Carinhall

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Carinhall en ruines, en 1947.

Carinhall était une résidence représentative du Reichsmarschall Hermann Göring, un chef du nazisme et l'un des hommes les plus puissants du Troisième Reich. La propriété fut baptisée en mémoire de sa première femme suédoise Carin Göring, décédée en 1931, et d'après le lieu mythique de Valhalla. Elle était située au milieu de la vaste forêt de la Schorfheide près de Groß Dölln, aujord'hui un quartier de Templin dans le nord du Land de Brandebourg. Carinhall est devenue la destination de la collection privée de Göring composée des nombreuses œuvres d'art gothique et de la Renaissance que les nazis ont pillées à travers l'Europe occupée.

Historique[modifier | modifier le code]

Adolf Hitler et Hermann Göring à la tête de la procession funéraire de Carin Göring lors du transfert de ses cendres le 19 juin 1934 à Carinhall.
Göring accueillant un dirigeant SS dans la cour de Carinhall.

La Schorfheide, l'une des plus grandes zones forestières d'Europe centrale située à environ soixante-cinq kilomètres au nord de Berlin, était depuis des siècles un territoire de chasse des rois de Prusse et des chefs d'État allemands ; aujourd'hui elle fait partie de la réserve de biosphère de Schorfheide-Chorin. La propriété de Carinhall fut construit à partir de la Machtergreifung (« prise de pouvoir ») des nazis en 1933.

Au début de l'année 1933, usant de sa fonction de ministre-président de l'État de Prusse, Göring fit mettre à sa disposition un terrain d'environ 120 hectares de la forêt de Schorfheide où il fit bâtir Carinhall. Il avait choisi cet endroit pour plusieurs raisons : la résidence avait pour avantage d'être proche de la capitale du Reich, lui permettant ainsi d'être au fait des questions politiques tout en s'adonnant à sa passion pour la chasse. Enfin, ce pavillon devait aussi devenir un lieu de souvenir pour sa femme Carin baronne von Kantzow, née Fock décédée de tubercolose deux ans plus tôt. Après que sa tombe sur l'île de Lovön en Suède eut été profanée à l'occasion d'une visite de Göring, le veuf fit transférer ses restes dans une sépulture créée à cette intention.

À l'automne 1933, une maison en bois de style suédois lui était remise symboliquement avec le terrain. L'ensemble fut édifié en plusieurs étapes sur une grande échelle, dans le style d'un pavillon de chasse. L'architecte fut d'abord Werner March, créateur du stade olympique de Berlin, par la suite c'est Friedrich Hetzelt qui prit en charge la construction. « Il y avait un cinéma, un gymnase, un bain de vapeur russe et un gigantesque salon de réception aux dimensions de nef d’église » ; Hitler déclare même à son propos : « Mon Berghof, naturellement, ne peut se comparer à cela. Peut-être peut-il servir de maison de jardin »[1].

Le , Carinhall fut le lieu du banquet des secondes noces de Göring avec Emmy Sonnemann. C'est là que le Reichsmarschall aimait recevoir les hôtes des États étrangers, dont Benito Mussolini, Edward Wood et Yōsuke Matsuoka, avec lesquels il entreprenait des parties de chasse dans la Schorfheide. Curieusement, les combles et les sous-sols de Carinhall étaient aménagés pour une autre distraction favorite de Göring : ils contenaient deux immenses et complexes circuits de trains électriques miniatures[2].

Collection de Göring[modifier | modifier le code]

Statue de Franz von Stuck Kämpfende Amazone (1897), qui se trouvait auparavant à Carinhall.

Dans les salles d'exposition de Carinhall était installée la collection privée d'Hermann Göring composée surtout de ce qu'il considérait comme des prises de guerre (par exemple deux statues de lion de granit rose, désormais situées aux Invalides[3]). En 1943, il fit mettre à l'abri une partie de sa collection privée dans la mine de sel d'Altaussee dans le district de Liezen en Styrie. Les Alliés regroupèrent ces œuvres d'art en 1945 par camion au Central Collecting Point de Munich installé dans le bâtiment principal et dans le centre administratif du Parti national-socialiste.

L'autre partie de la collection privée resta dans les salles d'exposition de Carinhall. En janvier 1945, Göring fit transporter la collection d'œuvres d'art dans des trains spéciaux à Berchtesgaden afin de les protéger dans des tunnels. Les œuvres d'art furent ensuite déchargées et stockées dans un bunker conçu pour la protection antiaérienne. Toutefois une partie des tableaux et des tapisseries fut pillée dans les trains aux derniers jours de la guerre.

Après la guerre[modifier | modifier le code]

Le , Göring quitta Carinhall pour ne jamais y revenir. Afin de l'empêcher de tomber dans les mains des Russes devant l'avancée de l'Armée Rouge, Göring donna l'ordre de dynamiter son immense pavillon de chasse. Après que les œuvres d'art eurent été évacuées à Berchtesgaden, la propriété fut dynamitée le par une équipe de démolition de la Luftwaffe.

Seuls restent de l'imposante demeure les portes monumentales de l'entrée, quelques murs de fondations, des restes de caves et des colonnes et pierres décoratives. La statue d'amazone qui se trouvait à l'ouest de l'aile principale, a été transférée à Eberswalde où elle s'est longtemps trouvée au-dessous de l'église Sainte-Marie-Magdeleine avant d'être transférée sur le Widendamm dans le parc voisin.

En 1999, Carinhall fit l'objet d'un regain d'intérêt suscité par la publication du livre Görings Reich: Selbstinszenierungen in Carinhall[4] où l'on vit des chasseurs de trésors fouiller les ruines, et l'émergence de projets d'en faire un lieu de pèlerinage néo-nazi[5]. En conséquence, le gouvernement du Land de Brandeburg alors dirigé par un social-démocrate, ordonna que les restes de la sépulture de la femme de Göring soient démolis.

Alentours[modifier | modifier le code]

On trouve également à proximité une station de radio et une installation factice peu connue, faite de planches et de filets, pour tromper les opérations de reconnaissance aérienne des Alliés. Aujourd'hui, le bâtiment de la station de radio est toujours entretenu. Les pistes d'atterrissage de l'aérodrome Großdöllner, qui se trouve à environ sept kilomètres au nord-ouest, sont aussi remarquables. Elles devaient servir à un éventuel atterrissage d'urgence de la navette spatiale soviétique Bourane.

Emmyhall[modifier | modifier le code]

Le Reichsjägermeister (grand « veneur » de l'Empire) Göring avait également un second pavillon de chasse, plus petit, à Rominten (maintenant Krasnolesye) en Prusse orientale, dans la forêt de Rominten (maintenant forêt de Romincka), connu sous le nom de « Emmyhall (de) » comme sa deuxième femme.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Anna Maria Sigmund (trad. Janine Bourlois), Les femmes du IIIeReich, Paris, JC Lattès, , 336 p. (ISBN 978-2-709-62541-8, OCLC 163528299), p. 88.
  2. (en-US) « Marklin at Carinhall: Hermann Goring's Miniature Railway - Marklin Stop », Marklin Stop,‎ (lire en ligne, consulté le 8 février 2017)
  3. Philippe Sprang, « Rose Valland, un chef-d'œuvre de Résistance », Paris Match, semaine du 20 au 26 février 2015, pages 76-81.
  4. Volker Knopf and Stefan Martens - Görings Reich: Selbstinszenierungen in Carinhall. Ch. Links Verlag, Berlin 1999.
  5. (en) « Berliners open treasure chest of evil » [« Des Berlinois ouvrent le coffre aux trésors du mal »], titrait The Times dans son édition du 28 septembre 1999., sur article.wn.com (consulté le 29 janvier 2018)

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Volker Knopf, Stefan Martens: Görings Reich. Selbstinszenierungen in Carinhall. 3e édition revue et augmentée. Links-Verlag, Berlin 2006, (ISBN 3-86153-392-8)
  • Günther Haase: Die Kunstsammlung des Reichsmarschalls Hermann Göring. Eine Dokumentation. Édition q, Berlin 2000, (ISBN 3-86124-520-5)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]