Lucien Péraire

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Lucien Péraire
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En Yukata, au Japon.
Nom de naissance Lucien Péraire
Naissance
à Lavardac (France)
Décès
à Léhon (France)
Auteur
Langue d’écriture Espéranto

Œuvres principales

  • Tra la mondo per biciklo kaj Esperanto (1990)

Lucien Péraire (né le à Lavardac - mort le à Léhon) est un voyageur espérantiste français, connu pour son voyage à bicyclette à travers l'Eurasie qu'il effectua entre 1928 et 1932, et qu'il raconte dans son livre Tra la mondo per biciklo kaj Esperanto (À travers le monde à vélo et en espéranto).

Sa jeunesse[modifier | modifier le code]

Enfant d'une famille pauvre, il a travaillé à partir de onze ans et n'a presque jamais connu l'école. Il réussit malgré tout à apprendre la sténographie. Apprenti chez un réparateur de bicyclette, il fabrique son premier vélo. Chez un charpentier, il apprend le calcul et le dessin.

Son enfance ayant eu pour cadre une France dans la Première Guerre mondiale, il commence à penser que pour éviter les guerres, il faut non seulement être tolérant, mais également pratiquer cette tolérance. Pour cela, il apprend l'espéranto par correspondance et, en 1927, il participe au septième congrès de l'association espérantophone SAT, l'Association mondiale anationale. Plus tard, il lit dans la revue de cette association l'annonce d'un jeune allemand cherchant un autre espérantiste pour aller à vélo jusqu'en Extrême-Orient.

À travers le monde à vélo et en espéranto[modifier | modifier le code]

Parti de France en juillet 1928, Lucien Péraire entre en Allemagne le 29. Avant de rencontrer son compagnon de route, il observe les nouvelles coutumes, les difficultés dues à la différence de langue (déjà en Alsace), ainsi que le très fort chômage qui touche le pays et qui sera exploité par Hitler.

Les deux voyageurs traversent l'Autriche et la Hongrie pour atteindre la Pologne le 16 septembre. La route ainsi que l'alphabet latin disparaissent. Leur chemin croise de généreux paysans pauvres, des écoliers, des groupes locaux d'espéranto... Ils entrent avec émotion le 12 octobre en Union soviétique, présentée en Europe occidentale comme « le pays de l'homme avec un couteau entre les dents ». Il n'y a plus de chemin, et ils doivent rouler sur les voies ferrées. C'est là que Lucien commence à penser à un appareil qui lui permettrait de rouler à bicyclette sur les rails des trains. Le Français et l'Allemand sont surpris par la sincère camaraderie des employés de chemin de fer. Alors, pour les remercier, ils chantent... l'Internationale.

À Odessa, ils rencontrent leur correspondant espérantiste. La ville est à moitié détruite par la guerre civile russe. Dans chaque ville ils doivent laisser leur passeport au Guépéou et demander chaque jour un permis de séjour. Ils demandent leurs impressions aux civils, sont invités dans des clubs, journaux, camps de pionniers, et fédérations sportives pour parler de leur voyage.

Après Sebastopol, les deux voyageurs se perdent et sont accueillis dans un Kolkhoze où ils n'arrivent pas à communiquer, jusqu'à ce qu'un jeune garçon leur parle en espéranto. Les deux voyageurs doivent se séparer car Lucien doit aller à Moscou pour refaire son passeport. L'hiver est trop rude, il doit rebrousser chemin et travailler en attendant le redoux. En avril 1929, il est accueilli à Stalingrad par le groupe local d'espéranto. Le 22 mai, il quitte Moscou.

Le 11 juin, il atteint le Tatarstan et commence à construire son appareil pour voyager à vélo sur les rails de chemin de fer. Pendant trois semaines, il bricole dans un atelier d'état, devant trouver tout son matériel au marché noir. Le 30, il reçoit le premier permis de circulation à vélo sur les rails du Transsibérien. L'évènement est couvert par des journaux japonais et chinois, et lorsqu'il arrivera à Bangkok, il trouvera des adaptations de son appareil. Une fois, il est pris pour un saboteur et est arrêté, avant d'être rapidement relâché.

Le 13 octobre, il arrive à Irkoutsk mais la guerre l'empêche d'entrer en Mandchourie. Il est encore aidé par les espérantistes et longe le lac Baïkal, mais doit rebrousser chemin encore à cause de la guerre qui s'aggrave. On lui demande de revenir en France. Il est obligé de revenir jusqu'à Novossibirsk où il obtient un permis de séjour et attend que le froid (jusqu'à −45 °C) cesse, en effectuant des travaux de charpentier. Le jour de Noël, il donne son premier cours d'espéranto. Il quitte Irkoutsk le 8 mai 1930, et entre en Mandchourie. Il rencontre des espérantistes japonais et reçoit une invitation au Japon.

Le 5 juillet, il arrive à Vladivostok. Si l'on dit parfois qu'il est le premier homme à être allé de l'océan Atlantique à l'océan Pacifique à bicyclette, il répète toujours que tout ceci a été possible sans aucune aide officielle, mais grâce à la grande communauté espérantophone.

Lucien Péraire au Japon

Le 26 juillet, Lucien embarque pour le Japon. Là, il fait la liste de tous ses émerveillements et découvertes, et là encore, l'espéranto lui est très utile. Il est invité à faire l'ouverture du 18e congrès national d'espéranto. Avec l'espéranto, l'ouvrier anonyme est reçu de façon princière, visite Tokyo, Osaka, Kōbe, Hiroshima... et fait la connaissance de personnes très diverses (de l'épouse d'un courtisan à un bonze communiste).

Malgré les mises en garde contre le fait d'aller dans un pays où règne le chaos, il décide d'aller en Chine. On lui fait à Nagasaki des adieux bouleversants. À Shanghai, il est accueilli par de nouveaux amis espérantistes. Le secrétaire du consulat français lui déconseille de continuer. La Chine en 1930 vit une ère de douloureuse transition de l'époque médiévale à l'époque moderne. Les seigneurs de la guerre se déchirent le pays alors que la principale préoccupation de la population est simplement de survivre.

Après Nankin, Lucien décide de traverser le Hunan, une région dangereuse sous le contrôle de Mao Zedong mais qui est également le plus court chemin vers l'Indochine. Grâce à son respect de l'autre, il se fait recueillir par les paysans et arrive le 24 décembre à Canton où cette traversée sans danger paraît suspecte aux yeux du consul français. On lui conseille de traverser la frontière par la mer car la frontière terrestre est contrôlée par les partisans du Tonkin d'Hô Chi Minh. En attendant qu'il soit autorisé à continuer, il enseigne l'espéranto à l'université. Le 17 juillet 1931, il quitte Canton.

Avant d'entrer en Indochine, il fait la découverte d'un trafic légal de femmes : les militaires épousent/achètent des femmes pour un temps limité et les abandonnent avec leurs éventuels enfants lorsqu'ils repartent en France, n'étant de toute façon pas autorisés à les amener avec eux (pratique que l'on retrouve dans la chanson en apparence légère La Petite Tonkinoise).

Finalement, le 9 août, Lucien arrive à Hanoï où l'accueillent environ 2 000 personnes, puis continue son voyage vers le sud. Il voit des régions misérables et un peuple misérable, il enrage contre son pays qui n'est pas capable d'assurer la survie de ses colonies. Il comprend que la prétendue mission civilisatrice de la France est factice et l'administration coloniale ne cherche que le prestige, or un vagabond comme lui peut ternir ce prestige. Pour cette raison, il est déconsidéré par les autorités. Il est également choqué par les méthodes impérialistes, qu'il pourra comparer plus tard à celles du fascisme et du nazisme.

Il rencontre un douanier qui lui confie ses craintes vis-à-vis du communisme : pour l'instant les villageois manifestent pacifiquement pour avoir du pain, et sont punis à coup de fusil. Quand ils se révolteront, les colons ne pourront rien faire. Lucien note également que les colons ont créé plus de débits de boisson et de tabac que d'écoles ou de dispensaires.

Il tombe malade à Saïgon et doit rester un long moment à l'hôpital. Alors qu'il est méprisé par les autorités, la population l'apprécie beaucoup et organise une grande cérémonie pour son départ.

La suite du voyage est moins détaillée. N'ayant presque plus d'argent, et se sentant encore affaibli, il visite tout de même les temples d'Angkor (Cambodge) avant d'embarquer pour Java et Sumatra, après être sans doute passé par le Siam (l'ancienne Thaïlande) et Singapour.

Il repart par bateau au Japon, en faisant une escale à Formose. Il quitte le Japon le 28 avril 1932, salué par ses amis espérantistes, avec l'idée que « l'espéranto lui a prouvé qu'une fraternité entre tous les hommes est possible. »

Il traverse l'Eurasie en train, et arrive finalement en France, où il n'a plus un sou pour acheter de quoi manger. À Paris, son parrain lui donne assez d'argent pour acheter une bicyclette et revenir à sa ville natale, Lavardac, où il est accueilli par sa mère, par un « Te voilà de retour, idiot ! » reçu comme une caresse, une manifestation de l'amour maternel.

Après le voyage[modifier | modifier le code]

Il reprend le travail au plus tôt, et quelques jours après son retour, il est victime d'un grave accident. Sa vie sera une suite de drames, et il mettra des années à compiler et publier ses notes, qui sortiront en 1990.

Aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Réunion à Hanoï en 2006 — Commémoration du centenaire de Lucien Péraire
  • Le 23 avril 2006, à Hanoï, fut organisée une réunion pour fêter le centenaire de Lucien Péraire, où furent lues quelques lettres qu'il avait envoyé pour soutenir la lutte pour l'indépendance, et pour féliciter le peuple vietnamien d'avoir rétabli la paix. Dans ces lettres, il demandait si l'on se souvenait de lui. La réponse est la suivante :

« Lucien ne sait pas que, non seulement, nous nous souvenons de lui, mais qu'aussi, grâce à ses apports, le mouvement espérantiste au Viêt Nam a connu une poussée en 1932, et qu'aujourd'hui, nous célébrons son centenaire dans la maison de la culture Nguyen Van To […] non loin de l'école Victor Hugo où en 1931 il fit une conférence sur l'espéranto devant une assemblée de mille personnes. Et il ne sait pas qu'en 2007, à Hanoï, la première ville qu'il visita en Indochine, accueillera le Congrès International de la Jeunesse (Internacia Junulara Kongreso). »

  • En juin 2005, le journal quotidien francophone Cambodge Soir raconte qu'un étudiant a découvert que le premier contact entre le Cambodge et l'espéranto ne s'est pas produit en 1979 comme on le croyait, mais en 1931 avec Lucien Péraire.
  • En mars 2007, s'est créé le club Lucien Péraire au sein de l'université des langues étrangères de Hanoï.
  • En novembre 2011, ce club a célébré le 80e anniversaire de la venue de Lucien Péraire à Hanoï ((eo)article).

Bibliographie[modifier | modifier le code]