Rouleau de cuivre

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Partie du rouleau
Partie du rouleau
Parties du rouleau de cuivre, ici en fac-similé.

Le « rouleau de cuivre » (3Q15) est un des manuscrits de Qumrân trouvé à Khirbet Qumrân dans la grotte no 3. Il diffère sensiblement des autres qui ont été écrits sur des supports en cuir ou en papyrus. Celui-ci a été écrit sur du cuivre très pur, mélangé à environ 1 % d’étain, ce qui constitue un cas unique dans le cadre de ces trouvailles. Le rouleau de cuivre est exposé, depuis 2013, au nouveau musée archéologique d'Amman en Jordanie. Sa datation est complexe, mais son contenu renvoie à des événements situés dans la deuxième partie du Ier siècle de notre ère[1] et avant que Qumrân ne soit conquis par les Romains (68-70). Comme 4QMMT, il a été écrit dans un hébreu intermédiaire entre l'hébreu biblique et l'hébreu mishnaïque. Il s'agit d'un inventaire de valeurs importantes ayant été cachées dans différentes grottes de la région, avec des indications pour les retrouver.

C'est un des manuscrits qui ont contribué à mettre en cause le modèle standard concernant les manuscrits de la mer Morte, le moment où ils ont été cachés et le rapport entre la « secte » qui a écrit une centaine de ces manuscrits et le site de Qumrân.

Histoire et origine[modifier | modifier le code]

Le rouleau a été trouvé le 20 mars 1952 dans la grotte 3 de Qumrân avec l'équipe d'Henri de Contenson, la première à avoir été fouillée par les archéologues (référence 3Q15). Le rouleau était cassé en deux parties roulées séparément et disposées l'une sur l'autre contre la paroi rocheuse du fond de la grotte. Leur oxydation ne permettait pas qu'ils soient simplement déroulés. Durant l'hiver [1955]]-[1956]], à la demande des autorités jordaniennes, , John Allegro et H. Wright Baker, du College of Technology de Manchester (Angleterre), ont scié les deux volumes en lamelles pour obtenir 23 bandes incurvées ainsi que de nombreux éclats qui s'étaient détachés au cours du découpage.

Durant l'hiver 1955-1956, à la demande des autorités jordaniennes, H. Wright Baker, du College of Technology de Manchester (Angleterre), ont scié les deux volumes en lamelles pour obtenir 23 bandes incurvées ainsi que de nombreux éclats qui s'étaient détachés au cours du découpage. On découvrit alors que le rouleau, haut de 30 cm, avait une longueur totale de 2,28 mètres et une épaisseur inférieure à 1 mm et qu'il avait été fabriqué avec trois feuilles de cuivre rivées les unes aux autres. John Marco Allegro a supervisé une première transcription et traduction de son contenu. Il a alors réalisé que le rouleau comportait une liste de trésors cachés dans différents endroits autour de Qumran et de Jérusalem, probablement après la destruction du Temple en 70. Il a alors envoyé une transcription de son contenu à Joseph Milik, lui réservant la première publication.

Joseph Milik étudia le texte réparti en 12 colonnes en un hébreu intermédiaire entre l'hébreu biblique et l'hébreu mishnaïque[2] et en publia la première traduction. Le contenu était étonnant : contrairement aux autres manuscrits, il ne s'agit pas d'une œuvre littéraire mais d'une liste de 64 lieux où sont enfouis des trésors en Israël : or et argent comptés en milliers de talents, objets cultuels, vêtements sacerdotaux, encens et essences précieuses avec des indications de directions ou de lieux très précises. Il n'est pas très étonnant qu'aucun trésor n'ait été retrouvé, après la prise de Jérusalem en 70, l'empereur Titus ayant cherché les trésors des différents groupes combattants en obtenant les informations au besoin par la torture, comme le relate Flavius Josèphe.

La plupart des caches semblent être situées autour de Qumrân, de Jéricho et de Jérusalem, certaines aussi dans la vallée du Cédron et les trois dernières en Samarie.

Les dernières lignes du texte indiquent une cachette où a été enfouie une copie de la liste qui n'a jamais été retrouvée.

En 1993, le rouleau a été confié à EDF afin d'être restauré. Une copie conforme a été réalisée par galvanoplastie. Un nouveau déchiffrement a permis de réduire de 64 à 60 le nombre de cachettes listées.

Datation[modifier | modifier le code]

Sur la base d'une analyse paléographique, Frank Moore Cross a proposé de dater l'écriture du rouleau de la période de 25-75. P. Kyle McCarter Jr., Albert M. Wolters, David Wilmot et Juda Lefkovits sont tous d'accord pour estimer que le rouleau a été produit autour de 70[3]. Emile Puech a fait valoir que le dépôt du rouleau de cuivre derrière 40 amphores ne pouvait pas avoir eu lieu après l'entreposage des amphores contenant les manuscrits[4].

Style d'écriture[modifier | modifier le code]

Le style est différent de celui de la plupart des autres rouleaux découverts à Qûmran. Il est écrit dans un hébreu proche de celui de la Mishnah, de même par exemple que 4QMMT. L'orthographe est inhabituelle et l'écriture révèle l'utilisation d'un style. Une anomalie, toujours inexpliquée, réside aussi dans le fait que sept des noms de lieux sont précédés d'un groupe de deux ou trois lettres grecques.

Nature du document[modifier | modifier le code]

La structure des phrases est typique des phrases d'un inventaire. Michael Wise note qu'elle est très voisine de celles d'un ensemble d'inventaires d'un temple grec de l'île de Délos[5]. À cette époque, le cuivre était utilisé pour sauvegarder les documents non-littéraires, comme les lois publiques romaines ou les ordres de démobilisation des anciens combattants[5]. « Le cuivre était avec le bronze, les supports courants favoris pour consigner les archives des temples au cours de la période romaine[5]. » Ce rouleau possède toutes les caractéristiques d'un document officiel[5].

Hypothèses[modifier | modifier le code]

Le « rouleau de cuivre » est un des éléments qui a commencé à mettre à mal, le « modèle standard », pour qui les manuscrits de la mer Morte ont été écrits par une communauté quasi-monachale sur le site de Qumrân qui aurait été un centre essénien de l'apparition de la secte au début du IIe siècle av. J.-C. jusqu'à 68-70, date où Qumrân a été attaqué par les Romains et où ses occupants ont été vaincu. En effet, il semble hautement improbable que des sommes aussi considérables ait été la propriété de cette communauté qui est supposée appartenir à un mouvement ascétique.

Dans un premier temps, les défenseurs du « modèle standard » et en particulier les membres de l'école biblique de Jérusalem ont déclaré dans un communiqué publié au moment même de la communication de Milik que cet inventaire était une liste de trésors fictifs et ont défendus ce point de vue pendant quelques années.

Pour défendre la position officielle de l'école biblique de Jérusalem, l'éditeur en charge du rouleau, Joseph Milik soutint que le rouleau émanait bien des esséniens, mais qu'il était une « œuvre d'imagination[6] » et une tentative privée « très individuelle par sa facture et son exécution, peut-être l’œuvre d'un excentrique[6] ». Toutefois, il est apparu aux autres critiques que ce point de vue n'était pas défendable, car le document avait toutes les apparences d'un document officiel. D'autre-part, les premières datations renvoyaient bien à un écrit du Ier siècle.

McCarter a réalisé une tentative d'identification d'un emplacement, sur la propriété de la « Maison de Hakkoz », avec la famille de Hakkoz à laquelle auraient appartenu les trésoriers du temple reconstruit, après le retour de Babylone, comme indiqué dans les Livres de Esdras et Néhémie. Ces théories sur l'origine du trésor ont été remises en cause par de nombreux critiques, dont Theodor H. Gaster, Norman Golb, John Allegro, Michael Wise, Martin Abegg, Edward Cook, Robert Eisenman.

Il a donc été émis l'hypothèse que ces trésors avaient été stockés par les insurgés, ou une des tendances de ces insurgés pendant la Grande révolte juive (66-74). Toutefois, cela remettait implicitement en cause le « modèle standard », puisque si ces trésors avaient été cachés dans des grottes pendant la révolte, il était logique de supposer que les manuscrits retrouvés avaient été cachés par les mêmes au même moment. Cela est cohérent avec le contenu des manuscrits attribuables à la tendance d'Esséniens qui les auraient cachés et qui apparaissent comme littéralement obsédés par les « féroces Kittim[7] », derrière lesquels on reconnaît aisément les Romains[8] et dont de nombreux écrits parlent de guerres apocalyptiques (en) qu'il faudra mener contre eux. Norman Golb a même supposé que les trésors auraient pu provenir du Temple de Jérusalem et que la sélection de manuscrits aurait pu provenir de la bibliothèque du Temple, puisque pendant tout le cours de la révolte, jusqu'à la prise de Jérusalem (70), le Temple a toujours été contrôlé par les Zélotes[9].

Joseph Milik changea alors d'avis et « comme il n'avait pas trouvé une seule indication valable[6] » permettant d'attribuer l'ouvrage à un Essénien, il considéra que ce rouleau était totalement étranger des autres rouleaux de la grotte no 3 et de tous les autres manuscrits de la mer Morte[10]. Il révisa aussi la datation qu'il situa désormais entre les deux révoltes juives, vers 100[10]. William Foxwell Albright a suggéré la période de 70-135 CE[11]. Manfred Lehmann a émis l'hypothèse que le trésor serait principalement l'argent accumulé entre la Première Guerre judéo-romaine et la révolte de Bar Kokhba, tandis que le temple était en ruines.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Historiens[modifier | modifier le code]

  • Michael Wise, Martin Abegg et Edward Cook, Les Manuscrits de la mer Morte, Paris, Perrin,‎ (ISBN 2-262-02082-5).
  • Norman Golb, Qui a écrit les manuscrits de la Mer morte ? : Enquête sur les rouleaux du désert de Juda et sur leur interprétation contemporaine, Paris, Plon,‎ (ISBN 9782259183888).
  • André Paul, Qumrân et les esséniens : L'éclatement d'un dogme, Paris, Cerf,‎ (ISBN 978-2-204-08691-2).

Essais[modifier | modifier le code]

  • Farha Mékarbi et Émile Puech, Les Manuscrits de la mer Morte, Éditions du Rouergue, 2002

Romans[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (en) « On the Insignificance and the Abuse of the Copper Scroll » par Robert R. Cargill, Center for Digital Humanities UCLA, sept. 2009.
  2. Lawrence H. Schiffman, Les manuscrits de la mer Morte et le judaïsme:, p. 439.
  3. (en) Michael Wise, A New Translation: The Dead Sea Scrolls, New York, Harper Collins Publisher,‎ , 211–223 p. (ISBN 978-0-06-076662-7)
  4. Émile Puech, Some Results of the Restoration of the Copper Scroll by « EDF Mecenat », in Schiffman, 2000b, p. 893.
  5. a, b, c et d Wise, Abegg et Cook 2003, p. 223.
  6. a, b et c Joseph Milik, cité par Wise, Abegg et Cook 2003, p. 222.
  7. Wise, Abegg et Cook 2003, p. 28
  8. Wise, Abegg et Cook 2003, p. 30
  9. Golb 1998.
  10. a et b Wise, Abegg et Cook 2003, p. 222.
  11. Albert M. Wolters (en), article Copper Scroll, in Schiffman, 2000 (Vol.2), p. 146.