Conquête de Majorque

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La conquête de l'île de Majorque sur les Almohades par Jacques Ier d'Aragon, dans le cadre de la Reconquista, dure de 1229 à 1231.

Une conquête plus délicate et difficile que prévue[modifier | modifier le code]

Le premier débarquement important de troupes chrétiennes catalanes, après l'escale sur Dragonera, a lieu début septembre 1229, dans la baie de Santa Ponsa[1]. Les croisés sont attendus car la préparation de la croisade, suscitant de nombreux débats, était publique. Le soldat Rindemeya est choisi pour planter l'étendard royal en haut de la plage de Santa Ponça[2]. Les autorités almohades, siégeant à Medina Mayorqua auprès du légendaire wâlî Abou Yahia, déjà en guerre face à des rebelles qu'ils ne contrôlent plus, n'ont ni le temps ni les moyens de faire des fortifications conséquentes. Mais elle sont avertie et leur résistance acharnée surprend les croisés.

La première bataille à Santa Ponsa, près du village à quelques cinq kilomètres des côtes, est sanglante. Les Croisés pensent avoir fait l'essentiel des efforts pour prendre le chemin de la grande ville. Mais ils doivent déchanter, camper et sécuriser leurs arrières et avant-gardes, ainsi que la tête de pont. La supériorité maritime (bateau type coque à voile) et technique (armure et arme de fer) est de leur côté, ainsi que le nombre, mais le commandement général animé par Nuño Sançh pour les Catalans, les gens du Roussillon et les Occitans affiliés à la ville de Montpellier, Pedro de Portugal pour les Aragonais ou les catalans de la maison du roi, ainsi que les différents seigneurs catalans des troupes croisés semble incapable de surprendre les Maures, à la fois plus mobiles et agressifs, et instaurant une menace constante. Les forces alliées et mercenaires, cantonnées à un rôle d'arrière-garde ou de défense, se révèlent efficaces, mais les troupes catalanes, appuyées par une force aragonaise de faible envergure, apparaissent de plus en plus désemparées. Les plans de conquête, conçus à Barcelone, s'effondrent.

Le roi constatant le piétinement prend le commandement et décide de faire passer en première ligne les troupes initialement prévue en soutien, car elles étaient essentiellement étrangères, d'origine occitane, française et italienne[3]. Ces troupes, cantonnées à des tâches techniques et munies d'armes performantes (arbalètes), passent à l'attaque et perforent en une furia francese le dispositif maure à Illetas le 27 septembre. Mieux, en poursuivant leur avancée, elles parviennent devant la capitale. Au soir du 27 septembre, le roi qui a participé à la bataille d'Illetes a laissé au castel de Bendinat l'image légendaire d'un dîner frugal, à base de pain, d'ail et d'olive, avec son commentaire : havem ben dinat.

La ville de Madîna Mayûrqa (aujourd'hui Palma de Majorque) tombe en décembre, le jour de la saint Sylvestre de la même année, après trois mois d'un siège lent où les technicités et machines italiennes et provençales ont fait merveille. Les rebelles maures de l'île ont néanmoins harcelé les troupes catalanes, et lorsque les murailles du premier s'effondrent, elles se défoulent en massacrant un grand nombre d'habitants sans défense et en rasant quelques quartiers qu'elles jugent dangereux. Le wâlî Abou Yahia, avec sa garde de la citadelle, se serait alors rendu pour faire arrêter le massacre. Le roi Jaime, déjà mécontent de la tenue de ses troupes, est horrifié de ses massacres. La conquête continue, en installant des places-fortes dans les endroits stratégiques. Ce sont en général des châteaux garnis de tour de guet.

Les seigneurs qui ont financé la conquête prennent leur part, ils taxent la population et parfois mettent en esclavage les contributeurs trop pauvres ou insolvables. L'archevêque de Barcelone reçoit la moitié de la Médina, et une portion de côte jusqu'à Bunyabufar. Le roi qui, par la convention de la medietas régis, a l'autre moitié de la Medina s'efforce de protéger les artisans maures et les communautés paysannes[4]. Il interdit les expulsions de ces populations, ne voulant pas se priver de main d'œuvre pour mettre en valeur les terres conquises. Il ne peut empêcher les déplacements massifs de populations organisées par les seigneurs, libres sur leurs domaines. Conscient que la colonisation n'est qu'une étape lointaine, alors qu'elle était posée comme une condition première de l'occupation chrétienne par les autorités religieuses, le roi opère lentement un revirement favorable à la masse paysanne de la population maure, dont certains éléments rappellent l'attachement à des éléments chrétiens pluriséculaires ou juifs. Une fraction supérieure de l'église catalane va ainsi concevoir une haine face aux prétendus chrétiens ou juifs de l'île, les soupçonnant de déviance cathare ou hérétique. Les communautés originellement maures, appauvries par la conquête et la fiscalité seigneuriale, mettent plus d'une décennie pour retrouver une prospérité inégalée.

La forteresse d'Alaró, dernier bastion maure, se soumet en 1331. Mais la résistance musulmane se poursuit dans les régions montagneuses et les grottes, refuges des derniers rebelles de l'île jusqu'en 1232. Une fois la conquête terminée, Jacques Ier confirme l'attribution les terres aux nobles selon les dispositions mises par écrit dans le Llibre del Repartiment ; son revirement vers la tolérance envers les populations maures (chrétiens, musulmans) ou juives favorise l'instauration d'institutions spécifiques, ainsi que la vassalisation facile de l'île de Minorque, qui conserve sa liberté religieuse en étant protégée par la flotte catalane.

Le cadastre atteste ainsi de dons de terres franches, en franc alleu, aux combattants nobles ou simples soldats, ainsi que des terres frumentaires sous forme d'alleu aux pobladors ou colons venant principalement d'Ampurias ou du Roussillon. Il y aura aussi des régisseurs et des contremaîtres catalans dans les campagnes. Ce sont ses éléments catalans, fondus dans la masse paysanne, qui, avec le retour massif vers un christianisme tolérant, dit aux trois croix, permettent en un siècle la première entré de la langue et culture catalane sur l'île.

Vers le royaume de Majorque[modifier | modifier le code]

Le roi a compris la spécificité de l'île. Pour y stabiliser sa domination, elle doit être gouvernée à part. Mais son statut et sa richesse Par son testament, le roi crée ensuite le royaume de Majorque, qui devient indépendant à sa mort, et le reste jusqu'à ce que Pierre IV d'Aragon s'en empare.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. 143 navires de transport, sécurisé par moins d'une dizaine de navires de guerres, mais aussi des barques-coques, auraient débarqué une armée de 20 000 hommes, parfois en plusieurs étapes. On estime que l'essentiel du premier transport, soit 1 500 chevaliers et 15 000 hommes de troupe est disponible pour le premier affrontement.
  2. Une croix sur la plage rappelle l'exploit de ce soldat-croisé.
  3. Pour avoir consenti à laisser leur commandement d'attaque, Don Pedro et Nuño Sançh recevront, en plus de leurs parts prévues, les droits de conquête des Pityuses. Nuño Sançh recevra 135 000 ha à Valldemossa, Bunyola et Manacor. De la part du fief royal, il recevra 89 habitations à Palma, qu'il rétrocédera en location à des catalans, des Français méridionaux, des Italiens et des Juifs.
  4. Le roi rétrocède en sous-fief à différents soldats combattants, à ses marins et à ses partenaires, les marchands italiens.

Liens internes[modifier | modifier le code]