Alfred Radcliffe-Brown

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A.R. Radcliffe-Brown

Alfred Reginald Radcliffe-Brown (Birmingham, - Londres, ) est un anthropologue et ethnographe britannique. Il participe à la fondation de la tradition britannique de l'anthropologie sociale en opposition à l'ancienne ethnologie évolutionniste. Se positionnant dans l'héritage d'Émile Durkheim, il développe une théorie structuro-fonctionnaliste du social qui s'opposera au fonctionnalisme de Bronislaw Malinowski dans les premiers temps de l'anthropologie sociale britannique.

Carrière et position scientifique[modifier | modifier le code]

Né en Angleterre, à Birmingham en 1881, Radcliffe-Brown suit des études de philosophie, de psychologie, d'économie et de sciences naturelles au Trinity College de Cambridge d'où il sort avec un diplôme de sciences morales et de l'esprit. Pendant cette période il fut influencé par la pensée de Kropotkine, notamment par son ouvrage d'exil L'Entraide, suggérant une sélection naturelle de la capacité à la coopération, se distinguant du darwinisme social théorisant la survie d'une espèce comme résultant de la compétition[1]. Il se tourne alors vers la sociologie comparative et l'ethnologie. Dès 1906 et jusqu'à 1908, il effectue une enquête ethnographique aux îles Andaman. Il pratique ainsi l'étude de terrain une dizaine d'année avant la théorisation de l'observation participante par Bronislaw Malinowski. Avec le matériel accumulé lors de cette première expérience, il publiera une monographie en 1922 intitulée The Andaman Islanders.

Il repart de 1910 à 1913, cette fois-ci en Australie occidentale où il étudie les systèmes et typologie de parentés et l'organisation sociale des Aborigènes de la région. De cette nouvelle expérience ethnographique, il tirera sa seconde monographie : The Social Organization of Australian Tribes en 1932. Ces travaux, en particulier sur la tribu des Kariera, furent cependant gravement remis en cause dans les années 1950 quand il s'avéra que Radcliffe-Brown n'avait jamais effectué d'enquête de terrain permettant de valider ses conclusions[2].

En 1916, il devient directeur de l'éducation dans le royaume de Tonga (Polynésie), puis il occupe de 1921 à 1925 la chaire d'anthropologie du Cap (Union sud-africaine). Il enseigne ensuite à Sydney de 1926 à 1931 et à Chicago de 1931 à 1937 avant d'occuper la chaire d'anthropologie sociale à l'université d'Oxford. Radcliffe-Brown aura alors un fort impact sur de nombreux anthropologues dont Meyer Fortes et Evans-Pritchard. Ce dernier lui succédera à la chaire d'Oxford en 1946.

Il se place dès le début dans le courant anti-évolutionniste et anti-historiciste. Sa préoccupation première est d'instaurer l'anthropologie sociale comme une science naturelle et théorique de la société, s'inspirant en cela grandement des analogies entre organismes biologiques et corps social que l'on retrouve chez des sociologues comme Émile Durkheim ou Herbert Spencer. La méthode se veut alors analytique, elle justifie les enquêtes de terrain, celles-ci doivent constituer le souci majeur de l'anthropologue.

Discernement critique[modifier | modifier le code]

Il suit en cela l'évolution, incarnée notamment par Evans-Pritchard, de la tradition théorique qu'il a insufflé en anthropologie sociale[réf. nécessaire].

Quelques réflexions[modifier | modifier le code]

Radcliffe-Brown définira la structure sociale comme étant un arrangement de personnes ayant entre elles des relations institutionnellement contrôlées ou définies. Il abordera aussi la notion de « fonction » à partir des travaux de Durkheim : il s'agit de la relation qui existe entre la structure sociale et le processus de vie sociale.

Publications choisies[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. http://www.nndb.com/people/318/000099021/
  2. « La tribu des Kariera a été rendue célèbre par l'anthropologue anglais A. R. Radcliffe-Brown, qui en fit le cas type d'une catégorie d'organisation parentale et matrimoniale, affirmant avoir procédé à sa découverte en conclusion d'un raisonnement théorique. Il aura fallu un demi-siècle après la publication de ses résultats (1913), qui devaient être considérés comme un des classiques de l'ethnologie, pour que l'on apprenne, les langues s'étant déliées, que Radcliffe-Brown n'était jamais allé chez les Kariera, et que son seul contact avec les aborigènes de l'Australie occidentale avait été de prendre des passants, au hasard, dans la rue de petites villes minières en décadence situées fort loin au sud ou au sud-est. La volonté farouche de rigueur scientifique qui habitait les anthropologues anglo-saxons est à l'origine de l'aveuglement d'une profession qui ne posa jamais la moindre question quant à la validité des matériaux proposés. On aurait cependant pu se rendre compte qu'en ce qui concerne les Kariera le raisonnement de l'auteur n'était fondé que sur une généalogie fictive, qu'il n'avait même pas pris la peine d'attribuer à tel ou tel informateur, et que rien ne venait en étayer la reconstruction. Il s'agit là de la supercherie d'un homme de grand talent, qui avait effectivement su déceler un modèle théorique intéressant, mais qui avait cru nécessaire de l'habiller de couleurs vives. On attend donc toujours de savoir qui sont vraiment les Kariera, question à laquelle les spécialistes locaux ont préféré longtemps ne répondre que par sous-entendus. Il n'en reste pas moins que les Kariera de Radcliffe-Brown, tout imaginaires qu'ils soient, sont destinés à durer, car l'intérêt du modèle interprétatif n'est pas contestable  », Jean Guiart, Kariera, Encyclopédie Universalis, t.13, (1989), p.271-272