Anandamide

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Anandamide
Structure de l'anandamide
Structure de l'anandamide
Identification
Nom IUPAC (5Z,8Z,11Z,14Z)-N-(2-hydroxyethyl)
icosa-5,8,11,14-tetraenamide
No CAS 94421-68-8
SMILES
InChI
Apparence huile jaune clair
Propriétés chimiques
Formule brute C22H37NO2  [Isomères]
Masse molaire[1] 347,5347 ± 0,021 g/mol
C 76,03 %, H 10,73 %, N 4,03 %, O 9,21 %,
Propriétés physiques
Solubilité sol dans l'éthanol
Masse volumique 0,92 g·cm-3 à 25 °C
Précautions
Directive 67/548/EEC


Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.

L’anandamide ou N-arachidonoylethanolamide ou AEA, est un neurotransmetteur cannabinoïde endogène présent dans l'organisme des animaux comme des humains, en particulier dans le cerveau. Il est aussi présent en faible quantité dans le cacao[2]. Son nom est la contraction du sanskrit ananda, qui signifie « béatitude » et amide, sa fonction chimique[3],[4]. Elle est synthétisée à partir du N-arachidonoyl phosphatidyléthanolamine par de nombreuses voies métaboliques[5]. Elle est dégradée essentiellement par l'enzyme Fatty Acid Amide Hydrolase (FAAH), qui convertit l'anandamide en étanolamine et en acide arachidonique. Ainsi, les inhibiteurs de la FAAH entraînent une augmentation des niveaux d'anandamide et sont utilisés pour un usage thérapeutique[6],[7].

Histoire[modifier | modifier le code]

Elle a été isolée et sa structure fut décrite la première fois en 1992 par WA Devane, Lumir Hanus et leurs collègues qui travaillaient dans l'équipe menée par Raphael Mechoulam à la Hebrew University[8].

Ligands et récepteurs endocannabinoïdes[modifier | modifier le code]

C'est un cannabinoïde endogène ou endocannabinoïde qui agit au niveau du cerveau et sur d'autres parties du corps. Il agit comme le tétrahydrocannabinol en se liant avec le récepteur CB1. Il se lie également en périphérie avec le récepteur CB2 qui est un récepteur impliqué dans le système immunitaire[9].

  • Cannabis

Les récepteurs cannabinoïdes ont été à l'origine découverts comme étant sensibles au ∆9-tétrahydrocannabinol (∆9-THC, couramment appelé THC) qui est le composé psychoactif principal retrouvé dans le cannabis. La découverte de l'anandamide vient des recherches sur le CB1 et le CB2, puisqu'il était inévitable qu'un composé chimique endogène activant ces récepteurs serait trouvé.

  • Chocolat

En 1996, de l'anandamide a été découverte dans le chocolat. Deux substances ont aussi été découvertes qui pourraient avoir des effets proches de l'anandamide, la N-oleoylethanolamine et la N-linoleoylethanolamine[10].

Métabolisme[modifier | modifier le code]

  • Déclenchement de la synthèse

L'anandamide est synthétisée dans l'espace post-synaptique d'une synapse suite à une dépolarisation calcique. Il agit comme signal rétrograde sur la membrane pré-synaptique où il active un récepteur couplé à une protéine G, le CB1. Celui-ci a une action inhibitrice sur la libération des neurotransmetteurs de la synapse (soit le glutamate, soit le GABA). L'anandamide diminue ainsi la transmission de l'influx nerveux, elle peut donc être qualifiée de neuromodulateur[réf. nécessaire].

  • Synthèse

L'anandamide est synthétisée à partir de la N-arachidonoyl phosphatidylethanolamine (NAPE), qui est elle-même fabriquée en transferrant l'acide arachidonique à partir de la lécithine au groupement amine libre d'une phosphatidylethanolamine grâce à l'enzyme N-acyltransférase[11],[12]. La synthèse d'anandamide à partir de NAPE intervient via de nombreuses voies métaboliques et implique des enzymes comme la phospholipase A2, la phospholipase C et la NAPE-PLD[5].

  • Catabolisme

L'anandamide endogène est présente à des doses très faibles et a une durée de vie très courte à cause de l'action de la fatty acid amide hydrolase (FAAH), qui la catalyse en acide arachidonique libre et en éthanolamine[13]. Des études sur des cochons montrent qu'un régime enrichi en acide arachidonique et en autres acides gras essentiels augementent les niveaux d'anandamide et d'autres endocannabinoïdes dans le cerveau[14].

Physiologie[modifier | modifier le code]

L'anandamide a montré qu'elle empêchait la mémoire de travail chez les rats[15]. Des études sont en cours pour explorer le rôle de l'anandamide dans le comportement humain, comme l'alimentation, les rythmes du sommeil et le soulagement de la douleur. Les rôles de cette modulations interviennent au niveau de nombreuses fonctions :

  • modulation de la mémoire (hippocampe) ;
  • modulation des émotions (amygdale) ;
  • modulation de l'activité motrice (ganglions de la base) ;
  • analgésie centrale (rhombencéphale) ;
  • plus des rôles potentiels dans l'habituation, la cognition et le système de récompense (contrôlant la prise alimentaire et les phénomènes d'addictions).
  • Implantation de l'embryon

L'anandamide est aussi importante pour l'implantation des premiers stages de l'embryon sous sa forme blastocyste dans l'utérus. Par conséquent les cannabinoides comme le Δ9-THC pourraient influencer ces processus pendant les premiers stades de développement embryonnaire[16]. Les pics plasmatiques d'endocannabinoïdes apparaissent lors de l'ovulation et augmentent de manière parallèle avec les pics d’œstradiols et de gonadotrophines, ce qui suggère que ces molécules pourraient être impliquées dans la régulation des niveaux d'anandamide[17].

  • Alimentation et plaisir

L'anandamide joue un rôle dans la régulation du comportement alimentaire et la génération neurale de motivation et de plaisir. Par ailleurs, l'anandamide injectée directement dans le noyau accumbens augmente les réponses au plaisir des rats à des récompenses sucrées et augmente aussi la prise de nourriture[9],[18].

Conséquences en médecine[modifier | modifier le code]

  • Liens avec le paracétamol

Le paracétamol est métaboliquement combiné avec l'acide arachidonique par la FAAH pour former l'AM404[19]. Ce métabolite du paracétamol est un possible agoniste du récepteur vanilloïde TRPV1, un faible agoniste des récepteurs CB1 et CB2 et un inhibiteur de la recapture de l'anandamide. Par conséquent, les niveaux d'anandamide dans le corps et le cerveau sont augmentés. Le paracétamol seraient alors une pro-drogue des métabolite cannabimimétique. Cette action pourrait être partiellement ou totalement responsable des effets antalgiques du paracétamol[20],[21].

  • Cancer du sein

L'anandamide inhibe la prolifération cellulaire du cancer du sein humain[22]. Des études ont montré que la libération d'anandamide est associée à l'effet antalgique induit par l'exercice physique, notamment la course à pied[23].

  • Obésité

Un régime enrichi en graisses augmente les niveaux d'anandamide dans le foie et augmente la lipogenèse[24]. Ceci suggère que l'anandamide pourrait jouer un rôle dans l'obésité, au moins chez les rongeurs.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Masse molaire calculée d’après « Atomic weights of the elements 2007 », sur www.chem.qmul.ac.uk.
  2. (en) The Merck index, 13e édition, 2001, ISBN 0911910-13-1
  3. (en) Devane WA, Hanuš L, Breuer A, Pertwee RG, Stevenson LA, Griffin G, Gibson D, Mandelbaum A, Etinger A, Mechoulam R. « Isolation and structure of a brain constituent that binds to the cannabinoid receptor » Science 258, 1946-1949 (1992)
  4. (en) Mechoulam R, Fride E. The unpaved road to the endogenous brain cannabinoid ligands, the anandamides in “Cannabinoid Receptors” (ed. R. Pertwee), Academic Press, London. p. 233-258 (1995)
  5. a et b (en) Jun Wang et Natsuo Ueda, « Biology of endocannabinoid synthesis system », Prostaglandins & other lipid mediators, vol. 89, no 3-4,‎ septembre 2009, p. 112-119 (ISSN 1098-8823, PMID 19126434, DOI 10.1016/j.prostaglandins.2008.12.002, lire en ligne)
  6. (en) Silvana Gaetani, Pasqua Dipasquale, Adele Romano, Laura Righetti, Tommaso Cassano, Daniele Piomelli, Vincenzo Cuomo « Chapter 5 The Endocannabinoid System as A Target for Novel Anxiolytic and Antidepressant Drugs » International Review of Neurobiology 2009, Volume 85, Pages 57–72. DOI:10.1016/S0074-7742(09)85005-8
  7. (en) Jeannie Hwang, Crista Adamson, David Butler, David R Janero, Alexandros Makriyannis, Ben A Bahr, « Enhancement of endocannabinoid signaling by fatty acid amide hydrolase inhibition: a neuroprotective therapeutic modality », Life sciences, vol. 86, no 15-16,‎ 10 avril 2010, p. 615-623 (ISSN 1879-0631, PMID 19527737, DOI 10.1016/j.lfs.2009.06.003, lire en ligne)
  8. (en) WA Devane, « Isolation and structure of a brain constituent that binds to the cannabinoid receptor », Science, vol. 258, no 5090,‎ décembre 1992, p. 1946–9 (lire en ligne)
  9. a et b (en) Pacher P, Batkai S, Kunos G, « The Endocannabinoid System as an Emerging Target of Pharmacotherapy », Pharmacol Rev., vol. 58, no 3,‎ 2006, p. 389–462 (PMID 16968947, PMCID 2241751, DOI 10.1124/pr.58.3.2)
  10. (en) di Tomaso E, Beltramo M, Piomelli D., « Brain cannabinoids in chocolate », Nature, vol. 382, no 6593,‎ août 1996, p. 677–8 (PMID 8751435, DOI 10.1038/382677a0)
  11. (en) Natarajan V, Reddy PV, Schmid PC, Schmid HH, « N-Acylation of ethanolamine phospholipids in canine myocardium », Biochim. Biophys. Acta, vol. 712, no 2,‎ août 1982, p. 342–55 (PMID 7126608)
  12. (en) Cadas H, di Tomaso E, Piomelli D, « Occurrence and biosynthesis of endogenous cannabinoid precursor, N-arachidonoyl phosphatidylethanolamine, in rat brain », J. Neurosci., vol. 17, no 4,‎ février 1997, p. 1226–42 (PMID 9006968)
  13. (en) D. Piomelli « The molecular logic of endocannabinoid signalling » Nat Rev Neurosci. 4, 873-884 (2003)
  14. (en) Berger A, et al., « Anandamide and diet: Inclusion of dietary arachidonate and docosahexaenoate leads to increased brain levels of the corresponding N-acylethanolamines in piglets », Proc. Natl. Acad. Sci. U.S.A., vol. 98, no 11,‎ mai 2001, p. 6402–6 (PMID 11353819, PMCID 33480, DOI 10.1073/pnas.101119098)
  15. (en) Mallet PE, Beninger RJ, « The endogenous cannabinoid receptor agonist anandamide impairs memory in rats », Behavioural Pharmacology, vol. 7, no 3,‎ 1996, p. 276–284 (lire en ligne)
  16. (en) Piomelli D, « THC: moderation during implantation », Nat. Med., vol. 10, no 1,‎ janvier 2004, p. 19–20 (PMID 14702623, DOI 10.1038/nm0104-19)
  17. (en) El-Talatini MR, Taylor AH, Konje JC, « The relationship between plasma levels of the endocannabinoid, anandamide, sex steroids, and gonadotrophins during the menstrual cycle », Fertil. Steril., vol. 93, no 6,‎ avril 2010, p. 1989–96 (PMID 19200965, DOI 10.1016/j.fertnstert.2008.12.033)
  18. (en) Mahler SV, Smith KS, Berridge KC, « Endocannabinoid hedonic hotspot for sensory pleasure: anandamide in nucleus accumbens shell enhances 'liking' of a sweet reward », Neuropsychopharmacology, vol. 32, no 11,‎ novembre 2007, p. 2267–78 (PMID 17406653, DOI 10.1038/sj.npp.1301376)
  19. DOI:10.1074/jbc.M501489200
  20. (en) Bertolini A, et al., « Paracetamol: new vistas of an old drug », CNS Drug Rev, vol. 12, no 3–4,‎ 2006, p. 250–75 (PMID 17227290, DOI 10.1111/j.1527-3458.2006.00250.x)
  21. (en) Sinning C, et al., « New analgesics synthetically derived from the paracetamol metabolite N-(4-hydroxyphenyl)-(5Z,8Z,11Z,14Z)-icosatetra-5,8,11,14-enamide », J. Med. Chem., vol. 51, no 24,‎ décembre 2008, p. 7800–5 (PMID 19053765, DOI 10.1021/jm800807k)
  22. (en) De Petrocellis L. et al., « The endogenous cannabinoid anandamide inhibits human breast cancer cell proliferation », Proc Natl Acad Sci. USA, vol. 95, no 14,‎ juillet 1998, p. 8375–80 (PMID 9653194, PMCID 20983, DOI 10.1073/pnas.95.14.8375)
  23. http://www.harford.de/arne/articles/NeuroReport.pdf
  24. (en) Osei-Hyiaman D, et al., « Endocannabinoid activation at hepatic CB1 receptors stimulates fatty acid synthesis and contributes to diet-induced obesity », J. Clin. Invest., vol. 115, no 5,‎ mai 2005, p. 1298–305 (PMID 15864349, PMCID 1087161, DOI 10.1172/JCI23057)

Voir aussi[modifier | modifier le code]