Grisélidis Réal

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Grisélidis Réal

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Grisélidis Réal en 1998 par Erling Mandelmann

Activités Écrivain, prostituée, activiste
Naissance
Lausanne, Vaud, Suisse
Décès (à 75 ans)
Genève, canton de Genève, Suisse
Langue d'écriture Français
Genres Poésie
Grisélidis Réal (Noël 2003, Genève).

Grisélidis Réal, née le 11 août 1929 à Lausanne et morte le 31 mai 2005, est une écrivaine genevoise, également peintre et prostituée.

Biographie[modifier | modifier le code]

Grisélidis Réal rejoint son père à Alexandrie à l'âge de 6 ans et passe son enfance en Égypte et en Grèce où son père meurt alors qu'elle a 9 ans. Revenue à Lausanne avec sa mère, Grisélidis en reçoit une éducation très rigide contre laquelle elle se révolte. Elle entreprend des études à l'école des arts décoratifs de Zurich et est diplômée en 1949. Mariée à 20 ans, elle a un premier fils en 1952, puis se sépare de son mari, et a une fille en 1955 avec un autre homme. Elle a un second fils en 1956 dans une tentative de recoller son mariage qui finira néanmoins par un divorce. Elle a un quatrième enfant en 1959, encore un fils. Soit 4 enfants de 3 pères différents. Elle tente d'abord de gagner sa vie comme artiste peintre. Partie à Munich avec un noir américain schizophrène et 2 de ses enfants, confrontée à la violence de son amant et à son cruel manque de ressources, elle décide, en 1961, de se prostituer. Un métier qui lui permet de nourrir ses enfants, qu'elle pratique d'abord comme une survie, puis comme une militante, jusqu'en 1995.

Elle est emprisonnée en Allemagne pour avoir vendu de la marijuana à des soldats américains, puis rapatriée en Suisse où elle continue de se prostituer quelque temps. Elle commence à écrire en prison, et à peindre. Elle tente de quitter la prostitution, grâce à une bourse, pour se consacrer à l'écriture de son autobiographie, Le noir est une couleur, et à sa peinture.

Au cours des années 1970, Grisélidis Réal devient une activiste, une des meneuses de la « Révolution des prostituées » à Paris : 500 femmes prostituées occupent la Chapelle Saint-Bernard, à Paris, en juin 1975 et réclament la reconnaissance de leurs droits. Rejetant l'argument selon lequel une femme ne se prostitue que si elle y est obligée par le souteneur, elle déclare que la prostitution peut aussi être un choix, une décision. Elle tient à ce que sur ses documents officiels figurent non seulement écrivain mais aussi « péripatéticienne » qu'elle considère comme une deuxième profession. Elle apparaît, filmée chez elle en 1975 ou 1976, à la fin du documentaire Prostitution de Jean-François Davy.

Grisélidis amène sa « Révolution » à Genève en 1977 et reprend la prostitution, activité abandonnée sept ans auparavant. Elle est une des fondatrices en 1982 de l'association de défense des prostitués Aspasie. Elle a étendu son combat en participant à des conférences internationales, en venant parler de ce qu'elle considère comme son métier dans des universités, en donnant de nombreuses interviews et en animant des réunions publiques. Dans son petit appartement des Pâquis, elle crée un centre international de documentation sur la prostitution.

Parallèlement à ce combat politique, Grisélidis Réal a toujours revendiqué un rôle social de la prostitution qu'elle considère comme une activité qui soulage les misères humaines et qui a sa grandeur. En 1977, elle écrit que « la prostitution est un acte révolutionnaire »[1]. Elle a développé une vision positive de ce qu'elle a appelé en janvier 2005 (dans la préface de Carnet de bal d'une courtisane), « un Art, un Humanisme et une Science ». Mais elle reconnaissait également le côté sordide de son travail, dont elle parlait avec des termes crus.

Grisélidis Réal publie ses premiers textes dans la revue Écriture. Elle fait de son expérience de prostituée la matière de ses livres: ce sont là des témoignages et des plaidoyers pour la reconnaissance d'un statut, et en même temps des poèmes libérateurs. Le récit Le noir est une couleur (1974) frappe par le mélange singulier des tons : violence lyrique, scatologique, hyperréalisme et onirisme ; s'y opposent deux mondes, celui de l'ordre et celui de la spontanéité, le monde des petits bourgeois et le monde des Tsiganes. C'est dans le même registre qu'elle publie en 1992 La passe imaginaire. Elle décède le mardi 31 mai 2005, à Genève.

En mettant de l'ordre dans ses affaires, ses enfants découvrent des manuscrits dont l'un est publié en octobre 2008 : Suis-je encore vivante ? Journal de prison ; il s'agit en fait de sa première œuvre, écrite lors de sa détention en Allemagne.

Le , elle est enterrée au cimetière des Rois à Genève, malgré la polémique soulevée par ce transfert[2],[3] et l'indication "péripatéticienne" est gravée sur sa tombe sous son nom.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Le Noir est une couleur, Paris, Éditions Balland, 1974 ; Lausanne, Éditions d'en bas, 1989; Paris, Éditions Verticales, 2005.
  • La Passe imaginaire, Vevey, Éditions de l'Aire/Manya, 1992 ; Paris, Verticales, 2006.
  • À feu et à sang, recueil de poèmes écrits entre mai 2002 et août 2003, Genève, Éditions Le Chariot 2003
  • Carnet de bal d'une courtisane, Paris, Verticales, 2005.
  • Les Sphinx, Paris, Verticales, 2006.
  • Le carnet de Griselidis, paroles de Grisélidis Réal et Pierre Philippe, musique de Thierry Matioszek et Alain Bashung, chanson interprétée par Jean Guidoni sur l'album « Putains », 1985.
  • Suis-je encore vivante ? Journal de prison, Paris, Verticales/phase deux, octobre 2008.
  • Mémoires de l'inachevé (1954-1993), textes réunis et présentés par Yves Pagès, Paris, Verticales, 2011.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Luc Hennig, Grisélidis, courtisane, Paris, Albin Michel, 1981; réédition, Éditions Verticales, 2011
  • Philippe Renaud, Péripépathétiquement vôtre, In : Écriture, Lausanne, 47, 1996, p. 103-126
  • (imaginé par Gérard Laniez), Grisélidis Réal, La Nuit Écarlate ou Le Repas des Fauves, association Himéros, 2006
  • Jean Guidoni, Le carnet de Grisélidis, Chanson de Pierre Philippe, album Putains... , Universal, 1985

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

  1. Centre Grisélis Réal
  2. Laurence Bézaguet, « Grisélidis Réal : « Tant de femmes méritent le cimetière des reines ! » », La Tribune de Genève,‎ mars 2009 (lire en ligne)
  3. Marc Burri, François Isoard et Raluca Antonescu, « Genève : le transfert au cimetière des Rois du corps de Grisélidis Réal, prostituée, peintre et écrivain, continue à faire débat », Le journal de 19:30, Télévision suisse romande, 8 mars 2009 regarder en ligne (consulté le 9 mars 2009)]

Sources[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]