Camera silens

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Camera Silens
Pays d'origine Drapeau de la France France, Bordeaux
Genre musical Punk rock
Années actives 1981 - 1988
Labels Chaos Production, Euthanasie Records
Composition du groupe
Anciens membres Gilles Bertin, Benoit Destriau, Philippe Schneiberger, Eric Ferrer, Bruno Cornet, François Borne

Camera Silens est un groupe punk français des années 1980 originaire de Bordeaux et actif de 1981 à en mai 1988[1].

Historique[modifier | modifier le code]

Été 1981, Gilles et Benoît se rencontrent chez Philippe, qui a un appartement dans une petite rue située près de la place St Projet, à Bordeaux. À l'époque le quartier Saint Pierre est encore l'équivalent Bordelais de la fontaine des Innocents à Paris, le rendez vous de la "zone" d'un quartier qui n'a pas encore achevé sa réhabilitation. Le groupe est constitué d'ex-lycéens (du lycée Camille Jullian dont le café le Chiquito est le quartier général) en rupture. Ces jeunes punks et skinhead sont influencés par ce qui se passe en Grande-Bretagne que ce soit la vague punk (Stiff Little Fingers, Uk Subs, Cockney Rejects, Damned, Angelic Upstarts, Sham 69, Dead Boys), le reggae et le ska.

Le groupe se choisit un nom fort, Camera Silens est une référence aux cellules d'isolement utilisées pour l'incarcération des membres de la Rote Armee Fraktion. Pour la génération de l’après choc pétrolier de 1979, trop jeune pour avoir participé aux évènement de mai 68, la révolte est incarnée par ses mouvements les plus radicaux: I.R.A, R.A.F, il est à noter que la proximité historique et géographique de Bordeaux avec la frontière Espagnole amène aussi une certaine fascination pour l'E.T.A militaire qui combat de manière intense dans le Pays basque de l'après Franquisme.

Le trio remporte le tremplin Rockotone de 1982, dans le cadre de la première édition de Boulevard du Rock à la salle des fêtes du Grand Parc (une salle municipale de Bordeaux nord qui accueillit en d'autres temps des formations aussi diverses que The Clash ou plus tard Bérurier Noir). Ce soir-là, ce prix leur est décerné pratiquement ex-æquo avec un autre groupe montant : Noirs Désirs (avec un "s" encore à l'époque). Ces derniers ayant décliné leur récompense (un enregistrement), Camera Silens en bénéficie finalement.

Le groupe cependant vit une situation précaire désespérante et accumule les galères : enchaînement de locaux de répétitions pour cause de locations impayées, petits boulots à droite et à gauche pour s'acheter un peu de matériel, tentatives de larcins parmi lesquels une sono qui leur vaut une condamnation pénale, squats, consommation de drogues dures…

Camera Silens constitue le noyau dur de la scène punk Bordelaise aux côtés des Brigades (à ne pas confondre avec le groupe Parisien), Parfum de Femme ou encore Strychnine.

Au début, les concerts ne sont pas nombreux, mais la notoriété du groupe se répand à grande vitesse. À peine propulsé par le tremplin, Camera fait une bruyante prestation à Sauveterre-de-Guyenne, qui voit débarquer à cette occasion une horde de punks particulièrement excités. Le groupe commence à structurer sa démarche à l'arrivée de Didier comme roadie, mécène et manager. Outre une reconnaissance du à un niveau musical supérieur à la moyenne, la réputation du groupe est aussi due à la bande de punks et de skinheads très remuants qui les suit partout à la manière du Bromley Contingent des Sex Pistols ou de la Sham army de Sham 69. Ce public récurrent suivait le groupe même dans ses déplacement hors département, au point que ce dernier a parfois la désagréable impression « de jouer toujours à Bordeaux ». L'image violente et sans compromis du groupe est présente sur le cuir des blousons et les murs de la ville, joue en leur défaveur, notamment en 1986, lorsque Camera entame une deuxième vie, en teintant sa musique de reggae et de rhythm'n'blues.

En 1982, Camera enregistre une maquette au studio Deltour à Toulouse. Pour la gloire, l'un des titres de la première heure, est déjà un hymne. En outre, Patrice Blanc-Francard, producteur de l'émission d'Antenne 2 Les Enfants du Rock, les sélectionne pour représenter la mouvance punk-oi ! dans le cadre de la spéciale sur Bordeaux.

1983 est l'année charnière à tous les niveaux : celle des affirmations, mais aussi celle des doutes et des premiers bouleversements. Les Irlandais de Outcasts font une tournée française avec Camera en première partie. Pour la gloire sort sur le volume 1 de la compilation Chaos en France et Réalité, sur une K7 anglaise. Mais en mai, Philippe annonce son départ : un coup dur qui compromet l'avenir du groupe. À cette crise de croissance viennent s'ajouter les problèmes de drogue qui s'aggravent dans l'entourage du groupe, les problèmes d'argent alourdissent encore davantage la situation. À l'automne, alors que Camera Silens prépare une rentrée cruciale, Gilles est incarcéré pour vol. Dernier membre du noyau originel, Benoît doute sérieusement et songe à mettre un point final à l'aventure, malgré l'arrivée d'Eric à la basse et d'un nouveau manager Jean-Marc Gouaux.

Un concert très attendu est programmé le 26 octobre à Eysines (33) dans le cadre de Boulevard du Rock 1983 : Camera Silens doit partager la scène avec entre autres Oberkampf et les Coronados, alors têtes de pont de la scène alternative française.

À quelques heures de l'événement, Benoît hésite encore à monter sur scène avec une nouvelle équipe encore approximative ( Nicolas assure la batterie pour ce concert ) et surtout sans Gilles mais franchira le pas avec succès. Le public, conscient des turbulences que traverse la formation, répondra chaleureusement à cet acte de courage et la deuxième édition de Boulevard du Rock y gagne une de ses meilleures soirées. Camera Silens compte désormais sur la scène non seulement régionale mais aussi nationale.

En 1984, renforcé par ces succès, Camera assoit sa position sur la scène hexagonale en multipliant les concerts et sa participation aux compilations.

Au mois de mai, Gilles étant sorti de prison, le groupe se produit maintenant à quatre avec Benoît, Éric de mieux en mieux intégré et un nouveau batteur Bruno, ex-Brigades. Gilles, quant à lui, ne se consacre dorénavant qu'au chant. Camera surfe sur la vague Oi! et Street Punk particulièrement vivace de Brest et Le Havre. Les concerts s'enchaînent : Reich Orgasm, Single Track, Bootboys, Snix, Decibelios, Conflict, Brutal Combat, Collabos… Par ailleurs, ils jouent avec London Cowboys et surtout par deux fois avec La Souris Déglinguée, leur groupe hexagonal préféré. L'écho s'intensifie encore un peu plus via la presse fanzine enthousiaste.

Le tonitruant Chaos Festival organisé le 20 octobre à Orléans est marqué cette année-là par des affrontements entre les skins et le service d'ordre. Les fans bordelais sont venus une fois de plus en nombre. Ce festival, assez traumatisant par ses excès, est symptomatique du fossé qui se creuse petit à petit entre une scène skinhead qui semble devenue hors de contrôle et qui se politise très fortement à droite et la scène punk.

Leur titre Semaine Rouge, autre titre de la première heure, est sorti sur Chaos en France vol. 2, en juin 1984. Camera Silens, auteurs de ce titre de la compile, pensent alors pouvoir revendiquer leurs droits et réaliser un premier album avec l'appui de Chaos Productions. L'enregistrement débute en août 1984, au studio du Manoir, à Léon, pour dix morceaux réalisés en 24 pistes. L'opération n'aboutit pas comme prévu. En effet le professionnalisme coûte cher, d'autant que le quartette aspire au meilleur et compte bien déclarer ses compositions à la SACEM. Ces exigences sont difficiles à assumer pour Chaos, surtout vis-à-vis du reste de l'écurie qui n'aurait pas manqué de réclamer le même traitement et le label suspend sa collaboration. Le temps passe et le disque ne sort toujours pas. Reste alors la solution de coproduire l'album avec le Studio du Manoir. Camera Silens, ne pouvant investir d'argent, entreprend de contacter directement New Rose. La rencontre avec Patrick Mathé, de New Rose, figure emblématique du rock indépendant, est déterminante : ce dernier accepte d'avancer les fonds pour le pressage de 3 000 exemplaires et d'assurer la distribution. Réalité sort en mars 1985, soit sept mois après l'enregistrement. Restituant bien le son du groupe, l'album demeure l'un des disques punk/skin de référence des années 1980][1]. La même année, une K7 démo autoproduite est diffusée. Le titre phare, Identité, est repris sur la compilation sortie en décembre 1985, Les Héros du Peuple sont immortels, coproduite par Gougnaf et Kronchtadt Tapes, de Saint-Étienne. À la même période, Camera Silens fait cause commune avec un autre phénomène montant de la scène punk hexagonale : OTH.

1986 est l'année où tout bascule, elle est dominée par de nouveaux démêlés judiciaires de Gilles. Ce dernier est accusé d'avoir organisé l'attaque d'un fourgon blindé de la société Brinks à Toulouse. Il disparait sans que jamais les rumeurs sur sa fuite en Espagne ou en Amérique du Sud ne puissent être éclaircies à ce jour pas plus que sa survie ou son décès. De surcroît, le groupe, quelque peu lassé des circuits alternatifs, aspire à d'autres sphères. Après une période d’arrêt et sous la houlette de Benoît, Camera, amputé à nouveau d'un de ses membres principaux, réoriente radicalement sa musique.

Une âme jamaïcaine domine dorénavant le son du groupe : compositions et reprises à tendances rocksteady reviennent aux sources de la culture skin anglaise des sixties.

Camera s'est adjoint de nouveaux musiciens : un saxophoniste, François, un percussionniste, Alain, et des chœurs en la personne de Manu. Par ce tournant radical, la formation se coupe d'une bonne partie de sa base, celle-là même qui avait contribué à son tonitruant succès. Mais il s'agit à ce stade de rompre avec un passé plutôt lourd. Benoît et ses comparses des débuts doivent couper le cordon d'un entourage rendu invivable par les problèmes liés à l'abus de drogue, d'alcool et de péripéties concomitantes.

Le manifeste public de cette rupture se fait lors de l'émission Décibels sur FR3, diffusée le 12 décembre 1986. Ce moment reste un souvenir douloureux pour Benoît qui était en conflit latent avec les autres membres de sa formation sur la question du changement du nom du groupe. Il est vrai que par ailleurs la pression est réelle autour du groupe. Beaucoup s'interrogent sur l'apparence violente du groupe des débuts, ils doivent faire les frais à tort de la dérive fasciste d'une partie du mouvement skin. Si les Camera ne sont pas des tendres, ne croyant ni au compassionnel ni à la tolérance comme ils le déclarent lors d'une interview pour le fanzine Happy Tax Payers (no 2), ils affirment clairement leur credo pour la liberté et l'antiracisme. Préférant l'esprit plus brut et moins factice de la Oi !, musique issu de la culture skin, Benoît dira plus tard de la punkitude un tantinet surfaite « que malgré l'impact direct et populaire de la musique, elle est surtout affaire de sape ».

Malgré tout, ce passage à la télé remet véritablement Camera Silens en activité, qui retourne en studio en février 1987, cette fois-ci au chalet. De cette nouvelle phase sortent deux disques : le 45 tours Comme hier, qui donne lieu à un second passage dans Décibels le 30 juillet 1987 et l'album 6 titres autoproduit Rien qu'en traînant.

Ce dernier marque véritablement l'ultime étape pour Camera qui annonce sa séparation en mai 1988, elle sera effective le 18 juin 1988. Le groupe se produit une dernière fois au festival Musiques en couleurs place André Meunier à Bordeaux en soutien à l'Association de Soutien aux Travailleurs Immigrés aux côtés de El Hijra (Raï),Americandina (Salsa) et Kidjan (Afro-reggae).

L'aventure scénique se poursuit pour Bruno et Eric avec l'éphémère projet Whodunit qui ne laissera aucun enregistrement et qui partent ensuite jouer avec Mush.

Leur manager Jean-Marc Gouaux s'occupera de Noir Désir jusqu'en 1996.

Il faut attendre l'an 2000 pour que Camera Silens se réunisse à nouveau. Autour de Benoît, Eric, Bruno, François et Fred, nouveau aux guitares, la formation enregistre alors quatre titres inédits. Parmi les nombreuses rééditions officielles et pirates (où le groupe se rend compte avec stupeur qu'il est parfois publié aux côtés de groupe d’extrême droite). Signalons la sortie en CD en 2003 de l'album Réalité sur le label Euthanasie, réédité en 2005 en vinyle. Benoit balaiera cependant toute hypothèse de reformation.

Camera Silens demeure à ce jour, malgré une relative confidentialité, l'un des groupes les plus importants du punk français aux côtés de Bérurier noir, de la Souris Déglinguée, d'Oberkampf et d'OTH.

Formation[modifier | modifier le code]

Formation d'origine en 1981 / 1982

  • Basse et Chant : Gilles Bertin
  • Guitare : Benoit Destriau
  • Batterie : Philippe Schneiberger

Formation en 1983 / 1984

  • Chant : Gilles Bertin
  • Chant et guitare : Benoit Destriau
  • Basse : Eric Ferrer
  • Batterie : Nicolas Mouriesse (alias Boubou)

Formation en 1984 / 1986

  • Chant : Gilles Bertin
  • Chant et guitare : Benoit Destriau
  • Basse : Eric Ferrer
  • Batterie : Bruno Cornet

Formation en 1986 jusqu'en mai 1988

  • Chant et guitare : Benoit Destriau
  • Saxophone : François Borne
  • Basse : Eric Ferrer
  • Batterie : Bruno Cornet

Discographie[modifier | modifier le code]

Albums[modifier | modifier le code]

Démos et Compilations[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]