Eustache Chappuis

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Eustache Chappuis ou Eustace Chapuys (Annecy vers 1491 – Louvain 21 janvier 1556)[1]est un diplomate savoyard, ambassadeur de Charles Quint en Angleterre de 1529 à 1545.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Annecy vers 1491, fils de noble Louis Chappuis et de Guigonne Dupuy, il est issu d'une famille de notaires originaire d'Ugine[2].

Official à la cour épiscopale de Genève[modifier | modifier le code]

Eustache Chappuis est envoyé en 1507 à l'Université de Turin. Il obtient un doctorat en droit. Il est ordonné prêtre à Annecy. Il est nommé doyen de Viry et abbé commendataire du sanctuaire de Saint-Ange à Licata (Sicile)[3].

En 1517, il devient chanoine de la cathédrale Saint-Pierre de Genève où il exerce son ministère pendant 10 ans. Il est nommé official à la Cour épiscopale de Genève où il est réputé pour sa grande éloquence[4]. En 1519, en compagnie du seigneur Alexandre de Sallenove, il est envoyé à la Diète de Zurich , comme délégué de la cour épiscopale, pour négocier, au nom du duc de Savoie et de l'évêque de Genève , Mgr Jean-François de Savoie, l'abrogation des accords de combourgeoisie entre Fribourg et Genève. Le duc obtint ce qu'il demandait, mais les genevois revinrent ultérieurement sur leur désistement. L'évêque de Genève, Pierre de La Baume, procède au transfert de la cour épiscopale à Gex, le 22 août 1533, fuyant les tenants du protestantisme victorieux.

Ambassadeur de Charles Quint auprès du roi Henri VIII d'Angleterre[modifier | modifier le code]

Après avoir exercé les fonctions de conseiller du duc Charles II de Savoie[5], Eustache Chappuis est présenté par le connétable de Bourbon[6] à Charles Quint, empereur du Saint-Empire romain germanique, roi d'Espagne et archiduc d'Autriche, qui le prend à son service en tant que diplomate.

Chappuis présente ses lettres de créance au roi Henri VIII d'Angleterre en septembre 1529 et sert les intérêts du Saint-Empire en qualité d'ambassadeur permanent à la cour du roi d'Angleterre, remplaçant dans cette fonction Don Íñigo López de Mendoza y Zúñiga devenu cardinal.

Au milieu de toutes les intrigues de la cour des Tudor, Eustache Chappuis fait preuve de grands talents diplomatiques, en dépit des controverses développées par Lord William Paget, secrétaire du roi d'Angleterre. Un différend très vif oppose les représentants du roi Henri VIII et les ambassadeurs de Charles Quint et du pape Clément VII, à propos du projet de répudiation de Catherine d'Aragon. Dans ses Mémoires, lord Paget taxe Eustache Chappuis de fourberie, de mensonge et de flatterie, sans pour autant justifier l'attitude de son souverain.

Le chanoine Chappuis jette sur l'Angleterre de son temps un regard critique, souvent plein d'acuité. Très proche du roi Henri VIII, il entretient avec le souverain un dialogue suivi à propos de ses interrogations théologiques et sur l'évolution de ses rapports avec le clergé anglais: au mois d'octobre 1529, Henri VIII indique à l'ambassadeur impérial qu'il ne reconnait pas d'autre supériorité au clergé que la possibilité de remettre les péchés. Le 5 décembre 1530, recevant une pétition des Communes sollicitant une limite aux abus du clergé, il fait part à Chappuis de son intention de réformer l'Église d'Angleterre. Il aborde à cet égard la possibilité d'un concile général convoqué par les princes et non par le pape. Malgré l'opposition du nonce apostolique et de l'ambassadeur de Charles Quint, une assemblée à Westminster reconnaît Henri VIII comme le seul protecteur et chef suprême de l'Église d'Angleterre. Henri VIII ne cache pas à Eustache Chappuis que quand bien même on prononcerait dix mille excomunications contre lui, il ne changerait rien à sa façon de penser. Le 15 mai 1532, l'Église d'Angleterre renonce officiellement à son indépendance législative au profit d'Henri VIII qui ravit ainsi au pape sa souveraineté ecclésiastique [7].

L'ambassadeur de Charles Quint est en contact avec la reine elle-même, avec John Fisher ainsi qu'avec Brian Tuke, qui fut secrétaire de l'ancien lord-chancelier, le cardinal Thomas Wosley[8].

Eustache Chappuis se concerte diplomatiquement avec l'ambassadeur de France, monseigneur Jean du Bellay [9]. En relation avec le chancelier Thomas More[10], dont il partage les idées humanistes, Eustache Chappuis défend la cause de Catherine d'Aragon , reine d'Angleterre épouse du roi Henri VIII et tante maternelle de Charles Quint[11]. En effet, peu avant son arrivée à la cour anglaise, éclatait la grande affaire du roi Henri VIII, qui souhaitait se séparer de son épouse Catherine d'Aragon – considérée comme légitime par l'Église catholique romaine – pour épouser Anne Boleyn, fille de Thomas Boleyn.

Eustache Chappuis apporte tout son soutien à la reine Catherine, en vain. Elle est répudiée en 1532. Elle se retire au château de Kimbolton où elle meurt le 7 janvier 1536 . L'ambassadeur ne peut s'empêcher de penser que sa mort est bien suspecte et il soupçonne un empoisonnement. Il laisse un compte-rendu attristé de sa dernière visite à la reine à Kimbolton [12].


Il plaide la cause de Marie Tudor, fille de la reine Catherine d'Aragon et héritière légitime du royaume d'Angletere, qui parvient à revenir à la cour d'Angleterre avant de régner en 1553.

Fondateur de collèges[modifier | modifier le code]

Les historiens rapportent qu'Eustache Chappuis séjourne à Anvers au début de 1540 auprès de Charles-Quint. Remplacé par le diplomate flamand, François van der Delft, il quitte la Cour d'Angleterre en mai 1545 pour se retirer à Louvain. Il va se rendre à Annecy en 1548[13].

Adepte de la Réforme catholique, inspirée par le Concile de Trente, Eustache Chappuis fonde deux collèges en l'espace de trois ans :

  • Le Collège Chapuisien d'Annecy en 1549.

Pour concurrencer la Réforme protestante de Genève, cette école est destinée à forger des esprits capables de résister aux argumentations des pasteurs protestants.

Géré initialement par le clergé diocésain, le Collège est confié aux barnabites, religieux d'origine milanaise, dont la réputation pédagogique est adaptée à la situation. Parmi les hommes illustres formés au collège Chappuisien, on retient notamment Claude de Granier, évêque de Genève, François de Sales, le chimiste Claude Louis Berthollet, le grammairien Claude Favre de Vaugelas, Mgr de Thiollaz, évêque d'Annecy et le cardinal Gerdil.

Cette école a fonctionné sous tous les régimes[14] jusqu'à la fin du XIXe siècle, donnant naissance à l'actuel lycée Berthollet en 1888. L'enseignement du collège chappuisien était réputé pour son caractère profondément humaniste[15].

  • Le Collège de Savoie à Louvain en 1551.

Le Collège Chappuisien est fondé à Louvain, dans les Pays-Bas espagnols, sous le nom de collège de Savoie[16]. Les savoyards disposent de huit places. Le recrutement s'opère dans le cercle restreint des notables savoyards. Des bourses sont réservées aux étudiants de condition modeste.

Le chanoine Eustache Chappuis est mort à Louvain le 21 janvier 1556. Il est inhumé dans la chapelle du Collège de Savoie à Louvain.

Notoriété d'Eustache Chappuis[modifier | modifier le code]

Ce savoisien de la Renaissance, natif d'Annecy, ambassadeur à la Cour d'Angleterre, ne semble pas connu en pays de Savoie, à l'instar de son compatriote Marc-Claude de Buttet, natif de Chambéry, poète à la Cour de France[17].

Une rue porte son nom à Annecy, (le quai Eustache Chappuis), une autre porte le nom de Collège Chappuisien.

Mises en scène de l'ambassadeur à la cour d'Angleterre[modifier | modifier le code]

  • Par Shakespeare au Théâtre en 1613.

Shakespeare a écrit en 1613 une pièce historique intitulée La fameuse histoire de la vie du roi Henry le huitième, (Henri VIII (Shakespeare)), où il donne le nom de Capucius à Eustache Chappuis, ambassadeur de Charles-Quint. Parue sous le nom initial de All is True, cette pièce prendra dix ans plus tard le titre de The famous History of the life of king Henry the eight.

  • Par Robert Bolt au Théâtre en 1954.

Robert Bolt a écrit en Angleterre en 1954 la pièce intitulée A Man for All Seasons, sur la cour d'Henry VIII: Le personnage d'Eustache Chappuis est incarné dans cette pièce qui fait l'objet d'un remake réalisé par Bernard Hepton en 1960 à la BBC.

  • Par Michael Hirst à la Télévision en 2007.

Michael Hirst a réalisé en 2007 un feuilleton télévisuel canado-irlandais en 38 épisodes intitulé Les Tudors. Le personnage d'Eustache Chappuis est incarné par Anthony Brophy, doublé en français par Fabien Briche.

  • Par Hilary Mantel en 2009 et 2012..

Hilary Mantel, romancière britannique, est l' auteur de Wolf Hall et de Bring up the Bodies en 2009 et 2012, romans pour lesquels elle reçoit deux fois le Booker Prize Fiction. Le sujet est la cour d'Henry VIII et le rôle principal est celui de Thomas Cromwell. Eustache Chappuis y a toute sa place.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Germain, Personnages illustres des Savoie, Autre Vue,‎ 2007, 619 p. (ISBN 978-2-9156-8815-3), p. 128.
  • L'Apanage de Genevois -aux XVIème et XVIIème siècles, par Laurent Périllat, Académie salésienne, Annecy , 2006.
  • Paul Guichonnet, Nouvelle encyclopédie de la Haute-Savoie : Hier et aujourd'hui, La Fontaine de Siloé,‎ 2007, 399 p. (ISBN 978-2-8420-6374-0), p. 134.
  • Le Collège Chappuisien : du projet à sa réalisation , par Serge Tomamichel, Lyon, 1992.
  • Généalogie de la Famille d'Eustache Chappuis à Annecy, par Ursula Schwarzkopf, bibl.Humanisme et Renaissance, 1966.
  • Histoire d'Ugine, par Roger Devos, Académie salésienne, Annecy, 1975.
  • Le voyage de Montaigne en Italie et le Collège d'Annecy à l'époque des barnabites aux XVIIème et XVIIIème siècles, par M. Alazard, Annecy, imprimerie Hérisson, 1912.
  • Rome ou l'Angleterre, les réactions politiques des catholiques anglais au moment du schisme (1529-1553), par Jean-Pierre Moreau, Revue de l'histoire des religions, 1986, Vol.203.
  • Henri VIII, le pouvoir par la force, par Bernard Cottret, Payot, 1999.
  • Jokinen, Anniina: "Eustace Chapuys" Luminarium 5 may 2009. Date accessed 27 july 2012. http://www.luminarium.org/encyclopedia/chapuys.htm
  • Richard Lundell: The mask of dissimulation: Eustace Chapuys and Early Diplomatic Technique: 1536-1545.( PH D Thesis University of Illinois. Urbana: Champaigne, 2001).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ursula Schwarzkopf, Zur Familie des Eustace Chapuys en Annecy, Bibliothèque d' humanisme et Renaissance, 1966, t. 28, p. 521-552. Noter que ce texte rédigé en langue allemande mentionne le prénom allemand d'Eustace . Son prénom savoyard est : Eustache
  2. Roger Devos et Pierre Broise, Histoire d'Ugine, vol. 48, Académie salésienne,‎ 1975, 532 p..
  3. Mémoires pour l'Histoire ecclésiastique des diocèses de Genève, Tarantaise, Aoste et Maurienne et du Décannat de Savoie, par M. Bresson, curé de Chappeiry, Diocèse de Genève, Nancy, 1759.
  4. Depuis les empereurs germaniques, le pouvoir temporel est confié à l' évêque de Genève. La cour épiscopale est présidée par l'official, qui exerce les fonctions de juge à la fois pour des causes spirituelles ou laïques.
  5. Le duc Charles III de Savoie est le beau-frère et l'allié de l'empereur Charles Quint. Il est aussi l'oncle du roi de France, François Ier, et son ennemi déclaré. Les troupes de François Ier, suivies de celles de son fils Henri II, envahissent la Savoie et l'occupent de 1536 à 1559. Le duc Emmanuel-Philibert de Savoie, vainqueur de la Bataille de Saint-Quentin (1557) contre Henri II, va obtenir la libération de son pays en 1559 au Traité du Cateau-Cambrésis.
  6. Le connétable de Bourbon, lieutenant-général de Charles-Quint, fait prisonnier le roi François Ier à la Bataille de Pavie en 1525.
  7. Ces observations sont extraites des messages diplomatiques du chanoine Chappuis adressés à l'empereur Charles-Quint. Ces écrits sont conservés à Vienne, Haus-, Hof- und Staatsarchiv, England, Karton 4 et 5. Ils ont été dépouillés par Jean-Pierre Moreau(Rome ou l'Angleterre-Puf 1984)
  8. Thomas Wosley (1475-1530), prélat et homme politique anglais, membre du conseil du roi Henri VIII, archevêque d'York, il devient cardinal et lord-chancelier en 1515. L'échec de son intervention auprès du pape, lors du divorce d'Henri VIII, provoque sa disgrâce en 1529
  9. Bernard Cottret, Henri VIII, Le pouvoir par la force, Biographie Payot, 1999; p.376
  10. Thomas More désavoue la répudiation de Catherine d'Aragon. Il est exécuté à la Tour de Londres le 6 juillet 1535.
  11. Charles-Quint est le fils de Jeanne Ire de Castille, sœur de Catherine d'Aragon.
  12. Chappuis à Charles Quint, le 9 janvier 1536 (J.P. Moreau-ibid)
  13. Annecy relève depuis 1514 du comté de Genevois, apanage de la branche de Savoie-Nemours, cadette des ducs de Savoie, alliée du roi François Ier. Les Savoyards de cette époque sont au service alternatif des deux branches de Savoie, antagonistes dans leurs alliances.
  14. M. Alazard, professeur agrégé d'Histoire au Lycée Berthollet, Le voyage de Montaigne en Italie et le collège d'Annecy à l'époque des Barnabites. XVIIème et XVIIIème siècles, Annecy, Imprimerie Hérisson, 1912.
  15. Serge Tomamichel, Le Collège chappuisien d'Annecy: du projet à sa réalisation (1549-1614), sous la direction de Guy Avazini, Université Lumière Lyon 2, Ed. 1992.
  16. Jean Nicolas, La Savoie au XVIIIe siècle : Noblesse et bourgeoisie, Montmélian, La Fontaine de Siloe,‎ 2003, 2e éd., 1242 p. (ISBN 2-84206-222-1), p. 392
  17. Les familles Chappuis et Buttet, originaires d'Ugine, sont alliées, suivant la généalogiste allemande, Ursula Scharzkopf et le comte Amédée de Foras (Armorial et Nobiliaire de l'ancien duché de Savoie)