Adrian Frutiger

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Exemples de polices créées par Frutiger

Adrian Frutiger (24 mai 1928 à Unterseen, près de Interlaken, en Suisse) est créateur de caractères et de logotypes. Il a été engagé par Charles Peignot à la fonderie Deberny et Peignot où il a travaillé avec Ladislas Mandel, Albert Boton et d'autres, puis en indépendant avec la société Linotype, dont ses caractères contribuèrent à asseoir le succès.

Il a créé entre autres les polices Méridien, Univers (lancée en 1957 et qui l'a rendu mondialement célèbre), Avenir, Frutiger, Centennial, Versailles, Iridium, Serifa et même OCR-B.

C'est la police commandée pour la signalétique de l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle qui fut baptisée « Frutiger » par ses commanditaires, avec l'accord de son créateur. Cette écriture est aussi celle utilisée pour la signalétique touristique des autoroutes françaises et, depuis 2002, la variante ASTRA-Frutiger a été adoptée pour toutes les signalisations routières suisses. Sa grande qualité est de bénéficier de nombreuses et subtiles corrections optiques afin d'optimiser sa lisibilité.

Dans le même temps, au tout début des années 1970, il crée la police Métro, pour le réseau de transports en commun parisiens. Cet alphabet, comme celui de Roissy est une adaptation réactualisée de l'Univers, qu'il trouvait trop liée aux années 1960[1].

Univers est l'un des caractères latins les plus utilisés au monde.

  • 1986 : Prix Gutenberg de la ville de Mayence (Allemagne)
  • 1987 : Médaille du Type Directors Club of New York
  • 1990 : Officier de l'Ordre des arts et lettres (Paris)
  • 1993 : Grand prix national des arts graphiques (France).

Adrian Frutiger attache une grande importance à l'esthétique des caractères, et à leur aptitude à persuader (un adage en typographie est que rose ne s'écrit pas avec les mêmes caractères que béton). Il avait prophétisé jadis : Un jour viendra où vous verrez des publicités ne contenant rien d'autre que quatre lignes en Garamond sur un fond blanc. L'avenir lui donna raison.

Biographie[modifier | modifier le code]

Adrian Frutiger naît le 24 mai 1928 à Unterseen, tout près d’Interlaken, en Suisse allemande. Un instituteur, monsieur Ernst Eberhard, remarque ses dons pour le dessin et lui conseille d’apprendre un métier proche des métiers d’art, et c’est ainsi qu’il commence un apprentissage de typographe à l’imprimerie Schlaefli à Interlaken en 1944, où il restera quatre ans qui détermineront le restant de sa vie professionnelle. Il intègre ensuite l’École des arts appliqués de Zurich, en 1949 (dix-neuf ans après le passage de Max Miedinger), où il suit trois années durant les cours de Walter Käch et Alfred Willimann, puis il part à Paris où Charles Peignot lui proposait de devenir créateur des caractères et directeur artistique de la fonderie typographique Deberny & Peignot. Il y dessine ses premiers caractères plomb (Phoebus, Ondine, Président, Méridien) avant de réaliser sa première Linéale destinée à la photocomposition (Univers), en 1957, la même année que l’Helvetica de Miedinger à laquelle elle est souvent comparée, et qui s’en différencie par un peu plus de froideur et d’austérité. Le caractère Univers marque un tournant dans l’histoire de la typographie car il est le premier à être largement décliné pour une occupation optimale de l’espace dans la page avec vingt et une variantes de graisses, de l’étroit fin au large gras – une première pour l’époque. Du fait de son dessin précis et de son aspect pratique et original, l’Univers remporte un grand succès et rend le nom de Frutiger célèbre dans le monde de la typographie.

Il fonde son propre atelier en 1962 à Arcueil, près de Paris, en compagnie de deux amis graphistes suisses, Bruno Pfäffli et André Gürtler, atelier au sein duquel il réalisera de nombreux logos et polices de caractères (Apollo, Serifa, OCR-B, Iridium…). À cette époque, la ville de Paris doit faire face à un problème majeur, celui de l’engorgement des aéroports d’Orly et du Bourget. La décision a été prise en 1964 de créer un troisième aéroport à Roissy-en-France, que l’on nommera Charles-de-Gaulle. L’architecte de la nouvelle aérogare fait appel à Adrian Frutiger pour en concevoir la signalétique. Ce dernier opte pour un système sobre et fonctionnel, avec une gamme de seulement deux couleurs à fort contraste pour une reconnaissance immédiate et une lisibilité maximale (noir et jaune, couleur qui retient l’attention et se distingue de loin), et se pose tout de suite la question de la typographie. Elle doit être simple, lisible en grands caractères comme en petits, assimilable rapidement – car lue par des voyageurs aux langues différentes, bien souvent dans l’urgence –, informative mais conviviale. Adrian Frutiger souhaite éviter le côté froid et distant des Linéales modernes comme l’Helvetica ou son propre Univers.

Il oriente donc ses recherches vers un graphisme qui se trouve à mi-chemin entre l’efficacité et la sobriété des caractères suisses des années 1950 et la personnalité forte et chaleureuse des Linéales humanistiques du début du siècle. Il ouvre largement les bas de casse, leur offre une hauteur d’œil importante et des jambages longs, tout cela dans le but d’en augmenter la lisibilité ; il fait intervenir des changements d’épaisseur dans les courbes afin de donner une impression de pleins et de déliés, apportant une touche calligraphique dans son dessin ; et il apporte beaucoup de détails et d’ajustements pour atteindre le but d’une Linéale fonctionnelle, efficace et humaine. Le caractère fait forte impression lors de l’ouverture du terminal au public, et encore plus lors de sa présentation par Frutiger lui-même au cours d'une conférence sur la typographie à Bâle, en Suisse. Dans le public se trouve Mike Parker, directeur du développement typographique au sein de Linotype ; il est impressionné par le nouveau caractère et persuade Adrian Frutiger de le développer pour le commercialiser. Ce dernier se met au travail et décline sa famille en plusieurs graisses, les numérotant selon le système qu’il a mis au point pour l’Univers (de 45, light, à 95, ultra black), et leur ajoutant une italique (qui n’est que la version standard penchée de 12 degrés) et une version condensée.

Le caractère est distribué par Linotype en 1977 sous le nom Frutiger, et c’est un succès immédiat : l’efficacité de cette typographie et le renouveau qu’elle apporte inspirent bien des maquettistes et on la verra se multiplier sur de nombreuses revues, publicités, couvertures de livres, affiches de films, rapports d’entreprises et autres prospectus bancaires. Le Frutiger n’a pas beaucoup de connotation historique : intemporel, il se glisse à peu près partout, gardant le côté lisible, informatif et fonctionnel d’un Helvetica en y ajoutant une touche d’humanité et d’optimisme ; il est donc parfait pour rendre plus attrayant des documents a priori rébarbatifs tout en sauvegardant leur sérieux. Conçu au départ pour la signalétique, il est naturellement à l’aise dans des corps importants, en titrage ou en affichage ; on l’a vu sur les panneaux des autoroutes de Suisse (où il a depuis été remplacé par une variante dénommée Astra Frutiger), et il sert régulièrement aux systèmes de navigation, aux panneaux de musées ou de bâtiments administratifs. Le travail apporté par Frutiger, particulièrement sur les bas de casse, permet également de l’utiliser pour du texte long, où sa structure permet une reconnaissance rapide des caractères ; on réservera toutefois son utilisation aux articles de magazines ou aux rapports techniques ou économiques, et on utilisera de préférence un caractère à empattements pour les textes de lecture continue, ce qui est le cas d’une nouvelle, d’un article de presse ou, à plus forte raison, d’un livre.

Également enseignant à l’école Estienne et à l’ENSAD à Paris, Adrian Frutiger devient conseiller au sein d’IBM à partir de 1963, puis auprès des fonderie Stempel et Linotype. Il part s’installer en Suisse, près de Berne, où il continue à s’adonner à la création typographique : après avoir livré les polices Versailles et Centennial, il s’attaque à un vieux projet, celui de redessiner le Futura, qu’il considère trop rationnel et pas assez humain. C’est en 1988 qu’il présente le caractère Avenir (dont le nom est un clin d’œil au Futura), le juste milieu entre une Linéale indéniablement géométrique et une Grotesque humaniste, dont l’harmonie des formes génère l'équilibre optique. Avenir s’impose naturellement comme une alternative de qualité au Futura et à l’Avant-Garde, il est moins radical et abrupt, plus chaleureux et avec plus de personnalité. Son utilisation en capitales, que l’on réservera aux titrages, donne beaucoup de stabilité à la composition et également de la classe, grâce à la rigueur de la structure des lettres ; il évoque une certaine prestance, la stabilité et le professionnalisme, la beauté et la féminité. Ses bas de casse possèdent les avantages des Linéales géométriques classiques sans leurs inconvénients : plus faciles à lire, ils peuvent s’utiliser pour des articles de presse ou des rapports relativement courts.

Adrian Frutiger, qui réside et travaille toujours en Suisse, redessine et perfectionne depuis quelques années certains de ses caractères avec l’aide du designer Akira Kobayashi. Il s’attaque ainsi en 2004 à l’Avenir (désormais nommé Avenir Next) afin de le doter de variantes de graisses supplémentaires (vingt-quatre contre six dans la première version), de petites capitales et de chiffres suspendus, ce qui renforce son aspect élégant, professionnel et contemporain. Il collabore de nouveau avec Akira Kobayashi en 2006 pour perfectionner le Frutiger; il a notamment dessiné une vraie italique et réorganisé la dénomination de manière plus classique, abandonnant sa numérotation originelle. La nouvelle famille, nommée Frutiger Next, est disponible en pack « Platinum » auprès de Linotype. On lui doit également plusieurs ouvrages de référence sur sa carrière et la création typographique en général, dont Des signes et des hommes et À bâtons rompus, publiés aux éditions Atelier Perrousseaux. Il a en outre été récompensé à de nombreuses reprises : lauréat du Prix Gutenberg de la ville de Mayence et de la médaille du Type Director’s Club à New York, il a été nommé officier des Arts et des Lettres à Paris en 1993.

Polices de caractères dessinées par Adrian Frutiger[modifier | modifier le code]

  • Apollo
  • ASTRA-Frutiger
  • Avenir
  • Avenir Next avec Akira Kobayashi
  • Breughel LT
  • Linotype Centennial
  • Linotype Didot
  • Egyptienne F
  • Frutiger
  • Frutiger Next LT
  • Frutiger Stones
  • Frutiger Symbols
  • Glypha
  • Herculanum
  • Icone LT
  • Iridium LT
  • Meridien
  • OCR-B
  • Ondine
  • Pompeijana
  • President
  • Serifa
  • Univers
  • Vectora
  • Versailles
  • Westside
  • Neue Frutiger (2009) avec Akira Kobayashi

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Adrian Frutiger, L'homme et ses signes, Atelier Perrousseaux,‎ 2000 (ISBN 2-911220-05-6)
  • Adrian Frutiger, À bâtons rompus, ce qu'il faut savoir du caractère typographique, Atelier Perrousseaux,‎ 2001 (ISBN 2-911220-08-0)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]