Connexité (mathématiques)
La connexité est une notion de topologie qui formalise le concept d'« objet d'un seul tenant ». Un objet est dit connexe s'il est fait d'un seul « morceau », dans le cas contraire, chacun des morceaux est une composante connexe de l'objet étudié.
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Définition [modifier]
Soit un espace topologique E. Les quatre propositions suivantes sont équivalentes :
- E n'est pas la réunion de deux ouverts non vides disjoints ;
- E n'est pas la réunion de deux fermés non vides disjoints ;
- Il n'existe pas dans E de sous-ensemble à la fois ouvert et fermé distinct du vide et de E ;
- Toute application continue de E dans un ensemble à deux éléments muni de la topologie discrète est constante.
Cette dernière caractérisation est souvent la plus commode à utiliser pour démontrer un résultat de connexité.
Dans le cas où ces conditions sont remplies on dit que l'espace E est connexe.
Une partie X d'un espace topologique E est dite connexe si elle est un espace connexe lorsqu'elle est munie de la topologie induite.
Connexité et nombres réels [modifier]
Montrons que les parties connexes de ℝ sont les intervalles.
- Si
est une partie connexe de ℝ alors
est un intervalle, puisque tout réel
strictement compris entre deux éléments de
appartient lui aussi à
: sinon,
et
formeraient une partition de
en deux ouverts de
non vides et disjoints. - Si
est un intervalle de ℝ alors
est connexe, puisque toute application continue de
dans ℝ qui ne prend que les valeurs 0 et 1 est constante, d'après le théorème des valeurs intermédiaires. Attention : lorsqu'on démontre ainsi la connexité des intervalles, il faut montrer ce dernier théorème par la méthode des intervalles emboités ou celle de la borne supérieure.
Propriétés [modifier]
Union, intersection, adhérence [modifier]
Si
et
sont deux parties connexes d'un espace topologique
, en général l'union et l'intersection de
et
ne sont pas connexes.
En revanche, l'union des deux parties connexes est connexe si elles ont un point commun. Plus généralement, si
est une suite de parties connexes telle que chacune a un point commun avec la suivante :
alors la réunion
est connexe.
Autre généralisation : la réunion d'une famille quelconque
de parties connexes de
est connexe, si leur intersection est non vide. Exemple d'application : toute partie connexe par arcs est connexe.
Si
est une partie connexe de
, toute partie
de
telle que
est connexe (on a désigné par
l'adhérence de
, qui dans ce cas est donc aussi connexe).
Théorème du passage à la douane : dans un espace topologique, toute partie connexe qui rencontre à la fois une partie C et son complémentaire rencontre nécessairement la frontière de C.
Composantes connexes [modifier]
Étant donné un point
dans un espace topologique
, la réunion de toutes les parties connexes contenant
est connexe. C'est la plus grande (au sens de la relation d'inclusion) de toutes les parties connexes contenant
. On la note
et on l'appelle composante connexe de
dans
. Les composantes connexes sont des parties fermées.
Au minimum, on a
; cela signifie que
est le seul sous-ensemble connexe de
contenant
mais pas forcément que
est un point isolé (cf. exemples). Si
pour tout point
de
, on dit que
est un espace totalement discontinu. Au maximum, on a
; c'est le cas où
est connexe.
Les composantes connexes des points de
sont donc les parties connexes maximales pour l'inclusion (il n'y en a qu'une si l'espace est connexe). Elles forment une partition de
, autrement dit : ce sont les classes d'une relation d'équivalence sur
. Deux points de
sont dits connectés s'ils sont dans la même composante connexe.
Exemples :
- ℝ* a deux composantes connexes : ℝ+* et ℝ–*.
- Dans ℕ et plus généralement dans un espace muni de la topologie discrète, les composantes connexes sont les singletons.
- Dans ℚ aucun point n'est isolé, mais les composantes connexes sont aussi les singletons. Le même phénomène se produit pour l'ensemble de Cantor.
- Le groupe Gl(n, ℝ) des matrices inversibles de taille n a deux composantes connexes, données par le signe du déterminant.
Connexité et continuité [modifier]
D'après la définition, un espace E est connexe lorsque l'image de E par une application continue n'est jamais un ensemble à deux éléments muni de la topologie discrète. Or une telle paire est non connexe.
En fait, on peut démontrer plus généralement que l'image d'un espace connexe par une application continue est toujours connexe. Plus précisément si E est un espace connexe, F un espace topologique et f une application continue de E dans F, alors f(E) est une partie connexe de F.
Ceci est une généralisation du théorème des valeurs intermédiaires, qui correspond au cas où E est un intervalle de ℝ et où F = ℝ.
Applications localement constantes [modifier]
Définition — Une application
d'un espace topologique
dans un ensemble
est dite localement constante (en) sur
si tout point de
possède un voisinage sur lequel
est constante.
Une fonction localement constante sur
n'est pas forcément constante sur
, mais c'est le cas si l'espace
est connexe, comme le montre le théorème suivant.
Théorème — Si
est localement constante alors elle est constante sur chaque composante connexe de
.
La réciproque de ce théorème est fausse en général (prendre X = ℚ), mais vraie si X est localement connexe, car ses composantes connexes sont alors des ouverts.
Deux applications fondamentales à l'analyse [modifier]
Pour montrer qu'une propriété est vraie pour tous les points d'une partie que l'on sait connexe, on montre que l'ensemble des points qui la satisfait est ouvert et fermé. C'est ce qu'on fait pour le théorème d'unicité des solutions globales d'une équation différentielle, et pour le principe du prolongement analytique.
Applications à la topologie [modifier]
Les applications sont nombreuses. La droite ℝ et le plan ℝ2 ne sont pas homéomorphes : si tel était le cas, la droite privée d'un point serait homéomorphe au plan privé d'un point. Mais le second espace est connexe, le premier ne l'est pas.
Le même argument montre que le cercle
n'est pas homéomorphe à un intervalle.
Cet argument ne s'étend pas aux dimensions supérieures. Si on veut montrer en utilisant les mêmes idées que ℝ2 et ℝ3 ne sont pas homéomorphes, il faut faire intervenir la connexité simple (c'est-à-dire la connexité par arcs de l'espace des chemins fermés). Le résultat est encore vrai pour les dimensions supérieures, mais fait appel pour la démonstration à des outils plus puissants comme l'homologie.
On peut encore citer, comme application de la connexité, l'analyse de l'énigme des trois maisons. L'objet de cette énigme est de relier trois points du plan identifiés à des maisons à trois autres, identifiés à des fournisseurs (eau, gaz et électricité). Chaque maison doit être reliée aux trois fournisseurs et les liens ne doivent pas se croiser. La démonstration de l'impossibilité de résolution se fonde sur le théorème de Jordan, qui s'exprime en termes de connexité.
Références [modifier]
- Georges Skandalis, Topologie et analyse 3e année, Édition Dunod, Collection Sciences Sup, 2001
- Claude Wagschal, Topologie et analyse fonctionnelle, Édition Hermann, Collection Méthodes, 1995
strictement compris entre deux éléments de
et
formeraient une partition de