Tardiglaciaire

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Enregistrement des variations de températures pour les 40 000 dernières années (d'après les variations du taux de l'isotope 18O de l'oxygène : plus le δ18O est bas et plus les températures moyennes globales sont froides). Les résultats sont issus de carottages dans les glaces du Groenland, du lac Vostok et de données du Projet EPICA

En paléoclimatologie, le terme Tardiglaciaire désigne la dernière phase du Pléistocène, précédant l'époque actuelle de l'Holocène. Il correspond à l'ultime subdivision de la dernière glaciation (glaciation de Würm dans les Alpes), durant laquelle le climat se réchauffe globalement même s'il est marqué par des oscillations froides. Il précède la période interglaciaire actuelle (on parle encore de postglaciaire), globalement chaude, qu'est l'Holocène.

Les limites chronologiques du Tardiglaciaire varient selon les auteurs mais la plupart considèrent qu'il dure de la fin du dernier maximum glaciaire (vers environ 18 000 ans BP) à la dernière oscillation froide appelée Dryas récent (vers 11 650 ans BP calibré soit vers 9700 ans av. J.-C.).

Un phénomène global[modifier | modifier le code]

L'illustration ci-dessus représente les variations des températures globales moyennes pour les 40 000 dernières années, reconstituées à partir du taux de l'isotope 18O de l'oxygène présent dans des carottes de glaces prélevées au Groenland et en Antarctique. Pour toutes les courbes, une élévation des températures est perceptible à partir de 18 000 BP environ jusqu'à 10 000 BP environ. Le Tardiglaciaire correspond à cette phase de lent radoucissement global, marquée par d'importantes fluctuations relativement brusques comme la période du Bölling révélée par les carottes du forage profond du NorthGrip, le North Greenland Ice Core Project (en) : la courbe des afflux d'eaux de fonte (en) dans l'océan montre un épisode de fonte accélérée, le Meltwater pulse 1A daté de 14 650 ans, cette déglaciation voyant la température de l'hémisphère nord augmenter de près de 5 °C en quelques années et la remontée du niveau global des océans de 14 mètres en quelques 350 ans, soit un minimum de 40 mm par an[1].

Des variations régionales[modifier | modifier le code]

En Europe et Atlantique Nord[modifier | modifier le code]

Le Tardiglaciaire est une période de radoucissement lent entrecoupé de coup de froid se traduisant par des dents de scie sur la courbe générale. L'importance et la durée de ces fluctuations dépend de l'hémisphère et de la région considérée.

En Europe, la palynologie a permis de préciser les paléopaysages et paléoclimats de cette époque, dont en France, par exemple dans le bassin parisien[2]. L'étude des palynozones alpines a permis d'identifier cinq sous-périodes ou chronozones[3],[4]:

  • Dryas ancien ou Dryas I (15000 à 13000 BP?);
  • Bölling (13000 à 12000 BP);
  • Dryas moyen ou Dryas II (12000 à 11800 BP);
  • Alleröd ou Allerød(11800 à 11000 BP) ;
  • Dryas récent ou Dryas III (12900 à 11500 BP calibré[5], soit 11000 à 10000 BP non calibré[6], ou encore 11000 à 9500 av. J.C[7].): chute brutale des températures, recul des forêt (pins sylvestres, bouleaux) et retour de la steppe.

La courbe rouge de l'illustration ci-dessus correspond à la zone du Groenland : elle montre une brusque montée de température vers 14 500 BP correspondant aux épisodes chauds de Bølling-Allerød avant une chute brusque vers 12 500 BP (Dryas récent). Une explication avancée pour ce phénomène, circonscrit à l'Atlantique nord et à l'Europe, est que la fonte de l'inlandsis européen permet alors aux courants océaniques chauds de l'Atlantique nord (Gulf stream) de remonter jusqu'à l'Islande, le réchauffement atteint alors un taux moyen de 4 °C par siècle et le niveau marin remonte de 28 m. C’est le Bølling. Ce brusque réchauffement favorise la fonte des glaciers du Groenland, libérant par conséquent de grandes quantités d'eau douce dans l'océan et stoppant temporairement la remontée des courants chauds marins. La température rechute alors, c'est le Dryas récent[8]. Finalement, les courants s'estompent laissant les courants marins et la température remonter de manière définitive. La période tardiglaciaire s'achève alors et l'on rentre dans le postglaciaire (Holocène) dont la première chronozone en Europe est appelée Préboréal.

En Amérique du Nord[modifier | modifier le code]

Dans les régions internes du continent nord-américain, le Tardiglaciaire est marqué par une crise pluviale entraînant la formation de lacs temporaires tels que le lac Bonneville, à l'emplacement du Grand Lac Salé.

En Afrique[modifier | modifier le code]

La période correspond à une aridité accrue du continent, plus marquée qu'aujourd'hui[9]: les déserts tel que le Sahara étaient alors plus étendus et les forêts tropicales se réduisaient à quelques îlots le long du golfe de Guinée et en Afrique centrale[10]. Ainsi on note une lacune sédimentaire dans les occupations humaines d'Afrique de l'Ouest (Sahel) entre 25 000 ans et 11 000 ans BP, ce qui tendrait à démontrer que les hommes de l'époque auraient désertés cette zone pour des régions plus méridionales près des îlots forestiers subsistants[11]. Toutefois à la fin de la période vers 15 000 ans BP, une transition climatique marquée par une forte instabilité s'installe, avant de laisser place à une phase humide au début de l'Holocène, favorable à l'extension géographique de la végétation et de l'Homme[12].

Corrélation avec les cultures préhistoriques[modifier | modifier le code]

D'un point de vue archéologique, le Tardiglaciaire correspond en Europe occidentale au Magdalénien et à l'Épipaléolithique. Le réchauffement lent et la fonte des glaces permettent aux groupes magdaléniens occupant le Sud-Ouest de la France de migrer vers les territoires autrefois recouverts par la glace, que ce soit vers le Nord (Belgique, Allemagne, petite Pologne) ou vers les hautes altitudes (Pyrénées, arc alpin).

Génétique[modifier | modifier le code]

Il a été proposé que la distribution européenne de l'haplogroupe R1a du chromosome Y apparut du fait du recul de l'activité glaciaire permettant à la lignée masculine de se transporter des territoires actuels de l'Ukraine pour migrer et peupler graduellement le centre, le nord et l'ouest de l'Europe (voir aussi Swidérien)[13]. Alternativement, il a été suggéré que des mâles de l'haplogroupe Hg P*(xR1a1) ou haplogroupe R1b (ADN-Y) ont repeuplé la majeure partie de l'Europe peu de temps après le Dernier Maximum Glaciaire, relié à l'expansion des populations hors de la région Franco-Cantabrique (voir aussi Azilien ou Groupe à Federmesser)[14]. La distribution européenne de l' haplogroupe I du chromosome Y et des sous-clades variées associées a aussi été expliquée comme étant le résultat de la recolonisation mâle post-glaciaire de l'Europe à partir du refuge des Balkans, et de l'Europe de l'Est (voir aussi Ahrensbourgien et Culture de Hambourg)[15].

Les mâles possédant l'haplogroupe Q (Y-ADN) sont des candidats pour représenter une portion significative de la population ayant traversé le détroit de Béring et peuplée le nord de l'Amérique pour la première fois[16].

La distribution de l' haplogroupe H (ADNmt) est candidat à représenter principalement la repopulation femelle de l'Europe après le Dernier Maximum Glaciaire de la région Franco-Cantabrique[17]. Les haplogroupes (ADNmt) A, B, C, D, et X sont selon certains comme proposés pour un seul peuplement pré-Clovis de l'Amérique via une route côtière[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Deschamps, Nicolas Durand, Edouard Bard, Bruno Hamelin, Gilbert Camoin, Alexander L. Thomas, Gideon M. Henderson, Jun'ichi Okuno et Yusuke Yokoyama, « Ice-sheet collapse and sea-level rise at the Bølling warming 14,600 years ago », Nature, vol. 483, no 7391,‎ 28 mars 2012, p. 559-564 (lien DOI?)
  2. Leroyer C (1997), Homme, Climat, Végétation au Tardi- et Postglaciaire dans le Bassin Parisien ; Apports de l’étude palynologique des fonds de vallée, Thèse de doctorat, Pans I, Paris.
  3. Mangerud et al (1974)
  4. Stéphanie Thiébault, Archéologie environnementale de la France, Éditions La Découverte, 2010, ISBN 978-2-7071-6651-7
  5. Graphique http://www.ncdc.noaa.gov/paleo/pubs/alley2000/alley2000.html
  6. http://www.geo.arizona.edu/palynology/geos462/02holocene.html
  7. Calibration Oxcal (« https://c14.arch.ox.ac.uk/oxcal/OxCal.html) » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-04-07 et Calpal (« http://www.calpal-online.de/) » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-04-07
  8. http://www.eawag.ch/publications/eawagnews/www_en58/en58f_screen/en58f_muscheler_s.pdf
  9. Des températures moyennes basses n'impliquent pas un régime plus humide. Il semble au contraire qu'au Tardiglaciaire le cycle atmosphérique de l'eau ait été de moindre amplitude qu'aujourd'hui.
  10. A. Ballouche et M. Rasse, L'homme, artisan des paysages des savanes, Pour La Science,‎ août 2007, 56-59 p. (ISSN 0 153-4092)
  11. S. Soriano et E. Huysecom, Un paléolithique ignoré, Pour La Science,‎ août 2007, 38-43 p. (ISSN 0 153-4092)
  12. E. Huysecom, Un Néolithique ancien en Afrique de l'Ouest?, Pour La Science,‎ août 2007, 44-49 p. (ISSN 0 153-4092)
  13. (en) Passarino et et al., « Different genetic components in the Norwegian population revealed by the analysis of mtDNA and Y chromosome polymorphisms », Eur. J. Hum. Genet., vol. 10, no 9,‎ 2002, p. 521–9 (liens PubMed? et DOI?)
  14. (en) B. Dupuy et et al., « Geographical heterogeneity of Y-chromosomal lineages in Norway », Forensic Science International, vol. 164, no 1,‎ 2006, p. 10–19 (liens PubMed? et DOI?)
  15. (en) S. Rootsi, C. Magri, T. Kivisild et et al., « Phylogeography of Y-chromosome haplogroup I reveals distinct domains of prehistoric gene flow in europe », Am. J. Hum. Genet., vol. 75, no 1,‎ 2004, p. 128–37 (liens PubMed?, PubMed Central? et DOI?)
  16. (en) Zegura SL, Karafet TM, Zhivotovsky LA, Hammer MF, « High-resolution SNPs and microsatellite haplotypes point to a single, recent entry of Native American Y chromosomes into the Americas », Mol. Biol. Evol., vol. 21, no 1,‎ janvier 2004, p. 164–75 (liens PubMed? et DOI?)
  17. (en) A. Achilli, « The Molecular Dissection of mtDNA Haplogroup H Confirms That the Franco-Cantabrian Glacial Refuge Was a Major Source for the European Gene Pool », American Journal of Human Genetics, vol. 75, no 5,‎ 2004, p. 910–918 (liens PubMed?, PubMed Central? et DOI?)
  18. (en) N. Fagundes, « Mitochondrial Population Genomics Supports a Single Pre-Clovis Origin with a Coastal Route for the Peopling of the Americas », The American Journal of Human Genetics, vol. 82, no 3,‎ 2008, p. 583–592 (liens PubMed?, PubMed Central? et DOI?)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]