Bahar Kimyongür

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Bahar Kimyongür
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Activité

Bahar Kimyongür, né le à Berchem-Sainte-Agathe, est un journaliste belge issu d'une famille arabe originaire de Turquie d'origine syrienne. Depuis la sortie en 2011 de son livre Syriana, la conquête continue aux Éditions Investig'action, il est régulièrement consulté par les médias internationaux sur le conflit syrien, la politique turque et le terrorisme djihadiste. Il est depuis le 1er avril 2013 directeur bruxellois de l'Institut international pour la paix, la justice et les droits de l'homme (IIPJHR), une ONG basée à Genève.

Son opposition au régime de Recep Tayyip Erdoğan lui a valu d'être inculpé sur base de la législation anti-terroriste belge au motif d'avoir traduit en 2004 un communiqué du DHKP-C, mouvement marxiste turc classé sur la liste des organisations considérées comme terroristes par le Conseil de l'Union européenne. Cette traduction lui a valu d'être condamné en première instance en février 2006 à Bruges et en appel en novembre 2006 à Gand, puis d'être acquitté en appel en 2007 à Anvers et en 2009 à Bruxelles à la suite des arrêts de cassation anéantissant les jugements précédents. En 2006, le régime d'Ankara lance un mandat d'arrêt international à son encontre pour avoir interpellé en 2000 le ministre turc des affaires étrangères, alors en audition au Parlement européen, sur une grève de la faim dans les prisons turques qui fera 119 morts. Sur base de cette demande, il sera arrêté et emprisonné aux Pays-Bas (28 avril 2006), en Espagne (18 juin 2013) et en Italie (21 novembre 2013). Acquitté par les justices belge, néerlandaise, espagnole et italienne, il reste cependant recherché par la Turquie. Face à la vacuité de son dossier pénal, Interpol décide le 21 février 2014 de radier le nom de Bahar Kimyongür de son fichier.

Il a notamment reçu le soutien d'Amnesty international, de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme, du Secours rouge ou encore de Noam Chomsky[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Son père, issu de la minorité arabe alaouite de Turquie, est né à Samandağ (province du Hatay)[2]. Il s'est établi en Belgique en 1963 pour travailler comme mineur dans les charbonnages de Houdeng à La Louvière, sa mère était une travailleuse saisonnière des plantations de coton de la plaine de Çukurova. Bahar Kimyongür est diplômé depuis 1996 en histoire de l'art et archéologie à l'Université libre de Bruxelles (ULB).

Aux élections régionales bruxelloises de juin 1995, il figure en 4e position sur la liste du Parti du travail de Belgique, une organisation marxiste-léniniste. Aux élections régionales bruxelloises de juin 1999, il est à nouveau candidat sur cette liste, en 69e position.

Bahar Kimyongür a été propulsé à l'avant-scène médiatique à la suite des poursuites judiciaires dont il fait l'objet, étant l'un des premiers justiciables poursuivis en vertu de la législation anti-terroriste. Il a en effet été inculpé pour terrorisme après avoir traduit du turc vers le français un communiqué publié par le DHKP-C, un groupe armé classé comme terroriste par l’État turc et par l'Union européenne.

Affaire Kimyongür - volet judiciaire belge[modifier | modifier le code]

Condamnation en première instance[modifier | modifier le code]

Le 28 février 2006, Bahar Kimyongür est condamné à quatre ans de prison ferme par le tribunal de première instance de Bruges pour « terrorisme » dans le cadre du procès « DHKP-C », réunissant plusieurs inculpés poursuivis pour « appartenance » à ce mouvement d'extrême-gauche turc.

À la suite de ce jugement, M. Kimyongür, ainsi que les autres inculpés, décide de faire appel. Si certains condamnés du procès sont immédiatement incarcérés à la prison de Bruges (où ils subiront notamment des mesures de privation de sommeil qui seront qualifiées de torture blanche par les organisations de défense des droits de l'homme[3]), Bahar Kimyongür est laissé libre de ses mouvements jusqu'à la tenue du procès en appel.

Premier procès en appel[modifier | modifier le code]

En novembre 2006, la Cour d'appel de Gand alourdira le verdict du tribunal de première instance, en condamnant M. Kimyongür à cinq années de prison ferme[4].

À la suite de cet arrêt, M. Kimyongür est incarcéré à la prison de Gand. Il se pourvoit en cassation.

Cassation du procès en appel[modifier | modifier le code]

Le 19 avril 2007, la Cour de cassation, la plus haute institution judiciaire du pays, a cassé l'arrêt de la Cour d'appel de Gand au motif d'un vice de procédure dans la nomination de certains magistrats, laissant peser, selon la Cour, une suspicion sur leur impartialité. À la suite de la décision de la Cour d'Arbitrage, Bahar Kimyongür, de même que les autres condamnés du procès « DHKP-C », a été libéré.

Deuxième procès en appel[modifier | modifier le code]

En septembre 2007, un nouveau procès en appel a démarré devant la cour d'appel d'Anvers (le jugement de la Cour de Gand ayant été cassé, c'est la Cour d'Anvers qui a été mandatée)[5], dont le verdict, plusieurs fois reporté, a été rendu le et a constitué une surprise puisque tous les inculpés du procès ont été acquittés[6].

Deuxième cassation[modifier | modifier le code]

Le 24 juin 2008, la Cour de cassation annule l'acquittement prononcé par la Cour d'appel d'Anvers au motif que les juges anversois auraient mal interprété la loi sur l'association de malfaiteurs pour ce qui est du volet concernant l'activité clandestine des militants du DHKP-C à Knokke.

Troisième procès en appel[modifier | modifier le code]

Le 4e procès du DHKP-C débute le 25 mai 2009 devant la Cour d'appel de Bruxelles. Le 14 juillet, le président du tribunal, Antoon Boyen, fixe au 14 octobre une réouverture des débats avec la requalification des inculpations initiales.

Le 23 décembre 2009, « la cour d’appel de Bruxelles a acquitté Bahar Kimyongür des accusations d’appartenance à une organisation terroriste »[7]. Elle se refuse par ailleurs de qualifier le DHKP-C de groupe terroriste et d'organisation criminelle. Trois des inculpés écopent toutefois de peines avec sursis pour avoir constitué une « association de malfaiteurs » entre eux en septembre 1999 dans le cadre de leur activité militante à Knokke.

Troisième cassation[modifier | modifier le code]

Le Parquet annonce le 7 janvier 2010 qu'il ne se pourvoira pas en cassation contre cet arrêt[8]. En revanche, l'État turc saisit la plus haute juridiction du pays en espérant obtenir une révision des peines. Mais le 18 mai 2010, la Cour de cassation rejette la demande turque au motif qu'une partie civile ne peut aller en cassation contre les aspects pénaux d’un arrêt.

Affaire Kimyongür - volet judiciaire turc et international[modifier | modifier le code]

L'État turc a engagé une nouvelle procédure judiciaire contre Bahar Kimyongür à la suite de son intervention verbale en présence d'un ex-ministre turc en visite le 28 novembre 2000 au Parlement européen à Bruxelles. Dans le cadre de cette procédure et de la précédente, il a été signalé, désignalé puis resignalé à rechercher via Interpol.

Dans la nuit du 27 au 28 avril 2006, alors qu'il se rendait à un concert à Amsterdam, M. Kimyongür est arrêté aux Pays-Bas quelques minutes après avoir franchi la frontière belgo-néerlandaise. La raison de cette arrestation est le mandat d'arrêt international lancé par l'État turc à son encontre, lequel introduit immédiatement une demande d'extradition. Un juge néerlandais est alors saisi du dossier tandis que M. Kimyongür est incarcéré dans une prison néerlandaise. Le jugement sur la demande d'extradition de l'État turc sera toutefois favorable à M. Kimyongür, le juge considérant que les motivations de cette demande d'extradition sont fantaisistes.

Il apparaîtra par la suite que cette arrestation aux Pays-Bas avait été organisée par les services de sécurité belges[9], ce qui est une procédure illégale à plusieurs titres. Le rapport des comités permanent de contrôle des services de police (« Comité P ») et de renseignement (« Comité R ») sur cette affaire reste à ce jour inaccessible.

Le 18 juin 2013 il est arrêté à Cordoue (Espagne)[10], puis libéré sous caution. Il est à nouveau arrêté le 21 novembre 2013 pour la même raison, cette fois à Bergame (Italie)[11],[12], puis libéré le 11 mars 2014 par la Cour d'appel de Brescia après 111 jours de privation de liberté.

En février 2018, Bahar Kimyongür est ajouté par le régime de Recep Tayyip Erdogan sur sa liste de « terroristes les plus recherchés ». Une récompense d'un million de livres turques est promise pour sa capture. Il réagit en portant plainte pour menaces contre le gouvernement turc[13].

Militantisme par rapport à la guerre civile en Syrie[modifier | modifier le code]

Bahar Kimyongür est issu de la minorité arabe alaouite qui fait l'objet, de par son assimilation au régime Assad, d'actes de violence, voire de pogroms, de la part des insurgés sunnites en Syrie, notamment des groupes salafistes-djihadistes. Il assume le rôle de porte-parole du Comité contre l’ingérence en Syrie (CIS), dans le cadre duquel il qualifie les États-Unis de « pourvoyeur de terroristes et fauteur de guerre en Syrie »[14], et il est signataire d'un « appel à faire cesser l’agression contre la Syrie et à refuser la participation de la France à celle-ci »[15], la Syrie faisant selon lui, l'objet d'un programme de "Regime Change" de longue date[16].

Annexes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Le film Résister n'est pas un crime est consacré à l'affaire DHKP-C et au cas Kimyongür, un documentaire de Marie-France Collard, F.Bellali et J.Laffont qui a remporté le Prix Spécial du Jury au Festival International du Film des Droits de l'Homme (FIFDH) 2009 de Paris.

Le documentaire Interpol: Red Alert! d'Al Jazeera, diffusé le 12 janvier 2017 et qui montre comment certains États utilisent Interpol pour traquer des opposants politiques, traite notamment du cas de Kimyongür[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Notices rouges : le calvaire de Bahar Kimyongür | Le Lanceur », sur www.lelanceur.fr
  2. Eylem Aydemir, « Interview avec Bahar Kimyongur », Librenews, 26 février 2010.
  3. « Pratiques inhumaines et humiliantes », La Libre Belgique, .
  4. "Bahar Kimyongür, prisonnier d’opinion", par François Schreuer, Politique, revue de débats, Bruxelles, no 47, décembre 2006.
  5. « Retour à la case départ pour "l'affaire Erdal" » sur le site internet de la RTBF,
  6. « DHKP-C - les sept prévenus acquittés pour terrorisme » sur le site internet de la RTBF,
  7. Marc Metdepenningen, DHKP-C : Bahar Kimyongur acquitté, Le Soir, 23 décembre 2009.
  8. Belga, Le parquet n'ira pas en cassation contre l'arrêt DHKP-C, 7sur7, 7 janvier 2010
  9. « Bahar Kimyongur « donné » aux Pays-Bas » sur le site internet de la RTBF,
  10. Jean-Claude Matgen, "Nouveaux ennuis judiciaires pour l’activiste Bahar Kimyongur", La Libre Belgique, 20 juin 2013
  11. Marc Metdepenningen, "DHKP-C: Bahar Kimyongur arrêté ce matin à Milan", Le Soir, 21 novembre 2013
  12. Michel Molitor, "DHKP-C: l'arrestation de Bahar Kimyongür en Italie, un acharnement?", RTBF, 22 novembre 2013
  13. « La tête du militant belge Bahar Kimyongur mise à prix », Le Soir,‎ (lire en ligne)
  14. Bahar Kimyongür, « USA : pourvoyeur de terroristes et fauteur de guerre en Syrie », Investig’Action, 20 septembre 2012.
  15. « Appel à faire cesser l’agression contre la Syrie et à refuser la participation de la France à celle-ci Comité Valmy », Comité Valmy, 1er novembre 2015.
  16. Bahar Kimyongür, « La Syrie, victime d’un complot : une preuve de plus », Investig’Action, 1er décembre 2012.
  17. (en) « Interpol: Red Alert! », sur aljazeera.com, (consulté le 12 janvier 2017)