Bibliothèque numérique

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Une bibliothèque numérique (virtuelle ou en ligne ou électronique) est une collection de documents (textes, images, sons) numériques (c'est-à-dire numérisés ou nés numériques) accessibles à distance (en particulier via Internet), proposant différentes modalités d'accès à l'information aux publics. Les documents peuvent être très élaborés, comme les livres numériques, ou beaucoup plus bruts.

La Digital Library Federation (DLF) propose la définition suivante : « Les bibliothèques numériques sont des organisations qui fournissent les ressources, incluant un personnel qualifié, pour sélectionner, structurer, offrir un accès intellectuel à, interpréter, distribuer et préserver l'intégrité de, et assurer la pérennité, des collections de travaux numériques afin qu'elles puissent être aisément et économiquement accessibles à une communauté définie, ou à un ensemble de communautés »[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

C'est en 1988 que le terme « bibliothèque numérique » a été utilisé pour la première fois dans un rapport de la Corporation for National Research Initiatives[2].

Le terme a ensuite été popularisé par la National Science Foundation/Defense Advanced Research Projects Agency/NASA Digital Librairies Initiative en 1994. Ils s’inspirent fortement de As We May Think de Vannevar Bush en 1945, qui a donné une vision du point de vue de l'expérience de l'utilisateur et non de la technologie.

Le terme de « bibliothèque virtuelle » a été utilisé dans le même sens que « bibliothèque numérique », mais il est maintenant principalement utilisé pour les bibliothèques qui ont un contenu nativement sous format numérique.

La première bibliothèque hybride (associant les deux types d'ouvrage, soit physiques et numériques) est apparue au Royaume-Uni dans les années 1990[3], à des fins universitaires; depuis, ce type de bibliothèque ne cesse de se propager, offrant de plus en plus de contenu numériques aux utilisateurs, certaines allant même jusqu'à être exclusivement numériques.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Une distinction est faite entre les données dont le format est nativement numérique et les données qui sont converties depuis un format comme le papier, par la numérisation.

On peut distinguer les bibliothèques numériques à visée commerciale (plus souvent appelées « Librairie numérique ») directes (Amazon, Cyberlibris, Numilog.com, Mobipocket.com, E-plateforme, etc.) ou indirectes (Google Livres, YouTube, etc.), et les projets à valeur plus plus patrimoniale, visant à offrir une meilleure accessibilité à des documents culturels importants (Europeana, Les classiques des sciences sociales, etc.).

Les bibliothèques numériques sont souvent thématiques (textes, photographies, films) mais il y en a également des plus généralistes. Elles impliquent de nouvelles compétences (dans le domaine du numérique et des NTIC) pour le métier de bibliothécaire[4], avec notamment d'importants changements dans la conservation des supports (au niveau de la numérisation, de la sauvegarde[5], et bien d'autres).

L'Internet peut être considéré en lui-même comme une gigantesque bibliothèque numérique, « universelle »[6] dont une partie est disponible en Open data et offre souvent des possibilités de services personnalisés en ligne[7]. Certains présenteraient cette bibliothèque comme le « Cauchemar de Babel »[8], tandis que d'autres la voient plutôt comme un trésor mis à disposition de tous par les autres. Cet idéal de « bibliothèque universelle » est de plus en plus accessible grâce aux outils de traduction en ligne, de travail collaboratif et d'indexation[9] permettant aux moteurs de recherche de mieux répertorier ces ressources.

Technologie[modifier | modifier le code]

Une bibliothèque numérique est constituée d'une part de documents numériques enregistrés sous un certain format et d'autre part de logiciels permettant leur gestion.

Formats[modifier | modifier le code]

On ne parle plus tellement de supports pour ces documents que de formats, de compression, d'encodage (pour la vidéo et le son) ainsi que de type de numérisation (mode texte ou mode image) le cas échéant. Ce nouveau mode de diffusion présente de nombreux avantages du point de vue de l'accessibilité (en tout temps, en tous lieux munis d'internet); par contre, il ne permet pas seul de garantir une durée et une qualité de conservation.

Dans les projets patrimoniaux la part de rétro-numérisation (c'est-à-dire de numérisation de textes produits initialement sous format papier) est dominante. On peut noter deux pratiques différentes : l'une consiste à mettre en ligne des images numérisées des exemplaires papiers (Gallica en est un exemple) et l'autre met en ligne uniquement les textes bruts récupérés (comme le Projet Gutenberg). Mettre en ligne ce dernier type de texte peut demander du travail supplémentaire d'extraction (OCR), mais permet de réduire le volume du fichier et autorise les recherches, les reformatages, les corrections, etc. Les deux approches peuvent être complémentaires dans la mesure où un organisme qui met en ligne les livres en mode « image » peut servir de source pour qu'un autre organisme crée une version « texte ».

Archives numériques[modifier | modifier le code]

Les archives physiques sont différentes des bibliothèques physiques de plusieurs façons. En général, les archives sont définies comme suit :

  1. Elles contiennent des sources d'informations primaires (des lettres et papiers directement produits par une personne ou une organisation) alors qu'une bibliothèque contient des livres et journaux
  2. Le contenu est organisé par groupe et non individuellement par objet
  3. Elles possèdent un contenu unique

Les technologies utilisées pour créer les bibliothèques numériques permettent de s'affranchir des points 2 et 3 des règles d'une bibliothèque physique. Les deux types de bibliothèques contiennent des informations venant principalement des sources primaires mais les documents sont décrits individuellement plutôt qu'en groupe ou collection. L'avantage des documents numériques est qu'ils sont plus facilement stockables et déplaçables, et peuvent être ainsi reproduits ailleurs.

Entrepôts universitaires[modifier | modifier le code]

De nombreuses universités sont activement impliquées dans le développement d'entrepôts institutionnels des livres, documents, thèses et autres travaux faits au sein de l'académie et qui peuvent être numérisés s'ils ne sont pas « nés numériques ». Une majorité de ces entrepôts est accessible au grand public avec des restrictions, en accord avec les objectifs d'accès libre mais en opposition avec la publication des recherches dans les journaux commerciaux (où l'éditeur offre des accès limités).

Logiciels[modifier | modifier le code]

Bibliothèques numériques par type de documents[modifier | modifier le code]

Bibliothèques numériques de textes[modifier | modifier le code]

Historique[modifier | modifier le code]

Le Projet Gutenberg a été le premier (avant même Internet) à mettre en libre téléchargement des œuvres qui sont passées au domaine public.

Le 14 décembre 2004, la société Google trouvait un accord avec quatre bibliothèques américaines et une britannique pour mettre en ligne, au sein de son projet Google Livres, leur contenu sous forme à la fois d'image et de texte. La Bibliothèque nationale de France a suscité en réponse le projet de Bibliothèque numérique européenne (Europeana).

Plus tard, la Chine populaire s'est elle aussi intéressée aux bibliothèques numériques: la Bibliothèque nationale numérique chinoise est apparue en 2005[10], et la construction d'une bibliothèque nationale numérique de Chine, a été lancée en 2007[11]. En 2009, le catalogue contenait vingt-sept millions d'articles[10] En février 2010, deux-mille-neuf-cents bibliothèques numériques ont été créées.

Listes (non exhaustives)[modifier | modifier le code]

Les bibliothèques numériques peuvent avoir des objectifs différents du point de vue des connaissances qu'elles intègrent ou qu'elles souhaitent intégrer à leur contenu, tandis que certaines bibliothèques sont plus générales.

  • Culturethèque[12] (créée par l'Institut français), propose aux francophones et francophiles du monde entier de découvrir des contenus culturels divers et récents, promouvant ainsi la culture francophone et la langue française.
  • Cyberlibris propose des bibliothèques destinées aux étudiants via ses plateformes scolaires (KoobyVox, ScholarVox CDI, BTS, ScholarVox Management, etc.), aux professionnels et aux institutions publiques via sa plateforme dédiée (ExecVox), ainsi qu'aux librairies et médiathèques (BiblioVox).
  • Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France regroupe différents types de documents, à savoir des livres numérisés, des revues ou des photos et ne semble pas avoir de thème principal. De même que google Livres, qui répertorie des livres libres de droit mais qui propose aussi un service payant grâce à la boutique Google Play, c'est la plus grande bibliothèque numérique de livres du monde.
  • L'Internet Archive est une bibliothèque consacrée à l'archivage du Web, qui contient des copies prises à différents moments de pages internet, de logiciels, de livres et d’enregistrements audio.
  • Numilog est une bibliothèque numérique et audio basée en France qui offre à la plupart des éditeurs libres une vitrine où publier leurs livres en langue française, avec une section dédiée aux téléchargements de ebooks gratuits et un volet d'autoédition.
  • Youscribe ou Scribd proposent un vaste choix de livres et documents de thématiques très diverses. Une partie du contenu est gratuit ou accessible avec un abonnement à des livres.

On trouve aussi des bibliothèques numériques qui sont basées sur un thème particulier, possédant un intérêt « historique » :

Certaines bibliothèques numériques sont orientées sur le thème d'une culture :

  • La bibliothèque numérique kurde de la Fondation-Institut kurde de Paris, qui est constituée d'écrits sur les Kurdes et le Kurdistan.
  • Manioc.org, qui est une bibliothèque numérique contenant des ouvrages sur la Caraïbe et l'Amazonie.
  • Le projet Runeberg est une bibliothèque numérique sur les ouvrages et auteurs nordiques.
  • BookeenStore, la bibliothèque en ligne de livres numériques[13] développée par Bookeen, le fabricant français de livres électroniques[14].
  • HathiTrust, mise en commun du contenu des bibliothèques numériques de plusieurs universités ainsi que de Google Livres et d'Internet Archive.
  • Distributed Proofreaders site proposant une liste des sites mettant à disposition des livres au format image.
  • Persée, portail français proposant en libre accès les collections rétrospectives des grandes revues scientifiques francophones en sciences humaines et sociales.
  • Calames, Catalogue Collectif des manuscrits (géré par l'Agence bibliographique de l'enseignement supérieur), propose désormais la conservation des manuscrits numérisés et leur visualisation.
  • Les Classiques des sciences sociales, une bibliothèque numérique québécoise (canadienne) spécialisée en sciences humaines.
  • La Jubilothèque, bibliothèque numérique en sciences (sciences de la Terre, physique, chimie, neurosciences) contenant des ouvrages et thèses du XIXe et début XXe siècle.
  • CujasNum, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque Cujas, qui donne accès aux fondamentaux du droit à travers la numérisation de son fonds patrimonial.
  • La bibliothèque numérique Europeana Regia, a permis de présenter 1200 manuscrits royaux du Moyen Âge et de la Renaissance
  • IRIS, la bibliothèque numérique en histoire des sciences de Lille 1, jette un regard sur le passé des sciences modernes (XIXème-début XXème siècle).

Bibliothèques numériques de sons[modifier | modifier le code]

  • Arte radio

Bibliothèques numériques d'images[modifier | modifier le code]

Bibliothèques numériques généralistes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Donald J. Waters, « What Are Digital Libraries? », Clir Issued,‎ july/august 1998 (lire en ligne)
  2. The Digital Library Project [PDF]. Volume 1: The World of Knowbots (DRAFT), Robert E. Kahn and Vinton G. Cerf, CNRI,1988
  3. Dominique Lahary, « La bibliothèque hybride? Oui, mais... », Revue de l'association des bibliothécaires de France,‎ , p. 34 (lire en ligne)
  4. HECQUARD Françoise (Coordinatrice), Le Métier de bibliothécaire, avec la collaboration de Françoise Froissart, Association des bibliothécaires français, Éditions du Cercle de la Librairie, Paris, 1996.
  5. Lupovici Catherine (2001), Les principes techniques et organisationnels de la préservation des documents numériques, La Préservation des documents numériques : solutions techniques, solutions politiques ; Journée d’étude organisée par l’Association des directeurs et du personnel de direction des bibliothèques universitaires et de la documentation, Université de Provence, Aix-Marseille, le 14 septembre 2001
  6. Accart Jean-Philippe (2002), La Bibliothèque électronique universelle
  7. Cavaleri Piero (2003), Les bibliothèques et les services personnalisés en ligne, De nouveaux produits dans un marché concurrentiel, (Lien).
  8. Manguel Alberto, «Internet, c'est le cauchemar de Babel», propos recueillis par Olivier Le Naire, L’Express du 28/03/2005 : http://www.lexpress.fr/info/multimedia/dossier/google/dossier.asp?ida=432337
  9. ENSSIB Journée d’étude : « L'Indexation des ressources pédagogiques numériques », Lyon, 16 novembre 2004
  10. a et b Victor de Sepausy, Les bibliothèques chinoises passent au numérique, (lire en ligne)
  11. Coup d'envoi de la construction de la deuxième phase de la troisième grande bibliothèque du monde, le quotidien du peuple en ligne (lire en ligne)
  12. « Culturethèque, médiathèque numérique française », sur Institut francais (consulté le 2 août 2017)
  13. http://www.scoop.it/t/librairies-numeriques-pour-choisir-ses-ebooks/p/1657388433/bookeen-store-librairie-de-livres-numeriques-ebooks-a-telecharger
  14. http://www.actualitte.com/actualite/27359-ebook-bookeen-store-boutique-internet.htm

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bibliothèques numériques, définition du Dictionnaire, enssib, 2013.
  • Mathieu Andro, Emmanuelle Asselin, Marc Maisonneuve (2012), Bibliothèques numériques : logiciels et plateformes, Paris, ADBS
  • Thierry Claerr, Isabelle Westeel (2010), Numériser et mettre en ligne, Villeurbanne, ENSSIB
  • Guylaine Beaudry (2009), “Google et les bibliothèques. La revanche de la cigale sur la fourmi”. Version longue et originale d’un article publié dans LE DEVOIR, Montréal, édition du 18 mars 2009, page A9 —idées (Titre original: “Google, les bibliothèques et la revanche de la cigale sur la fourmi.” CORPO CLIP, bulletin no 178, février-avril 2009, p. 1-3. Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec).

Articles connexes[modifier | modifier le code]