Lombard (langue)

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Lombard
Lumbard, lumbaart
Parlée en Italie, Suisse
Région Lombardie, Piémont, Tessin, Grisons
Nombre de locuteurs environ 3 500 000[1]
Typologie SVO syllabique
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-2 roa[2]
ISO 639-3 lmo
IETF lmo

Le mot lombard est un terme générique regroupant deux langues[citation nécessaire] gallo-italiques parlées dans le nord de l’Italie (principalement en Lombardie, mais aussi dans le Piémont), dans le Trentino et dans le sud de la Suisse (dans les cantons du Tessin et des Grisons). Les deux variantes principales sont le lombard occidental et le lombard oriental[citation nécessaire].

Statut et localisation[modifier | modifier le code]

Répartition du lombard en Europe

Statut[modifier | modifier le code]

Le lombard est considéré comme une langue minoritaire distincte de l’italien par le Livre Rouge[réf. obsolète] de l’UNESCO[3].

Bien que parfois considéré comme un dialecte de l’italien (y compris par certains de ses locuteurs), le lombard n’est pas directement relié à l’italien, les deux langues faisant partie de branches différentes de la famille des langues romanes. Le romanche, le frioulan, l’occitan et le catalan sont plus proches du lombard que l’italien[4].

Différentes variétés[modifier | modifier le code]

L’on distingue principalement entre le lombard occidental et le lombard oriental. Toutes les variantes parlées en Suisse sont occidentales, alors que l’on trouve les deux variétés en Italie. Dans les régions de Milan, Varese, Come et Lecco, notamment, on parle le lombard occidental (dit aussi Insùbrich), alors que dans les régions de Bergame et de Brescia, ainsi que dans quelques localités de l’ouest du Trentin, on parle le lombard oriental.

Les variantes parlées en Valteline ainsi que dans les quatre vallées lombardes des Grisons font la transition entre les deux groupes et présentent certaines particularités. Quant aux dialectes parlés dans les provinces de Novare, de Verbano-Cusio-Ossola et de Verceil (toutes trois parties de la région administrative du Piémont), ils appartiennent au lombard occidental.

La variété de lombard qui possède la tradition littéraire la plus ancienne (XIIIe siècle) est le milanais, aujourd’hui complètement supplanté par l’italien dans la région de Milan. On regroupe actuellement sous le terme générique de « tessinois » les différentes formes de lombard parlées dans le canton suisse du Tessin, alors qu’il existe une variété historique de lombard, appelée également tessinois, utilisée par les autochtones pour communiquer avec des locuteurs parlant des variantes différentes.

Le lombard écrit[modifier | modifier le code]

Enseigne de restaurant en lombard, à Poschiavo

Les rares personnes sachant écrire et lire le lombard ont utilisé pendant des siècles des formes bâtardes du latin ou du toscan (ancêtre de l’italien) comme langue de communication écrite, sans développer d’écriture propre pour le lombard.

Il n’existe pas d’orthographe officiellement reconnue pour le lombard, mais plutôt une série de conventions (ainsi, les syllabes terminales [ʧ] et [k] doivent être écrites respectivement -c et -ch), et différentes traditions divergentes (par exemple, [ø] et [y] s’écrivent respectivement oeu et u en milanais traditionnel, largement répandu dans la littérature, mais ö et ü en Suisse et dans différentes autres régions d’Italie. Cette dernière orthographe est généralement adoptée de nos jours).

Enseigne de mairie en lombard de Livigno

Le CDE - Centro di dialettologia e di etnografia de Bellinzone, (voir plus bas) a mis au point un système orthographique avancé pour ses publications. Ce système présente l’avantage de ne pas rompre avec la tradition tout en permettant de restituer la prononciation actuelle. Il souffre toutefois de certaines lacunes, particulièrement dans sa difficulté à distinguer entre voyelles courtes et longues (par exemple, le son terminal -asc est écrit de manière identique dans casc [kaʃ] 'bourgeon' et masc [maːʃ] 'mai', bien que la voyelle soit plus courte dans le premier cas que dans le second).

Un système amélioré qui reprend les principaux concepts du système du CDE en y apportant plusieurs modifications, a été publié en 2003[5]. Ce système est actuellement le seul ensemble de règles écrites s’appliquant à toutes les formes de lombard. Les différents exemples donnés dans cet article suivent d’ailleurs ce système.

Phonétique et phonologie[modifier | modifier le code]

À l’inverse des autres langues romanes, la plupart des dialectes du lombard disposent de plusieurs longueurs différentes de voyelles (par exemple: paas [paːs] 'paix' à comparer avec pass [pas] 'marche', avec ciapaa [ʧaˈpaː] 'attrapé' et ciapà [ʧaˈpa] 'attraper'). L’inventaire des phonèmes du lombard inclut les voyelles arrondies [y] et [ø].

Syntaxe et vocabulaire[modifier | modifier le code]

Une autre particularité du lombard par rapport aux langues romanes consiste en l’usage extensif d’idiomatismes construits sous la forme verbe-particule comme en anglais ou en allemand (par exemple: trà 'pousser', trà via 'lancer, jeter', trà sü 'vomir', trà fö(ra) 'enlever' ou encore magnà 'manger', magnà fö(ra) 'gaspiller').

De nos jours[modifier | modifier le code]

Si l’italien standard est largement répandu dans toutes les zones où l’on parle le lombard, le statut de ce dernier est toutefois très différent en Suisse et en Italie. De fait, les régions de Suisse parfois désignées sous le terme de Suisse lombarde (Lombardia svizzera) sont devenues de nos jours les véritables gardiennes du lombard.

En Suisse[modifier | modifier le code]

Le LSI, publié en 2004

En Suisse, les différentes variétés de lombard sont généralement mieux préservées qu’en Italie. Aucune rancune n’est associée à la pratique quotidienne du lombard. Certaines émissions de radio et de télévision en tessinois (généralement des comédies) sont parfois retransmises à la TSI[6]. Il n’est pas rare, lorsque l’on aborde quelqu’un dans la rue, qu’il réponde spontanément en lombard. Le principal institut de recherche sur le lombard (le CDE - Centro di dialettologia e di etnografia, une institution cantonale) se trouve à Bellinzone, en Suisse, et n’a pas d’équivalent en Italie.

En décembre 2004, le CDA a publié un dictionnaire en 5 volumes[7] couvrant l’ensemble des dialectes lombards parlés en Suisse. Il s’agit à ce jour du plus vaste ouvrage jamais publié en lombard (plus de 4500 pages et environ 57000 lexèmes avec plus de 190 000 variantes parlées).

En Italie[modifier | modifier le code]

Signalisation bilingue en lombard placée sous l’affiche désignant l’entrée d’une agglomération à Soncino, dans la Province de Crémone.

L’usage des dialectes lombards est plus rare de nos jours en Italie pour plusieurs raisons, à la fois historiques et sociales. Parler une variante peu standard est considéré comme un signe de manque d’instruction ou de statut social peu élevé. De plus, l’usage du lombard a été découragé par les gouvernements italiens, qui percevaient probablement le dialecte comme un obstacle à la création d’une identité nationale italienne.

Ces faits expliquent également que parler un dialecte soit sujet à controverse en Italie. De fait, le parti politique qui soutient le plus le lombard dans sa forme parlée dans le Nord de l’Italie est la Ligue du Nord (bien que, dans le passé, les partis de droite aient plutôt eu tendance à défendre les variantes purement locales).

La majorité des Lombards de moins de quarante ans ne parlent plus que l’italien standard dans la vie de tous les jours, principalement du fait que l’école et la télévision n’utilisent que cette langue. Les personnes parlant l’un des dialectes lombards s’adresseront pratiquement toujours (plus ou moins bien) en italien standard à un inconnu. Cependant, depuis les années 1990, une recrudescence de l’utilisation du lombard a été observée dans la région, permettant aux autochtones d’exprimer une distance entre eux et la culture plus méditerranéenne du reste du pays.

L’on note également depuis quelques années l’apparition de plusieurs artistes chantant en lombard (appelé en italien « rock dialettale »). Ce phénomène est en expansion tant en Suisse qu’en Italie. Parmi les représentants les plus connus de cette tendance, citons Davide Van de Sfroos[8], de son nom anagraphique Davide Bernasconi, et Tiziano Incani, dit Il Bepi[9].

Références et sources[modifier | modifier le code]

  1. [1][citation nécessaire]
  2. code générique
  3. Endangered languages in Europe: indexes
  4. Claudi Meneghin Rebuilding the Rhaeto-Cisalpine written language: Guidelines and criteria. Part I: ORS-Orthography, p.37 ainsi que les références contenues dans l'article. Disponible à l'adresse web http://www.romaniaminor.net/ianua/Ianua07/03.pdf
  5. Claudio Beretta, Letteratura dialettale milanese. Itinerario antologico-critico dalle origini ai nostri giorni, Hoepli
  6. RTSI
  7. LSI
  8. Davide Van De Sfroos 19 Aprile 2008 Datch Forum Assago
  9. http://www.ilbepi.com/

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (lmo) Jørgen G. Bosoni, « Una proposta di grafia unificata per le varietà linguistiche lombarde: regole per la trascrizione », Bollettino della Società Storica dell’Alta Valtellina, vol. 6,‎ 2003, p. 195-298
  • (en) Bernard Comrie, Stephen Matthews et Maria Polinsky (eds.), The Atlas of languages: the origin and development of languages throughout the world, New York, Facts On File,‎ 2003
  • (it) Glauco Sanga, La lingua Lombarda, in Koiné in Italia, dalle origini al 500, Bergame, Lubrina publisher

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]