Vocabulaire de l'espéranto

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La langue internationale auxiliaire est relativement facile et a été adoptée par des hommes de toutes origines. La facilité dépend principalement de la combinaison de quatre facteurs : la simplicité c'est-à-dire que le nombre d'éléments à apprendre soit le plus petit possible; la régularité, cad. que toute fonction linguistique, comme par exemple le pluriel, soit toujours exprimée par le même élément et qu'il n'y ait pas d'exceptions ; la clarté , cad. que toute variation dans la pensée corresponde à une variation concomitante dans la langue et enfin l'internationalité. Le vocabulaire de l'espéranto combine efficacement ces différents facteurs.

Relative facilité du lexique[modifier | modifier le code]

Racines majoritairement européennes, les plus internationales[modifier | modifier le code]

Il fonde ses bases lexicales sur les principales langues de la communication internationale : c'est ce qu'on appelle une langue construite a posteriori. Les bases lexicales privilégiées ont été pour les langues mortes le grec et surtout le latin dont les racines sont les plus internationales, et pour les langues vivantes, le français, l'anglais et l'allemand. Les langues germaniques contiennent aussi dans leur vocabulaire moderne une majorité de racines latines et grecques. Ludwik Lejzer Zamenhof, l'initiateur de l'espéranto, a veillé à ce que les emprunts soient de préférence des formes communes à plusieurs langues. Le choix des racines répond aux critères d'internationalité, ainsi que d'esthétique et de clarté, comme la netteté phonétique et le fait d’éviter les homonymies.

Formation régulière des mots par composition lexicale et dérivation[modifier | modifier le code]

Zamenhof créa de plus un système régulier et extrêmement productif grâce auquel, par composition lexicale (mots composés) et l'utilisation judicieuse d'affixes réguliers, le vocabulaire de base indispensable à la communication se trouve fortement réduit. On estime qu'en moyenne, d'un radical en espéranto on peut déduire l'équivalent de cinq à dix mots généralement non réguliers dans une langue nationale.

Structure de langue agglutinante-isolante, de type afro-asiatique[modifier | modifier le code]

Cette formation des mots à partir de petits mots simples (appelés morphèmes), invariables contrairement aux langues indo-européennes, apparente la structure de l’espéranto à celle des langues agglutinantes (turc, japonais, coréen, swahili, wolof, etc.) et isolantes (chinois, vietnamien etc), les locuteurs de ces langues étant majoritaires en Asie et très nombreux en Afrique. La distinction entre ces deux derniers types de langues concerne surtout l'écriture des mots majoritairement composés dans le premier cas et isolés dans le second. Cette double caractéristique de l'espéranto, d’une part majoritairement européenne pour les racines, d’autre part majoritairement afro-asiatique pour la constitution régulière des mots, fait de l’espéranto la langue vraiment internationale.

Écriture phonétique et accent tonique régulier[modifier | modifier le code]

La facilité du vocabulaire est encore accrue par une écriture phonétique qui fait correspondre à chaque lettre un seul son et à chaque son simple une seule lettre. En outre l'accent tonique tombe toujours sur l'avant-dernière syllabe ; cette accentuation se rencontre dans le plus grand nombre de mots du plus grand nombre de langues.

Clarté d'une bonne langue pivot de traduction[modifier | modifier le code]

Le critère de clarté est particulièrement important dans une langue qui n'est la langue maternelle de presque personne, mis à part le cas d'enfants de couples espérantistes.

Les quatre grandes catégories grammaticales de mots se distinguent par leur voyelle finale. Pour éviter au maximum le danger d'équivoque et les confusions nombreuses dans des langues parmi les plus parlées, chaque mot marquera ainsi sa catégorie grammaticale par la voyelle finale suivante : -o pour un substantif , -a pour un adjectif qualificatif, -i pour l'infinitif d'un verbe, -e pour un adverbe dérivé. Cette distinction nette permet, à partir d'une racine de créer quatre mots quand cela a un sens.

L'accusatif, marqué par la lettre finale -n, correspond au complément sans préposition et permet de distinguer nettement le groupe sujet et le groupe objet. L'accusatif est présent uniquement dans les pronoms personnels de certaines langues (Fr : je, me ; En : I, me), alors qu'il est généralisé dans d'autres langues (grec, latin, allemand, nombreuses langues slaves, japonais, etc.). Pour éviter au maximum les confusions et obscurités, l'espéranto a adopté la deuxième solution, en marquant l'accusatif par la lettre finale -n, ce qui rend plus spontanée l'expression du locuteur.

De plus les homonymes et idiotismes sont quasi-inexistants et la polysémie des mots est rare.

De ce fait l'espéranto est une très bonne langue pivot auxiliaire permettant d'améliorer le processus de traduction.

L'assimilation généralisatrice sans exception en fait "la langue au moins huit fois plus facile" (Inazo Nitobe)[modifier | modifier le code]

L'espéranto, contrairement à la plupart des langues nationales, permet, tant dans sa grammaire que dans la formation des mots, de se fier au réflexe d'assimilation généralisatrice, une loi psycholinguistique décrite par Jean Piaget. Claude Piron, dans "La Bona Lingvo" (eo) (La Bonne Langue), défend la thèse selon laquelle l'espéranto est facile parce que sa structure se rapproche de celle de la pensée grâce à son principe agglutinant qui permet de s'exprimer en associant d'une manière créative des morphèmes selon un schéma qui est très proche de celui de la pensée.

.Le scientifique et linguiste japonais Nitobe Inazō, Secrétaire général adjoint de la Société des Nations déclare que "l'espéranto est au moins huit fois plus facile que n'importe quelle autre langue."

Selon le linguiste finlandais Vilho Setälä, le vocabulaire nécessaire, pour la compréhension d'un texte ordinaire à 80-90%, est respectivement de 2000 mots en anglais et de 550 mots en espéranto ; pour une compréhension à 99%, il est de 7000 mots en anglais et de 2000 en espéranto.

L'espéranto étant construit à partir d'un grand nombre de racines latines comme la majorité des mots des langues européennes, il existe donc beaucoup de similitudes avec les langues romanes et nécessairement avec des faux-amis (totaux ou partiels) l'espéranto n'acceptant pas nécessairement tous les sens de leurs correspondants en langues nationales. L'origine européenne du vocabulaire facilite incontestablement l’apprentissage de l'espéranto pour les locuteurs d’une langue d’origine européenne en général et pour les francophones en particulier.

Mais ceci ne représente pas un obstacle insurmontable à la diffusion mondiale de l’espéranto. Ainsi en Chine, l’espéranto s’est rapidement diffusé dès le début du XXe siècle. En , 13 pays majoritairement non européens, incluant ensemble environ la moitié de la population mondiale, dont la Chine, l'Inde, le Japon et la Perse, votent pour l'admission de l'espéranto comme langue internationale auxiliaire de la Société des Nations (SDN). Seule la délégation française, pensant ainsi défendre la langue, vote contre.

Nombre de racines et apprentissage de la langue[modifier | modifier le code]

Au fur et à mesure des progrès de l'espéranto dans tous les domaines et de l'intégration de nouvelles racines scientifiques et techniques, le nombre de racines reconnues par l'Académie d'espéranto a très fortement augmenté d'environ 1800 en 1905, date de parution du Fundamento qui fixe les bases de la langue, à un peu moins de 20000 vers 2020. Le nombre de mots est au moins cinq fois plus important. Cependant les 1000 premières racines de la liste Kontakto, http://remush.be/tezauro/Kontakto.html, permettent de communiquer efficacement. Dans Combien de mots en espéranto ?, Claude Piron donne de nombreux exemples de la richesse du vocabulaire, du fait de la régularité de la formation des mots composés dont l'équivalent n'existe pas forcément dans les langues nationales.

Les deux principales langues de communication internationale des trois derniers siècles sont le français et l'anglais. L'Étymologie de l'espéranto indique que, sur les 500 ou 1000 premières racines (voir la liste de Kontakto , http://remush.be/tezauro/Kontakto.html ), environ 90% sont reconnaissables pour les personnes qui ont appris une langue romane et l'anglais. Beaucoup de racines sont communes puisque 70% environ des racines de l'anglais moderne sont issues du latin, des langues romanes et du grec. Les autres radicaux, moins connus des francophones, sont principalement issus de quelques racines spécifiques grecques, latines, italiennes, allemandes, slaves (Étymologie de l'espéranto, Emprunts lexicaux).

L'apprentissage de l'espéranto est relativement rapide, ludique, similaire à un jeu de construction, et se fait très souvent en autodidacte, comme par exemple sur les sites de Lernu! , Ikurso https://ikurso.esperanto-france.org/, Duolingo etc.

On peut distinguer dans la composition des mots des radicaux lexicaux, des affixes et des mots fonctionnels, à savoir les adverbes primitifs et les mots grammaticaux.

Radicaux[modifier | modifier le code]

La plus grande part des composants invariables du vocabulaire de l'espéranto est formée par des « radicaux », mots lexicaux ou lexèmes.

Un radical en espéranto possède un sens propre, mais il ne peut apparaître le plus souvent que terminé par une désinence, c'est-à-dire une finale autonome et détachable, indiquant sa classe grammaticale

  • Certains radicaux évoquent par eux-mêmes des êtres vivants, et induisent de ce fait des terminaisons en -o, comme amik- (ami), tajlor- (tailleur), infan-, ĉeval- (cheval), azen- (âne), hund- (chien), bov- (bœuf), arb- (arbre), flor- (fleur), roz- (rose), herb- (herbe), ...
  • D'autres radicaux évoquent naturellement des objets et induisent aussi des terminaisons en -o, comme krajon- (crayon), bros- (brosse), dom- (maison), sun- (soleil), sabl- (sable)...
  • D'autres encore évoquent des notions abstraites qui induisent aussi des terminaisons en -o, comme pens- (pensée), program- (programme), poem- (poème)...
  • De nombreux radicaux renvoient à des actions ou des processus, et se complètent alors principalement par des suffixes en -i, comme dir- (dire), far- (faire), labor- (travailler), mov- (bouger), ven- (venir), frap- (frapper), lud- (jouer), etc.
  • D'autres radicaux évoquent naturellement des attributs ou qualités, et se complètent naturellement par des terminaisons en -a, comme bel- (beau), bon- (bon), grav- (grave, considérable), ruĝ- (rouge), varm- (chaud), ĝust- (juste, correct), pret- (prêt), etc.

Approfondissement[modifier | modifier le code]

Il existe des groupes et catégories différents, outre ce qui précède. Certains radicaux sont difficiles à catégoriser, certaines ont plusieurs significations, et d'autres ont une signification très spéciale. Mais tous les radicaux apportent leur propre sens. Pour utiliser correctement un radical avec des suffixes différents, il faut connaître son sens propre. Le sens du radical est identique à celui de la forme en -o (quand celle-ci est utilisée) ; et un radical peut avoir plusieurs sens connexes, qui se répercutent alors sur la forme en -o et la manière d'utiliser les formes dérivées.

Un exemple est la différence entre les radicaux komb- (de l'anglais comb, le peigne) et bros- (du français brosse). Les sens des deux verbes kombi (peigner) et brosi (brosser) sont très proches. Mais les formes en -o montrent que les radicaux sont en réalité de nature très différente : kombo désigne l'action de peigner (et le dictionnaire le donne par conséquent sous une forme en -i), tandis que broso est l'instrument permettant de brosser. Une terminaison en -i leur donne à tous deux un sens d'action, ce qui ne change pas le sens du radical pour kombi, mais change celui de brosi qui doit non pas évoquer la brosse (instrument) mais l'action qu'elle permet généralement de réaliser (brosser). Le nom désignant l'action est kombo pour l'un (dont le radical réfère à l'action) mais brosado pour l'autre (-ad désigne l'action réalisée par la forme en -i). Et inversement, le nom de l'instrument permettant de réaliser cette action est broso d'un côté, mais kombilo pour l'autre (-il- formant les instruments). De même, les adjectifs nobla (noble) et nobela (qui a le caractère d'un noble) peuvent paraître de même sens, mais les radicaux désigne des choses différentes : noblo (ce qui fait la noblesse=la dignité) ne se confond pas avec nobelo (un noble=non roturier) ; pour désigner la qualité sur ce dernier radical il faudrait passer par le suffixe -ec- (nobeleco, relatif à la classe de la noblesse), c'est-à-dire que nobla (noble= digne) est l'équivalent grammatical de nobeleca, ayant qualité d'appartenir à la noblesse).

Une autre manière de voir ces différences est d'associer un radical à une terminaison de base, reflétant le sens propre du radical. Dans cette optique, le mot de base est broso dans un cas (le sens de base est l'outil) mais kombi dans l'autre (le sens de base est celui d'une action). Les formes de base étant différentes, le résultat des différentes dérivations sera aussi différent. Cette approche est plus naturelle, mais peut conduire à des erreurs, parce qu'il n'est pas toujours évident de déterminer quelle doit être la forme de base.


Mots fonctionnels : adverbes simples et mots grammaticaux[modifier | modifier le code]

Avec les affixes, ce sont les mots les plus fréquents de la langue et parmi les premiers à apprendre.

Adverbes simples[modifier | modifier le code]

Conformément à la grammaire de l'espéranto, en dehors des adverbes dérivés terminés en -e, il en existe d'autres en particulier dans le tableau particulier des « tabel-vortoj » (mots du tableau), ainsi que ceux de la liste suivante (32 éléments), dont les racines sont majoritairement monosyllabiques ou terminées en -aŭ, ceci notamment afin de faciliter la prononciation de la voyelle finale.

Adverbes de manière : ĉu ? (est-ce que ?) ; ja (de fait) ; jes (oui) ; ne (non, ne...pas) ; ajn (n'importe) ex. iu ajn (n'importe qui) ; (même) ; jen (voici) ; mem (même) : après un pronom personnel il insiste sur l'identité, ex. li mem (lui même) ; tre (très) ;

adiaŭ (adieu) ; almenaŭ (au moins) ; ankaŭ (aussi) ; apenaŭ (à peine) ; kvazaŭ (quasiment, comme si) ; preskaŭ (presque)

Adverbes de temps :

jam (déjà) ; ĵus (juste, à l'instant) ; nun (maintenant) ; plu (plus longtemps) ; tuj (tout de suite) ;

ankoraŭ (encore) ; baldaŭ (bientôt) ; hieraŭ (hier) ; hodiaŭ (aujourd'hui) ; morgaŭ (demain)

Adverbes de lieu : ĉi (-ci), par ex. tiu ĉi (celui-ci) ; for (loin)

Adverbes de quantité : ju... des (plus... plus) ; nur (seulement) ; pli (plus – comparatif) ; plej (le/la plus – superlatif) ; tro (trop)


Mots grammaticaux[modifier | modifier le code]

La grammaire est en grande partie lexicalisée.Voir la grammaire de l'espéranto

Ce sont des petits mots indépendants et invariables, des morphèmes, peu nombreux (une centaine), mais très fréquents et essentiels.

Les cinq désinences (finales détachables) non verbales :-o, -a, -e, ainsi que -j pour le pluriel et -n pour l'accusatif au sens large, c'est-à-dire principalement le complément sans préposition. Le -j du pluriel (origine grecque et slave) se combine harmonieusement avec -o(j) et-a(j).

Les six désinences verbales à savoir trois pour les temps de l'indicatif : présent en -as, passé en -is, futur en -os ; trois pour les autres modes : infinitif en -i, impératif-volitif en-u, fictif ou conditionnel en -us.

Un seul article défini : la = le, la, les, comme the en anglais ; il n'y a pas d'article indéfini, comme pour le pluriel de ce dernier en anglais. L'existence de genres grammaticaux étant inutile pour la transmission de l'information, l'espéranto ne l'a pas conservée.

Les numéraux: 13 adjectifs numéraux cardinaux, invariables, permettent de compter quasiment jusqu'à l'infini : 0 nul; 1 unu; 2 du; 3 tri; 4 kvar; 5 kvin; 6 ses; 7 sep; 8 ok; 9: naŭ; 10 dek; 100 cent; 1000 mil; A partir du million, les grands nombres utilisent des noms en milion ou miliard, non invariables. Les nombres intermédiaires se forment à l'aide de ces nombres de base, selon une règle qui veut que les nombres de base multiplient les unités supérieures (dek, cent, mil) quand ils les précèdent et s'additionnent à elles quand elles les suivent. par ex. 12 : dekdu ; 20 : dudek ; 22 : dudek du ; 403 : kvarcent tri... Les ordinaux se forment ajoutant aux nombres cardiaux le -a de l'adjectif : par ex. unua (premier) ; pour les noms de quantité on y ajoute le -o du sustantif unu dekduo une douzaine ; pour les fractionnaires on ajoute le suffixe -on, par ex. tri-ono un tiers, cent-ono un centième... Les multiplicatifs ont le suffixe -obl, du-obla double, dek-obla décuple.

Les pronoms personnels (10): mi (je) ; ci (tu, peu employé) ; vi (tu ou vous); li (il); ŝi (elle) ; ĝi (il neutre, pour chose ou vivant sans considération de sexe); ni (nous); ili (ils ou elles); si (se, réfléchi); oni (on, impersonnel). Pour obtenir le pronom complément, on ajoute -n, ex. min (me), etc.

Les adjectifs et pronoms possessifs : mia (mon) etc; la mia (le mien), etc., en sont dérivés régulièrement.

Les prépositions : elles sont en nombre restreint (34) et sont souvent utilisées dans les mots composés. L'étymologie en est majoritairement latine (Lat), mais aussi grecque (Gr), italienne (It), française (Fr), allemande (Ge), et beaucoup plus rarement russe (Ru) ou polonaise (Pol) notamment ; pr : prononcer. Elles ont un sens précis et il suffit de consulter la liste pour en connaître dès l'abord l'emploi correct :

al vers (Lat ad dans des formes assimilées comme Fr al-louer) ; anstataŭ au lieu de (Ge anstatt) ; antaŭ (Lat ante) ; malantaŭ derrière ; apud chez (Lat apud)

ĉe tout près de , chez (Fr) ; ĉirk autour de (Lat, It circa pr. ĉirca) ; da de, après un nom de mesure (It da) ; de de (Lat. Fr de); dum pendant (Lat. dum) ;

ekster hors de, sans mouvement (Lat exterior) ; el hors de, avec mouvement (Lat e, ex) ; en dans, (Fr en) ; ĝis jusqu'à (Fr jusque avec influence de Ge bis) ; inter entre (Lat inter);

kontraŭ contre (Fr, It) ; krom outre, sauf (Ru ) ; kun avec (Lat. cum); l selon (Ge laut) ; malgraŭ malgré (Fr, It malgrado) ;

per au moyen de, avec (Lat, It per) ; po à raison de (Ru, Pol po) ; por pour, sens de but (Esp por) ; post après (Lat post) ; preter au delà de, en longeant (Lat praeter) ; pri au sujet de (Gr peri, Ru pri auprès de) ; pro à cause de, pour (Lat. pro, propter) ;

sen sans (Lat. sine, Fr sans, It senza) ; sub sous (Lat sub) ; super au dessus de (Lat super); sur sur (Fr ) ; tra à travers (It tra) ; trans au delà de, en passant par dessus (Lat trans).

Enfin, pour les cas où le rapport à exprimer est si vague qu'aucune des prépositions ci-dessus ne semble satisfaisante, l'espéranto a une préposition "vide" qui joue le rôle de joker par rapport aux autres : c'est la préposition je (Ge je). Ex. je la dua : à 2 heures.

Les conjonctions ou mots de liaison (15) : de coordination : exemples. ou, ou bien (Lat aut) ; ĉar car (Fr) ; do donc ; kaj et (Gr kai) ; nu or (Ge, Ru) ; sed mais (Lat) ; tamen pourtant (Lat) ; ou de subordination: exemples. ke (que); kvankam bien que, quoique (Lat quanquam), Kvazaŭ comme si (Lat quasi), etc.

Les pronoms corrélatifs et adverbes de relation ou "mots du tableau" (tabel-vortoj) : dans les langues slaves et en grec on observe une forte symétrie entre ces mots, ce qui facilite la mémorisation. Zamenhof a reproduit cette symétrie, en la simplifiant. L'espéranto distingue en premières syllabes cinq radicaux selon leur nature: i- pour les indéfinis, ki- pour les interrogatifs-relatifs, ti- pour les démonstratifs , ĉi pour les collectifs, neni- pour les négatifs. Ces cinq radicaux sont construits avec des terminaisons indissociables, quatre pour les pronoms-adjectifs, respectivement -u pour les individualités comme kiu (qui, lequel); -o pour les choses comme kio (quoi?), nenio (rien) ; -a pour la qualité comme kia (quel), tia (tel) ; -es pour l'appartenance comme kiesqui est-ce?, dont) ; les cinq radicaux sont joints aussi à cinq terminaisons d'adverbes relatifs, -e pour le lieu comme kie (où ; en where), -am pour le temps comme kiam (quand?) neniam (jamais), -om pour la quantité comme kiom (combien?), -al pour la cause comme kial (pourquoi?), -el pour la manière comme kiel (comment). Il y a au total 5 X 9 soit 45 éléments possibles, une bonne moitié étant souvent utilisée.

Affixes[modifier | modifier le code]

L'espéranto possède une cinquantaine d'affixes (préfixes et suffixes). Les principaux sont listés ci-dessous. Le débutant sera très rapidement confronté au préfixe mal- qui lui permet de trouver l'antonyme de nombreux mots, adjectifs ou verbes : bela (beau) et malbela (laid) ; lumo (lumière) et mallumo (obscurité) ; ami (aimer) et malami (détester) ; fermi (fermer) et malfermi (ouvrir) ; supren (vers le haut) et malsupren (vers le bas). L'étymologie est indiquée entre parenthèses pour une langue, mais elle est souvent plurielle. Elle peut faciliter l'assimilation.


Principaux préfixes[modifier | modifier le code]

bo- parenté par alliance (fr)

filo (fils) donne bofilo (beau-fils, gendre) fratino (sœur) donne bofratino (belle-sœur)

patro (père) donne bopatro (beau-père, dans le sens père du conjoint ; à ne pas confondre avec "duon-patro" qui est le mari de la mère pour l'enfant d'un lit précédent)

dis- dispersion (lat, fr)

doni (donner) donne disdoni (distribuer) semi (semer) donne dissemi (disséminer)

ek- commencement, déclenchement (gr)

dormi (dormir) donne ekdormi (s'endormir) pluvi (pleuvoir) donne ekpluvi (commencer à pleuvoir)

eks- cessation d'une fonction ou d'un état social

prezidanto (président) donne eksprezidanto (ex-président) edziĝi (se marier) donne eksedziĝi (divorcer)

fi- moralement méprisable

virino (femme) donne fivirino (selon contexte: mégère, dévergondée, etc) komerco (commerce) donne fikomerco (activité mercantile)

ge- réunion des deux sexes (ge Geschwister)

patro (père) donne gepatroj (parents) Sinjoro (monsieur) donne Gesinjoroj (Mesdames et messieurs) ; Gefratoj = Geschwister (frères et sœurs)

mal- sens contraire (fr maladroit)

amiko (ami) donne malamiko (ennemi) fermi (fermer) donne malfermi (ouvrir)

mis- action ratée, exécutée de travers (en)

kompreni (comprendre) donne miskompreni misunderstand (comprendre de travers) paŝo (pas) donne mispaŝo (faux pas)

pra- éloignement dans les degrés de parenté et dans le temps

avo (grand-père) donne praavo (arrière-grand-père) arbaro (forêt) donne praarbaro (forêt vierge) ; pra-historio préhistoire

re- répétition, retour en arrière

fari (faire) donne refari (refaire) veni (venir) donne reveni (revenir)

En outre, il est fréquent que les prépositions soient utilisées comme préfixes : al (à, vers) et veni (venir) se combinent en alveni (arriver) ; senespera (désespéré) vient de sen (sans) et d'espero (espoir).

Principaux suffixes[modifier | modifier le code]

-aĉ- péjoratif skribi (écrire) donne skribi (griffonner) ; vetero (temps (météo)) donne vetero (temps de chien)
-ad- action qui dure ou se réitère ; résultat d'une action paroli (parler) donne paroladi (discourir)
-aĵ- manifestation concrète manĝo (nourriture) ; novo (nouveauté) ; ŝteli (voler) donne ŝtelo (objet volé)
-an- membre d'une collectivité, adhérent (it Italiano) kristano (un chrétien) ; marksano (un Marxiste) ; usonano (un citoyen des États-Unis)
-ar- groupe (lat herbarium : herbier, esp herbario) vorto (mot) donne vortaro (dictionnaire) ; homo (homme) donne homaro (humanité) ; arbo (arbre) donne arbaro (forêt)
-ĉj- diminutif caressant masculin (appliqué à la première ou aux deux premières syllabes du mot) patro (père) donne paĉjo (papa) ; frato (frère) donne fraĉjo (frangin, frérot)
-ebl- possibilité kredi (croire) donne kredebla (crédible) ; vidi (voir) donne videbla (visible)
-ec- qualité abstraite amiko (ami) donne amikeco (amitié) ; infano (enfant) donne infaneco (enfance)
-eg- augmentatif domo (maison) donne domego (palace) ; ridi (rire) donne ridegi (s'esclaffer) ; varma (chaud) donne varmega (brulant)
-ej- lieu caractéristique lerni (apprendre) donne lernejo (école) ; vendi (vendre) donne vendejo (magasin)
-em- penchant ludi (jouer) donne ludema (joueur) ; paroli (parler) donne parolema (bavard)
-end- obligation passive legi (lire) donne legenda (à lire) ; fari (faire) donne farenda (à faire)
-er- unité constitutive salo (sel) donne salero (grain de sel) ; pano (pain) donne panero (miette) ; mono (argent) donne monero (pièce)
-estr- dirigeant estri (commander) ; estro (chef) ; urbo (ville) donne urbestro (maire de la ville)
-et- petitesse bela (beau) donne beleta (joli, mignon) ; varma (chaud) donne varmeta (tiède)
-id- descendant kato (chat) donne katido (chaton) ; ĉevalo (cheval) donne ĉevalido (poulain)
-ig- rendre tel ou tel pura (propre) donne purigi (nettoyer) ; morti (mourir) donne mortigi (tuer)
-iĝ- devenir tel ou tel sidi (siéger) donne sidi (s'asseoir) ; ruĝa (rouge) donne ruĝi (rougir)
-il- outil ŝlosi (fermer à clef) donne ŝlosilo (clef) ; razi (raser) donne razilo (rasoir)
-in- sexe féminin onklo (oncle) donne onklino (tante) ; koko (coq) donne kokino (poule) ; vulpo (renard) donne vulpino (renarde)
-ind- mérite admiri (admirer) donne admirinda (admirable) ; laŭdi (louer) donne laŭdinda (louable)
-ing- contenant partiel cigaredo (cigarette) donne cigaredingo (fume-cigarette) ; glavo (glaive) donne glavingo (fourreau de glaive)
-ism- doctrine komunismo (communisme) ; kristismo (christianisme) ; aktivismo (activisme) ; seksismo (sexisme)
-ist- profession instrui (enseigner) donne instruisto (instituteur) ; viando (viande) donne viandisto (boucher)
-nj- diminutif caressant féminin (appliqué à la première ou aux deux premières syllabes du mot) patrino (mère) donne panjo (maman) ; fratino (sœur) donne franjo (frangine, sœurette)
-obl- multiplicatif duobla (double) ; trioble (triplement)
-on- fraction duona (moitié de) ; centono (un centième)
-op- collectif duope (par deux) ; triope (par trois)
-uj- contenant total salujo (salière) piprujo (poivrière) ; supujo (soupière)
-ul- individu caractérisé par un trait particulier kontraŭ (contre) donne kontraŭulo (un adversaire) ; stulta (stupide) donne stultulo (un sot) ; Eternulo (L'Éternel=Javeo)
-um- suffixe à sens indéterminé kolo (cou) donne kolumo (col de chemise) ; plena (plein) donne plenumi (accomplir)


Familles régulières de mots[modifier | modifier le code]

Pour les premiers contacts avec la langue, selon une recommandation didactique de Zamenhof (règle 11 du Fundamento), on utilise des tirets entre les différents éléments invariables, c'est-à-dire les morphèmes appelés aussi mots simples, qui composent le mot : radicaux, affixes et désinences. Les désinences sont considérées comme des petits mots indépendants. Une fois les désinences et affixes connus, ces petits tirets sont retirés pour la lecture courante.

Avec l'utilisation de ces affixes, la formation des mots suit des schémas réguliers et sans limitation arbitraire.

  • patr-in-o = mère
  • patr-in-a = maternel(le)
  • patr-in-e = maternellement
  • patr-in-i = materner
  • panjo = maman

(Le français utilise trois racines différentes : mèr-, mater- et mam- ; l'espéranto utilise une seule racine, ce qui facilite la mémorisation.)

  • vulp-o = renard
  • vulp-in-o = renarde
  • vulp-id-o = renardeau
  • vulp-a = vulpin(e)
  • vulp-aro = meute de renards
  • vulp-e = à la manière d'un renard
  • vulp-i = agir comme un renard
  • pluv-i = pleuvoir
  • pluv-eg-i = tomber des cordes/pleuvoir à verse
  • varm-a = chaud ; mal-varma = froid
  • varm-et-a = tiède (petit chaud) ; mal-varm-eta = frais (petit froid)
  • varm-eg-a = torride, brulant ; varm-eg-a vetero = canicule ; mal-varmega = glacial
  • Dans ce dernier exemple, un radical et trois affixes permettent de traduire au moins une dizaine de mots ayant souvent des racines différentes dans des langues nationales.

Les affixes peuvent se cumuler :

  • ĉevalo = cheval
  • ĉeval-id-ino = pouliche (suffixes id et in)

Si le schématisme poussé de l'espéranto paraît quelquefois lourd, il obtient souvent une concision et une densité que bien des langues sont obligées de diluer dans des périphrases. À côté de samlandano calqué sur compatriote, l'espéranto a un sam-ide-ano (partisan du même idéal), un sam-klas-ano (membre de la même classe), etc. Il peut aussi exprimer toute une idée par un vocable compact :

  • am-ant-in-o (une amante)
  • am-ind-a (aimable)
  • am-em-a (porté à l'amour)
  • mal-am-et-i (éprouver un petit dégoût)
  • avar-i (être avare)
  • for-flugi (s'échapper en s'envolant)
  • en-lit-iĝi (se mettre au lit)
  • japana turisto amuze fot-ema (un touriste japonais dont la tendance à photographier est amusante)
  • japana turisto pro fot-emo amuza (un touriste japonais amusant par sa tendance à photographier)
  • gratul-inda vir-ino (une femme qui mérite d'être félicitée)
  • en-vort-ar-igi (faire entrer dans le dictionnaire - un mot, une expression, etc -)
  • el-vort-ar-igi (faire sortir du dictionnaire - un mot, une expression, etc -)
  • fervor-i (brûler d'ardeur)
  • sur-tabl-igi (mettre sur la table)
  • tra-nokti (passer la nuit)

Comme toute langue vivante, l'espéranto comprend des mots qui n'appartiennent qu'à lui. Ainsi, là où le français n'autorise que « rougeoyer » (ruĝi), « verdoyer » (verdi) et quelques autres verbes plus rares (« blanchoyer, blondoyer, brunoyer »), l'espéranto permet « jaunoyer » (flavi, désuet et rare en français), « noiroyer » (nigri), « bleuoyer » (blui), « grisoyer » (grizi, rare en français), « violoyer » (purpuri) « marronoyer » (maroni), et ainsi de suite. De même, là où le français n'autorise que « rougir » (ruĝiĝi), jaunir (flaviĝi) et « verdir » (verdiĝi), l'esperanto permet « maronir » (maroniĝi) « orangir », (oranĝiĝi), et de même à l'infini. Même lorsqu'un nouveau mot espéranto n'a jamais été utilisé auparavant, il est immédiatement compréhensible pour tous les espérantophones du monde.

La dérivation par affixes permet d'agrandir son vocabulaire, parfois au-delà de ce que l'on connaît de sa langue maternelle. Le radical vid- (voir) correspond à une dizaine de mots français : verbe « voir » (et ses conjugaisons : vois, voyais, verra, ...), la vue, aveugle, la vision, visuel, visible, invisible, panorama, observateur, regard, etc.

Utilisation des affixes comme radicaux[modifier | modifier le code]

Tous ces suffixes peuvent s'utiliser comme radical (et s'emploient souvent ainsi) : ade (sans arrêt), ege (énormément), ero (élément), etc.

Ils peuvent être traités comme des radicaux, et se combiner entre eux :

  • diseriĝi = se désintégrer (dis-er-iĝ-i : séparation-(en) particule(s)-devenir-infinitif)
  • ej-ulo = un indigène/un habitant du cru/un habitant du lieu (composé des affixes ej et ul et du o qui indique un substantif)

Dans ce sens radical, ils peuvent même parfois s'utiliser comme préfixe : et-burĝa menso (mentalité « petit bourgeois »), reĝaj njo-knaboj (les « mignons » du roi).

Cette utilisation comme radical rend les affixes synonymes de radicaux à part entière dans certaines utilisations, par exemple aro (formé sur -ar-, groupe) est synonyme de grupo. Cependant, cette utilisation comme radical n'est possible que lorsque le fonctionnement comme affixe (en tant qu'opérateur ayant un effet déterminé sur le vocabulaire) ne l'est pas. En particulier, en composition, les affixes ne se comportent pas comme des radicaux normaux : diskut-grupo se comprend comme un mot composé (groupe de discussion, un groupe, dans lequel on discute) alors que diskut-aro se comprend comme un mot dérivé (rassemblement de discussions, ensemble de discussion). muzik-grupo est un groupe dans lequel on fait de la musique, muzik-aro est une collection de musique. sango-grupo est un groupe sanguin, sang-aro serait une collection de sang (?).

Composition lexicale[modifier | modifier le code]

De même, par composition lexicale, des mots dérivés peuvent être créés. Ainsi les verbes vidi (voir) et povi (pouvoir) peuvent se combinent en vid-pova (capable de voir, c'est-à-dire non aveugle).

Mots composés[modifier | modifier le code]

La forme de composition la plus fréquente combine deux radicaux : l'élément principal, qui donne son sens général au terme et se place à la fin comme en anglais ou en allemand ; et un terme spécificatif, placé au début, qui donne un contexte particulier dans lequel le terme général doit être compris. Ainsi, à partir du radical ŝip (bateau, cf anglais ship) on peut former :

  • vapor-ŝipo, un bateau à vapeur (vaporo montrant la manière dont le bateau est propulsé)
  • balen-ŝipo, une baleinière, un bateau pour la pêche à la baleine (baleno indiquant l'objet chassé)
  • puŝ-ŝipo, un bateau pousseur (puŝi = pousser, cf anglais to push, indiquant la fonction du bateau)
  • aer-ŝipo, un vaisseau aérien (aero indique le milieu dans lequel il évolue).

Dans tous ces mots composés, la signification de base est toujours celle d'un navire, le type de navire étant précisé par le contexte évoqué par le radical mis en préfixe. Le radical mis en préfixe peut également servir à spécifier une partie de l'élément principal, comme dans antaŭ-brako (bras de devant = avant-bras) ou Orient-Eŭropo (Europe de l'Est). Ce premier terme peut souvent se traduire par un qualificatif, ou comme une précision contextuelle introduite par de. On aura ainsi, à partir du radical ruĝ- (rouge) :

  • hel-ruĝo, rouge clair (hela, clair, de l'allemand hell).
  • sang-ruĝo, rouge sanguin, le rouge du sang.
  • maten-ruĝo, le rouge du matin, donc la lumière de l'aube.

Les combinaisons de plus de deux radicaux peuvent théoriquement se comprendre de plusieurs manières. Aucune règle autre que le bon sens ne dit que dans ŝarĝ-vapor-ŝipo (cargo à vapeur), l'élément principal est le composé vaporŝipo spécifié par ŝarĝ, alors que dans aer-ŝip-asocio (aéro-club), l'élément principal est asocio spécifié par le composé aerŝip. On pourrait éventuellement comprendre une décomposition alternative aer-ŝipasocio comme « bateliers aériens », mais ŝarĝvapor-ŝipo n'aurait aucun sens faute de pouvoir interpréter ce que peut être une « vapeur de charge » ou une « vapeur chargée » (?). Des combinaisons plus longues sont théoriquement possibles, mais deviennent rapidement illisibles et peuvent souvent être avantageusement remplacées par des formulations en plusieurs mots : vapor-ŝip-asoci-membro-kun-ven-ej-o est aussi indigeste que le « lieu de venue de réunion de membres d'association de bateaux à vapeur », et est avantageusement remplacé par « kun-ven-ejo por membroj de vapor-ŝip-asocio » (siège de réunion des membres du yacht-club).

On pourra noter dans ce dernier exemple que la liaison entre les deux radicaux membr- et kun- bénéficie d'un -o- intercalaire. Cette voyelle est ici euphonique, et est destinée à faciliter l'articulation et la compréhension du mot composé.

Le sens d'un mot composé peut être différent du sens littéral, mais résulte d'une tradition culturelle et linguistique. Ainsi, ter-kultur-isto est littéralement un individu dont la profession est de cultiver la terre, mais un « agri-culteur » peut faire beaucoup d’autres choses, comme élever du bétail. De même, fal-ŝirm-ilo peut littéralement désigner tout instrument destiné à empêcher de tomber, comme une cane ou un harnais de sécurité, mais de même qu'en français l'usage veut que l'on désigne ainsi spécifiquement un « parachute ». Inversement, un même concept peut souvent être désigné par de nombreuses combinaisons équivalentes, l'usage n'en retenant qu'une seule. Ainsi, un timbre-poste se dit « poŝt-marko », mais aurait tout autant pu être désigné par exemple par poŝtosigno, letermarko, ou afrankmarko.

La facilité avec laquelle l'espéranto forme des mots composés ne doit pas conduire à l'impression erronée que d'une manière générale, un substantif peut être préfixé par un radical de sens qualificatif pour former un mot composé. Effectivement, cette composition est régulière, et la composition lexicale se comprend à travers les radicaux ainsi associés. Ainsi, la signification de poŝtmarko peut se déduire des expressions poŝta marko (marque postale) ou marko de poŝto (marque de poste). Cependant, la forme composée n'est pas équivalente à ces expressions, elle marque que le lien entre le terme principal et son spécificatif est de nature essentielle, alors que l'expression n'indique qu'un lien potentiellement accidentel : dik-fingro désigne un gros orteil ou un pouce (lesquels peuvent par ailleurs être maigres), alors que dika fingro désigne un doigt gros. Le spécificatif dans un mot composé ne montre pas comment est l'individu, mais de quelle espèce il est. On ne peut donc pas dire blu-okulo pour signifier blua okulo (aux yeux bleu), parce que cette construction marque que l'œil est d'une nature particulière, laquelle est caractérisée ou évoquée par le bleu (ce pourrait par exemple être un œil au beurre noir).

Voyelles euphoniques des mots composés[modifier | modifier le code]

Dans les mots composés, la prononciation peut être problématique, quand un radical terminé par une ou deux consonnes doit être suivi par un autre radical commençant par une ou deux consonnes. Dans ce cas, l'insertion d'une voyelle euphonique peut être nécessaire, et la nature de cette voyelle (qui peut être -o-, -e- ou parfois -i-) dépend de ce que signifie la locution d'origine. Un terme comme mult-branĉa peut se comprendre :

  • à partir de « kun multaj branĉoj » (avec des branches nombreuses), donnant multa-branĉa ;
  • ou comme « kun multe da branĉoj » (avec beaucoup de branches), donnant multe-branĉa.

L'ajout d'un -o- euphonique est assez fréquent dans la formation de mots composés, et il l'est d'autant plus dans les cas où la terminaison en -o est fréquente dans d'autres langues, par exemple tous les composés formé sur le radical radi-, pour lesquels le terme international correspondant est formé sur radio-. La voyelle euphonique -a- est rarement utilisée. Toutefois, on peut la trouver : Tri-masta-barko (barque trois-mats) mais plutôt pour des raisons de sens : « unu-eco » (unité qualité) est différent de « unua-eco » (= unua-rang-eco : primauté).

Locutions[modifier | modifier le code]

Des mots non élémentaires peuvent également être formés en assemblant sous forme d'un mot unique un groupe de mots formant une locution. De telles formations ne suivent pas la règle des mots composés, voulant que le spécificatif se place avant le terme principal.

Dans la lexicalisation d'une locution, seuls sont normalement conservés les radicaux et mots grammaticaux nécessaires au sens ; les terminaisons sont normalement éliminées, bien que les désinences soient parfois conservées pour des raisons euphoniques.

  • sur tablo : sur la table → [sur tablo]-Asurtabla.
  • dum unu tago : pendant un jour → [unu tago]-Aunutaga : qui dure un jour.
  • kun sia vizaĝo al la tero : avec son visage vers le sol → [vizaĝo al tero]-Evizaĝ-al-tere : tête basse.

Les locutions peuvent avoir un radical verbal sous-entendu quand elles sont employées avec un suffixe en -i, lequel implique une idée d'action. Ainsi :

  • per laboro : par le travail, en travaillant → per-labori = [per laboro]-(akiri)-I : obtenir quelque chose en travaillant.
  • fiŝojn kapti : attraper des poissons → fiŝ-kapti = [fiŝojn kapti]-(provi)-I : essayer d'attraper du poisson : il est un fait notoire qu'un pêcheur peut passer des heures à pêcher sans attraper un seul poisson.

De ce point de vue, fiŝkapti se distingue de mots comme leter-skribi ou voĉ-doni, lesquels sont de simples mots composés sans action sous-entendue.

De même, la finale en -o peut correspondre à un terme sous-entendu, dénotant une construction par locution :

  • tri anguloj : trois angles → tri-angulo = [tri anguloj]-(figuro)-O : figure formée par trois angles.
  • unu tago kaj unu nokto : un jour et une nuit → tag-nokto = [unu tago (kaj) unu nokto]-(periodo)-O : une période de 24 heures.
  • nova jaro : nouvel an → nov-jaro = [nova jaro]-(tago)-O : le jour du nouvel an.

Il est possible d'ajouter des affixes à ces locutions :

  • surda kaj muta : sourd et muet → surda-mut-ulo = [surda (kaj) muta]-UL-O : une personne sourde et muette.
  • en liton : dans le lit → en-lit-igi = [en liton]-IG-I : mettre au lit.
  • arte fari : faire selon l'art → arte-far-ita = [arte fari]-IT-A : qui a été fait selon l'art (=artificiel).

Noter sur ce dernier exemple que arte-far-ita ne dérive pas d'un hypothétique *artefari. Ici, l'élément principal est le suffixe -it-, et l'élément de contextualisation est l'expression arte fari.

Une même association de radicaux peut parfois être interprétée soit comme un mot composé, soit comme une locution lexicalisée : antaŭ-ĝardena peut se comprendre comme « quelque chose qui se trouve devant le jardin » (locution) ou comme « relatif à la partie avant du jardin » (mot composé). Ou encore, sub-oficir-a peut se comprendre comme « se trouvant sous un officier » (locution) ou comme « relatif à un sous-officier » (mot composé).

Lexique de base[modifier | modifier le code]

Les 200 petits mots fonctionnels environ, y compris la quarantaine d'affixes sont à la base du vocabulaire de l'espéranto et doivent être appris prioritairement. Avec les 300 mots lexicaux de base, ils constituent les 500 mots les plus courants que l'on peut étudier de manière ludique et gratuite sur les logiciels d'apprentissage comme Lernu! , L'espéranto en 12 jours, Duolingo, Ikurso https://ikurso.esperanto-france.org/ etc. et qui permettent une communication internationale de base. L'espéranto dans la poche, avec les 300 premiers mots, permet déjà de s'exprimer, compte-tenu de la régularité quasi-absolue; il est librement téléchargeable https://esperanto-france.org/esperanto-dans-la-poch


Lexiques et dictionnaires d'espéranto[modifier | modifier le code]

  • Reta Vortaro Dictionnaire en ligne multilingue et collaboratif sous GPL donnant les traductions de mots en espéranto dans de nombreuses langues.
  • Il existe un Wiktionnaire espérantophone et le Wiktionnaire francophone contient souvent une traduction en espéranto des mots qu'il comprend (parfois mêmes plusieurs afin de rendre les diverses nuances possibles du mot français).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Gaston Waringhien, ABC d'espéranto à l'usage de ceux qui aiment les lettres, L'Harmattan,Paris

Pierre Janton, L'espéranto Que Sais-je, PUF

Michel Duc Goninaz, Vocabulaire Espéranto, éditions Ophrys, environ 3000 mots regroupés par thème

Jacques Joguin (préface Renée Triolle, Georges Lagrange), Parlons Espéranto, Paris, L'Harmattan, coll. « Parlons », 2001,

Claude Piron, Langue occidentale l'espéranto? http://claudepiron.free.fr/articlesenfrancais/langueoccidentale.htm

Vilho Setälä, "Fortoj de l’vivo", UEA

Claude Piron, La bona lingvo, UEA,

Claude Piron, Le défi des langues, L'Harmattan, Paris, http://claudepiron.free.fr/livres/defilanguesbonsens.htm

Claude Piron, Combien de mots en espéranto ? http://claudepiron.free.fr/lettresouvertes/combien.htm

Robert Phillipson, La domination de l'anglais un défi pour l'Europe, 2019, éditions Libre et solidaire

https://lernu.net/fr https://ikurso.esperanto-france.org/ https://learn.esperanto.com/fr/

https://esperanto-france.org/apprendre-l-esperanto-par-internet

https://esperanto-france.org/esperanto-dans-la-poche

Articles connexes[modifier | modifier le code]