique. Gérard Chaliand estime en effet que «l'intention [de tuer] n'a jamais existé chez les colons désireux d'exploiter une main-d'oeuvre servile», que les conquistadors espagnols du XVIe siècle, «naturellement prosélytes», «sont convaincus d'apporter la vraie foi», et que la conquête «s'est déroulée dans des conditions dont nous savons, avec notre expérience coloniale, qu'elles sont classiques»[6].

Son expérience de la guerre, des mouvements de libération, de la guérilla et du terrorisme, réitérée tout au long de sa vie, lui permet de dégager des théories et systèmes proposant des clés d'analyse du fonctionnement des conflits irréguliers. Ses ouvrages de stratégie ou d'analyse, souvent rédigés en collaboration avec d'autres spécialistes, permettent de cerner la nature particulière de la guérilla, ses caractéristiques principales et les modes d'action partagés par tous les groupes se revendiquant de cette méthode de combat

Gérard Chaliand a notamment inventé la notion de « terrorisme publicitaire », dont l'objectif n'est pas tant de provoquer des dommages physiques ou matériels importants chez les adversaires que de placer sur le devant de la scène la cause au nom de laquelle il est mené, afin de rallier les opinions publiques. Par exemple, l’Armée secrète arménienne de libération de l'Arménie (Asala), qui s'est effondrée lorsqu'elle a abandonné sa stratégie initiale pour des attentats meurtriers et non-ciblés. Cette forme s'oppose aux groupes qui voient le terrorisme comme une méthode de combat visant à détruire l'adversaire ou à provoquer la panique dans les populations concernées.

Depuis 2001, Il a régulièrement suivi, sur le terrain, les conflits en Afghanistan et en Irak[réf. nécessaire].

Un auteur[modifier | modifier le code]

Gérard Chaliand a également publié des œuvres poétiques (La Marche têtue[1],Feu nomade en 1970[1]), théâtrales ou de littérature enfantine : certaines sont de sa plume, d'autres sont des traductions ou des anthologies. Il participe régulièrement aux expéditions du navire « La Boudeuse », avec Patrice Franceschi.

En 2003, il publie un recueil de textes personnels écrits entre 1978 et 2002 (Mémoire de ma mémoire), histoire familiale et collective, sur le poids que représente « non ce [qu'il a] vécu mais ce dont [il a] hérité, l'écho d'un passé, la partie immergée de [son] histoire. L'amont nocturne de [sa] saga […] dont enfant on [lui] a transmis la tragédie et [qu'il a] voulu oublier. » Son père est en effet un rescapé du génocide arménien[1].

Fonctions[modifier | modifier le code]

Il est successivement maître de conférence à l'École nationale d'administration (1980-1989), enseignant à l'École supérieure de guerre, aujourd'hui Collège interarmées de défense (1993-1999) et directeur du Centre européen d'étude des conflits (1997-2000). Il a également été conseiller auprès du Centre d'analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères français (1984-?) et professeur invité dans de nombreuses universités étrangères depuis 1970 (États-Unis : Harvard, Berkeley et UCLA, Japon, Canada, Colombie…).

Publications[modifier | modifier le code]

Études[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Mythes révolutionnaires du Tiers-monde - Guérillas et socialisme, Paris, Seuil, 1976
  • Stratégies de la guérilla, Mazarine, 1979 (2e éd., Gallimard, NRF, 1984), recueil de textes p. 71 à 452
  • L'enjeu africain. Géostratégies des puissances, Paris, Seuil, 1980, 157 p.
  • Terrorisme et guérillas, Flammarion, 1985 (2e éd.: Complexe 1987)
  • Miroirs d'un désastre, la conquête espagnole des Amériques, Plon, 1990 (rééd. : Agora, 1992; éd. de l'Aube, 2004)
  • Anthologie mondiale de la stratégie, Robert Laffont, 1990, 1993, 2001
  • Stratégies de la guérilla suivi de Voyage dans vingt ans de guérillas, Payot, 1994
  • Les bâtisseurs d'histoire, Arléa, 1995
  • Les empires nomades de la Mongolie au Danube. Ve siècle avant Jésus-Christ-XVIe siècle, Paris, Perrin, 1995 (2e éd. revue et corrigée, Perrin-Tempus, 2005, 220 p., ISBN 978-2-262-02421-5)
  • Atlas du nouvel ordre mondial, Robert Laffont, 2003
  • Histoire du terrorisme : de l'Antiquité à Al-Qaïda, Bayard, 2004
  • Guerres et civilisations. De l'Assyrie à l'époque contemporaine, Odile Jacob, 2005
  • Voyage dans quarante ans de guérillas, Lignes de Repères, 2006
  • L'Amérique en guerre. Irak-Afghanistan, Editions du Rocher, 2007
  • Guérillas. Du Vietnam à l'Irak, Hachette Littératures/Pluriel, 2008, ISBN 978-2-01-279387-3
  • Le nouvel art de la guerre, L'Archipel, 2008
  • Les guerres irrégulières, Folio Actuel, 2008
  • L'impasse afghane, Éditions de l'Aube, 2011
  • Le Crime de silence, L'Archipel, 2015

Collaborations[modifier | modifier le code]

  • avec Yves Ternon : 1915, le génocide des Arméniens, Complexe, 1980 (2e édition revue et augmentée en 2006)
  • avec Jean-Pierre Rageau, Atlas stratégique. Géopolitique des rapports de forces dans le monde, cartographie Catherine Petit, Librairie Arthème Fayard, 1983 ISBN 2-7242-2008-0
  • avec Jean-Pierre Rageau, Atlas des diasporas, Odile Jacob, 1991
  • avec Patrice Franceschi et Jean-Claude Guilbert, De l'esprit d'aventure, Arthaud, 2003
  • avec Jean-Pierre Rageau, Géopolitique des empires, Arthaud, 2010
  • avec Michel Jan, Vers un nouvel ordre du monde, Paris, Seuil, 2013

Œuvres littéraires[modifier | modifier le code]

  • La marche têtue suivie de Feu nomade, Éditions de l'Aube, 1996 (poésie)
  • Anthologie de la poésie populaire kurde, Éditions de l'Aube, 1997 (poésie)
  • avec G. Mattei, «Slovik le déserteur» in L'Algérie pour théâtre, éditions de l'Aube, 2003 (théâtre)
  • Mémoire de ma mémoire, Julliard, 2003 (récit) ; Éditions Points, 2015
  • L'aventureux, entretiens avec Thierry Garcin, Éditions de l'Aube, 2010 (ISBN 978-2-8159-0076-8)
  • Mémoires : tome 1. La pointe du couteau, Robert Laffont, 2011

Traductions[modifier | modifier le code]

  • Ernesto Che Guevara, La Guerre de guérilla et autres textes militaires (avec Juliette Minces), La Découverte, 1961, 2002
  • Poésie populaire des Turcs (bilingue), Presses universitaires de Lyon, 1990
  • Kautilya, Arthasastra, traité politique et militaire (avec F. Richard), Le Félin, 1998

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g Catherine Simon, « Arpenteur des guerres », Le Monde, 4 septembre 2009, p 19.
  2. 232 pages, voir sa fiche dans le Sudoc.
  3. Terrorismes et guérillas, p. 17.
  4. Fiche sur Gérard Chaliand] (y compris des interviews) sur le site de l'Association culturelle arménienne de Marne-la-Vallée (ACAM).
  5. Interview de G. Chaliand sur le site de l'ACAM.
  6. G. Chaliand, Miroirs d'un désastre. Chronique de la conquête de l'Amérique, éd. 2004, p. 303-307. Tzvetan Todorov a soutenu la thèse du génocide amérindien dans La Conquête de l'Amérique : La Question de l'autre, Paris, Seuil, 1982, p.170-171.

Lien externe[modifier | modifier le code]