Grand-Guignol

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Grand-Guignol

Description de l'image  Grand-Guignol-1890.jpg.
Type Théâtre
Lieu Paris Drapeau : France
Coordonnées 48° 52′ 53″ Nord 2° 19′ 59″ Est / 48.8814, 2.3331 ()
Inauguration 16 mai 1896
Fermeture 5 janvier 1963
Capacité 280

Le théâtre du Grand-Guignol (plus couramment appelé Grand-Guignol) est une ancienne salle de spectacles parisienne qui était située 7, cité Chaptal, dans le 9e arrondissement.

Spécialisée dans les pièces mettant en scène des histoires macabres et sanguinolentes, elle a par extension donné son nom au genre théâtral, le grand-guignol et à son adjectif grand-guignolesque. Le terme est devenu avec le temps péjoratif et désigne désormais, plus généralement, des situations exagérées, abusant d'effets spectaculaires démesurés.

Historique[modifier | modifier le code]

Les Trois Masques d'Adrien Barrère (1920)
Gott mit uns d'A. Barrère (1928)
L'Homme qui a tué la mort d'A. Barrère (1928)

La petite salle de 280 places est inaugurée le 16 mai 1896 sous le nom de Théâtre-Salon, au fond de l'impasse Chaptal, dans une ancienne chapelle qui avait servi d'atelier au peintre Georges-Antoine Rochegrosse.

Oscar Méténier, ancien homme à tout faire d'un commissaire de police, auteur de pièces refusées, familier de Guy de Maupassant et surtout formé par André Antoine au théâtre naturaliste, en prend la direction l'année suivante avec l'idée d'en faire une salle spécialisée, alternant courts drames horrifiques et saynètes comiques. Le Grand-Guignol ouvre officiellement le 13 avril 1897.

Dans cette salle tout en largeur, donc au cœur du spectacle, avec des fauteuils verts et des loges et baignoires « grillées », un public très varié du quartier et des beaux quartiers vient s'encanailler et frémir de plaisir. Mais la censure veille et interdit, dès les débuts, plusieurs pièces dont Lui ! d'Oscar Méténier qui met en scène, pour la première fois au théâtre, le huis clos entre une prostituée et son assassin. Il s'adjoint également le concours d'auteurs tels que Jean Lorrain et Georges Courteline.

Le changement de siècle et ses angoisses naissantes vont faire le succès du deuxième directeur, Max Maurey, auteur lui aussi, qui reprend les rênes en 1899 et va privilégier la mise en scène au texte en commençant à utiliser des effets spéciaux. Il se constitue également un répertoire spécialisé (notamment sur les déséquilibres mentaux, y compris chez les soignants) en faisant appel à de nouveaux auteurs comme le prolifique André de Lorde (surnommé le « Prince de l'épouvante », il compte plus de 70 œuvres à son actif), José de Bérys, Henri-René Lenormand, Élie de Bassant, René Berton, Charles Foley et même le célèbre psychologue Alfred Binet. Le succès est immense. Certaines pièces comme Le Système du docteur Goudron et du professeur Plume (1903) d'après Edgar Allan Poe deviennent des classiques.

En 1916, Maurey qui vient de reprendre le théâtre des Variétés confie la direction artistique à Camille Choisy, comédien et ancien directeur du théâtre Fontaine. Celui-ci, tout en laissant la part belle à de Lorde, s'ouvre à de nouveaux auteurs comme Charles Méré, André-Paul Antoine et Jean Sartène pour l'horreur, et Albert Willemetz ou Henri Duvernois pour le rire. Bien que les profits soient au rendez-vous, il se brouille avec l'administrateur, Jack Jouvin, en 1927 et part fonder sa propre salle, le théâtre Saint-Georges. Jouvin ne démérite pas mais les recettes commencent à fléchir au début des années 1930. Avec l'apparition du cinéma parlant et surtout des films de genre américains comme Frankenstein, Docteur X, et Crimes au musée des horreurs, la concurrence devient en effet rude. Il passe la main en 1936 tout en restant propriétaire des murs. Les directeurs se suivent alors, pour la plupart auteurs ou acteurs s'étant produit sur cette scène, améliorant les effets et variant les angoisses. Des vedettes voient le jour comme Paula Maxa et René Chimier.

Le Grand-Guignol franchit tant bien que mal la période de l'Occupation, marquée par la mort de de Lorde en 1942 puis de Choisy (entre-temps revenu aux commandes) en 1944. Eva Berkson, qui s'était déjà essayée à la direction en 1939, est de retour en 1945 avec le souhait de rajeunir le répertoire. Elle monte ainsi Pas d'orchidée pour miss Blandish d'après James Hadley Chase en 1949. Mais le public ne suit pas et la famille Maurey est de retour en 1951 sous les traits de Denis et Marcel, fils de Max. Ils font appel à de nouveaux auteurs comme Frédéric Dard, et à de jeunes metteurs en scène dont Georges Vitaly, Michel de Ré et Robert Hossein, qui monte successivement Les salauds vont en enfer avec Roger Hanin, Docteur Jekyll et Mister Hyde avec André Toscano et Judith Magre, et La Chair de l'orchidée avec Roger Hanin, Pierre Vaneck et Cécile Aubry. Malgré la veine prolifique d'André-Paul Antoine et Eddy Ghilain, une nouvelle succession de directions à partir de 1955 aboutit à une fermeture définitive le 5 janvier 1963.

Marcel Lupovici prend possession des lieux quelques mois plus tard et, après d'importants travaux de rénovation, ouvre le théâtre 347 (du nombre de places désormais disponibles). Il y monte des auteurs tels que Shakespeare, Federico García Lorca, Tennessee Williams, et surtout Michel de Ghelderode. En 1982, l’État se porte acquéreur de la salle qu'il attribue à l'École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre (ENSATT) pour ses travaux pratiques, jusqu'à son déménagement à Lyon en 1996.

Depuis 2004, elle est le siège de l’International Visual Theatre (IVT) dirigé par Emmanuelle Laborit.

Hommages[modifier | modifier le code]

La bande dessinée Le Rendez-vous de Sevenoaks, publiée en 1977, œuvre du scénariste François Rivière et du dessinateur Floc'h, est un hommage discret et malicieux, mais sans équivoque au Grand-Guignol, transposé dans l'Angleterre d'après-guerre. Le personnage de Basil Sedbuk, "prince du théâtre de la folie et de la mort" transpose la figure d'André de Lorde, prolifique auteur de pièces sanglantes et debridées pour le théâtre de la rue Chaptal.

La dessinatrice de mangas Kaori Yuki a publié Grand Guignol Orchestra en cinq volumes, de 2008 à 2010 pour le magazine Hana to yume (éditions Hakusensha, traduits en français à partir de 2010).

Images[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Rivière et Gabrielle Wittkop, Grand-Guignol, éd. Henri Veyrier, 1979
  • Paul Fournel, L'Histoire véritable de Guignol, Slakine, Genève, 1981
  • Agnès Pierron (dir.), Le Grand-Guignol : Le Théâtre des peurs de la Belle Époque, coll. Bouquins, Robert Laffont 1995
  • « Le Grand-Guignol », Europe nos 835-836, nov-déc 1998 (ISBN 2-910814-34-3)
  • Philippe Chauveau, Les Théâtres parisiens disparus (1402-1986), éd. de l'Amandier, Paris, 1999
  • Agnès Pierron, Les Nuits blanches du Grand-Guignol, Le Seuil, 2002
  • Grand-Guignol : Une série théâtrale d'épouvante, cocasse et coquine, coll. « Les inédits du 13 », Les Cygnes, Paris, mars 2013 (ISBN 978-2-915459-97-5)
    Livret du spectacle de Frédéric Jessua et Isabelle Siou donné au théâtre 13 du 19 mars au 28 avril 2013[1],[2]. Comprend L'Amant de la morte de Maurice Renard, Le Baiser de sang de Jean Aragny et Francis Neilson et Les Détraquées d'Olaf et Palau.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Vincent Morch, « À hurler de plaisir », Les Trois Coups, 23 mars 2013.
  2. Site du théâtre 13