Fait social

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Le fait social est l'objet d'étude de la sociologie selon Émile Durkheim. En résumé, sont des faits sociaux tous les phénomènes, tous les comportements, toutes les représentations idéologiques, religieuses, esthétiques suffisamment fréquents dans la société pour être dit réguliers et suffisamment étendus pour être qualifiés de collectifs.

Définition[modifier | modifier le code]

Le fait social est l'objet d'étude de la sociologie selon Émile Durkheim. Il décrit tous les phénomènes, tous les comportements, toutes les représentations idéologiques, religieuses, esthétiques qui répondent à ces quatre critères:

  • Le premier critère est celui de la généralité : un fait social est, par définition, marqué d'une certaine fréquence dans une population, à un endroit et à un moment. A court terme, les mesures qui en sont effectuées doivent être constantes sur le plan collectif. Mais de manière générale, elles varient selon les sociétés et les époques.
  • Le deuxième caractère est celui de l'extériorité : le fait social est extérieur aux individus ; il ne se situe pas dans la sphère individuelle mais dans la sphère collective, la sphère sociale. C'est-à-dire qu'il n'est pas né avec l'individu et ne mourra pas avec lui ; il transcende l'individu. L'individu ne perçoit pas naturellement les faits sociaux qu'il rencontre, en dehors des stéréotypes qui sont couramment véhiculés.
  • La troisième caractéristique du fait social est son pouvoir coercitif : le fait social s'impose aux individus, il ne résulte pas d'un choix individuel mais il est le fruit d'une combinaison de différents facteurs sociaux, économiques, historiques, géographiques, politiques... Cette combinaison impose des contraintes à l'individu, par exemple : il est tenu à avoir tel comportement dans telle situation et à respecter les règles de la convenance. Cependant, on remarquera que si le fait social est bien intériorisé, l'individu ne ressent plus ces obligations comme pénibles, voire les estime naturelles. Le caractère contraignant se manifeste surtout par la sanction qui y est associée en cas d'infraction. On distingue plusieurs ordres de contraintes: au niveau de la nation, de la société tout entière, elle se manifeste par le droit et s'accompagne de sanctions officielles (paiement des prélèvements obligatoires, sanctions juridiques, en matière pénale ou civile...). Au niveau des groupes partiels (milieu familial, professionnel, religieux, politique, groupe d'affinité...), la contrainte s'appuie sur des règles plus informelles (coutume, tradition, mœurs locaux...),et les associe à des sanctions plus diffuses (ridicule, désapprobation collectives..., avec dans le pire des cas persécution et exclusion)
  • Le quatrième critère est le critère historique. Pour qu'un fait devienne social, il faut qu'il se généralise et donc, un fait divers nouveau ne peut être social avant une certaine période. Exemple : avant, les jeans étaient (à peine inventés) portés par les chercheurs d'or avant d'être aujourd'hui un fait social puisqu'ils sont désormais portés par "tout le monde".

Selon Durkheim, le fait social dans une société est donc un phénomène suffisamment fréquent pour être dit régulier et suffisamment étendu pour être qualifié de collectif, qui est au-dessus des consciences individuelles et qui les contraint. Cette définition purement théorique fut une révolution pour l'époque. En effet le concept du fait social proposa une méthodologie empirique posant un regard nouveau sur la société et permit d'étudier une certaine catégorie de fait humain, les faits sociaux.

Ils consistent en toute manière d'agir, de penser, de sentir, fixée ou non, susceptible d'exercer sur l'individu une contrainte extérieure; et, qui est générale dans l'étendue d'une société donnée tout en ayant une existence propre, indépendante de ses diverses manifestations au niveau individuel.

Les Deux classes des faits sociaux[modifier | modifier le code]

Dans les Règles, Durkheim délimite deux classes de faits sociaux. Le premier sont des manières de ‘faire’ d’une société et sont d’un ordre physiologique ou opératif. Ils incluent le code juridique d’une société, sa langue, ses croyances religieuses, son concept de beauté, ses manières de s’habiller etc. Cette classe contient aussi des courants d’opinion, comme les taux de mariage, naissance, suicide, ou les tendances migratoires[1]. Le deuxième classe de faits sociaux est d’un ordre physiologique ou morphologique ; ce sont les ‘manières d’être d’une société. Il incluent « le nombre et la nature des parties élémentaires dont est composée la société, la manière dont elles sont disposées, le degré de coalescence où elles sont parvenues, la distribution de la population sur la surface du territoire, le nombre et la nature des voies de communication, la forme des habitations, etc[2]. » Même s’il n’est pas tout à fait évident comment ces faits sociaux influencent les pensées ou les actions d’un individu, ils ont bien les mêmes caractéristiques de contraint et d’extériorité que la première classe. Finalement Durkheim rejette la distinction entre les deux, indiquant qu’une classe est simplement plus concrète que l’autre.

La Détermination des faits sociaux[modifier | modifier le code]

Comme les faits sociaux sont extérieurs à l'individu et doivent être expliqués « par les modifications du milieu social interne et non pas à partir des états de la conscience individuelle » afin de ne pas confondre les faits sociaux avec d'autres variables telles que la psychologie du sujet, son contexte familial, culturel, etc. Ces faits sociaux existent sans que nous ayons nécessairement conscience ni de leur existence ni de leur autonomie. En effet, un fait social peut être indépendant de l'individu, les faits sociaux existent « indépendamment de leurs manifestations individuelles[3]. » Le fait social s'impose à l'individu, qu'il le veuille ou non, et non le contraire. Il correspond à un système de normes établies pour et par la société et n'est que rarement modifiable autrement que par un bouleversement social ; l'homme acquiert nombre d'entre elles dès le début de son éducation et tend à en intérioriser une grande partie.

Il existe plusieurs moyens de reconnaître un fait social. Un des critères consiste en déterminant la résistance au changement d’une chose : « on reconnaît principalement une [fait social] à ce signe qu'elle ne peut pas être modifiée par un simple décret de la volonté[4]. » Ça ne veut pas dire qu’ils ne peuvent pas changer, mais il faut un effort laborieux pour le faire. Cette qualité des faits sociaux est liée à son caractère contraignant.

Un autre moyen pour déterminer un fait social consiste dans l’usage de statistiques, qui permettent de neutraliser les variations entre individus et finalement d'étudier une moyenne qui, pourtant, ne sera pas apparente dans la société et cela à cause des variables précédemment citées. Le fait social représente donc « un certain état de l'âme collective[5] ».

On peut toutefois mettre en évidence cette notion de contrainte grâce aux institutions, celles-ci étant antérieures à chacun d'entre nous donc légitimes, et aux sanctions qu'elles infligent. Elles peuvent être directes ou indirectes mais, dans tous les cas, elles ne cessent de rappeler à l'individu que ce sont les faits sociaux qui s'imposent à lui et non le contraire. Celui qui s'en écarte subira des sanctions de son entourage tels que le blâme, la réprobation ou la mise à l'écart. Ces sanctions peuvent aussi être organisées, à l'image des condamnations judiciaires ou religieuses.

Un vol, par exemple, peut être puni par une peine de prison, mais il existe également des sanctions moins manifestes et le phénomène de la mode est l'un des exemples les plus explicites : si un individu décide de porter une botte autour du cou, les moqueries et les regards amusés de son entourage constitueront une sanction à ce non-conformisme bien qu'il ne soit pas contraire à la loi. Autre exemple : un homme d'affaires va bien s'habiller non pas parce qu'il le veut mais parce que c'est la société qui lui impose le fait d'être bien habillé sinon il sera sanctionné par ses supérieurs.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Émile Durkheim, « Qu’est ce qu’un fait social ? » (Chapitre 1) in Les règles de la méthode sociologique, 1895

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Durkheim, Regles, p. 18-20.
  2. Durkheim, Regles, p. 21.
  3. Durkheim, Regles, p. 22.
  4. Durkheim, Regles, p. 29.
  5. Les Règles de la Méthode sociologique, Nouvelle Édition, Éditions Flammarion, Paris, 2010, p. 108.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Émile Durkheim (1900), « La sociologie et son domaine scientifique. » Lire en ligne la version française d'un article publié à l'origine en italien, « La sociologia e il suo domino scientifique » in Rivista italiana di sociologia, 4, 1900, pp 127-148. Réimpression dans Émile Durkheim, Textes. 1. Éléments d'une théorie sociale, pp. 13 à 36. Collection Le sens commun. Paris: Éditions de Minuit, 1975, 512 pages.
  • Claude Javeau, "Fait social", In Encyclopaedia Universalis, Paris: encyclopaedia universalis France, 2012. [En ligne] http://www.universalis.fr/encyclopedie/fait-social/