Camille du Gast

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Camille du Gast
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Camille du Gast en 1895.
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Père-Lachaise - Crespin 01.jpg
Vue de la sépulture.

Marie Marthe Camille Desinge du Gast, épouse Crespin, née le et morte le à Paris, dite « l'Amazone aux yeux verts », ou « la Walkyrie de la Mécanique », est une sportwoman, musicienne, exploratrice et féministe française du début du XXe siècle. Passionnée de sport, aéronaute amateur, elle est une des premières pilotes automobiles, et s'essaiera aussi au pilotage de canot à moteur. Elle s'adonne tout autant à des sports plus classiques comme l'équitation, où elle excelle. Elle dirigera aussi plusieurs expéditions scientifiques au Maroc et sera à partir de 1929, et jusqu'à sa mort, la première femme présidente de la société protectrice des animaux (SPA).

Le 24 avril 2022, à l'occasion du 80ème anniversaire de sa mort, la rue "Crespin du Gast" (11e arrondissement) devient officiellement la rue "Camille Crespin-du Gast".

Plusieurs établissements scolaires et voies communales portent son nom en France.

Biographie[modifier | modifier le code]

Camille du Gast est issue d'une riche famille bourgeoise originaire du nord de la France, propriétaire d'une manufacture de vêtements de travail pour hommes et qui possède plusieurs terrains et immeubles dans Paris.

Musicienne virtuose (élève de Félix Le Couppey), elle participe en tant que pianiste à des concerts à Paris et en province. Possédant une voix de falcon, elle se produit parfois de manière bénévole comme chanteuse lyrique dans des concerts de charité.

En 1888, elle rencontre Jules Crespin, fils de Jacques François Crespin, créateur du grand magasin "Le palais de la nouveauté", connu ensuite sous le nom de Grands Magasins Dufayel[1]. Ils vivent en union libre et ont une fille, Diane, puis se marient en 1894. Jules décède de maladie à la fin de l'année 1895. A 27 ans, Camille se retrouve veuve et à la tête d'une immense fortune.

Férue de sport, elle est la première avec la duchesse d'Uzès à obtenir l'équivalent du permis de conduire d'alors, en 1897. Elle participe aussi à des expérimentations de ballon-parachute[2] avec l'aéronaute Louis Capazza en France et en Belgique en 1895.

En 1901, elle possède deux véhicules en son nom propre, une Peugeot et une Panhard et Levassor.

Sport automobile[modifier | modifier le code]

Photo d'une voiture dont l'apparence se rapproche encore d'une calèche, conduite par une femme.
Camille du Gast et le prince Hélie de Tailleyrand-Périgord au Paris-Berlin 1901 sur Panhard & Levassor.
Camille du Gast au Maroc en 1909.

Elle devient la première française à participer à une course automobile, le Paris-Berlin de 1901 (terminant trente-troisième, sur Panhard-Levassor 20CV), et la seconde au monde à participer à une compétition mécanique (après la baronne Hélène de Zuylen, la troisième étant vraisemblablement la championne britannique Dorothy Levitt). Son intérêt proviendrait de sa vision du départ de la Coupe Gordon Bennett en 1900 (de Paris à Lyon).

En 1902, elle participe à la course Paris-Vienne. La même année, elle est au centre de l'affaire judiciaire dite de « La femme au masque » (elle est confondue de façon malintentionnée avec le modèle nu du tableau dit de "la femme au masque"[3] réalisé par le peintre Henri Gervex. L'affaire a un retentissement international, jusqu'en Australie (dans la West Gippsland Gazette) et en Nouvelle-Zélande.

En 1903, un temps huitième avec sa de Dietrich, elle se classe finalement soixante-dix-septième au Paris-Madrid après s'être arrêtée pour porter secours à un concurrent accidenté (vainqueur : le Français Fernand Gabriel sur une Mors Z). La compétition est stoppée prématurément à Bordeaux sur décision de Georges Clemenceau, ministre de l'Intérieur, du fait de trop nombreux accidents de course causant plusieurs morts et blessés. Par la suite, le constructeur Benz lui propose de courir sous ses couleurs dans la Coupe automobile Gordon Bennett en 1904, mais le gouvernement français le lui interdit, de même qu'il interdit à toute femme de participer à des compétitions automobiles.

Camille fait partie du cercle restreint des pilotes de course, et est officiellement la seule femme de l'époque licenciée à l'Automobile Club de France (ACF)[4]. Lorsque le 5 mars 1904, l'ACF décide d'exclure les femmes, elle réagit dans une lettre au journal l'Auto pour protester contre cette mise à l'écart : "Ai-je écrasé quelqu'un ? Ai-je commis une incorrection pendant le parcours ? Quelqu'un a-t-il élevé la moindre critique contre ma façon de conduire ? Pas le moins du monde". Henri Desgrange, directeur du journal et porte-parole de l'ACF, précise que l'éviction ne vise pas Camille du Gast, mais reste ferme sur l'exclusion des femmes afin "d'éviter la présence d'autres femmes, moins expérimentées, moins adroites et moins prudentes qu'elle"[4].

Sports nautiques[modifier | modifier le code]

Elle se tourne alors vers les courses de canots automobiles. En , elle pilote le Marsouin à propulsion Darracq sur la Seine à Juvisy-sur-Orge.

En , elle est sur La Turquoise, bateau construit par « Tellier fils & Gérard » à propulsion Panhard de 150CV, en course au meeting de Monaco, devenant la seconde femme à participer à une compétition de motonautisme.

En mai 1905, elle remporte (officiellement deux mois après la fin de l'épreuve) la course nautique de 500 milles Alger-Toulon (compétition à laquelle participent également le Duc Decazes et Paul Chauchard), avec son Camille, embarcation de 13 mètres pour 43 tonneaux, coque propulsée par un moteur C.G.V de 90 CV, à l'arrière d'une coque parisienne Pitre. À la suite de cet exploit, hommage lui est rendu en baptisant également Camille l'embarcation de Émile Thubron (aussi à coque Pitre), unique champion olympique de motonautisme, pour la France en 1908 à Londres grâce à elle. Deux mois après (malgré son naufrage) elle participe à la course « Brighton Speed Trials ».

Explorations[modifier | modifier le code]

Exploratrice intrépide et audacieuse, elle mène de 1905 à 1912 cinq expéditions scientifiques au Maroc, de plusieurs mois chacune, qu'elle finance elle-même. Au retour de ses explorations, elle rédige notamment un rapport sur l'agriculture[5] au Maroc et un autre sur le statut ouvrier.

Féminisme[modifier | modifier le code]

Féministe convaincue, amie du docteur Blanche Edwards-Pilliet, de la journaliste Séverine et de l'avocate Maria Verone, elle est membre du comité de la Ligue française pour le droit des femmes. A ce tire, en 1921, elle participe à l'ouvrage "Cinquante ans de féminisme" (1870-1920) en signant un article sur "le rôle des sports dans la victoire féministe".

Défense des animaux[modifier | modifier le code]

Fervente défenseuse de la cause animale, Camille est une fidèle adhérente de la Société Protectrice des Animaux (SPA).

En 1927, elle rénove, modernise et agrandit avec ses propres fonds le refuge animalier de Gennevilliers fondé par James Gordon Bennett, baptisé "le bon Accueil".

En 1929, elle devient la première présidente de SPA (ce jusqu'à sa mort en 1942). Elle organise notamment des manifestations retentissantes contre les corridas de Melin en 1930 et milite activement pour l'adoption dans les abattoirs parisiens du pistolet automatique sans balle qui provoque une mort immédiate et moins douloureuse[6].


Souvent qualifiée de "femme au grand cœur", Camille s'occupe également d'œuvres caritatives durant la Première guerre mondiale et continue jusqu'à sa mort, en province et à Paris. Elle fonde notamment un dispensaire pour femmes enceintes et jeunes accouchées rue Crespin du Gast (11e arrondissement).

Fait rare, de son vivant, la municipalité de Paris rebaptise en son honneur la rue Crespin (du nom de la famille de son époux propriétaire des terrains) en rue Crespin du Gast. Camille assiste à son inauguration le 15 juin 1929.

Grande mondaine, elle donne à Paris de splendides fêtes dont la presse de l'époque se fait régulièrement écho.

Elle décède dans sa demeure parisienne de la rue Alfred-Roll le 24 avril 1942.

Elle repose auprès de son époux dans le caveau de la famille Crespin au cimetière du Père-Lachaise, à Paris.

Écrits[modifier | modifier le code]

  • « Ma course Paris-Madrid », La Vie au grand air,‎ , p. 358 et 360
  • « À deux doigts de la mort », Je sais tout,‎ (à propos de sa course nautique Alger-Toulon)
  • « Pourquoi je suis allée au Maroc », La Vie heureuse,‎
  • Ce que m'a dit le Rogui (le prétendant au trône du Maroc), dans Je sais tout en 1909 (à la suite d'un séjour marocain à dos de cheval ; elle retourna au Maroc en mission officielle en 1910 pour le ministère des affaires étrangères, alors qu'elle avait déjà antérieurement participé à la conférence d'Algésiras en 1906 et pour celui de l'agriculture en 1912)
  • Plusieurs autres chroniques dans La Vie heureuse (actuellement publié sous le nom de Femina), sur sa vie « d'exploratrice »
  • Préface à l'ouvrage Contes pour mon chien de Gustave Dumaine, publié en 1933.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Mme du Gast au Maroc », La Vie Heureuse,‎
  • (en) « Mme Camille du Gast to visit United States », L'Abeille de la Nouvelle-Orléans,‎
  • (en) Jean-François Bouzanquet, Fast Ladies : Female Racing Drivers 1888-1970, Dorchester (Angleterre), Veloce Publishing,
  • Elisabeth Jaeger-Wolff, La dernière amazone : Biographie romancée de Camille Crespin du Gast (1868-1942), éditions du Batsberg, (présentation en ligne)
  • Lorraine Kaltenbach et Clémenine Portier-Kaltenbach (historienne et journaliste), Championnes : Elles ont conquis l'or, l'argent, le bronze, Paris, Flammarion, coll. « Arthaud poche », , 25 p. (ISBN 978-2-0814-4497-3, lire en ligne), p. 39-49
  • Georges Fleury, "La belle histoire de la SPA de 1845 à nos jours", éd. Grasset, 1995

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bard, Christine (1965-....). et Chaperon, Sylvie (1961-....)., Dictionnaire des féministes : France, XVIIIe – XXIe siècle, Paris, PUF, 1700 p. (ISBN 978-2-13-078720-4 et 2130787207, OCLC 972902161, lire en ligne)
  2. « Gil Blas / dir. A. Dumont », sur Gallica, (consulté le )
  3. Q956102 et Viaf: 29708376, « Fichier:La femme au Masque by Henri Gervex 1885 - 22 year old Parisienne model Marie Renard wearing only a Domino masque ..jpg — Wikipédia », sur commons.wikimedia.org (consulté le )
  4. a et b Alexandre Buisseret, « Les femmes et l'automobile a la Belle Epoque », Le Mouvement social, no 192,‎ , p. 41 (DOI 10.2307/3779746, lire en ligne, consulté le )
  5. Société de topographie de France Auteur du texte, « Bulletin de la Société de topographie », sur Gallica, (consulté le )
  6. « Le Temps », sur Gallica, (consulté le )

Liens externes[modifier | modifier le code]

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