Ferdinand Marrou

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Ferdinand Marrou
Ferdinand Marrou Portrait.jpg
Witz et Cie, Portrait de Ferdinand Marrou, vers 1874-1884.
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Tombe Ferdinand Marrou Rouen 6.jpg
Sépulture de Ferdinand Marrou au cimetière monumental de Rouen.

Ferdinand Marrou ( à Vaucluse hameau de Montjay (Hautes-Alpes) à Rouen) est un ferronnier français, actif en Normandie de 1870 à 1914. Il est célèbre pour ses nombreuses créations destinées aux monuments historiques rouennais.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance, jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Ferdinand Marrou est le fils de Jean Antoine Victor Aimé (1798-1880) et Rosalie Rougier. Sa mère décède le à l'âge de 35 ans, alors que l'enfant à 7 ans. Cette année-là, Ferdinand Marrou quitte son village pour entrer comme apprenti ferblantier à Serres[1]. Il poursuit sa formation à Gap chez un ferblantier nommé Reynier[1]. C'est à cette époque, vers 1850, que l'adolescent s'initie à la pratique du dessin.

En 1854, il intègre une maison spécialisée dans l'ornementation architecturale à Lyon où il s'initie à la ferronnerie d'art auprès de l'un des ouvriers, Périer. Après trois ans, il part à Paris perfectionner son art : durant huit ans, il travaille pour divers ateliers de ferronnerie et suit des cours de dessin[1].

Installation à Rouen et premiers travaux en Normandie (1863-1885)[modifier | modifier le code]

L'atelier Marrou en 1882, au moment du chantier des clochetons de la cathédrale de Rouen (photo Witz et Cie).

Ses travaux parisiens[2] le font remarquer de François-Alexis Depeaux, négociant à Rouen, qui l'appelle dans cette ville en 1863, et l'aide à s'installer à son compte en 1868[3]. Ferdinand Marrou a alors 32 ans.

Entre 1880 et 1884, Marrou réalise l'ornementation des toitures de l'extension du palais de justice de Rouen. Ici la crête de faitage et les épis d'un pavillon en fer-de-hache[4].

En 1872, il expose son travail à la 23e exposition municipale de Rouen[5].

La prospérité économique de cette ville induit de nombreux travaux de restauration de son patrimoine culturel. Il est l'auteur des clochetons de la cathédrale Notre-Dame de Rouen, du clocher de l'église Saint-Romain et des épis de toiture du Gros-Horloge et de la tour Jeanne-d'Arc à Rouen. Le plus « pharaonique » de ses travaux est la pose de quatre clochetons entourant la flèche de la cathédrale. Les dimensions de l'ouvrage sont exceptionnelles : chaque clocheton a 25 mètres de haut et pèse 27 tonnes dont 7 sont ouvragées.

Son travail est très rapidement reconnu : les architectes les plus réputés de la région (Jacques-Eugène et Eugène Barthélémy, Louis Desmarest, Louis Sauvageot) lui commandent des réalisations pour leurs chantiers[1] ; la Société libre d'émulation du commerce et de l'industrie de la Seine-Inférieure le récompense d'une médaille de vermeil en 1874 et d'une médaille d'or en 1878[1],[6].

Les années de succès (1885-1914)[modifier | modifier le code]

Maison Marrou, rue Verte à Rouen.

Reconnu dans les expositions régionales (Caen en 1883, Rouen en 1884), Ferdinand Marrou présente ses travaux aux expositions nationales et internationales, au cours desquelles il est fréquemment récompensé (Paris en 1878, Amsterdam en 1883, Anvers en 1885). Lors de l'Exposition universelle de 1889, Marrou obtient la médaille d'or pour une fontaine en fer forgé.

Fier de ses succès, il décide de se construire une nouvelle demeure en 1890. Il choisit un emplacement rue Verte, à l'immédiate sortie de la gare de Rouen et fait appel à l'architecte Émile Janet[1] pour les plans et l'élévation, se réservant le dessin des ornements de la façade, des grilles et des balustrades. Véritable démonstration de son savoir-faire et de sa créativité, sa maison lui assure une efficace publicité. En 1902, Ferdinand Marrou dessine la façade de son magasin de vente au 70 rue Saint-Romain. Son atelier était situé 59 rue Saint-Nicolas.

L'atelier périclite avec la Grande Guerre. Âgé de 81 ans, Ferdinand Marrou décède en 1917. Ses obsèques seront l'occasion d'un discours dithyrambique sur l'artiste. Il repose au cimetière monumental de Rouen sous un tombeau qu'il a lui-même conçu.

Implication dans la vie culturelle rouennaise[modifier | modifier le code]

Membre de la Société libre d'émulation de la Seine-Inférieure en 1879 et de la Société industrielle de Rouen en 1884, il est l'un des membres fondateurs de la Société des Amis des Monuments Rouennais en 1886.

Réalisations[modifier | modifier le code]

Techniques, styles et inspirations[modifier | modifier le code]

Anémone en métal, début XXe siècle.

L'œuvre de Ferdinand Marrou est éclectique et puise dans les styles de diverses époques (du XIIIe au XVIIIe siècle). À la fin de sa vie, peut-être sous l'influence de son fils Jean (décédé en 1912), il a également dessiné des ornements dans le goût Art nouveau[1].

Ferdinand Marrou a travaillé le fer, le cuivre, le plomb et le zinc, selon des méthodes traditionnelles : moulage, modelage, assemblage. Ses réalisations sont louées pour leur finesse d'exécution et leur richesse décorative abondante. Le ferronnier appréciait particulièrement les enroulements, les brins torsadés et le décor végétal. Pour réaliser ces motifs végétaux, Ferdinand Marrou peignait à l'aquarelle d'après nature et entretenait un important herbier[1].

Créations architecturales[modifier | modifier le code]

Ferdinand Marrou a exécuté les ferronneries d'art de nombreux monuments rouennais et haut-normands — dans le cadre de restauration ou de construction neuves. Selon la nature des commandes, il est appelé à se conformer aux dessins de l'architecte ou à réaliser lui-même le motif des ornements[1].

La plupart de ses créations monumentales sont conservées et encore visibles.

À Rouen[modifier | modifier le code]

Couvercle avec potence en fer forgé, cuve baptismale dans la tour Saint-Romain.
Ancien magasin de Ferdinand Marrou, rue Saint-Romain.

Ailleurs en Seine-Maritime[modifier | modifier le code]

Ornements architecturaux en série[modifier | modifier le code]

Les catalogues de vente de la maison Ferdinand Marrou comprenaient de très nombreux modèles d'ornementations architecturales, de styles très éclectiques : grilles de balcons, épis de faîtages, ornements de lucarnes.

Mobilier et petits objets de la vie quotidienne[modifier | modifier le code]

Ferdinand Marrou a également dessiné de nombreux objets pour la vie quotidienne, qui se vendaient dans sa boutique de la rue Saint-Romain : lustres, lampes, cadres de miroirs, etc.

Un lampadaire décoré de pavots est conservé au Petit Palais à Paris[14] : présenté en 1905 lors de l'Exposition du fer forgé, du cuivre et de l'étain, il avait été acheté par le sous-secrétariat d'État aux Beaux-Arts.

À la fin de sa vie, il réalise des lampes, où sont intégrées des pâtes de verre de la cristallerie Daum[1].

Expositions et récompenses[modifier | modifier le code]

Carte adresse de Ferdinand Marrou, vers 1880-1883, par Jules Adeline.

Tout au long de sa carrière, Ferdinand Marrou a participé à des expositions régionales, nationales et universelles, dans le but de faire connaître sa production.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j et k Renaud Benoit-Cattin, « Ferdinand Marrou (1836-1917), aspects de l'œuvre d'un ferronnier rouennais », Bulletin des Amis des monuments rouennais,‎ , p. 25-34.
  2. Dans un article de 1985 (op. cit.), R. Benoit-Cattin déplore que les créations parisiennes de Ferdinand Marrou n'aient pu — à la date de son article — être identifiées.
  3. Dans son article de 1985, R. Benoît-Cattin indique que les archives de l'atelier (correspondance et livres de compte) ne sont pas localisées, entravant les recherches sur le démarrage de l'activité rouennaise de Ferdinand Marrou.
  4. Renaud Benoît-Cattin et Hélène Verdier, Ferdinand Marrou, ferronnier, Rouen, Direction régionale des affaires culturelles de Haute-Normandie. Service régional de l'Inventaire, Connaissance du patrimoine de Haute-Normandie, (ISBN 2-9506014-1-3), p. 4.
  5. Alfred Darcel, « Beaux-Arts : vingt-troisième exposition municipale », Journal de Rouen, no 120,‎ , p. 2.
  6. Jules de la Quérière, « Rapport sur un ouvrage artistique en fer repoussé au marteau de M.  Ferdinand Marrou », Bulletin de la Société libre d'émulation du commerce et de l'industrie de la Seine-Inférieure,‎ , p. 193 (lire en ligne, consulté le ).
  7. Jules de la Quérière, « Rapport sur le clocher de Saint-Romain et quelques autres œuvres de M. Ferdinand Marrou », Bulletin de la Société libre d'émulation du commerce et de l'industrie de la Seine-Inférieure,‎ , p. 184-190 (lire en ligne, consulté le ).
  8. « Maison Marrou », notice no IA00022440, base Mérimée, ministère français de la Culture
  9. Jean-Pierre Chaline (dir.), Demeures rouennaises du XIXe siècle, Rouen, Société des amis des monuments rouennais, , 220 p. (ISBN 2-9519231-6-3), p. 195-197
  10. « Une nouvelle marquise », Journal de Rouen, no 139,‎ , p. 1 col. 6 (lire en ligne).
  11. « L'inauguration du monument de Guy de Maupassant », Journal de Rouen, no 148,‎ , p. 1 (lire en ligne).
  12. Albert Lumbroso, Souvenirs sur Maupassant, Rome, Bocca frères, .
  13. Leloutre, « Château de Bertheauville-Paluel », La Normandie,‎ , p. 345-349 (lire en ligne, consulté le )
  14. En 1985, cet objet était déposé au musée Galliera (op. cit. Benoit-Cattin). Il est aujourd'hui exposé au Petit Palais (2021) et conservé sous le numéro d'inventaire OGAL192
  15. Base Léonore.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Renaud Benoit-Cattin, « Ferdinand Marrou (1836-1917), aspects de l'œuvre d'un ferronnier rouennais », Bulletin des Amis des monuments rouennais,‎ , p. 25-34.
  • Renaud Benoît-Cattin et Hélène Verdier, Ferdinand Marrou, ferronnier, Direction régionale des affaires culturelles de Haute-Normandie. Service régional de l'Inventaire, Connaissance du patrimoine de Haute-Normandie, Rouen, 1991 (Itinéraires du Patrimoine, (ISSN 1159-1722)), (ISBN 2-9506014-1-3).
  • Henri Joannet, Ferdinand Marrou, artiste ferronnier, Aix-en-Provence, 2004 (ISBN 2-9522547) édité erroné (BNF 39245161)
  • Guy Pessiot (préf. Daniel Lavallée), Histoire de Rouen 1850-1900, Rouen, P'tit Normand, , 249 p., p. 98-99 ; 224.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]