Purges suivant la tentative de coup d'État de 2016 en Turquie

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Les purges suivant la tentative de coup d'État de 2016 en Turquie sont un ensemble d'épurations politiques menées par le président turc Recep Tayyip Erdoğan à la suite de la tentative de coup d'État de 2016 en Turquie. Une fois le coup d’État écrasé le 16 juillet 2016 et le « Conseil de la paix dans le pays » dissous, les putschistes capturés vivants ont été rapidement traduits en justice. Cependant, les mesures de répression s'étendent très vite aux membres du Mouvement Gülen, accusés d'être derrière le putsch. Puis à tous ceux qui sont soupçonnés d'être gulénistes ou en contact avec des gulénistes, à tout ce qui est lié à l'indépendantisme kurde y compris son versant politique pacifique, à de nombreux kémalistes, aux médias et associations d'opposition. Et de manière générale à n'importe quel fonctionnaire ou membre notable de la Société civile soupçonné d'être un opposant au président Erdoğan. Ces dérives autoritaires suscitent des inquiétudes sur l'avenir de la démocratie en Turquie, et est ainsi parfois comparée à l'Incendie du Reichstag.

Au , 25 917 personnes ont été placées en garde à vue dans le cadre de l'enquête sur la tentative de coup d'État. Par ailleurs, 13 419 personnes ont été mises en détention préventive, et les passeports de 74 562 personnes ont été confisqués[1]. De plus, près de 5 000 fonctionnaires de l'État turc ont été licenciés de leurs fonctions et 80 000 suspendus[2],[3],[4],[5]. Le gouvernement a fermé 4 262[6] fondations, hôpitaux, institutions éducatives, associations, médias, syndicats et entreprises[7]. Fin octobre, 10 131 fonctionnaires supplémentaires sont limogés[8]. Au total à la fin octobre, environ 85 000 fonctionnaires ont été démis de leur fonction et 35 000 personnes mises en prison en rapport avec le coup d'État[9]. En novembre 2016, une nouvelle série de limogeages est lancée avec près de 15 000 renvois, dont 7 600 renvois dans la sécurité intérieure, 2 700 renvois au ministère de l'Intérieur et environ 1 200 enseignants. De plus environ 550 associations, plusieurs médias, et 19 institutions médicales sont contraintes de fermer. Cette nouvelle série ferait monter le nombre total de renvois à près de 110 000 personnes[10]. Ainsi, entre le 15 juillet et le 18 novembre 2016, plus de 110 000 militaires, fonctionnaires, magistrats, enseignants et policiers ont été révoqués et 36 000 personnes incarcérées attendent d'être jugées pour leur implication présumée dans la tentative de coup d’État[11].

En avril 2017, de nouvelles purges sont effectués avec la suspension de 9 000 policiers, d'un millier de fonctionnaires de la justice, un millier de militaires et 500 universitaires. Enfin le régime demande l'arrestation de 1 000 personnes. Quelques jours après, 5 000 fonctionnaires de la télévision sont licenciés, et les émissions de TV basées sur les rencontres amoureuses sont censurées ; l'accès à toutes les versions linguistiques de Wikipédia est bloqué sur la base de la loi no 5651[12].

Au 12 juillet 2017, plus de 150 000 personnes ont été limogées ou suspendues de leur fonction dans l’armée, l’administration et le secteur privé et plus de 50 000 ont été arrêtées[13]. À cette date, le président Recep Tayyip Erdoğan excluait de lever l'état d'urgence[13]. Au 23 juillet 2017, 70 % de la presse écrite appartenait à des hommes d'affaire liés au président ou à son parti l'AKP[14].

Armée[modifier | modifier le code]

Suite à la tentative de putsch, plusieurs arrestations ont lieu[15],[16],[17]. 20 militaires ayant pris le contrôle du siège de la télévision officielle TRT à Ankara ont été arrêtés[18]. Le commandant des garde-côtes est limogé par le ministre turc de l'Intérieur, Efkan Ala[19]. Une importante arrestation a lieu au siège du commandement de la gendarmerie qui aurait été le QG des putschistes. Les forces de sécurité turques ont arrêté et placé en garde à vue 8 831 militaires dont 178[20] généraux et amiraux[21],[22],[23], Ali Yazıcı, l'aide de camp d'Erdoğan, a été arrêté[21], puis limogé[24]. Par ailleurs, l'attaché militaire de l'ambassade de Turquie au Koweït a été arrêté en Arabie saoudite et est en cours d'extradition, alors qu'il tentait de se rendre en Allemagne[25]. La Turquie demande l'extradition des huit soldats putschistes qui avaient atterri à l'aéroport d'Alexandroúpoli, après avoir fui vendredi vers la Grèce à bord d'un hélicoptère[26]. Le gouvernement grec dit examiner leur demande d'asile, en tenant compte de ce qu'ils ont fait, et que l'hélicoptère serait rendu aux autorités turques[27]. En parallèle, le gouvernement grec les poursuit pour leur entrée illégale sur son sol[28]. Ils sont finalement condamnés à deux mois de prison avec sursis, alors qu'ils en risquaient cinq ans ferme[29]. Le ministère de la Défense ouvre une enquête sur tous les juges et procureurs militaires[30]. Au total, 262 juges et procureurs militaires sont démis de leurs fonctions[31],[32],[33]. Au total, au 21 juillet, 0,8 % des militaires ont été arrêtés, dont 27,5 % de généraux et amiraux[34]. Quelques jours après la tentative de coup d'état, les autorités suspendent 100 membres des services renseignement[35]. Au total, 1,3 % des membres des renseignements ont été limogés[34].

Le , des mandats d'arrêt sont émis à l'encontre de 300 membres de la garde présidentielle[36]. Le gouvernement annonce la dissolution de la garde présidentielle[23]. De plus, il a été décidé que la Gendarmerie et les garde-côtes[37] ne dépendent plus du ministère de la Défense mais de celui de l'Intérieur[38]. Le , la police turque indique avoir procédé à de nouvelles arrestations dans une école militaire d'Istanbul, où 40 personnes ont été arrêtées[39]. Le jour-même, 3 soldats ayant attaqué la résidence d'Erdogan à Marmaris sont arrêtés, tandis que 4 autres sont encore recherchés[40]. Le , 11 autres soldats impliqués dans l'attaque, sur un total de 38, sont arrêtés, après avoir été traqués par les autorités et qu'un autre est encore recherché[41].

Le 26 juillet, deux généraux opérant en Afghanistan sont arrêtés à Dubaï[42].

Le 27 juillet, les autorités turques annoncent le limogeage de 149 généraux et amiraux, sur un total de 358 au sein de l'armée turque[43], de 1 099 officiers et de 436 sous-officiers pour cause d'indignité[44]. Parmi les 149 généraux et amiraux, il y a 87 hauts gradés de l'armée de terre, 30 de l'armée de l'air et 32 de la marine[20]. À cela, il faut ajouter le limogeage du commandant des garde-côtes et de 7 généraux de la gendarmerie ce qui fait un total de 44 % de généraux et amiraux limogés, soit 157 sur 358[45]. Le lendemain, deux importants généraux démissionnent. Il s'agit du général İhsan Uyar, chef de l'armée de terre et du général Kamil Başoğlu, chef des entraînements et de la doctrine de commandement[46]. Le gouvernement turc annonce la fermeture des casernes et bases militaires qui ont servi à la tentative de coup d'État, dont la base aérienne d'İncirlik[47].

Le 31 juillet, 1 400 autres militaires sont arrêtés[24]. Par ailleurs, le gouvernement turc décide de remplacer les différentes écoles militaires par une université militaire[24].

Les hôpitaux militaires sont mis sous tutelle du ministère de la Santé[24]. Le 2 août, des mandats d'arrêt sont lancés contre près de cent membres du personnel de l'hôpital militaire d'Ankara, Gulhane Military Medical Academy, dont des médecins[48].

Un décret autorise le chef de l'État à nommer à la tête des forces armées n'importe quel général ou amiral, alors que le choix était jusqu'alors limité au chef d'état-major d'un des trois corps d'armée. De plus, en raison d'un manque de pilotes à cause de la purge, le décret permets aux anciens pilotes de l'armée de l'air de reprendre du service[49].

Le , 216[50] militaires et gendarmes dont 9 généraux sont toujours recherchés pour leur rôle dans la tentative de putsch[51]. Par ailleurs, un amiral en poste sur un site de l'OTAN aux États-Unis demande l'asile à ce pays après avoir été rappelé en Turquie par le gouvernement turc[52]. Deux colonels, attachés militaires de l'ambassade de Turquie en Grèce ont fui la Grèce vers l'Italie avec leurs familles après avoir été rappelé en Turquie[50]. Le 17 août, le gouvernement publie un décret révoquant plusieurs centaines de militaires[53].

Le 19 août, le gouvernement turc recherche 137 militaires, dont 9 généraux et amiraux[54]. Le 1er septembre, un décret publié par le gouvernement révoque 820 militaires supplémentaires. Au total, au , 4451[55] militaires ont été relevés de leurs fonctions depuis le putsch manqué[56].

Le , 87 membres des services de renseignements sont limogés[57]. Le 5 octobre, 540 militaires dont 368 officiers sont suspendus par le gouvernement turc à cause de leurs liens supposés avec le prédicateur Fethullah Gülen[58]. Le 30 octobre, 101 militaires sont démis de leurs fonctions[59]. Fin octobre, le procureur général de Konya émet un mandat d'arrêt contre 73 pilotes de l'armée - 71 lieutenants et deux colonels - dans le cadre d'une enquête pour appartenance güleniste[60].

Le 22 novembre 2016, près de 7 600 membres des forces de la sécurité intérieure sont limogés[61].

Les officiers et militaire turcs travaillant dans les structures l'OTAN ne sont pas épargnés non plus. À la date du 18 novembre 2016, plusieurs officiers turcs de l'OTAN étaient portés disparus[62]. Au 22 novembre, environ 70 membres de la centaine d'officiers et sous-officiers turcs du quartier général de l'OTAN à Bruxelles avaient été victimes des purges, selon le général tchèque Petr Pavel ; et 36 des 46 officiers turcs présents à la base de Norfolk avaient été obligés de démissionner[62]. Une partie d'entre-eux ont été emprisonnés dès leur retour en Turquie[11]. De plus, des officiers turcs de l'OTAN et leurs familles - particulièrement ceux qui travaillaient à la Ramstein Air Base à Ramstein-Miesenbach en Allemagne - ont demandé le droit d'asile aux États-Unis, à l'Allemagne, à la Belgique et à la Grèce[63].

Le 12 juillet 2017, 14 autres militaires sont interpellés. À cette date, 7 655 membres de l’armée, dont 150 généraux et amiraux et 4 287 officiers, ont été renvoyés depuis le coup d’État manqué[13]. Suite à ces interpellations, le Premier ministre Binali Yıldırım déclare que les purges dans l'Armée approchent vraisemblablement de leur fin[13]. Mais malgré cette déclaration, le 14 juillet, 7653 policiers, soldats et fonctionnaires sont limogés, et 342 militaires à la retraite sont dégradés[64]. Et le 15 juillet, anniversaire de la tentative de coup d'État, le président Erdogan promet d'«arracher la tête des traîtres» et de rétablir la peine de mort pour les putschistes[65]

Enseignement[modifier | modifier le code]

C'est le monde de l'enseignement qui est le plus touché par la purge avec la suspension de 21 738[66],[67] fonctionnaires du ministère de l'Éducation et avec l'appel du Conseil de l'enseignement supérieur à la démission de 1 577 recteurs et doyens des universités[68]. Au total, 1,5 % des fonctionnaires du ministère de l'Éducation ont été suspendus[34]. Le ministère de l'Éducation annonce par ailleurs la fermeture de nombreux établissements scolaires dont 1 043 écoles privées et 19[69] universités[70],[71],[72],[73], le mouvement Gülen disposant de nombreuses écoles privées en Turquie[74] qui forment notamment des élites de la société turque[75]. De plus, les autorités turques décident d'annuler l'autorisation de travail de 21 000 professeurs travaillant dans le privé[76]. Quatre professeurs l'Université d'Ankara, 20 membres académiques et 11 membres du personnel administratif de l'Université Bülent Ecevit ont été suspendus[77]. Lors d'un coup de filet dans des milieux supposés gulenistes d'Istanbul, 31 universitaires sont arrêtés et placés en garde à vue[78]. Par ailleurs, le gouvernement turc demande au Cambodge de fermer le réseau d'établissements Zaman, qui serait selon lui lié à Gülen[79]. Le gouvernement turc interdit aux universitaires de voyager à l'étranger et ordonne à ceux qui y sont déjà de revenir dans le pays[80]. Le nombre de fonctionnaires de l'éducation nationale licenciés dépasse les 28 000[81]. Au 28 juillet, 42 767 personnes dans le secteur de l'enseignement ont perdu leur travail[82]. En raison d'un manque d'effectif causé par la purge, l'âge de retraite des professeurs d'université est relevé à 75 ans[83].

Le 19 août, des mandats d'arrêt sont émis à l'encontre de 146 universitaires[2]. Le gouvernement turc décide de reporter la rentrée scolaire de trois semaines, au 3 octobre, pour pouvoir embaucher suffisamment d'enseignants pour pallier les nombreux licenciements dans le secteur de l'éducation[84]. Le 2 septembre, 2 346[85] personnes travaillant au sein de l'enseignement supérieur ont été licenciées[86].

Le 6 septembre, un mandat d'arrêt est émis à l'encontre de 147 enseignants accusés de « violation de la Constitution », « tentative de renverser le gouvernement turc » et « appartenance à une organisation terroriste armée » pour avoir utilisé une application de messagerie cryptée[87].

Le 8 septembre, la purge s'étend à des enseignants kurdes, et 11.500 d'entre eux sont suspendus pour liens présumés avec le PKK, le temps qu'une enquête établisse l'existence de ces liens. Le Premier ministre annonce que leur nombre devrait s'élever à 14 000 à l'issue des enquêtes[88]. Plusieurs dizaines d'entre eux, qui manifestent à Diyarbakır contre l'aspect arbitraire de ces suspensions sont arrêtés le lendemain, l'état d'urgence décrété à la suite de la tentative du coup d'État interdisant la tenue de telles manifestations[89].

Le 1er octobre, 23 personnes travaillant à la prestigieuse université d'Ege sont placés sous mandat d'arrêt en raison de leurs liens avec Gülen[90]. Fin octobre, un décret remet en cause le statut de recteur d'université qui n'est plus élu mais nommé par le président de la république[8]. Le 30 octobre, 2 219 fonctionnaires du ministère de l'éducation nationale sont limogés[59]. Le 2 novembre, 137 universitaires sont placés sous mandat d'arrêt pour leurs liens supposés avec la mouvance du prédicateur Fethullah Gülen[91]. Des observateurs extérieurs dénoncent un climat de terreur qui règne au sein des universités turcs poussant certains universitaires turcs à fuir à l'étranger. Le nombre d’universitaires suspendus de leur fonction dépasse 4 000 et 2 340 universitaires ont été licenciés[81].

Le 22 novembre, 1200 fonctionnaires du Ministère de l'Enseignement sont limogés[61].

Le 26 novembre, 6 000 enseignants suspendus ou limogés sont réintégrés. Les enquêtes ouvertes contre eux restent toutefois en cours. C'est la première fois que les autorités turques réintègrent autant de fonctionnaires[92].

Le 10 juillet 2017, la justice turque ordonne l'arrestation de 72 universitaires, dont un ancien conseiller d'un des principaux dirigeants de l'opposition[93].

Justice[modifier | modifier le code]

Quelques heures après la tentative de coup d'état, le Conseil supérieur de la magistrature turc (HSYK) démet 2 745 juges de leurs fonctions en attendant leurs jugements[94], tandis que 700 d'entre eux ont été arrêtés[95]. Enfin, 2 juges de la Cour constitutionnelle, 40 de la Cour d'État, environ 100 de la Cour de cassation ont également été arrêtés[96]. Au total, 12,7 % des juges ont été arrêtés[34]. Le 23 juillet, le gouvernement turc annonce avoir placé en garde à vue 2 100 juges et procureurs[23]. Pour Marcel Lemonde, juge international ayant participé à moderniser la justice turque, un « climat de terreur » pèse sur la justice en Turquie empêchant la tenue de procès équitables. Selon lui, les droits de la défense ne sont pas respectés, puisque des avocats sont arrêtés au motif d'avoir défendu certains clients, et les juges n'ont aucune protection, puisque selon les décisions qu'ils rendent, ils sont soit arrêtés soit promus[97]. Le 15 août 2016 ,173[98] mandats d'arrêt sont émis à l'encontre de juges, procureurs, avocats[99] et employés des principaux tribunaux d'Istanbul. La police turque perquisitionne trois tribunaux[98]. Le 24 août, l'Assemblée générale du Conseil supérieur de la magistrature turc (HSYK) renvoie[100] 2 847 juges et procureurs[101]. Un décret publié le congédie 543 procureurs et juges. Au , un total de 3 390 magistrats a été démis de leurs fonctions[56]. De plus, un total de 3 495 juges et procureurs a été placé en garde à vue[102]. Le 30 octobre, le gouvernement turc limoge 183 fonctionnaires de la Cour de cassation et 2 534 du Ministère de la justice[59].

Mise au pas des médias[modifier | modifier le code]

Le 19 juillet, le Conseil supérieur de l'audiovisuel de Turquie (RTÜK) indique avoir retiré la licence de plusieurs chaînes de télévision et de radio proches de Fethullah Gülen. Vingt-quatre chaînes sont concernées[103]. Dans le passé, ce fut ainsi le cas de la chaîne Samanyolu TV, éjectée du réseau de satellites Türksat[104], et du quotidien Zaman, mis sous tutelle[105], qui furent censurés car gülenistes. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel de Turquie (RTÜK) informe également avoir privé 34 journalistes de leur carte de presse[39]. De plus, une trentaine d'employés du Conseil supérieur de l'audiovisuel de Turquie (RTÜK) sont écartés[106]. L'association turque de radio et de télévision (TRT) suspend 300 membres de son personnel[33]. D'après l'association des radios amateurs de Turquie (Türkiye Radyo Amatörleri Cemiyeti Genel Merkezi), le gouvernement turc a révoqué 3213 licences de radios amateurs et leur a interdit toute émission vers l'étranger[107]. Le 25 juillet, 42 journalistes sont placés sous mandat d'arrêt[39]. Parmi eux, se trouvent des journalistes de premier plan notamment Nazlı Ilıcak[108]. Le 27 juillet, la justice turque émet des mandats d'arrêt contre 47 anciens employés du quotidien Zaman[109]. Le même jour, les autorités turques annoncent la fermeture de 131 organes de presse[110] : 45 journaux, 29 maisons d'édition, 23 stations de radio, 16 chaînes de télévision, 15 magazines et 3 agences de presse[111]. Il s'agit majoritairement de médias d'envergure provinciale, mais la chaîne de télévision pro-kurde IMC TV, le quotidien d'opposition Taraf et l'agence de presse Cihan, proche des gülenistes sont également touchés[112]. Le 29 juillet, 17 journalistes sont placés en détention préventive pour « terrorisme »[113]. Selon le syndicat des journalistes lié à la Fédération DISK, 2 308 journalistes ont perdu leur emploi depuis la tentative de coup d'État. Ce chiffre ne prend pas en compte les stagiaires et les journalistes en free-lance[114]. Selon ce syndicat, plus de 200 journalistes ont été arrêtés depuis la tentative de coup d'état[81]. Le , le parquet d'Istanbul émet des mandats d'arrêt contre 35 personnes travaillant dans les médias[115].

L'écrivain turc et Prix Nobel de littérature Orhan Pamuk critique ces arrestations (et particulièrement celles des frères Altan, journalistes turcs) et s'exprime ainsi sur la purge dans une tribune accordée au journal italien La Repubblica[116] : « En Turquie, on est en train, petit à petit, d’enfermer dans des cellules toutes les personnes qui se permettent d’exprimer les critiques même les plus minimes sur les actions du gouvernement (...), sur la base de la haine la plus féroce. Désormais, la liberté de la pensée n’existe plus. Nous sommes en train de nous éloigner à toute vitesse d’un État de droit vers un régime de terreur. » Le 22 septembre, l'un des frères Altan, Ahmet, a été remis en liberté[117] avant d'être remis en détention 24 heures plus tard[118]. Fin octobre, une quinzaine de média principalement pro-Kurde sont fermés[8].

Le dans le contexte de répression suivant la tentative de coup d'État, le rédacteur en chef Murat Sabuncu et son représentant à Ankara Güray Öz ainsi que 16 journalistes et caricaturistes du journal Cumhuriyet, sont arrêtés et mis en garde à vue[119]. Survenant après la fermeture de quinze quotidiens, magazines et agences de presse, basés pour la plupart dans le Sud-Est à majorité kurde, ces arrestations sont interprétées comme une volonté du pouvoir turc de faire taire le « dernier grand quotidien d'opposition du pays »[120].

L'ex-directeur de Cumhuriyet, Can Dündar, doit s'exiler à Berlin, car il avait rendu publiques des vidéos montrant des livraisons d’armes par les services de renseignement turcs à des djihadistes en Syrie. En Allemagne, il continue son travail de journaliste en réalisant, pour la chaîne Arte, un documentaire sur la Turquie d'après la tentative de coup d’État[121].

Le 22 novembre, 9 médias supplémentaires sont dissous[61].

Le journaliste germano-turc Deniz Yücel, correspondant pour Die Welt, est placé à l'isolement et privé d'avocat depuis février 2017[122].

La remise en liberté de 21 journalistes a été bloquée in extremis le 31 mars 2017 et les magistrats qui l'avaient ordonnée ont été suspendus[123].

Le 12 juillet 2017, 34 anciens employés de la chaîne de télévision publique TRT, qui avaient déjà été licenciés, sont visés par des mandats d'arrêt[124]. Ils sont accusés d'avoir utilisé la messagerie cryptée ByLock, qui est également utilisée par les gülénistes[124].

Au 17 juillet 2017, plus d'une centaine de journalistes se trouvent en prison, après y avoir été jetés sans jugement[123]. Parmi eux, 20 journalistes - ainsi qu'un avocat et un ancien éditorialiste - risquent la prison à vie pour avoir travaillé avec le journal Zaman, présenté par le pouvoir comme un organe de presse de la Confrérie Gülen et fermé par décret en juillet 2016[123]. Certains détenus gravement malades sont maintenus en détention, comme Sahin Alpay, un ancien éditorialiste de Zaman âgé de 73 ans, qui souffre de problèmes respiratoires, de diabètes et de problèmes cardiaques et qui ne peut pas dormir sans masque respiratoire[123]. Tandis que d'autres sont maintenus dans l'isolement total, et ne peuvent pas communiquer avec leur avocat[123]. Pour ces raisons, la Turquie occupe la 155e sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2017[123].

En juillet 2017, la presse d'opposition a quasiment disparu. Le dernier média considéré d'opposition et indépendant est le quotidien papier et internet Cumhuriyet, qui tire 50.000 exemplaires et qui est consulté par plus de 1.500.000 internautes individuels[14]. En-dehors de lui, 70 % de la presse écrite et des chaînes de télévision appartiennent à des hommes d'affaires liés au président Recep Tayyip Erdoğan ou à son parti l'AKP[14]. Tandis que les 30 % restants sont des «médias pingouins», c'est-à-dire des médias qui préfèrent s'autocensurer plutôt que de critiquer le gouvernement - en référence aux chaînes d’information qui diffusaient des documentaires sur la vie des pingouins au lieu des images de la révolte du parc Gezi en 2013[14].

Procès de Cumhuriyet[modifier | modifier le code]

Le procès de 17 employés, journalistes et collaborateurs du quotidien d'opposition Cumhuriyet, accusés par le gouvernement turc de « soutenir » ou d’être « membres d’une organisation terroriste », s'ouvre à Istanbul le 24 juillet 2017[125]. Les groupes avec lesquels ils sont accusés d'avoir des liens sont les séparatistes kurdes du PKK, un groupuscule d'extrême-gauche appelé DHKP-C et le mouvement du prédicateur exilé aux États-Unis Fethullah Gülen[126]. Mais Cumhuriyet, qui s'est forgé une solide réputation à force de scoops embarrassants pour le pouvoir, dénonce un procès politique visant à abattre l'un des derniers organes de presse indépendants du pays[126]. L'un des accusés, Ahmet Sik, est accusé d'être güléniste, alors qu'il avait écrit dans les années 2000 un livre qui expliquait et dénonçait comment la Confrérie Gülen s'infiltrait dans les rouages de l’État turc[125]. Ils risquent tous jusqu'à 43 ans de prison[126]. Le 28 juillet, le tribunal ordonne la remise en liberté provisoire de 7 des collaborateurs de Cumhuriyet, mais le maintien en détention de ses 4 principaux journalistes[126]: le dirigeant du journal Akin Atalay, le rédacteur en chef Murat Sabuncu, le chroniqueur Kadri Gürsel, ainsi que le journaliste d’enquête Ahmet Sik[127]. Le comptable du journal, Yusuf Emre Iper[127], est également gardé en détention, à l'isolement cellulaire - selon Amnesty International, cela aurait pour but de détériorer volontairement sa santé physique et mentale[128].

L'audience suivante a eu lieu le 11 septembre 2017. Il y est décidé de garder les 5 prévenus en détention, en attendant une nouvelle audience le 25 septembre[129].

Police[modifier | modifier le code]

Au 18 juillet, environ 9 000 employés du ministère de l'Intérieur, dont 7 899 policiers[130], 614 gendarmes, 18 garde-côtes et 246 fonctionnaires des autorités locales sont limogés[131],[33]. Enfin, 100 policiers sont arrêtés[95]. Au 21 juillet, 2,7 % de policiers sont limogés[34]. Le 23 juillet, le gouvernement déclare que 1 329 policiers sont placés en garde à vue[23]. 7 généraux de la gendarmerie sont limogés, sur un total de 32 généraux, ainsi que le commandant des garde-côtes[45]. Le 17 août, le gouvernement publie un décret révoquant 2 360[49] policiers[53]. Le , le gouvernement publie un décret dans lequel il relève de leurs fonctions 7 669 policiers et 323 gendarmes, chargés de la sécurité intérieure[56]. Le 4 octobre, 12 801 policiers sont mis à pied dont 2.523 gradés[132]. Le 30 octobre, au moins 1 082 policiers, y compris des policiers retraités et licenciés ont été dépouillés de leurs rangs par décret en raison de liens supposés avec Gülen. En conséquence, leurs permis d'armes à feu, leurs cartes d'identité d'anciens policiers, leurs permis de pilote et de navigation ainsi que leurs passeports sont annulés. Ils ne peuvent plus appartenir à la fonction publique et perdent leurs droits accordés en fonction de leurs rangs. Ils ne peuvent plus travailler dans une entreprise de sécurité privée[59]. Le 3 novembre, les autorités turques suspendent 1218 membres de la gendarmerie[133]. Le 22 novembre, 2700 fonctionnaires du Ministère de l'Intérieur sont limogés, et 20 employés de la prison de Silivri dont le directeur sont placés en garde-à-vue car ils étaient soupçonnés d'utiliser une application de messagerie sécurisée également utilisée par les gülénistes[61].

L'armement de la police est aussi renforcé[24].

Autres fonctionnaires[modifier | modifier le code]

Le gouvernement turc suspend les congés de ses fonctionnaires et leur interdit de quitter le territoire[134]. Ce décret concerne environ 3 millions de personnes[135]. Dans les jours qui suivent la tentative de putsch, 257 employés de la présidence du gouvernement, 3 672[136] de la direction des Affaires religieuses et 5581 travailleurs du ministère de la Santé dont 115 cadres et 504 médecins[137] sont démis de leurs fonctions[68]. De plus, le , un décret renvoie plus de 520 personnes supplémentaires de la direction des Affaires religieuses[138]. Quelques jours après la tentative de coup d'État, un gouverneur de province et 29 gouverneurs de municipalité sont limogés[139]. Les autorités suspendent aussi 300 fonctionnaires au ministère de l'Énergie[35], 1 180 fonctionnaires du ministère du Travail et de la Sécurité sociale, 110 du ministère de la Culture et du Tourisme ainsi que 221 du ministère des Eaux et Forêts et 673 du ministère de l'Alimentation, de l'Agriculture et de l'élevage[140]. Elles limogent 167[77] employés du ministère de l’Environnement et de l’Urbanisme[141], 1 500 fonctionnaires du ministère des Finance, 599[77] fonctionnaires du ministère de la Politique sociale[142], 265[77] employés du ministère de la Jeunesse et des Sports, 30 fonctionnaires supérieurs du Parlement turc[143] et plus de 200 employés de l'autorité nationale des technologies de l'information et de la communication (BTK)[49]. Le gouvernement suspend 184 fonctionnaires du ministère des Douanes et du Commerce, 86 de l'Agence de Réglementation Bancaire et de Surveillance (BDDK), 25 de l'Autorité de Régulation du Marché de l'Énergie (EPDK), 51 de la Bourse d'Istanbul (BIST), 36 du Conseil des Marchés des Capitaux de la Turquie (SPK), 22 de l'Administration du développement du logement en Turquie (TOKI) ainsi que 529 personnes liés à des organismes du Ministère des Transports, des Affaires maritimes et de la Communication et 62 fonctionnaires du Trésor turc y compris deux directeurs généraux, un directeur général adjoint et cinq chefs de service[137]. Les autorités mettent à pieds 82 membres du ministère du Développement, 560 de Ministère de la Science, de l'Industrie et de la Technologie, 15 du ministère de l'Économie, 21 de l'Institut turc de statistique et 108 de la Cour des comptes[137]. La Direction des télécommunications (TIB) est dissoute[83]. L'ensemble des fonctionnaires de la Direction des télécommunications (TIB) sont révoqués[53]. Le 19 août, les autorités turques arrêtent 29 inspecteurs de l'agence de régulation du secteur bancaire (BDDK)[144].

Le 25 juillet, le ministre des Affaires étrangères, annonce le limogeage prochain d'ambassadeurs liés à la tentative de putsch[145]. Le lendemain, le ministre des Affaires étrangères renvoie deux ambassadeurs dont Gürcan Balık, ancien conseiller de l'ancien président Abdullah Gül et de l'ancien Premier ministre Ahmet Davutoğlu[146] et qui sera par la suite placé en détention[147] , ainsi qu'une douzaine de diplomates de niveau inférieur. Il y aurait près de 300 diplomates gülenistes[148]. Au 28 juillet, outre les deux ambassadeurs, 88 autres employés du ministère des Affaires étrangères ont été démis de leurs fonctions[77]. Enfin, 32 des 208 diplomates de carrière rappelés en Turquie après la tentative de coup d’État refusent de retourner en Turquie et d'autres demandent l'asile politique[149]. Deux anciens ambassadeurs, Tuncay Babali et Ali Findik sont placés en garde à vue pour leurs liens supposés avec la tentative de coup d'État[150].

Quatre maires supposés gülenistes ainsi que vingt-quatre autres qui seraient liés au PKK sont suspendus le 11 septembre. Leurs mairies sont placées sous tutelle de l'état turc. Ces suspensions sont salués le lendemain par le président Erdoğan[151].

Le 30 octobre, le gouvernement publie un décret dans lequel il licencie 10 131 fonctionnaires supplémentaires dont 32 fonctionnaires du Parlement, 249 de la Direction turque des affaires religieuses, 102 du Ministère des affaires étrangères et 2 774 du ministère de la santé[59].

Associations et fondations[modifier | modifier le code]

Le gouvernement ordonne la fermeture de 1 229 organisations et fondations caritatives, 19 syndicats et 35 établissements de santé[71],[72]. Le 22 novembre, 550 associations supplémentaires sont fermées[61].

Le 6 juin 2017, Taner Kiliç, le président d'Amnesty International en Turquie, est arrêté à son domicile. Trois jours plus tard, le ministère public turc décide de le poursuivre pour « appartenance à une organisation terroriste » et le place en détention provisoire car il avait utilisé la messagerie cryptée ByLock[152].

Le 5 juillet 2017[152], 10 défenseurs des Droits Humains turcs sont placés en garde-à-vue. Le 17 juillet, au terme de 12 jours de garde à vue, la justice turque place 6 d'entre-eux, dont Idil Eser, directrice d’Amnesty International en Turquie, en détention provisoire dans l’attente de leur procès[153]. 4 d’entre eux ont été libérés de manière conditionnelle mais font encore l’objet d’une enquête. Tous sont inculpés sans fondement de « commission d’un crime au nom d’une organisation terroriste sans en être membre »[153]. Parmi les 6 défenseurs gardés en détention se trouve un Allemand, Peter Steudner, ce qui provoque des tensions diplomatiques supplémentaires avec l'Allemagne (9 Allemands étant déjà incarcérés en Turquie dont 4 Turco-Allemands)[N 1] ; le Ministère des Affaires Étrangères allemand convoque l'ambassadeur turc et demande la libération immédiate de Steudner[154], et commence à mettre en place des sanctions économiques[122]. Les 4 défenseurs qui avaient été remis en liberté conditionnelle sont ré-arrêtés et replacés en prison les 21 et 22 juillet[155].

Entreprises[modifier | modifier le code]

La compagnie nationale turque, Turkish Airlines, licencie 211 employés en raison de leurs liens allégués avec le prédicateur Fethullah Gülen[156]. L'autorité turque de régulation financière annule la licence de Mert Ulker, directeur de recherches d'Ak Investment, l'une des principales sociétés de courtage du pays pour avoir publié une étude le 18 juillet considérée comme critiquant le gouvernement[157]. La société Türksat, l'opérateur de communications par satellite du pays, licencie 29 de ses employés[137]. Le 29 juillet, trois dirigeants de Boydek sont placés en garde à vue. Trois autres sont recherchés par la police turque[158],[159]. Le 16 août, une vaste opération de la police financière turque vise les entreprises soupçonnées de liens avec Gülen. 187 mandats d'arrêts sont lancés contre des hommes d'affaires, 60 sont détenus et 44 sièges d'entreprises sont perquisitionnés[160],[161].

Le 6 septembre, la société Boydak passe sous le contrôle de l'État. Le 8 septembre, seize hommes d'affaires sont inculpés dont Faruk Güllü, l'un des principaux fournisseurs de baklava en Turquie. Le PDG d'Aydınlı et genre du maire d'Istanbul Kadir Topbaş, Ömer Faruk Kavurmacı, a été arrêté. Le 9 septembre, dix-huit sociétés du Koza İpek Holding passent aussi sous le contrôle de l'État turc. Tous sont accusés d'être liés au mouvement güleniste[162]. Le gouvernement turc confisque les biens de plus de 500 entreprises en raison de leurs liens supposés avec Gülen[163].

En juillet 2017, selon l'hebdomadaire allemand Die Zeit, les autorités turques ont remis à Berlin une liste de 68 sociétés allemandes accusées d'avoir des liens avec Fethullah Gülen. Ces sociétés vont de grands groupes, dont le géant de la chimie BASF ou le constructeur automobile Daimler, jusqu'à des petites commerces locaux, comme une épicerie de nuit et un kebab situé dans le nord-ouest de l'Allemagne[164].

Sport[modifier | modifier le code]

Le 2 août 2016, la Fédération de Turquie de football licencie 94 personnes, dont des arbitres[165],[166]. Plusieurs sportifs connus pour être gülénistes subissent des pressions et se voient menacés de mort notamment Enes Kanter et Hakan Şükür, exilé aux États-Unis[167]. Şükür, exilé en Californie, fait l'objet d'un mandat d'arrêt[168]. İsmail Demiriz, un ancien joueur de Galatasaray, a été arrêté le 22 septembre 2016[169]. En juillet 2017, le passeport du footballeur turc Bekir İrtegün est confisqué alors qu'il tentait de sortir de Turquie, et le 28 juillet il est interpellé pour des liens présumés avec les réseaux gulénistes car il avait utilisé la messagerie cryptée Bylock[170].

Civils[modifier | modifier le code]

Au 25 juillet 2016, 689 civils sont placés en garde à vue à la suite de la tentative de coup d'État[171].

AKP[modifier | modifier le code]

Le , la purge est étendue aux membres du Parti de la justice et du développement[172].

Élus[modifier | modifier le code]

Le 11 septembre 2016, 28 maires sont démis de leurs fonctions et remplacés par des administrateurs proches du pouvoir, dont ceux de Sur, Silvan et Nusaybin. 24 d'entre eux sont soupçonnés d'être liés au PKK et 4 au Mouvement Gülen. Le ministre de l'Intérieur turc annonce que 12 d'entre eux ont été arrêtés[173],[174].

Dans la nuit du 3 au 4 novembre, une dizaine de chefs politiques et de députés du parti HDP sont arrêtés[175]'[176]'[177]. Le HDP est un parti pro-kurde et le deuxième parti d'opposition du pays. Son dirigeant Selahattin Demirtaş - parmi la dizaine d'interpellés[176] - est parfois considéré comme le chef de l'opposition en Turquie[176]. Figen Yüksekdağ, la co-présidente du HDP et présidente du Parti socialiste des opprimés est elle aussi arrêtée[178]. En réaction, plusieurs émeutes éclatent dans de grandes villes[176]. Il est également possible que l'Attentat du 4 novembre 2016 à Diyarbakır - revendiqués à la fois par l’État islamique et les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK) - ait été perpétré en représailles à l'arrestation des chefs du HDP, si le TAK est bien responsable de l'attaque[179]. En juillet 2017, tous les députés interpellés étaient encore en détention, et Selahattin Demirtaş et Figen Yüksekdağ avaient été déchus de leur rang de députés[180].

Le 27 juillet 2017, deux députés HDP qui avaient fuit la Turquie depuis octobre 2016, Faysal Sariyildiz et Tugba Hezer Öztürk, sont déchus de leur mandat par la majorité de députés AKP pour absentéisme[180]. C'est la première fois que ce motif est utilisé pour déchoir des députés[180]. Ils sont également menacé de perdre leur nationalité s'ils ne rentrent pas en Turquie d'ici la fin août 2017[180].

Religion[modifier | modifier le code]

Le patriarche orthodoxe de Constantinople Bartholomée Ier, l'une des plus importantes figures du christianisme en Turquie, est accusé par le journal pro-gouvernemental Akşam d'être lié à la tentative de coup d'État, faisant craindre des pressions sur la communauté chrétienne du pays. Cette accusation se base sur un faux article attribué à un ancien ambassadeur américain au Yémen, Arthur Hughes, et une photographie qui montre le patriarche avec le prédicateur Gülen[181].

Un imam turco-canadien est détenu en Turquie, accusé d'avoir participé à la tentative de coup d'État et d'être güléniste[182].

Services de santé[modifier | modifier le code]

Le 22 novembre 2016, 19 structures médicales privées sont fermées[61].

Technologie[modifier | modifier le code]

Toute personne ayant utilisé ou téléchargé l'application de messagerie cryptée ByLock en Turquie peut-être inquiétée. En effet, cette messagerie est utilisée par les gülénistes pour communiquer entre-eux, et le simple fait de l'utiliser peut rendre quelqu'un suspect aux yeux des autorités turques. Ainsi, le 22 novembre 2016, 20 employés de la prison de Silivri, dont le directeur, sont placés en garde-à-vue parce qu'ils l'utilisaient[61]. Le 6 juin 2017, Taner Kiliç, le président d'Amnesty International en Turquie, est arrêté à son domicile, poursuivi pour « appartenance à une organisation terroriste » et placé en détention provisoire car il avait utilisé la messagerie cryptée ByLock[152]. Le 11 juillet 2017, 105 personnes travaillant dans le secteur des technologies de l'information sont visées par un mandat d'arrêt parce qu'elles sont suspectées d'utiliser ByLock ; 52 de ces personnes sont interpellées[93].Le 12 juillet, 34 anciens employés de la chaîne de télévision TRT sont visés par des mandats d'arrêt pour la même raison[124]. Le chroniqueur de Cumhuriyet Kadri Gürsel est incarcéré parce qu’il aurait eu des conversations téléphoniques avec des gens qui auraient téléchargé l’application ByLock, alors que lui-même ne l'avait pas téléchargé[125]. Le 28 juillet, le footballeur Bekir İrtegün est interpellé pour des liens présumés avec les réseaux gulénistes car il avait utilisé la messagerie cryptée Bylock[170].

Vêtements[modifier | modifier le code]

Le 13 juillet 2017, lors d'un procès de putschiste, l'un des accusés comparaît habillé d'un t-shirt sur lequel il est écrit Hero ("héros" en anglais). Suite à cela, Recep Tayyip Erdoğan réagit en proposant de faire porter une tenue unique pour les personnes jugées en lien avec la tentative de coup d'État, citant comme modèle la combinaison orange portée par les détenus de la prison militaire américaine de Guantánamo[183].

À la suite de cet épisode, entre le 13 et le 22 juillet, au moins 15 personnes sont interpellées pour avoir porté aussi un t-shirt avec l'inscription Hero, dont au moins une sur dénonciation de passants (un adolescent dans la ville de Çanakkale)[183]. La plupart des personnes arrêtées sont des étudiants ou des ouvriers affirmant ne pas être au courant de la controverse. Au moins deux des personnes interpellées ont été placées en détention dans l'attente d'un procès pour "propagande terroriste"[183].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  1. Une source anonyme au sein du Ministère des Affaires Étrangères allemand va jusqu'à accuser la Turquie de vouloir "manifestement avoir suffisamment (de prisonniers allemands) pour pouvoir échanger ces otages contre des citoyens turcs, qui ont demandé l'asile à l'Allemagne"