Tommaso Buscetta

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Tommaso Buscetta
Cosa Nostra
Pentito

Tommaso Buscetta (Années 1960)
Information
Nom de naissance Tommaso Buscetta
Surnom Il Boss dei Due Mondi
( Le boss des deux mondes )
Don Masino
Naissance 13 juliette, 1928
Palermo, Italie
Décès 2 Avril, 2000
New York, États-Unis
Cause du décès causes naturelles
Sentence 14 ans ,
liberté conditionnelle

activités criminelles
Pays Italie, États-Unis
Ville Palermo, New York


Tommaso Buscetta (13 juillet 1928, Palerme - 2 avril 2000, New York) était un mafioso sicilien. Bien qu’il n’ait pas été le premier pentito (repenti de la Mafia) dans le programme italien de protection des témoins, il est largement reconnu comme le premier d’importance à avoir brisé l’omerta. De nombreux mafiosi ont suivi son exemple.

Jeunesse et carrière dans la Mafia[modifier | modifier le code]

Fils d'un artisan verrier[1], Buscetta était le plus jeune d’une famille de 17 enfants élevés dans un quartier très pauvre de Palerme dont il s’est extirpé en démarrant une carrière précoce dans le crime organisé. Il a commencé à s’impliquer dans la Mafia en 1945, et l’année suivante, il était un membre initié de la famille Bontate[1], qui sera vaincue par les Corleonesi dans les années 1980. Son premier chef était Giuseppe "Pippo" Calò. Il a fait ses premières armes essentiellement dans la contrebande de cigarettes.

Après le massacre de Ciaculli en 1963, épisode déterminant de la Première Guerre de la Mafia, Buscetta a fui aux États-Unis, où la famille Gambino l’a aidé à démarrer une affaire de pizza. En 1968, Buscetta a été condamné pour double meurtre en Italie par contumace.

En 1970, Buscetta a été arrêté à New York. Les autorités italiennes n’ayant pas réclamé son extradition, il a été relâché. Buscetta est parti au Brésil où il a mis en place un réseau de trafic de drogue. En 1972, il a été arrêté et torturé par les autorités du régime militaire brésilien, et ensuite extradé vers l’Italie où il a entamé une peine de prison à perpétuité. En 1980, lors d’une permission de sortie, il a fui de nouveau vers le Brésil, échappant ainsi à la Seconde Guerre de la Mafia sur le point d’être déclenchée par le clan des Corleonesi de Salvatore Riina, qui a causé la mort de nombreux amis et alliés de Buscetta, dont le chef Stefano Bontate. Arrêté une nouvelle fois en 1983, au Brésil, Buscetta est interrogé et rencontre le juge Giovanni Falcone, en 1984 à Brasilia[1]. Buscetta est alors renvoyé en Italie et après avoir tenté sans succès de se suicider puis constaté qu’il était profondément dégouté par la Mafia, Buscetta s’est décidé à répondre aux questions du juge Giovanni Falcone, et a commencé sa « carrière » de pentito, de repenti, dont les témoignages seront cruciaux.

Ayant été actif en Amérique comme en Italie, il était surnommé « le boss des deux mondes »[2].

Le repenti[modifier | modifier le code]

En Italie, Buscetta a aidé les juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino à obtenir d’importants succès dans leur lutte contre la Mafia. Il était le témoin clé dans le Maxi-Procès qui a abouti à la condamnation de près de 350 mafiosi. Buscetta a révélé l’existence et le fonctionnement de la Cupola (en) (la Commission de la Mafia sicilienne). Il a donné à Falcone les éléments pour affirmer que Cosa Nostra était une structure hiérarchique unifiée dirigée par la Commission, et que ses chefs, qui ne se salissaient pas les mains en personne, pouvaient être tenus responsable des activités criminelles commis au profit de l’organisation. Cette prémisse est connue sous le nom de « théorème de Buscetta » et sa reconnaissance légale a été confirmée par la sentence en dernière instance du Maxi-Procès par la cour de cassation italienne en janvier 1992, quelques mois avant les assassinats par la Mafia des juges Falcone et Borsellino.

Le témoignage de Buscetta au procès, à New York, de la Pizza Connection au milieu des années 1980 a permis la condamnation de centaines de mafiosi aux États-Unis et en Italie, dont Gaetano Badalamenti.

En récompense de cette aide, Buscetta a pu vivre aux États-Unis sous une nouvelle identité, grâce au programme de protection des témoins. Il aurait eu recours à la chirurgie esthétique pour mieux dissimuler son identité réelle. Il est apparu dans plusieurs documentaires, interviewé par des journalistes, mais son visage flouté ou pixellisé.

Buscetta s’était marié trois fois et a eu six enfants, et il avait été à un moment brièvement suspendu de la Mafia, pour être sorti du droit chemin avec sa première femme, l’adultère étant prohibé par le code d’honneur des mafiosi. Quand il était en prison dans les années 1970, il a appris que son chef voulait l’exclure pour de bon de la Mafia à cause de son comportement avec ses femmes.

Les juges et les policiers ont décrit Buscetta comme quelqu’un de très poli et intelligent quoique parfois enclin à la vanité. Comme la plupart des repentis, Buscetta disait la vérité avec parcimonie. Il a prétendu qu’il n’avait jamais été impliqué dans un trafic de drogue, bien qu’il se soit contredit en disant une fois que tout le monde dans la Mafia était impliqué dans la drogue sans préciser cette fois-là qu’il y faisait exception. Initialement, il a nié avoir tué qui que ce soit, mais il a plus tard admis à la télévision qu’il était un meurtrier.

Certains de ses mensonges avaient des motivations compréhensibles. Dans les années 1980, il a dit qu’il n’avait aucune connaissance des liens que divers hommes politiques, comme Salvo Lima et Giulio Andreotti avaient avec la Mafia, mais dans les années 1990, il a admis qu’il avait connaissance de tels liens, mais qu’il avait prétendu le contraire parce que les politiciens concernés étaient encore aux affaires, et qu’il avait craint pour sa vie, malgré le programme de protection des témoins.

Ce n’est qu’après les assassinats des juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, en 1992, que Buscetta a décidé de parler des liens entre la Mafia et les politiciens. Le 16 novembre 1992, Buscetta a témoigné devant la Commission parlementaire anti-mafia présidée par Luciano Violante, sur les liens entre Cosa Nostra et Salvo Lima ainsi que Giulio Andreotti. Il a indiqué que Salvo Lima était le contact de la Mafia dans la politique italienne. « Salvo Lima était, en fait, le politicien vers qui Cosa Nostra se tournait le plus souvent pour résoudre les problèmes de l’organisation dont la solution résidait à Rome », a affirmé Buscetta.

Au tribunal, Buscetta a également dessiné avec beaucoup de détails les échanges secrets qui liaient des politiciens et la Mafia. Il a déclaré : « Ce n’est pas Cosa Nostra qui contacte le politicien. Au lieu de cela, un membre de Cosa Nostra dit : ce président est à moi (è cosa mia), et si vous avez besoin d’une faveur, vous devez vous adressez à moi. En d’autres termes, la personne de Cosa Nostra maintient une sorte de monopole sur ce politicien. Chaque responsable de famille dans la Mafia sélectionne un homme dont les caractéristiques semblent déjà faire de lui quelqu’un d’approchable. Oubliez l’idée qu’un quelconque pacte est conclu au préalable. Au contraire, on va vers ce candidat et on dit : « Onorevole, je peux faire ceci et cela pour vous, et nous espérons que quand vous serez élu, vous vous rappellerez de nous. » Le candidat gagne et il a une dette à rembourser. Vous lui dites : « Nous avons besoin de cela, le ferez-vous ou non ? » Le politicien comprend immédiatement et agit toujours en conséquence. »[3].

Quand un autre mafioso, Salvatore Cancemi (en), a confessé à Buscetta, lors d’un procès en 1993, qu’il avait étranglé les deux fils de Buscetta, ce dernier lui a pardonné et lui a dit qu’il savait qu’il ne pouvait pas refuser cet ordre.

Buscetta est mort d’un cancer à New York en 2000, âgé de 71 ans, après avoir vécu paisiblement ses dernières années aux États-Unis.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Guillemette de Véricourt, Les mafias, Editions Milan,‎ 2007 (ISBN 978-2-7459-2533-6), p. 8
  2. (it) « E' morto Tommaso Buscetta Svelò i segreti di Cosa Nostra », La Repubblica,‎ 2000 (lire en ligne)
  3. (en) Donatella Della Porta, Corrupt exchanges, Piscataway, Transaction Publishers,‎ 1999 (ISBN 978-0202306001), p. 221

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (it) Pino Arlacchi, Addio Cosa Nostra : La vita di Tommaso Buscetta, Milan, Rizzoli,‎ 1994, 267 p. (ISBN 978-8817842990)
  • (fr) John Dickie, Cosa Nostra : La Mafia sicilienne de 1860 à nos jours, Paris, Perrin, coll. « Tempus »,‎ 2007, 510 p. (ISBN 978-2262027278)
  • (en) Monte Finkelstein, Separatism, the allies and the mafia : The struggle for Sicilian independence, 1943-1948, Bethlehem (PA), Lehigh University Press,‎ 1998, 289 p. (ISBN 978-0934223515)
  • (en) Alison Jamieson, The Antimafia : Italy’s fight against organized crime, Londres, Macmilan,‎ 2000, 280 p. (ISBN 978-0312229115)
  • (fr) Salvatore Lupo, Histoire de la mafia : Des origines à nos jours, Paris, Flammarion, coll. « Champs Histoire »,‎ 2009, 398 p. (ISBN 978-2081224995)
  • (en) Gaia Servadio, Mafioso : A history of the Mafia from its origins to the present day, Londres, Secker & Warburg,‎ 1976, 316 p. (ISBN 978-0436447006)
  • (en) Alexander Stille, Excellent Cadavers : The Mafia and the Death of the First Italian Republic, New York, Vintage,‎ 1995, 467 p. (ISBN 978-0679768630)