Philippe de Vitry

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Philippe de Vitry

Philippe de Vitry, né à Vitry-en-Artois en Champagne le 31 octobre 1291 et mort à Meaux le 9 juin 1361, est évêque de Meaux, compositeur et théoricien français de la période médiévale. Il est l'auteur présumé du traité Ars nova musicae publié vers 1320.

Considéré par ses contemporains comme un esprit brillant, loué pour ses connaissances en mathématiques, philosophie, poésie, rhétorique et musique, il est une figure emblématique du Moyen Âge. Seule une partie de ses compositions musicales — quelques motets et chansons — et de ses traités de musique nous sont parvenus. Sa musique se démarque de celle de Pérotin (v. 1160 - v. 1230) et son influence, qui perdure plus d'un siècle après son décès, se reconnaît, par exemple, dans les œuvres de Guillaume de Machaut ou de Guillaume Dufay.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ses origines et son enfance sont peu connues. Jean de Murs, qui le connaissait, parle de lui comme magister, ce qui laisse penser qu'il a été maître-ès-arts au Collège de Navarre. Archidiacre de Brie, chanoineSaint-Martin de Clermont, Cambrai, Verdun …) richement prébendé par Jean XXII, il entre au service de Louis Ier de Bourbon, comte de Clermont, au plus tard en 1321, puis au service des rois de France comme secrétaire de Charles IV. Maître des requêtes au Parlement (1340) puis maître des requêtes de l'hôtel du duc Jean de Normandie, le future Jean le Bon (1346), il effectue une mission diplomatique pour le roi auprès du pape en Avignon en 1350. Il est nommé évêque de Meaux en 1351, charge qu'il conserve jusqu'à sa mort. Il est l'un des généraux réformateurs aux États généraux de 1357.

En plus de ses fonctions importantes dans l'administration royale, Philippe de Vitry est très estimé de ses contemporains qui le considèrent comme un grand érudit et un intellectuel, un homme de lettres et un musicien reconnu. Il est en relation avec les grands intellectuels de son temps, notamment Pierre Bersuire, Nicole Oresme et Pétrarque. Ce dernier, dans une lettre qu'il lui a adressé en 1351, parle de lui comme « un poète unique ». Leo Hebraeus le proclame « le plus grand maître de la science musicale ». L'auteur des Règles de la seconde rhétorique (ouvrage anonyme) dit de Vitry qu'il « a inventé le style des motets, ballades, lais et rondeaux simples », une position également attestée par le témoignage de Gace de La Bigne (« Philippe de Vitry qui a élaboré des motets mieux que quiconque »). Gilles Le Muisit dans ses Méditations (1350), le considère avec Guillaume de Machaut comme le plus grand des musiciens vivants.

Son rayonnement dépasse largement le milieu français puisqu'à sa mort, Francesco Landini compose un madrigal, Si dolce non sono, où Vitry est implicitement évoqué. Ce renom est explicable par le rôle majeur qu'exerce Vitry dans les domaines politique et intellectuel, mais aussi par le fait que le traité Ars nova cite explicitement ses motets comme exemples du style et des techniques de composition propres au XIVe siècle naissant. L'importance de Vitry est enfin soulignée par les deux sources principales contenant ses œuvres jusqu'à nous parvenues et les cercles auxquels ces premières sont attachées: le Roman de Fauvel associé à la Cour de France et le manuscrit d'Ivrea (recueil de pièces composées pour la Cour et la Chapelle pontificales d'Avignon).

Œuvres[modifier | modifier le code]

En dépit de sa célébrité, peu d'œuvres de Vitry nous sont parvenues. Nous ne possédons rien de ses écrits savants et seulement quelques-uns de ses poèmes, et on ne connaît qu'un tronçon du fameux traité[1] Ars nova musicae, paru vers 1320 et dont il est l'auteur présumé, qui propose une notation musicale novatrice, utilisant des signes inconnus. Il encourage l’emploi de nouvelles règles de composition, notamment des arrangements rythmiques novateurs, ce qui permet l'émergence d'un style polyphonique plus harmonieux et moins dépendant des contraintes de l’art liturgique, l'Ars antiqua.

Philippe de Vitry a aussi écrit le Dit de Franc-Gontier[2], qui appellera une réponse du cardinal Pierre d'Ailly: Combien est misérable la vie du tyran[3]. Le cycle sera clôturé par François Villon au siècle suivant avec Les Contredits de Franc Gontier[4].

Les experts modernes n'ont attribué à Vitry qu'une quinzaine de motets, dont l'attribution pour certains est remise en cause aujourd'hui, tous conservés dans seulement deux manuscrits : un manuscrit savoyard de la fin du XIVe siècle, Ivrea 115, et surtout le Roman de Fauvel (Paris, Bibliothèque Nationale fr. 146) qui contient également un grand nombre de chants courtois qui sont peut-être également de la plume de Vitry.

Roman de Fauvel[modifier | modifier le code]

  • Motet: O canenda vulgo per compita / Rex quem metrorum / Rex regnum (4 voix)
  • Motet: Cum statua Nabucodonasor / Hugo, Hugo princeps invidie / Magister invidie (3 voix)
  • Motet: Petre Clemens, tam re quam nimine / Lugentium siccentur occuli plaudant senes (3 voix, orgue)
  • Motet: Douce playsance est d'amer loyament / Garison selon nature (3 voix)
  • Motet: Vos quid admiramini, virgines / Gratissima virginis species / Gaude gloriosa (4 voix)
  • Motet: Colla iugo subdere / Bona condit cetera / Libera me, Domine (3 voix)
  • Motet: Tuba sacre fidei / In arboris empiro prospere / Libera me, Domine (3 voix)
  • Motet: Garrit Gallus flendo dolorose / In nova fert animus (3 voix)
  • Motet: Floret cum vana gloria / Florens vigor ulciscendo (3 voix)
  • Motet: Aman novi probatur exitu / Heu, Fortuna subdola / Heu me, tristis est anima (3 voix)
  • Motet: Tribum, que non abhorruit / Quoniam secta latronum / Merito hec patimur (3 voix)
  • Motet: Firmissime fidem teneamus / Adesto, sancta Trinitas / Alleluya, Benedictus (3 voix)
  • Descort (en): Je qui paoir seule ai de conforter (voix & viole)
  • Chanson: Ay, amours! tant me dure (voix, viole)
  • Virelai: Providence la senée (voix, viole)
  • Lai: Talant j'ai que d'obeir (voix, viole)
  • Chanson: Se j'onques a mon vivant (voix)
  • Firmissime fidem teneamus (orgue)

Londres, British Museum, add. 28550[modifier | modifier le code]

  • Tribum, que non abhorruit (orgue)
  • Motet: Impudenter circumivi / Virtutibus laudabilis (4 voix)

Références[modifier | modifier le code]

  • Les œuvres de Philippe de Vitry, Imp. P. Regnier, Reims, 1850 - 186 pages (lecture en ligne).
  • Guide de la musique du Moyen Âge, sous la direction de Françoise Ferrand, Fayard 1999, 853 pages, p. 562-568.
  • Texte de présentation de Edward H. Roesner, CD Philippe de Vitry, motets & chansons par l'Ensemble Sequentia (Harmonia Mundi).
  1. les innovations proposées par ce traité musical et leurs conséquences furent contestées en vain par le pape Jean XXII
  2. http://www.arlima.net/mp/philippe_de_vitry.html#franc
  3. http://www.arlima.net/mp/pierre_dailly.html#fra
  4. http://www.arlima.net/eh/francois_villon.html#gon

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]