Tissage

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Femme indienne tissant avec un métier à tisser manuel.

Le tissage est un procédé de production de tissu dans laquelle deux ensembles distincts de filés ou fils sont entrelacés à angle droit pour former un tissu. Les autres méthodes sont le tricot, la dentelle et le feutrage. Les fils verticaux sont appelés fils de chaîne et les fils horizontaux sont les fils de trame ou de remplissage. La méthode par laquelle ces fils sont tissés ensemble influe sur les caractéristiques de la toile[1].

Le tissu est généralement tissé sur un métier, un dispositif tient les fils de chaîne en place tandis que les fils de trame sont tissés à travers eux. Une pièce de tissu qui répond à cette définition (des fils de chaîne avec un fil de trame s'insérant entre eux) peut également être effectuée en utilisant d'autres méthodes, y compris le tissage aux tablettes, la rubanerie ou d'autres techniques sans métiers[2].

La façon dont les fils de chaîne et de trame s'entrecroisent les uns avec les autres est appelé l'armure. La majorité des produits tissés sont créés avec l'une des trois armures de base : toile, satin ou sergé[3]. La toile tissée peut être unie (en une seule couleur ou un motif simple), ou peut être tissée avec des motifs décoratifs ou artistiques.

Procédés et terminologie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Métier à tisser.

En général, le tissage implique l'utilisation d'un métier à tisser pour entrelacer deux ensembles de fils perpendiculairement: la chaîne qui s'étend longitudinalement et la trame qui la traverse. Les fils de chaîne sont tendus et parallèles les uns aux autres, généralement sur un métier à tisser. Il existe de nombreux types de métiers à tisser[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

En Mésopotamie, entre le IIIe millénaire et le début du IIe millénaire av. J.-C., une activité artisanale, notamment des ateliers de tissage, est déjà bien attestée. À l'époque de la troisième dynastie d’Ur (entre 2112 et 2004 av. J.-C. environ), on a retrouvé des traces de grandes filatures dont la main-d'œuvre était féminine. L'activité des tisserandes est alors organisée en ateliers dotés d'une hiérarchie stricte (chefs d'équipe, intendants, contrôleurs rendant compte au pouvoir royal). Durant cette époque, la ville de Lagash a pu compter jusqu'à 6400 tisserands[5].

En Grèce antique, le tissage est une activité principalement féminine. Dans la civilisation mycénienne, entre le XVe et le XIIIe siècle av. J.-C., les femmes filent et tissent[6]. Au Ve siècle en Grèce centrale, on trouve dans les maisons des particuliers des métiers à tisser et la céramique attique à figures rouges montre des femmes tissant sur ces métiers[7]. D'après M.-C. Amouretti et F. Ruzé, ce sont « des grands métiers verticaux qui nécessitent de pénibles allées et venues [sous-entendu : pour passer les fils de trame dans les fils de chaîne][7] ». Au IVe siècle av. J.-C., l'historien grec Hérodote remarque, pendant ses voyages en Égypte, que dans ce pays ce sont les hommes qui tissent, tandis qu'en Grèce ce sont les femmes[8]. À Athènes pendant l'époque classique, le tissage est placé sous le patronage de la déesse Athéna. À l'époque hellénistique, dans l'Égypte dirigée par les Lagides, les ateliers de tissage, comme la plupart des domaines artisanaux, font l'objet d'un contrôle partiel de la part de l'État royal qui lève sur eux un impôt[9].

Moyen âge[modifier | modifier le code]

Au Moyen âge, en Europe, la technique du tissage est couramment pratiquée au sein d'une variété croissante de techniques de travail du textile. La production artisanale textile est très développée et intégrée à un commerce avec des pays lointains. Le tissage connaît des améliorations techniques entre le Xe et le XIVe siècle, avec l'apparition du métier à tisser horizontal à marches et du métier à la tire pour les soieries façonnées[10]. Sur un métier à tisser à marches, le mouvement des lisses est entraîné par un jeu de pédales, ce qui accélère beaucoup la production[11].

Époques moderne et contemporaine[modifier | modifier le code]

Métier Jacquard conservé au Musée de la science et de l'industrie à Manchester (Royaume-Uni).

Au XVIIIe siècle, en Europe, les tisserands travaillent sur des métiers à tisser de plus en plus complexes. En France, plusieurs étapes importantes dans l'amélioration du métier à tisser sont marquées par les inventions de Basile Bouchon en 1725, Jean-Baptiste Falcon en 1728 et Jacques Vaucanson en 1740. L’Encyclopédie dirigée Diderot et D'Alembert, qui donne une large place à l'artisanat et aux techniques dans les volumes de textes et les volumes de planches, reflète l'état de l'artisanat du tissage au début de la seconde moitié du XVIIIe siècle[12].

C'est cependant au tout début du XIXe siècle que le domaine du tissage connaît un bouleversement technique décisif avec l'invention du métier Jacquard par Joseph Marie Jacquard à Lyon en 1801. Le métier Jacquard permet d'automatiser entièrement la production de textiles, y compris des motifs complexes, grâce à un système de cartes perforées. L'automatisation de la production met au chômage de nombreux ouvriers, d'où en France la révolte des canuts de 1831.

Tissage à bras[modifier | modifier le code]

Le tissage à bras *
Domaine Savoir-faire
Lieu d'inventaire Bretagne
Morbihan
Peillac
* Descriptif officiel Ministère de la Culture (France)

Le tissage sur métier à tisser manuel (tissage à bras) apparait dans l’Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France. C’est une pratique reconnue notamment dans les métiers d’art. L’Inventaire fait part de la technique de l’Atelier Aux Fils de Larz en Bretagne (Peillac, Morbihan), créé en 1976[13].

Le processus de tissage commence tout d’abord par le choix du tissu. Il peut être de chanvre, soie, lin, laine, coton, cachemire… Il faut le choisir en fonction de la demande, soit une reproduction d’étoffe existante, soit la création d’une nouvelle texture.

Le métier à tisser est ensuite préparé au tissage. Cela commence par l’ourdissage des chaines (préparation des fils de chaine selon un certain ordre et enroulage de ces derniers parallèlement entre eux). C’est ensuite l’étape de l’enfilage. Chaque fil de chaine dans les lisses et ce en fonction de l’armure choisie (mode d’entrecroisement des fils). Il y a trois types d’armure possible : la toile, le sergé et le satin. Les fils qui constitueront la trame (largeur du tissu) sont ensuite enfilés sur des canettes.

Après la préparation du métier, le tissage peut commencer. Le procédé se fera comme tel : les fils de trame croiseront perpendiculairement les fils de chaine et le tout sera resserré par le peigne. Cela forme le tissu, qui est ensuite lavé et repassé.

Importance culturelle et représentations dans les arts[modifier | modifier le code]

Religions et mythologies[modifier | modifier le code]

Le Retour d'Ulysse, tableau de Pinturicchio (1508-1509), National Gallery (Londres).

Dans la mythologie grecque, l'art du tissage apparaît dans plusieurs mythes. L'Athénienne Arachné est si excellente tisseuse qu'elle se prétend meilleure qu'Athéna elle-même, qui la défie. Athéna déchire l'œuvre d'Arachné lors du concours et la métamorphose en araignée. Dans un autre mythe, Procné, enlevée et séquestrée par le roi Térée qui lui coupe la langue pour l'empêcher de révéler ce qu'il lui a fait, parvient à prévenir sa sœur Philomèle en lui adressant un message qu'elle tisse sur un vêtement[14]. Dans l’Odyssée, Pénélope, femme d'Ulysse, est courtisée en l'absence de son mari par de nombreux prétendants, mais elle parvient à gagner du temps en feignant de tisser un suaire pour Laërte, le père d'Ulysse. Chaque jour, elle se montre en train de tisser à son métier, mais, la nuit, à la lueur des torches, elle défait ce qu'elle a fait dans la journée[15]. Les prétendants finissent par découvrir la ruse, mais Ulysse est de retour peu après[16].

L'opération du tissage apparaît fréquemment comme un symbole de la maîtrise des destinées humaines. Les Moires de la mythologie grecque sont trois femmes qui filent, tissent et coupent les fils qui représentent les vies des mortels. Chez les Romains, ce sont les Parques. Zeus, maître des dieux, réfléchit également aux destinées humaines et les agence d'une façon qui est elle aussi comparée à l'art du tissage[17].

Dans la mythologie nordique, les trois Nornes sont également des tisseuses. Leur métier à tisser est évoqué notamment dans la saga de Njáll le Brûlé.

Dans la mythologie germanique et les récits en vieil anglais comme l'épopée Beowulf, les Völva sont des sorcières qui, entre autres, sont qualifiées de « tisseuses de paix », parce que leur magie leur permettrait d'arrêter les armées et plus prosaïquement parce qu'elles sont des femmes mariées qui tissent les liens entre les familles[18].

Contes[modifier | modifier le code]

Dans la légende chinoise antique Le Bouvier et la Tisserande, un jeune homme épouse une femme qui s'avère être l'une des sept tisserandes des nuages.

De nombreux contes mettent en scène diverses opérations liées au travail du tissu, dont l'opération du filage de la laine, qui précède le tissage.

Littérature[modifier | modifier le code]

Le roman de science-fiction Des milliards de tapis de cheveux, de l'écrivain allemand Andreas Eschbach, publié en 1995, imagine un empire galactique dans lequel, par tradition, les hommes tissent des tapis avec les cheveux de leurs épouses ou concubines et les envoient à l'empereur en signe d'allégeance afin qu'il en décore son Palais des étoiles[19].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Collier 1974, p. 92
  2. Dooley 1914
  3. Collier 1974, p. 115
  4. Collier 1974, p. 102
  5. Jean-Claude Margueron, Luc Pfirsch, Le Proche-Orient et l'Égypte antiques, Paris, Hachette, coll. "Supérieur", 5e édition 2012, p. 171.
  6. M.-C. Amouretti, F. Ruzé, Le Monde grec antique, Paris, Hachette, coll. "Supérieur", édition 2003, p. 42.
  7. a et b M.-C. Amouretti, F. Ruzé (2003), p. 179 (et image d'un vase à figures rouges de la fin VIe-début Ve siècle av. J.-C. en page 14).
  8. Hérodote, Enquête, II, 35.
  9. M.-C. Amouretti, F. Ruzé (2003), p. 288.
  10. Dominique Cardon et Sophie Desrosiers, "Textile", dans Claude Gauvard, Alain de Libera et Michel Zink (dir., 2002), p. 1375.
  11. Paul Benoît, "Techniques (Mutation des)", dans Claude Gauvard, Alain de Libera et Michel Zink (dir., 2002), p. 1369.
  12. Encyclopédie, volume 16, p. 353 et suivantes, articles "Tisser", "Tisserand" et "Tisseur". Lire sur Wikisource.
  13. Fiche d’inventaire du « Tissage à bras » au patrimoine culturel immatériel français, sur culturecommunication.gouv.fr (consultée le 21 avril 2015)
  14. Ovide, Métamorphoses, VI, 575–587.
  15. Odyssée, II, 89-110.
  16. Frontisi-Ducroux (2009).
  17. Scheid et Svenbro (2003).
  18. (en)Ellen Amatangelo and Dr. Rick McDonald, [1], "Peace Weavers", Utah Valley University
  19. Fiche du livre Des milliards de tapis de cheveux sur le site NooSFere (consulté le 3 février 2019).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Techniques[modifier | modifier le code]

Histoire et place dans la culture[modifier | modifier le code]

  • M.-C. Amouretti, F. Ruzé, Le Monde grec antique, Paris, Hachette, coll. "Supérieur", édition 2003.
  • Françoise Frontisi-Ducroux, Ouvrages de dames. Ariane, Hélène, Pénélope..., Paris, Seuil, 2009.
  • Claude Gauvard, Alain de Libera et Michel Zink (dir.), Dictionnaire du Moyen âge, Paris, Presses universitaires de France, 2002.
  • Ionna Papadopoulo-Belmehdi, Le Chant de Pénélope. Poétique du tissage féminin dans l'Odyssée, Paris, Belin, coll. « L'Antiquité au présent », 1994, 256 p. (ISBN 270111764X).
  • John Scheid et Jasper Svenbro, Le Métier de Zeus. Mythe du tissage et du tissu dans le monde gréco-romain, Errances, collection « Sciences humaines et sociales », 2003. (ISBN 9782877722414)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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