Pierre-François Guyot Desfontaines

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Guyot et Desfontaines.

Pierre-François Guyot Desfontaines

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Portrait de l'abbé Desfontaines, gravé par Charles Devrits

Activités Journaliste, critique, traducteur, vulgarisateur historique
Naissance Rouen
1685
Décès Paris
1745
Langue d'écriture Français

Pierre-François Guyot Desfontaines, né à Rouen le 29 juin 1685 et mort à Paris le 16 décembre 1745, est un journaliste, critique, traducteur et vulgarisateur historique français.

Surtout connu aujourd’hui pour ses querelles avec Voltaire, l’abbé Desfontaines peut être considéré comme le fondateur de la nouvelle critique littéraire et du journalisme en France dans la mesure où il a cherché à faire la critique esthétique et morale des ouvrages au lieu de se borner à les résumer ou à en reproduire de longs extraits.

Biographie[modifier | modifier le code]

Élève des Jésuites, l’abbé Desfontaines entra dans leur ordre et enseigna la rhétorique à Bourges. Au bout de quinze ans, il s’ennuya de cette dépendance, les quitta en 1715, et, avec la protection du cardinal de La Tour d'Auvergne, obtint la cure de Thorigny, en Normandie.

À sa sortie des Jésuites, le cardinal d’Auvergne de La Tour d'Auvergne, qui aimait les gens de lettres, le garda quelque temps chez lui. L’obligation de dire la messe et de lire tous les jours son bréviaire, parut à Desfontaines une nouvelle dépendance aussi lourde que la première. Bientôt son amour pour la liberté et un goût très vif pour les lettres l’empêchèrent de remplir ses devoirs de pasteur. Alors il se démit de son bénéfice, pour de se consacrer exclusivement aux lettres, ne voulant pas en toucher les revenus, sans le desservir.

Son début dans la carrière des lettres est modeste. Alors qu’il était de coutume de se signaler dans le Parnasse par une tragédie et souvent même par un poème épique, Desfontaines, par une sage défiance du peu de solidité qui caractérise les débuts ambitieux, rédigea une simple ode Sur le mauvais usage qu’on fait de sa vie. En 1724, il devint collaborateur du Journal des sçavans et s’efforça d’introduire de l’agrément dans le style de ses articles, en évitant la sécheresse et le pédantisme.

Il publia ensuite, avec divers collaborateurs tels qu’Élie Fréron, Granet, l’abbé Destrées, des recueils périodiques de critique : Le Nouvelliste du Parnasse (1731-1734, 5 vol.), Observations sur les écrits modernes (1735 et suiv., 34 vol. in-12). Ces périodiques, composés hâtivement, se signalaient surtout par la vivacité de leurs critiques et leur partialité.

Desfontaines attaqua notamment les œuvres dramatiques de Voltaire, qui l’avait pourtant aidé à faire libérer lorsque l’abbé, accusé de sodomie[1], avait séjourné quelque temps en prison en 1724 et avait également usé de son influence pour l’aider à revenir à Paris dont il avait été un temps exilé. Voltaire répliqua par un pamphlet cruel intitulé Le Préservatif, ou critique des Observations sur les écrits modernes (1738). Desfontaines répondit anonymement la même année par un libelle intitulé La Voltairomanie, qui compilait toutes les anecdotes scandaleuses qui couraient alors contre Voltaire. Ce dernier intenta une action en diffamation qu’il n’abandonna qu’après que Desfontaines eut désavoué l’ouvrage dans la Gazette d’Amsterdam du 4 avril 1739. La guerre continua pendant plusieurs années, si bien qu’aujourd’hui le souvenir de Desfontaines n’est plus entretenu que par les épigrammes de Voltaire, ainsi que par celles de Piron, pour une fois d’accord avec Voltaire, qui promit à l’abbé de lui apporter une épigramme tous les matins et tint parole pendant cinquante jours.

« Il semble que la Providence, en le faisant naître en Normandie, dans le pays de la chicane, et d’un père conseiller au Parlement, l’ait destiné à devenir quelque jour un suppôt de Thémis, ou, au pis-aller, un membre de la corporation hargneuse des procureurs. Néanmoins, elle permit qu’il embrassât la profession de critique, apparemment parce que cette profession s’éloignait le moins des deux autres, et que le besoin de chamailler trouve aussi bien à se satisfaire au moyen de la plume dans les feuilles d’un journal, qu’au moyen de la parole sous les voûtes d’une chambre de justice. »

— Désiré Nisard

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « L’abbé Duval des Fontaines, attire chez lui des jeunes gens pour les corrompre, et il en fait souvent coucher avec lui. Si on veut s’informer exactement de sa conduite, on trouvera qu’il n’a point ou peu de religion, qu’il fait gras sans nécessité les jours maigres, et qu’il est en commerce avec de petits et jeunes libertins, avec lesquels il fait des parties de débauche. Il loge rue de l’Arbre-Sec, à Notre-Dame-de-Lorette, au 2e étage, sur le devant, en chambre garnie. Il mange tantôt à l’hôtel d’Uzès, rue Jean-Tison, tantôt à l’hôtel du Saint-Esprit, rue Saint-Germain ; mais on peut le regarder comme une peste publique, et il sera bon de le faire servir d’exemple, quand on aura vérifié ces faits et le sieur Haymier le fera très aisément. » François Ravaissaon, Archives de la Bastille, t. 12, Paris, A. Durand et Pedone-Lauriel, 1881, p. 102-3.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Apologie du caractère des Anglois et des François, 1725
  • Dictionnaire néologique à l’usage des beaux esprits du siècle, 1726
  • Lettres d’un rat calotin à Citron Barbet ; Relation de ce qui s’est passé au sujet de l’illustre Mathanasius à l’Académie françoise, 1727
  • Traduction des Voyages de Gulliver de Jonathan Swift, 1727
  • Entretiens sur les Voyages de Cyrus, 1728
  • Nouvelle Histoire de France par demandes et par réponses, 1730
  • Le Nouveau Gulliver, 1730
  • Nouvelle Histoire de France, 1730
  • La Voltairomanie, 1738
  • Racine vengé, ou examen des remarques de l’abbé d’Olivet sur les œuvres de Racine, 1739. Texte en ligne : [1]
  • Traduction en prose des poèmes de Virgile, 1743
  • Lettre d’un comédien françois au sujet de l’Histoire du théâtre italien

Références[modifier | modifier le code]

  • Benoit Léger, « Voyages de Desfontaines dans la Romancie : le Nouveau Gulliver (1730) », Préfaces romanesques, Peeters, Leuven et Paris, collection « La République des Lettres », 23, p. 219-231.
  • Benoit Léger « Le Médecin observateur : paratexte et traduction idéologique de L’État de la médecine de Francis Clifton par Desfontaines (1742) », Annie Cointre, La traduction de textes non romanesques au XVIIIe siècle, Série 2003, no 5, Université de Metz, Centre d’études de la traduction p. 215-231.
  • Benoit Léger, « Nouvelles aventures de Gulliver à Blefuscu : traductions, retraductions et rééditions des Voyages de Gulliver sous la monarchie de Juillet » (« Histoire de la traduction et traduction de l’histoire ») Meta, 49, 3, p. 526-543.
  • Hugues Plaideux, « L’abbé Desfontaines : un adversaire de Voltaire à la cure de Torigni (1732-1734) », Revue de la Manche, t. 40, fasc. 158, avril 1998, p. 31-37.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :