Auto-édition

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L'auto-édition ou autoédition consiste pour un auteur à prendre lui-même en charge l'édition de ses ouvrages, sans passer par l'intermédiaire d'une maison d'édition.

Elle se distingue précisément de l'édition à compte d'éditeur ou à compte d'auteur[1]. Dans le premier cas, en effet, l'éditeur se charge à ses frais de réaliser et diffuser l'ouvrage en rémunérant l'auteur selon les ventes, et dans le second l'éditeur s'en charge aux frais de l'auteur.

L'auto-édition, d'ailleurs souvent confondue avec l'édition à compte d'auteur, a une image souvent négative ou encore véhicule une idée d'amateurisme et de petit budget. Il est évident que cela peut correspondre à une certaine réalité, mais ce choix peut aussi mener à une activité professionnelle à part entière: soit lorsque l'auteur lui-même possède toutes les compétences requises, soit lorsqu'il vient s'adresser (au même titre qu'un éditeur de profession ) à des professionnels pour chaque secteur de son activité. L'auto-éditeur est un éditeur comme les autres, avec la différence qu'il propose un « catalogue » forcément limité à sa production personnelle, et qu'il doit connaître les spécificités de « son » marché.

Étapes de la publication[modifier | modifier le code]

L’auto-éditeur se doit donc de connaître toutes les étapes de la publication du livre :

  • la saisie et mise en page : un simple traitement de texte peut suffire. Pour une mise en page avec des illustrations, des logiciels plus élaborés permettent un résultat plus dynamique.
  • les corrections : orthographe, grammaire, style, règles typographiques… Elles peuvent se révéler être des contraintes difficiles à respecter pour l'auto-éditeur. C'est pourquoi le recours à des tiers (comme des professionnels de la correction) est important.
  • l'impression : elle peut être éventuellement réalisée avec une imprimante personnelle pour un petit projet ; la reliure est toutefois un point délicat, car le résultat n'est pas toujours satisfaisant (reliure type spirale). Toutefois, l'impression est le plus souvent confiée à un professionnel. Le recours à un imprimeur est préférable dès que le nombre d'exemplaires devient important. Au niveau technique, pour un tirage en deçà de 500 exemplaires, on préférera la photocopie numérique qui fournit aujourd'hui des résultats de bonne qualité. Au-delà, il devient économiquement intéressant d'utiliser la technologie offset. La reliure proposée par un imprimeur est en général plus satisfaisante.
  • les formalités administratives et juridiques : elles sont très limitées.
    • Le dépôt légal se limite à l'envoi d'exemplaires après avoir rempli un formulaire simple. Il peut être possible de s'en passer : on peut, si on le souhaite, protéger son droit d'auteur par un dépôt en ligne.
    • L'auteur peut vouloir également obtenir un ISBN. Cela peut être obligatoire, notamment si on veut procéder au dépôt légal en France (aux termes du décret no 8168 du 3 décembre 1981, les numéros ISBN doivent figurer sur tous les exemplaires d'une même œuvre soumise au Dépôt légal, ainsi que sur les déclarations de dépôt de l'imprimeur et de l'éditeur[2]) ou si on veut que son ouvrage soit présenté régulièrement chez des commerçants comme PriceMinister. Ou on peut en souhaiter un, tout simplement, pour que l'objet « ressemble à un vrai livre ».
  • La publicité : beaucoup de moyens existent, mais l'auto-éditeur, ayant en général peu de moyens à y consacrer, a tout intérêt à cibler très précisément les personnes potentiellement intéressées.
  • la diffusion : c'est la phase sans doute la plus délicate de l'auto-édition. Il existe différents moyens : choix d’un organisme de diffusion (avec les contraintes que cela implique), contacts directs avec des libraires acceptant l'ouvrage, vente directe à la suite de manifestations publiques, site Internet personnel avec vente par correspondance, recours à des sites commerciaux de vente sur Internet

Certains sites internet, communément appelés plateformes d'auto-édition, proposent aux auteurs des services d'Impression à la demande, de mise en vente des livres sur leur boutique en ligne et parfois de services associés pour accompagner l'auteur auto-édité dans la promotion de son livre.

La question de la fixation du prix est délicate pour un auto-éditeur. On peut rappeler, à titre indicatif, qu'en moyenne, en France, dans le milieu classique de l'édition, 55 % du prix d'un livre permet de rémunérer sa diffusion, 20 % l'impression, 18 % l'éditeur, et le reste, aux alentours de 7 %, correspond aux droits d'auteur[3]. Au Québec, ces chiffres diffèrent légèrement: l'auteur reçoit généralement 10%, l'éditeur: 30%, le distributeur: 20% et le libraire:40%[4]. L'auto-éditeur, en fonction de ses choix, a des coûts de diffusion et d'édition plus limités, mais par contre des coûts d'impression souvent plus élevés (dus au petit nombre d'exemplaires). Il demeure qu'il peut généralement fixer un prix inférieur aux prix du marché.

En France, l'obtention du taux réduit de la TVA (7 % depuis avril 2012) nécessite de remplir des conditions allégées, qui sont détaillées dans l'instruction du 12 mai 2005 modifiant la nouvelle définition fiscale du livre[5] et indiquant « un livre est un ensemble imprimé, illustré ou non, publié sous un titre, ayant pour objet la reproduction d’une œuvre de l’esprit d’un ou plusieurs auteurs en vue de l’enseignement, de la diffusion de la pensée et de la culture ».

L'auto-édition permet de diffuser des textes qui entrent difficilement dans le cadre normal du milieu de l'édition. C'est un moyen adapté à des projets de taille modeste dans des domaines très spécialisés (histoire régionale, domaine technique, etc.) : ainsi, une auto-édition dans le domaine de la littérature générale paraît une véritable gageure. A contrario, certains auteurs ayant réussi dans le domaine de l'édition traditionnelle peuvent choisir de devenir leur propre éditeur, avec les mêmes moyens et méthodes qu'un éditeur traditionnel : on peut citer Marc-Édouard Nabe, devenu la figure de proue de ce nouveau moyen éditorial – qu'il nomme « anti-édition »[6].

Le cas est relativement fréquent dans la bande dessinée: par exemple Les Éditions Albert René, créées par Albert Uderzo en 1979 pour éditer ses Astérix, la dessinatrice Claire Bretécher qui auto-édite ses albums, Jo-El Azara qui s'auto-édite sous le label Azeko, Benoît Jacques avec Benoit Jacques Books, etc.

L'auto-édition peut aussi être une option dans le domaine de l'édition théâtrale. En effet, en ce qui concerne le théâtre, l'auteur ne perçoit pas seulement des revenus sur la vente de ses livres, mais aussi et surtout sur les droits de représentation de ses œuvres, collectés par la SACD. Il peut dès lors être plus pertinent pour un dramaturge de proposer ses textes en téléchargement gratuit sur son propre site afin d'en faciliter l'accès et la circulation. En renonçant à percevoir des droits sur la vente de ses textes, un auteur de théâtre peut ainsi espérer générer davantage de présentations de ses pièces et donc percevoir des revenus plus importants sous forme de droits de représentation.

Auto-édition numérique[modifier | modifier le code]

L'auto-édition d'un livre n'est pas limitée au format papier, le format e-book est également très fréquent. L’auto-édition numérique, en libérant l’auteur-éditeur des contraintes de l’impression et du papier, de la diffusion par les réseaux traditionnels, ou de l’expédition par voie postale, permet un contact direct avec le lecteur et autorise les ventes à partir d’un nombre très réduit d’exemplaires. La filière e-book a permis de la sorte l’émergence d’un grand nombre de nouveaux auteurs.

L'auto-édition numérique n'existe que depuis le début des années 2000, avec comme premières plateformes Lulu.com (2002), Fondation Fleur de Lys (2003) et Blurb (2005). C'est toutefois en 2007 que la méthode prend son plein envol, avec la création du service Kindle Direct Publishing d'Amazon. Ce dernier est aujourd'hui le chef de file du domaine, avec 60 % de parts de marché de la distribution du livre numérique[1] et une offre de services très étendue, qui comprend notamment : la commercialisation des livres auto-édités sur sa librairie en ligne (à la fois en version numérique Kindle et en papier), un service de prêts de livres (Kindle's Owner Library), un service d'abonnement (Kindle Unlimited) ainsi que des services d'impression à la demande (CreateSpace). Amazon complète sa gamme par divers outils de promotion à destination des auteurs, une plateforme de financement participatif (Kindle Scout), une plateforme de lecture communautaire (grâce au rachat par Amazon de Goodreads en 2013, qui fédère 20 millions de lecteurs à travers le monde), une plateforme destinée à l'échange entre auteurs (Writeon), ainsi qu'un véritable service éditorial, lancé en 2013 (Amazon Publishing).

La plateforme YouScribe offre également ce service.

Le défi, pour les écrivains qui choisissent de se tourner vers cette méthode pour publier, est de trouver le fournisseur qui répondra le mieux à leurs besoins. Et dans un marché dominé par les grandes entreprises américaines et européennes, cela peut s'avérer complexe[pourquoi ?].

Les outils d'auto production sur le web[7][modifier | modifier le code]

Il s'agit de plateformes où il est possible de produire, puis d'éditer un livre numérique directement en ligne. La majorité offrent des options gratuites, et la possibilité d'exploiter au maximum les fonctionnalités en payant un certain montant. Ci-après une liste (non exhaustive) des plateformes présentes en France, par ordre alphabétique :

  • Bookelis.com[8] : plateforme créée en 2013 avec des processus de publication papier et ebook entièrement automatisés et des conseils et services à haute valeur ajoutée. Il s'agit de la seule plateforme d'autoédition à proposer trois packs de distribution permettant de référencer son ouvrage papier chez plus de 10 000 libraires francophones dans le monde ainsi qu'au format numérique sur une centaine de librairies en ligne. La publication en ligne est gratuite, des options payantes sont proposées pour accompagner les auteurs qui en ont besoin.
  • Kobo Writing Life[9] : permet d'accéder gratuitement à la publication à la diffusion de ses livres numériques sur le site de Kobo (qui vend aussi une liseuse) et de son partenaire commercial, la FNAC.
  • Kindle Direct Publishing[10] (Amazon): il s'agit du service d'auto-édition d'Amazon. Si l'intégration de l'ouvrage à la chaîne du livre est gratuite, il y a toutefois des redevances qui sont prélevées sur chacune des ventes[1].
  • Librinova.com[11] : acteur français créé en 2014. La plateforme offre la possibilité à l'auteur d'être publié sur plus d'une centaine de librairies en ligne en France et à l'étranger. L'auteur touche 100 % de ses ventes nettes et peut accéder, s'il le souhaite, à toute une gamme des services complémentaires : éditoriaux, marketing, commerciaux et impression. En cas de succès du livre (soit 1 000 ventes en moins de 18 mois), Librinova se propose d'agir en tant qu'agent de l'auteur pour lui faire signer un contrat avec un éditeur « traditionnel ».
  • Lulu.com[12] : à un niveau plus « canadien », c'est celle qui prédomine. Il s'agit de l'une des plus anciennes plateformes sur le marché (elle existe depuis 2002), et a l'avantage d'offrir une interface en français canadien, et de permettre la vente, l'achat et la diffusion de livres papier ou numériques. Le site permet de convertir en format PDF, directement et facilement en ligne les documents fournis par l'auteur (fichiers Word, etc.). La conversion en format Epub est également possible (bien que cette fonctionnalité semble capricieuse et ne pas toujours être efficace)[réf. nécessaire]. Les livres édités par la plateforme de Lulu.com peuvent dans certains cas être vendus également sur Amazon.com et Barnes & Noble, ou via Ingram chez les libraires américains, mais avec une marge réduite pour l'auteur.
  • Smashwords[13]: existe depuis 2008, et offre sensiblement les mêmes options que PressBook avec de légères nuances. L'écrivain peut choisir de diffuser seulement quelques extraits, pour ensuite vendre en ligne son livre complet. Il s'agit d'une plateforme souvent utilisée par les éditeurs indépendants de moins grande notoriété, puisqu'elle leur permet une mise en marché et une visibilité facile d'accès. Néanmoins, il s'agit également d'une plateforme presque entièrement dominée par la langue anglaise.
  • TheBookEdition.com[14] : Pionnier français de l'auto-édition gratuite, il existe depuis 2007 et compte à ce jour 37 000 auteurs. La publication des livres au format papier et numérique est totalement gratuite. L'auteur choisit lui-même son prix de vente au-dessus d'un prix minimal et touche 100 % de la marge à chaque vente réalisée sur le site. Il n'y a ni contrat d'édition ni engagement. Pas de minimum de commande : le site imprime les livres à la demande, éventuellement à l'exemplaire, et les expédie dans le monde entier. Des services complémentaires payants peuvent aider les auteurs à mieux se présenter, à communiquer et à corriger leurs livres et mettre en forme leurs couvertures. Une fois le livre publié sur la plateforme en ligne, il peut être commandé chez tous les libraires de France et sur les différentes marketplaces connues.

À un niveau national, en 2016, l'Union des écrivaines et des écrivains québécois a réalisé une étude sur l'état des lieux des plateformes numériques d'auto-édition[1]. Il est possible d'y lire, dans les annexes, des descriptions des différentes plateformes d'auto-édition, leur fonctionnement et les caractéristiques pour les utiliser.

Marché[modifier | modifier le code]

Selon un sondage Ifop réalisé pour Le Figaro littéraire, 6 % des Français possèdent un manuscrit et souhaitent le publier, soit 2,5 millions de personnes[15].

Le marché français ou francophone est assez difficile à évaluer car il n'y a pas de communication des chiffres et que les institutions ne mesurent pas ces infos. Seule la BNF a évoqué un nombre de livres autoédités au dépôt légal en 2016 qui représente 17% du nombre total dans le rapport 2016 de l'Observatoire. Aux États-Unis et dans l'édition des principaux pays anglo-saxons, le rapport Authors Earnings de janvier 2018 évalue la part de l'auto-édition sur les plateformes de téléchargement numérique à 35% des unités, et 20% de la valeur. La méthode d'obtention de ces données est critiquée par certains, saluée par d'autres.

Évolution du statut d'auteur auto-édité à auteur édité[modifier | modifier le code]

Il arrive de plus en plus souvent que les auteurs mènent de front une activité d'auteur auto-édité et d'auteur édité par une maison d'édition (à compte d'éditeur), voire qu'ils changent de statut, faisant de l'auto-édition un vivier de découverte de talents pour l'édition dite traditionnelle. On a ainsi vu plusieurs auteurs qui ont commencé par l'auto-édition se retrouver dans des maisons d'édition, en France aussi, et notamment :

De nombreux autres auteurs à la renommée moindre, ont été publiés ou re-publiés par les maisons d'édition.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Émilie Paquin, Les plateformes numériques d'autoédition: état des lieux, Québec, Union des écrivaines et des écrivains québécois, , 39 p. (lire en ligne)
  2. les numéros ISBN sur tous les exemplaires soumis au Dépôt légal
  3. Marc Autret, 150 questions sur l'édition, L'Oie plate, 2005
  4. UNEQ (Union des écrivaines et des écrivains québécois), « FAQ (Foire aux questions) », UNEQ,‎ (lire en ligne)
  5. Bulletin Officiel des Impôts no 82 du 12 mai 2005
  6. http://www.alainzannini.com/index.php?option=com_content&view=article&id=3040&catid=67:analyses&Itemid=85
  7. Sharon Hackett et François Dallaire, Étude sur l'avenir du livre numérique et des ressources documentaires en ligne en formation à distance au Canada francophone, (REFAD, , 125 p. (lire en ligne [PDF]), p. 57 à 61
  8. https://www.bookelis.com
  9. « Kobo Writing Life | Rakuten Kobo », Kobo.com (consulté le 19 mars 2018)
  10. (mul) Kindle Direct Publishing
  11. http://www.librinova.com
  12. https://www.lulu.com/
  13. https://www.smashwords.com/
  14. https://www.thebookedition.com/
  15. Mohammed Aïssaoui, Livres : L'auto-édition dépasse l'édition sur lefigaro.fr, 4 juin 2009
  16. Chrystel Chabert, « Le premier roman auto-édité d'Agnès Martin-Lugand, un joli succès numérique », Culturebox/France TV Info, (consulté le 19 mars 2018)
  17. Elizabeth Sutton, « Alice Quinn, Un palace en enfer : la belle histoire d’une auteure indépendante », ID Boox, (consulté le 19 mars 2018)
  18. « Rencontre avec Aurélie Valognes, best-selleuse », Grazia, (consulté le 19 mars 2018)
  19. Nicolas Gary, « Capter l'attention d'un éditeur avec un manuscrit envoyé par la Poste tient du miracle », Actualitte.com, (consulté le 19 mars 2018)
  20. Mélanie Talcott, « A propos de Projet Anastasis, Jacques Vandroux », La Cause Littéraire, (consulté le 19 mars 2018)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]