Vito Ciancimino

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Vito Calogero Ciancimino (né le à Corleone, décédé le à Rome) était un politicien de la Démocratie chrétienne, maire de Palerme en 1970-71 et membre de Cosa Nostra. Arrêté en 1984 et devenant en 1992 le premier politicien italien à être condamné pour ses liens avec la mafia, il n'a été incarcéré qu'en novembre 2001, un an avant sa mort. Son fils, Massimo Ciancimino, devenu pentito (« collaborateur de justice ») après son arrestation, a rendu public un document, en octobre 2009, prouvant que Vito Ciancimino était lié aux réseaux Gladio de l'OTAN[1] et apportant, de surcroît, des détails sur l'enlèvement du président du Conseil Aldo Moro par les Brigades rouges, affirmant que la mafia avait refusé d'intervenir pour sa libération alors qu'elle connaissait certains dessous de l'affaire[2].

De la jeunesse à Corleone à la mairie de Palerme[modifier | modifier le code]

Né d'un père barbier dans le village de Corleone, où sévissait le groupe mafieux des Corleonesi (Totò Riina, Bernardo Provenzano...), il fit des études d'ingénieur à l'Université de Palerme. S'engageant en politique sous les ailes de la Démocratie chrétienne, il devint le protégé de Bernardo Mattarella. Grâce à l'aide de ce dernier, il devint riche en obtenant, en 1950, les concessions pour tous les transports ferroviaires au sein de Palerme[3].

Lorsque Salvo Lima, leader sicilien du courant Primavera dirigé par Giulio Andreotti, devint maire de Palerme en 1959, Ciancimino fut nommé assesseur pour les travaux publics et les permis de construire. Ce fut la période du Sacco di Palermo (it), lors duquel la ville fut bétonnée de bout à bout, tandis que le centre historique tombait en ruine.

Vito Ciancimino fit alors fortune en obtenant des valises pour ses services à la mairie[4], mais est forcé à la démission en 1964[4].

En octobre 1970, son élection à la mairie de Palerme suscita l'indignation générale. La Commission antimafia exprima publiquement ses réserves, et il fut bientôt sous le coup d'une enquête pour détournement de fonds et pour ses liens allégués avec la mafia. Cela le contraignit à démissionner en avril 1971. Malgré les preuves nombreuses apportées par la Commission antimafia de ses liens avec cette organisation, Ciancimino demeura intouchable[5].

Selon des témoignages de son fils à la justice, en 2010, c'est à cette époque que Vito Ciancimino aurait investi de l'argent sale dans « Milano 2 », le complexe immobilier construit par Silvio Berlusconi et qui lui apportera la richesse[6],[7].

Procès et condamnation[modifier | modifier le code]

Arrêté en 1984 suite aux témoignages du repenti Tommaso Buscetta[8], Ciancimino ne fut condamné qu'en 1992, à 13 ans de prison, accusé d'avoir blanchi des millions de dollars[5], devenant ainsi le premier politicien italien à être condamné pour ses liens avec la Mafia[4]. Buscetta avait aussi déclaré qu'il était très proche de deux parrains (chef des chefs, capo di tutti capi), Salvatore Riina et Bernardo Provenzano, leaders des Corleonesi.

Faisant appel, Ciancimino ne fut incarcéré qu'en novembre 2001, étant par ailleurs exclu de la Démocratie chrétienne en 1985[5].

Après l'assassinat par la Mafia de Salvo Lima (mars 1992) et des magistrats Giovanni Falcone (mai 1992) et Paolo Borsellino (juin 1992) lors de l'opération Mains propres, Ciancimino proposa d'infiltrer Cosa Nostra et de négocier un accord afin de faire cesser la guerre ouverte de la Mafia contre l'État italien. Il pourrait avoir ouvert la voie à l'arrestation, en 1993, de Salvatore Riina, remplacé à la tête de la mafia par Provenzano. Lors de ces négociations, Ciancimino était en contact direct avec le commandant des services de renseignement intérieur italiens[9]. Luciano Violante, président de la Commission anti-mafia à partir de septembre 1992, a confirmé en 2009 que Ciancimino avait tenté, sans succès dit-il, de l'approcher à cette époque, via l'intermédiaire du général Mario Mori, qui fut le chef du SISDE[10].

Ciancimino bénéficia d'une assignation à résidence, à Rome, en raison de son état de santé[5], conservant le droit d'aller faire du shopping... Lorsque le conseil municipal de Palerme lui demanda 150 millions de dollars de dommages et intérêts, il lui rétorqua[9] : « vous les voulez en cash ? » Seuls 7 millions ont été restitués. Il décéda le d'une crise cardiaque, laissant sa femme et cinq enfants, et une fortune toujours élusive.

L'arrestation de Massimo Ciancimino[modifier | modifier le code]

Son fils, Massimo Ciancimino, fut arrêté en juin 2006 et inculpé, entre autres, de blanchiment d'argent, les procureurs l'accusant d'avoir accumulé plus de 60 millions d'euros, dissimulés dans divers comptes bancaires à l'étranger [4]. Ciancimino fit par la suite plusieurs révélations fracassantes sur son père, dont ses contacts avec Gladio, le réseau anticommuniste de l'OTAN [1], ainsi que des lettres de Bernardo Provenzano adressées à son père et évoquant des liens avec un sénateur ami de Cosa Nostra, qui serait, selon les experts, Marcello Dell'Utri, l'un des fondateurs de Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi[11]. Massimo, qui affirme que Forza Italia était le fruit de l'accord entre l'État et la mafia (le papello) après les attentats de 1992 contre les juges anti-corruption [12],[7], a été cité comme témoin au procès de Dell'Utri.

Selon le Papello qu'il a transmis à la justice, après l'attentat de Capaci (it) qui tua le juge Falcone en mai 1992, la mafia (Totò Riina et Bernardo Provenzano) entra en négociations avec l'État, réclamant, contre l'arrêt des violences, douze revendications, dont la révision des maxi-procès, l'abrogation de l'article 41-bis sur le régime carcéral italien (en) concernant les quartiers de haute sécurité (qui fut effectivement révisé quelques semaines plus tard), la limitation de la condamnation aux mafiosi de plus de 70 ans à l'assignation à résidence, et la suspension des taxes sur le pétrole en Sicile[13]. Par ailleurs, dans le livre de Gianluigi Nuzzi, Vaticano SpA (Chiarelettere, 2008), Massimo Ciancimino raconte qu'il se rendait avec son père à la banque du Vatican pour y déposer les fonds mal acquis[11].

Le repenti Gioacchino Pennino a également révélé l'importance des conseils et de l'aide de Provenzano à l'égard de Ciancimino[14], tandis que son fils a indiqué que Provenzano se rendait plusieurs fois par semaine chez lui boire de la camomille[11].

En novembre 2009, Massimo Ciancimino déclara aussi que Provenzano avait trahi Riina[7], Vito Ciancimino agissant comme intermédiaire entre lui et la police[15],[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Alfio Sciacca, Ciancimino jr consegna ai pm il papello originale, Il Corriere della Sera, 30 octobre 2009. En français, voir Accrochez vos ceintures, Aglio e Cipolla, 30 octobre 2009
  2. Ciancimino Jr: «Non intervenimmo per salvare Moro», L'Unita, 12 février 2010
  3. Servadio, Gaia (1976), Mafioso. A history of the Mafia from its origins to the present day, London: Secker & Warburg, p. 207-208
  4. a, b, c et d Son of Sicilian mayor arrested as Mafia fortune is tracked down, The Independent, 10 juin 2006
  5. a, b, c et d Obituary of Vito Ciancimino, The Times, 21 novembre 2002
  6. Nick Squires, Mafia investment 'gave Silvio Berlusconi his big break', The Telegraph, 3 février 2010
  7. a, b et c Richard Heuzé, Un «repenti» de la mafia éclabousse Silvio Berlusconi, Le Figaro, 9 février 2010
  8. Ex-Palermo Mayor Arrested, The New York Times, 5 novembre 1984
  9. a et b Obituary: Vito Ciancimino, The Guardian, 26 novembre 2002
  10. Salvo Pallazolo, Patto mafia-Stato, Violante dai pm "Mori mi disse: Ciancimino vuol parlarle", La Repubblica, 24 juillet 2009
  11. a, b et c Philippe Ridet, Massimo Ciancimino: au nom du père et du fils..., Le Monde, 26 novembre 2009
  12. Palermo, Ciancimino: «Forza Italia frutto trattative Stato-mafia». Alfano: piano per delegittimarci, L'Unita, 8 février 2010
  13. The relationship between the mafia and the State Ciancimino jr. hands over to magistrates a copy of the “papello”, Italian News
  14. Dickie, John (2004). Cosa Nostra. A history of the Sicilian Mafia, London: Coronet, p. 426-27 ISBN 0-340-82435-2 (Revue dans The Observer, 15 février 2004)
  15. Boss Riina 'betrayed' by Provenzano, ANSA, 5 novembre 2009
  16. Italy: Top Mafia fugitive 'betrayed' by boss, Adnkronos International, 5 novembre 2009

Source originale partielle[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]


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1970 - 1971
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