Toto Riina

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Toto Riina
Cosa Nostra - Corleonesi
Nom de naissance Salvatore Riina
Surnom Totò u curtu - La Belva
Naissance 16 novembre 1930
Corleone, Italie
Condamnation octobre 1993
Sentence Prison à vie
Multiple assassinats, racket
Victime(s) 40 victimes directes et des centaines d'assassinats ordonnés
Pays Italie
Région(s) Sicile
Arrestation 15 janvier 1993

Salvatore Riina (né le 16 novembre 1930, Corleone), également connu sous le nom de Totò Riina et surnommé Totò u curtu[1] pour sa petite taille, ou La belva (« La bête ») pour sa férocité sanguinaire, est un des membres les plus influents de la mafia sicilienne. Durant sa carrière dans le crime il a personnellement tué environ quarante personnes et est soupçonné d'avoir commandité les meurtres d'un peu plus de mille personnes. Pendant les années 1980 et le début des années 1990, Riina et sa famille de Mafia, les Corleonesi, ont mené une impitoyable campagne de violence contre les truands rivaux et l'État italien dont l'assassinat de deux juges. Cette terreur répandue dans la population par la mafia a engendré des actions majeures des autorités, entraînant la capture et l'emprisonnement de Riina et de plusieurs de ses associés. Il a été capturé en 1993, et est en prison depuis.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les débuts de l'activité criminelle[modifier | modifier le code]

En 1943, il perd son père Giovanni et son frère Francesco (âgé de 7 ans) alors qu'ils essayent d'extraire la poudre à canon d'une bombe américaine tombée dans une des terres dont ils sont propriétaires, pour ensuite la revendre ainsi que le métal. Après la mort du père, Totò devient de fait le chef de famille. En même temps il fait la connaissance de Luciano Liggio, lequel l'initie au vol du blé et à la pratique du pizzo chez les agriculteurs des zones adjacentes.

À l'âge de 19 ans, il a été condamné à 12 ans de prison pour avoir tué une personne lors d'une dispute. Le 13 septembre 1956 il est libéré et retourne à Corleone où il reprend contact avec Luciano Liggio qui lui donne un rôle de premier plan dans ses différentes activités. Ils s'occupent principalement d'abattage clandestin. Avec eux opère aussi un certain Bernardo Provenzano, autre personnage principal ainsi que symbole de la mafia. Liggio et ses hommes travaillent pour le docteur Michele Navarra, le chef de la mafia de Corleone, avant que le groupe décide d'éliminer Navarra, le 2 août 1958, pour obtenir une position dominante au sein du village.

Riina est arrêté à Corleone, en décembre 1963, par un groupe de policiers dont le commissaire Angelo Mangano, connu pour être un des plus grands chasseurs de mafieux. En 1974, celui-ci parvient également à arrêter Liggio. Au moment de l'arrestation, il a sur lui un pistolet et une fausse pièce d'identité et se fait appeler Giovanni Grande.

Il passe plusieurs années en prison, où il fait la connaissance d'autres mafieux, avant d'être acquitté lors d'un procès à Catanzaro, le fameux « procès des 114 »[2] et de Bari en 1969[3].

Ascension au sein de Cosa Nostra[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Cosa Nostra.

En 1969, Riina fait partie des exécutants du massacre de Viale Lazio où mourut un des hommes de son groupe, Michele Cavataio (l'objectif de l'attentat) et trois de ses hommes[pas clair].

Pendant les années 1970, Riina, Luciano Liggio et Bernardo Provenzano commencent à asseoir leur pouvoir sur la ville de Palerme, où ils peuvent compter sur l'aide du maire Vito Ciancimino. À Palerme, Riina se fait plusieurs ennemis dont Stefano Bontate et Salvatore Inzerillo, mais il obtient aussi l'appui de chefs de premier plan comme Michele Greco et Pippo Calò. Pendant cette période Riina prend la place de Liggio, arrêté en 1974. Sous sa direction, le groupe augmente sensiblement son pouvoir financier, grâce au trafic de stupéfiant, aux appels d'offre publics de Palerme, à la contrebande de tabac, tout cela en partenariat avec les frères Nuvoletta (chefs de la Camorra).

Le 16 avril 1974, il se marie avec Antonietta Bagarella (sœur de son ami d'enfance Calogero). Avec Antonietta il a quatre enfants : Maria Concetta, Giovanni Francesco, Giuseppe Salvatore et Lucia.

Il peut compter sur trois féroces tueurs : Pino Greco dit Scarpuzzedda, Mario Prestifilippo, Leoluca Bagarella qui est son beau-frère.

Riina fait tuer Stefano Bontate et Salvatore Inzerillo[4], qui l'entravent dans ses activités ; ces meurtres entraînent la deuxième guerre de la mafia de 1981 à 1982 au cours de laquelle plus de mille assassinats sont commis. Dans cette « guerre », Riina ordonne l'assassinat de la famille de Tommaso Buscetta, lui-même, réussissant à s'enfuir au Brésil. Buscetta est ensuite expulsé du Brésil et, à son retour en Italie, il décide de collaborer avec la police et avec le juge Giovanni Falcone.

Une fois les familles Bontate, Inzerillo, Di Cristina, Buscetta, Badalamenti et Calderone écartées, Riina est au sommet du pouvoir mafieux[5]. Il étend ensuite son pouvoir à toute la Cosa Nostra et commence une importante campagne contre l'État, en ordonnant les assassinats de tous ceux qui essayent de s'opposer à lui[6].

La lutte s'intensifie[modifier | modifier le code]

Giovanni Falcone et son collègue Paolo Borsellino accomplissent de sérieux progrès dans leur guerre contre la mafia, ce qui les place donc dans le cercle des menacés de mort.

Le 23 mai 1992, Falcone, son épouse et trois gardes du corps sont assassinés dans l'explosion d'une bombe placée sous la route, dans les environs de Palerme. Quelques semaines plus tard, Borsellino et cinq de ses gardes du corps sont tués dans l'explosion d'une voiture piégée. Les deux attaques sont commanditées par Toto Riina et exécutées par quelques-uns de ses tueurs. L'opinion publique est exaspérée envers la mafia mais aussi envers les hommes politiques, accusés de ne pas avoir fourni une protection suffisante aux juges Falcone et Borsellino. Le gouvernement italien décide d'enclencher une lutte massive contre la mafia et sa violence.

Le 15 janvier 1993, à l'aide des informations d'un indicateur, les carabiniers arrêtent Totò Riina dans sa voiture en compagnie de son chauffeur, dans Palerme. Cet indicateur n'est autre que son chauffeur, Balduccio di Maggio, dont plusieurs parents, par la suite, sont tués pour sa trahison. Riina prétend n'être qu'un pauvre comptable harcelé, et, dans son costume de piètre qualité, cet homme de 62 ans, beau parleur, a bien l'air de n'être que cela. Questionné sur la société dans laquelle il travaille, il répond qu'il n'en parlerait pas pour ne pas salir la réputation de l'entreprise. Placé en détention, Riina reste poli et respectueux envers les officiers de police, et les remercie plus tard de l'avoir bien traité, bien qu'il soit parvenu à les « prendre pour des imbéciles » en disant non seulement qu'il n'avait jamais entendu parler de la Mafia mais également en insistant sur le fait qu'il n'avait « aucune idée » qu'il ait été le fugitif le plus recherché de Sicile des trente dernières années. D'autres témoignages indiquent néanmoins que Riina n'avait cessé de crier « communistes ! » aux policiers qui l'arrêtaient.

La satisfaction du public lors de l'arrestation de Riina (un journal affiche la légende « Le Diable » sous la photographie de Riina) est tempérée lorsqu'il révèle que, pendant ses trente années de fugue, Riina a habité dans sa maison de Palerme tout en bénéficiant de soins médicaux en raison de son diabète et d'avoir enregistré ses quatre enfants sous leur vrai nom dans l'hôpital local. Il s'est même rendu à Venise en lune de miel sans être inquiété. Beaucoup d'observateurs déclarent que les autorités n'ont arrêté Riina qu'en raison de la pression médiatique après les meurtres des juges Falcone et Borsellino, et interprètent la facilité avec laquelle Riina a berné la justice comme un exemple de l'apathie des autorités siciliennes dans la lutte contre mafia.

Quoi qu'il ait déjà réussi à obtenir par le passé un non-lieu dans deux affaires de meurtre, Riina fut cette fois jugé et condamné pour un peu plus de cent meurtres, dont ceux de Falcone et de Borsellino. En 1998, Riina fut à nouveau accusé de meurtre, celui d'un politicien qui avait été suspecté de traiter avec la Mafia et qui fut assassiné en 1992 après ne pas avoir empêché l'emprisonnement de mafiosi dans les procès du milieu des années 1980.

Riina est actuellement détenu dans une prison de sécurité maximum avec des contacts limités avec le monde extérieur, afin d'éviter qu'il ne dirige son organisation derrière les barreaux, comme certains de ses prédécesseurs l'avaient fait. Plus de 125 millions de dollars de capitaux appartenant à Riina ont été confisqués - probablement juste une fraction de son immense fortune illicite - ainsi que son vaste manoir en 1997. Dans un mouvement symbolique, ce manoir a été transformé en école pour enfants.

En 2003, Riina a subi deux crises cardiaques en mai et décembre. Un des amis proches de Riina du clan des Corleonesi, Bernardo Provenzano, lui a succédé à la tête de l'organisation, avant d'être lui-même arrêté le 11 avril 2006, dans une ferme située à quelques kilomètres de Corleone.

Famille et personnalité[modifier | modifier le code]

Totò Riina s'est marié en 1974 avec la sœur cadette de Leoluca Bagarella, Antoinette, dite « Ninetta », qui a 13 ans de moins que lui, et a eu quatre enfants de ce mariage. Ses deux fils, Giovanni Francesco né le 21 février 1976 et Giuseppe Salvatore né le 3 mai 1977, qui ont suivi ses traces, ont déjà été derrière les barreaux. En novembre 2001, à 24 ans, Giovanni Riina a été condamné pour quatre meurtres commis en 1995. Le 31 décembre 2004, le plus jeune fils de Riina, Giuseppe, a été condamné à quatorze années de prison pour différents crimes, y compris l'association de malfaiteurs, l'extorsion de fonds et le blanchiment d'argent. Il est sorti de prison une première fois le 19 février 2008, à l'issue du délai de détention préventive, puis une seconde fois le 2 octobre 2011, après avoir purgé la totalité de sa peine. Cependant, une de ses filles, Maria Concetta (née le 7 décembre 1974), a été élue représentante de classe dans son lycée. La dernière fille, Lucia est née le 11 avril 1980.

Totò Riina a toujours exigé des hommes d'honneurs le respect de leurs épouses ; dans le code d'honneur, il est totalement interdit de tromper sa femme et vice versa. Même si certains mafieux n'ont pas respecté cette règle, comme Buscetta qui a été écarté de Cosa Nostra à cause de ce comportement. L'homme d'honneur doit montrer l'exemple. Il y avait aussi dans l'entourage de Salvatore Riina, son plus fidèle bras droit, Bernardo Requedaz, cousin de Salvatore Riina et c'est sans doute l'homme en qui il avait le plus confiance ; ainsi, en 1989, Salvatore Riina donne à Bernardo Requedaz une somme d'argent considérable qui représente plusieurs millions d'euros. Bernardo Requedaz est arrêté en 1992 quelques mois avant Salvatore Riina. Il est aujourd'hui (2012) encore dans une prison de haute sécurité à Paris. Avant d'être arrêté, quelques mois auparavant, il avait légué tout son argent à son fils Bernard Requedaz (à qui il donna le prénom français de Bernard) dont la fortune s'élève a plusieurs millions d'euros.

Par son attitude réservée et évasive, Riina demeure énigmatique quant à sa personnalité. Un informateur, Antonino Calderone, décrit Riina comme étant « incroyablement ignorant, mais possédant une intuition et une intelligence difficiles à sonder… très dure à prévoir ». Il déclara que Riina était un beau parleur et un père et un mari dévoué. Une des anecdotes les plus étranges est celle de Riina récitant, en larmes, un éloge à l'enterrement d'un frère assassiné de Calderone, alors que c'était Riina lui-même qui avait commandité le massacre. Calderone a également indiqué que, lorsque Riina voulut épouser Ninetta, la famille de cette dernière s'y était fermement opposée. Calderone cita Riina en disant: « Je ne veux aucune autre femme que ma Ninetta, et si elle [sa famille] ne me laisse pas l'épouser, je serai obligé d'en tuer certains ». La famille de Ninetta ne montra immédiatement plus aucune opposition aux plans matrimoniaux de Riina.

Giovanni Brusca, un tueur de Riina, l'homme qui a personnellement fait exploser la bombe qui a tué le juge Falcone, devint ensuite un informateur après son arrestation de 1996. Brusca déclara que, en 1991 et début 1992, Totò Riina avait projeté l'exécution d'actes de terrorisme contre l'État pour obtenir l'arrêt de l'intensification de la lutte contre la Mafia, y compris des actes tels que l'explosion de la tour penchée de Pise. Brusca a également cité Riina en déclarant que les enfants des informateurs étaient des cibles légitimes. Ces déclarations furent confirmées un peu plus tard, lorsque Brusca, « Lo scannacristiani », séquestra pendant vingt-six mois, tortura puis fit étrangler, en janvier 1996, Giuseppe Di Matteo, le fils de 12 ans du repenti Santino Di Matteo.

Quoi que les actions criminelles de Riina aient eu pour but l'acquisition de la richesse et de la puissance, sa cruauté, ses trahisons et l'énorme nombre de meurtres brutaux qu'il a commis furent excessifs même par rapport aux « normes » d'autres « hommes d'honneur ». Cela permet de penser qu'il est psychopathe, ou au moins qu'il a largement mérité son surnom, La belva (Le fauve).

Assassinats commis envers des personnalités politiques, de la justice et des médias sous ordre de Toto Riinà[modifier | modifier le code]

Dans sa vague de meurtres contre l'État et tous ceux qui se sont opposés Cosa Nostra furent tués entre autres :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Toto le petit » en dialecte sicilien ; pour sa petite taille: 158 cm
  2. (it) « Salvatore Riina il capomafia corleonese », sur Storiadellamafia.skyrock.com
  3. (it) « Liggio incorona Rina », sur Cittanuove-corleone.it
  4. (it) « La storia del padrino », sur Ricerca.repubblica.it
  5. (it) « Il golpe di Toto Rina il corleonese », sur Ricerca.repubblica.it.
  6. (it) « Fu rina a volere il terrorismo di mafia », sur Ricerca.repubblica.it

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Autre[modifier | modifier le code]

  • Corleone, série en six épisodes retraçant le parcours de Toto Riina.

Liens externes[modifier | modifier le code]