Rimonabant

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Rimonabant (SR141716A)
Structure du rimonabant (SR141716A)
Structure du rimonabant (SR141716A)
Identification
Nom IUPAC 5-(4-Chlorophényl)-1-(2,4-dichlorophényl)-4-méthyl-N-(pipéridin-1-yl)-1H-pyrazole-3-carboxamide
No CAS 168273-06-1
Code ATC A08AX01
Propriétés chimiques
Formule brute C22H21Cl3N4O  [Isomères]
Masse molaire[1] 463,787 ± 0,026 g/mol
C 56,97 %, H 4,56 %, Cl 22,93 %, N 12,08 %, O 3,45 %,
Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.

Le rimonabant (ou SR141716) est un médicament anorexigène contre l'obésité agissant comme un agoniste inverse des récepteurs cannabinoïdes CB1. Les autorités européennes du médicament l’ont retiré du marché en 2008 en raison d’effets secondaires potentiellement graves après avoir été brièvement commercialisé par le groupe pharmaceutique Sanofi-Aventis (Sanofi depuis 2011) sous la marque Acomplia. Selon le laboratoire, les autorités européennes du médicament ont considéré que la prise de ce médicament apportait plus de risques que de bénéfices. En effet, cette décision a été ordonné après que les autorités sanitaires européennes (EMA)  eurent confirmé que les patients obèses ou en surpoids qui prenaient ce médicament avaient près de deux fois plus de risques de souffrir de troubles psychiatriques (risque de suicide) que ceux qui ne l'utilisaient pas. Pour ces raisons, la FDA (Food and Drug Administration) a refusé sa commercialisation aux États-Unis.

Des recherches démontrent que le rimonabant pourrait également se montrer efficace dans d’autres domaines que la lutte contre l’obésité. Dans l’arrêt du tabac notamment, la guérison de problème de toxicomanie, ou encore comme antidote du cannabis dans la mesure où il bloque les effets psychoactifs et certains effets cardiovasculaire du THC (la molécule psychoactive principale du cannabis) chez un individu étant sous l’effet de cette drogue. En ce sens, le rimonabant est une sorte de « cannabis » à l’envers dans la mesure où il diminue l’appétit alors que le cannabis est réputé pour l’augmenter.

Action[modifier | modifier le code]

Le rimonabant induit une perte de poids chez l'obèse. Les essais cliniques réalisés dans l'obésité ont montré une efficacité modeste sur le poids (4 à 5 kg au bout d'un an) et une perte de poids encore plus faible chez l'obèse diabétique[2],[3].

Le rimonabant induit une augmentation du taux de HDL cholestérol sanguin et une baisse des triglycérides[3]. Il augmente le taux d'adiponectine de façon indépendante de la perte de poids, ce qui améliore, théoriquement, la sensibilité à l'insuline[4].

Chez le patient obèse, diabétique de type II, Le rimonabant réduit le taux d'HbA1C de façon statistiquement significative après six mois de traitement[5] mais sans aucune preuve de réduction des complications liées au diabète[6],[2].

Les effets bénéfiques en matière de morbi-mortalité dans les indications actuelles sont inconnus, il est impossible de savoir si le médicament diminue les décès chez les malades traités puisqu'il faut plusieurs années pour que les premières études montrent l'impact du produit. Les résultats en matière de régression (ou de ralentissement de la progression) de l'athérome ne sont, pour l'instant, pas concluants, malgré une amélioration significative des facteurs de risque cardio-vasculaire[7].

Effets secondaires[modifier | modifier le code]

Les effets secondaires les plus courants sont la dépression[8], les vertiges, les nausées[4], des troubles du sommeil, des rêves, des troubles sensoriels, musculaires et cutanés.

Parmi les effets secondaires graves notifiés au centre régional de pharmacovigilance de Grenoble ou à l'agence européenne du médicament, on retrouve des troubles dépressifs et suicidaires chez des patients qui pour la moitié d'entre eux n'avaient jamais eu de pathologie psychique. Il fut notifié également des troubles psychotiques et des mouvements anormaux. Les essais cliniques sur la molécule montrent les mêmes effets secondaires psychiques que ceux notifiés lors de la commercialisation en Europe[9].

Les effets secondaires à long terme sont inconnus.

Contre-indications[modifier | modifier le code]

Le rimonabant est contre-indiqué chez les enfants et femmes enceintes ou allaitantes par un manque de donnés sur ces populations. Il n'a pas été fait d'étude sur l'effet du médicament dans ces situations.

Il est également contre-indiqué chez les patients souffrant de troubles psychiatriques et sous traitement anti-dépresseurs.

Les insuffisants rénaux sévères et hépatiques sont exclus du champ d'utilisation du produit.

Il est recommandé d'utiliser le rimonabant avec précaution chez les personnes de plus de 70 ans en raison des risques de pathologies rénales, hépatiques ou psychiatriques sous-jacentes.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'essai Stratus-US, concernant l'effet du rimonabant dans le sevrage tabagique, est présenté à l'American College of Cardiology en mars 2004 à La Nouvelle-Orléans[10]. Les données de l'étude RIO-Europe[11] sont présentées lors du congrès de la Société Européenne de Cardiologie à Munich en août 2004.

En 2006, les experts de la Division of Anesthesia, Analgesia and Rheumatology Products de la FDA rejettent la demande d'autorisation du rimonabant dans le sevrage tabagique. Les experts de la Division of Metabolism and Endocrinology Products adressent à Sanofi-Aventis une "approvable letter" dans la prise en charge de l'obésité, assortie d'une demande d'informations complémentaires avant l'autorisation définitive[12]. En juin, le rimonabant obtient une autorisation de mise sur le marché européen, et est commercialisé en France à partir de 2007 ainsi que dans 20 autres pays. Le produit est remboursé en France à 35 % sur prescription spéciale, mais reste déremboursé en Allemagne.

En juin 2007, un comité d'experts conseille à la Food Drugs Administration américaine de repousser une éventuelle autorisation de commercialisation aux États-Unis du médicament contre l'obésité, pour des raisons de sécurité. La Tribune évoque un « revers majeur » pour Sanofi-Aventis ; selon les experts de la FDA, « Sanofi n'aurait pas fourni suffisamment d'éléments prouvant l'innocuité du médicament ». Dans un second vote, ce comité a également estimé à l'unanimité que les bénéfices de cette molécule ne l'emportent pas sur les effets secondaires[13].

Dans l'union Européenne, malgré les effets secondaires et les décès notifiés, les agences du médicaments ont proposé d'ajouter des contre indications et des recommandations d'utilisation sur les notices[14]. Le 9 août 2007, l'Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) actualise le plan de gestion des risques d'Acomplia et limite sa prescription à cause de ses effets secondaires, notamment en ce qui concerne le risque de survenue de troubles dépressifs majeurs. Un antécédent de dépression devient une contre indication définitive alors qu'elle n'était qu'une précaution.

Il faut attendre octobre 2008 pour que l'Agence européenne des médicaments et l'Afssaps recommandent auprès de la commission européenne la suspension de l'autorisation de mise sur le marché de la molécule[15]. Le même jour, Sanofi Aventis annonce que la vente est interrompue immédiatement dans toutes les pharmacies des 18 pays de l'Union européenne qui le distribuent[16]. Sanofi Aventis n'exclut plus une suspension du médicament dans les 14 autres pays, hors Union européenne, où il est commercialisé.

Le 5 novembre 2008, Sanofi Aventis annonce l'arrêt de tous les programmes de développement du produit, pour tous les usages[17].

Divers[modifier | modifier le code]

En 2007, le produit fait l'objet de contrefaçon, objet de procédures judiciaires[18].

En 2012, une émission de TV française a enquêté sur cette affaire : Cash investigation, n°1, intitulée « Les vendeurs de maladies »[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Masse molaire calculée d’après « Atomic weights of the elements 2007 », sur www.chem.qmul.ac.uk.
  2. a et b Prescrire rédaction Rimonabant (Acomplia°) : cher, peu remboursé, et à balance bénéfices- risques peu favorable Rev Prescrire mai 2007, N° 283
  3. a et b (en) Effects of the cannabinoid-1 receptor blocker rimonabant on weight reduction and cardiovascular risk factors in overweight patients: 1-year experience from the RIO-Europe study, Luc F Van Gaal, Aila M Rissanen, André J Scheen, Olivier Ziegler, Stephan Rössner, Lancet, 2005; 365:1389-1397 (sur abonnement)
  4. a et b (en) Effects of Rimonabant on Metabolic Risk Factors in Overweight Patients with Dyslipidemia, Jean-Pierre Després, Alain Golay, Lars Sjöström, New Eng J Med, 2005;353:2121-2134
  5. http://www.sanofi-aventis.com/Images/20061205_Serenade_fr_tcm23-14731.pdf
  6. (en) Efficacy and tolerability of rimonabant in overweight or obese patients with type 2 diabetes: a randomised controlled study, André J Scheen, Nick Finer, Priscilla Hollander, Michael D Jensen, Luc F Van Gaal, Lancet, 2006; 368:1660-1672.
  7. Nissen SE, Nicholls SJ, Wolski K et Als. Effect of rimonabant on progression of atherosclerosis in patients With abdominal obesity and coronary artery disease: The STRADIVARIUS Randomized Controlled Trial, JAMA, 2008;299:1547-1560
  8. Christensen R, Kristensen PK, Bartels EM et Als. Efficacy and safety of the weight-loss drug rimonabant: a meta-analysis of randomised trials, Lancet, 2007;370:1706-1713
  9. Rédaction prescrire Rimonabant : trop de dépressions et de suicides la rédaction Rev Prescrire décembre 2008 T28 N°302 p. 909
  10. http://www.acc.org/
  11. RIO-EUROPE: a randomised double-blind study of weight reducing effect and safety of rimonabant in obese patients with or without comorbidities.
  12. www.uvp5.univ-paris5.fr/
  13. www.esculape.com
  14. Rédaction Prescrire Rimonabant : suspension d'AMM annoncée, enfin ! Rev Prescrire déc 2008 T28 N°302 p897
  15. Communiqué de presse de l'Afssaps du 23 octobre 2008 demandant la suspension de l'autorisation de mise sur le marché
  16. Communiqué de Sanofi-Aventis du 23 octobre 2008 annonçant l'arrêt de la commercialisation du Rumonabant en Europe
  17. Communiqué de Presse Sanofi-Aventis, 5/11/2008 : {pdf}[1]
  18. Contrefaçon d'un produit contre l'obésité : sept mises en examen, dans Nice-Matin, 11 septembre 2007
  19. Cash investigation : les vendeurs de maladie (extrait vidéo) (26/04/2012)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]