Patrice Ricord

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Ricor, né Patrice Ricord en 1947 à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes), est un caricaturiste et portraitiste français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Son père était sculpteur sur bois et son grand-père fut au service du peintre Auguste Renoir, lors de sa dernière résidence au domaine des Collettes à Cagnes. Bachelier de philosophie à l'issue d'études au lycée Paul-Valéry, élève de l'ESAG Penninghen puis de l'École nationale supérieure des arts décoratifs à Paris durant cinq ans, il a rejoint en 1969 l'équipe du journal Pilote, engagé par son directeur d'alors, René Goscinny.

L'année suivante, dans le même hebdomadaire, et en alternance avec Jean Mulatier puis Jean-Claude Morchoisne, il inaugure la série des Grandes Gueules, caricatures hyperréalistes qui par leur style innovant ont rapidement essaimé en couverture et dans les pages éditoriales des magazines internationaux.

Ses propres caricatures sont alors publiées dans L'Express, Le Figaro Magazine, Paris Match, Le Nouvel Observateur, L'Expansion, Playboy, Lui, Now, Esquire, Der Stern, Sunday Times, Panorama, Jornal do Brasil, Graphis, Zoom, Japan Illustration... En 1980, le trio fonde une maison d'édition, qui a produit notamment une quinzaine de recueils de caricatures en France et à l'étranger, dont un best-seller ''Ces animaux qui nous gouvernent''.

Dès 1987, il réalise en parallèle des couvertures de livres pour les guides Gault&Millau, la Correspondance de Groucho Marx, la Vie d'Arthur Rubinstein, des affiches de films Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ, Astérix et Obélix contre César, et un court-métrage Grandes Gueules Superstars. Par la suite, il collabore aux quotidiens Le Figaro et Nice-Matin, au Pèlerin Magazine avec une BD hebdomadaire "NO MAD", puis à FR2 télévision pour laquelle il crée une galerie de personnages politiques, caricaturés, animés en 3D et diffusés lors d'une série dominicale Politiquement correct.

Douze recueils de ses dessins ont été édités depuis, en solo ou ponctuellement avec divers collaborateurs, dont 7 avec Jean-Pierre Gauffre, soit plus de 650 caricatures et portraits réunis dans 26 albums. En juin 2005, son site web a remporté aux États-Unis le prix du meilleur site mondial dans la catégorie Arts graphiques/Humour[1].

En 2008, invité en Chine en tant que membre d'un jury international pour représenter la France par ses dessins satiriques, Patrice Ricord est devenu par le fait le premier caricaturiste européen à être accepté par la Chine[2]. Ses caricatures politiques ont été exposées à Guiyang lors des Rencontres Mondiales du Dessin de Presse et d'Animation[3].

La même année, dans un tout autre registre, il a également publié un roman policier Mistral, signé Cent Elman.

Techniques[modifier | modifier le code]

Ricor s'est appuyé sur trois techniques complémentaires pour étendre ses recherches sur le plan graphique.

La première s'est développée dans son enfance par l'observation des travaux de son père, tandis que celui-ci ciselait des rondes-bosses au creux de ses sculptures sur bois. Elle lui a permis peu à peu d'acquérir le sens du volume, grâce à la découverte progressive du passage de l'ombre à la lumière, perceptible en direct sous les coups de gouge alternant vides et pleins dans l'ouvrage du bois (voir la caricature de Lee Marvin dans "Les Grandes Gueules").

La seconde est liée à l'apprentissage de la gravure sur cuivre ou sur pierre enseignée à l'ENSAD à Paris, dont Honoré Daumier et Gustave Doré étaient les maîtres au XIXe siècle. Il n'y a pas si longtemps, cette trame savante était utilisée pour le dessin des timbres et des billets de banque en Europe, héritage technique qu'il a adapté au graphisme structuré du dessin de ses visages[4].

La troisième concerne l'éveil à la caricature dès l'âge de 14 ans, stimulé par son admiration pour deux cartoonists américains maîtres du genre, Manning Hall et Mort Drucker. Le premier ayant pointé par une ligne épurée les traits d'expression des stars d'Hollywood des années 50, le second ayant sévi durant plus de 40 ans dans Mad Magazine. Enfin, la découverte des caricatures de David Levine, puis de celles de Raoul Cabrol, précurseurs de son propre style caricatural et réaliste, a contribué à conforter sa vocation[5].

Explorations graphiques[modifier | modifier le code]

La combinaison de ces techniques, s'exprimant par un besoin de rendre évidente l'architecture[6] des visages sur papier, a facilité leur transposition en volume. Soit par la création de masques à taille humaine, de têtes géantes pour le carnaval de Nice (2002 et 2003), et de pièces de jeu d'échecs pour un Échiquier politique, voire aussi de personnages dessinés traduits ensuite en images de synthèse pour une émission télé Politiquement correct.

Un pâtissier confiseur alsacien s'est même attaqué à la confection d'échafaudages de friandises, s'essayant à reproduire quelques-unes des 22 caricatures de Ricor composées "à la manière" du peintre Giuseppe Arcimboldo, assemblages concoctés dans deux ouvrages, Quoi choisir ? et La Cuisine des Chefs. Des animations, ou morphing, ont également été réalisées à partir de ses esquisses[7], montrant l'évolution d'un faciès humain vers celui d'un animal lui ressemblant trait pour trait dans une expression spécifique.

Reconnaissance internationale[modifier | modifier le code]

Dès leur parution dans la presse, les caricatures et les portraits de Patrice Ricord ont fait l'objet de multiples expositions, collectives ou individuelles : à Paris (1979), Buenos Aires, Mexico (1981), Londres (1986), Hambourg, Bâle, Saint-Estève (1996), Limoges (1998), Antibes (1999 et 2009), Saint-Jean-Cap-Ferrat (2001 et 2004), Guiyang (2008), pour ne citer que les plus significatives. Leur succès auprès d'un public unanime a vu se développer un engouement similaire chez les collectionneurs privés et les musées d'État, musée d'Histoire Contemporaine-bdic à Paris, Karikatur & Cartoon Museum à Bâle, musée Peynet et du Dessin humoristique à Antibes.

Ainsi, le style Grandes Gueules, développé par un trio en 1970, a largement fait école dans le monde, y compris dans des pays dont les régimes politiques n'étaient pas à priori réputés pour encourager un quelconque type de satire dessinée. En témoigne aujourd'hui l'explosion de nouveaux talents, spécialement en Chine, où l'humour caricatural qui était par ailleurs une tradition ancestrale, s'est soudain réveillé à ce style. En juillet 2008, la diffusion dans le Quotidien du Peuple d'un large éventail de caricatures de Ricor, est venue confirmer cette ouverture.

En contrepartie, comme l'ont signalé maints critiques, écrivains[8] et journalistes, l'originalité et la précision de ses propres caricatures ont favorisé aussi l'apparition de copies et de plagiats depuis une trentaine d'années, tant de la part d'amateurs que de professionnels. Il s'agit de dessins de deuxième main, de décalques, voir de transpositions astucieuses à plat ou en volume, mais toujours directement inspirés de ses caricatures. Ils sont aisément identifiables, en regard de l'expression, de la déformation et de l'angle précis de leur mise en scène, évidente et délibérément choisie dans les dessins originaux de Ricor. Car s'il est un terme qui le caractérise, c'est bien celui de chercheur.

L'apogée de cette exigence graphique s'est exprimée par le dessin hyperréaliste d'un "Coq français", voulu par Louis Pauwels pour figurer en couverture du numéro anniversaire des 10 ans du Fig Mag . Ledit coq, réalisé durant un mois, fut reproduit sur une toile géante couvrant cinq étages de la façade de l'hôtel Georges V à Paris, et son image agrandie fut également projetée sur les fenêtres de la cour carrée du Grand Louvre, lors des illuminations festives du 22 octobre 1988.

Albums publiés en France et à l'étranger[modifier | modifier le code]

  • Les Grandes Gueules, éditions du Pont-Neuf, Paris (1979)
  • Grandes Gueules de France, éditions Atelier 786, Paris (1980)
  • Grandes Gueules superstars, éditions de l'Atelier, Paris (1981)
  • Grandes Gueules par deux, éditions de l'Atelier, Paris (1981)
  • Le Ciné club des Grandes Gueules, Dervish publications 1000, Paris (1983)
  • Le Livre d'or des Grandes Gueules, Dervish publications 1000, Paris (1983)
  • Grandes Gueules à poils, Dervish publications 1000, Paris (1983)
  • Ces Animaux qui nous gouvernent, (tome 1), Dervish publications 1000, Paris (1984)
  • Ces Animaux qui nous gouvernent, (tome 2), Dervish publications 1000, Paris (1985)
  • Télé ton univers impitoyable, Dervish publications 1000, Paris (1985)
  • Quoi choisir ?, éditions Les Grandes Gueules, Paris (1986)
  • La Cuisine des Chefs, éditions Carrousel B.D., Paris (1987)
  • Tête à Tête, éditions Denoël, Paris (1992)
  • Gueules d'État, éditions Glénat, Grenoble (1995)
  • L'Académie des Timbrés, éditions La Sirène, Boulogne (1995)
  • Le Livre des Ricord, Soleil productions, Toulon (1997)
  • Les Ricord de la Musique, Soleil productions, Toulon (1998)
  • L'Envol des Aiglons, éditions OGC Nice, Nice (2002)
  • Tout Chirac, éditions Mango, Paris (2003)
  • Faces à farces, éditions Fetjaine, Paris (2009)
  • Le grand cirque politique, éditions de l'Archipel, Paris (2011)

  • Het grote smoelen boek, Mondria, Hollande (1982)
  • The Animals who govern us, Graphic Grins, Farnham (1986)
  • Palaz-zoo, Technipress, Rome (1986)
  • Fattoria Italia, Technipress, Rome (1987)
  • Il capo é servito !, Technipress, Rome (1988)
  • No Mad, série BD publiée en Chine (2009)

Romans et traduction[modifier | modifier le code]

dans la série Cent Elman :

  • Des glaçons dans le Bordeaux, éditions Romart/Alpen (2013)
  • Mistral, éditions Romart/Alpen (2013)

traduction en français :

Télévision[modifier | modifier le code]

  • Tac au tac, émissions hebdomadaires de Jean Frapat (ORTF 1972)
  • Politiquement correct, série d'animation bihebdomadaire d'API Productions (FR2 1999)

Ouvrages collectifs[modifier | modifier le code]

  • Tac au tac, éditions Balland (1973)
  • Chacun son chat, édition Fantôme (1987)
  • De de Gaulle à Mitterrand, BDIC (1989)
  • Traits d'humour sur toiles de maîtres, éditions Denoël (1990)
  • Chirac dans tous ses états, Pictoris studio (1997)
  • Le Père Noël dans ses petits souliers, Pictoris studio (1997)
  • A vous Cognacq-Jay !, Delcourt (2010)
  • Cher Père Noël, éditions Télémaque (2012)

Chroniques et monographies[modifier | modifier le code]

  • Ricord / Mulatier par Claude Moliterni, Phénix n° 19 (1971)
  • The Nouvel Art of Caricature, Esquire / États-Unis (1972)
  • European Illustration, Edward Booth-Clibborn edition (1975/76)
  • Die neue kunst der Karikatur, Esquire / Deutschland (1977)
  • Les Grandes Gueules, Zoom n° 63 (juin 1979)
  • Three French Caricaturists par Peter Ustinov, Graphis (1980)
  • Caricaturistas franceses S.A., El Dia de Mexico (avril 1981)
  • Animals which govern us, Idea n° 196 / Japan (1986)
  • A boire et à manger par Véronique Prat, le Figaro magazine (sept 1987)
  • World Graphic Design Now, Kodansha ltd / Japan (1988)
  • Grandes Gueules de la caricature, Graphic studio (août 1990)
  • L'Art et l'histoire de la Caricature, Citadelles & Mazenod éditeurs (2009)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bwanavista, visual communication agency (2005)
  2. China Daily news (juillet 2008)
  3. Ayacc, juillet 2008 et 2010
  4. portrait de M. Gorbachev en couverture de l'Express (1990)
  5. caricature d'André Malraux dans Grandes Gueules de France (1983)
  6. caricature de P. Mauroy en couverture de l'Express (1983)
  7. mutations de Ces Animaux qui nous Gouvernent tomes 1 et 2
  8. San Antonio, préface à La Cuisine des Chefs

Liens externes[modifier | modifier le code]