Révolte de Bar Kokhba

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Révolte de Bar Kokhba
Description de cette image, également commentée ci-après

La Judée au Ier siècle de l'ère chrétienne

Informations générales
Date 132 à 135
Lieu Judée, Iudaea (province romaine), aujourd'hui Israël et Palestine
Issue Victoire de l'Empire romain
Belligérants
Empire romain Juifs de Iudaea
Commandants
Hadrien Sextus Julius Severus Simon Bar Kokhba,
Rabbi Akiva
Pertes
Inconnu 580000 Juifs , 50 villes fortifiées et 985 villages rasés (Selon Dion Cassius).

Guerres judéo-romaines

Batailles

Première guerre judéo-romaine - Guerre de Kitos - Révolte de Bar Kokhba

La révolte de Bar Kokhba (132-135), en hébreu : מרד בר כוכבא Mered Bar Kokhba, ou seconde guerre judéo-romaine, est la seconde insurrection des juifs de la province de Judée contre l'Empire romain, et la dernière des guerres judéo-romaines. Certaines sources la mentionnent comme la troisième révolte, en comptant les émeutes de 115-117, connues sous le nom de guerre de Quietus, écrasées par le général Lusius Quietus qui a réprimé ces révoltes en Adiabène, à Édesse et en Assyrie, puis en Syrie et en Judée[1].

Contexte[modifier | modifier le code]

Malgré la ruine dans laquelle les Romains avaient plongé le pays au cours de la première guerre judéo-romaine, une autre rébellion juive eut lieu 60 ans plus tard, malgré l'opposition d'une partie de la classe sacerdotale. Bar Kokhba organise une armée, instaure un État juif indépendant en terre de Judée, projette de reconstruire le Temple, fait battre monnaie.

Les causes de la révolte font l'objet de débats entre les historiens[2]. Deux mesures prises par l'empereur Hadrien durant ses voyages en Judée au début des années 130 sont retenues en général comme causes principales[2]. La première est la décision de construire sur l'emplacement de Jérusalem une colonie du nom d'Ælia Capitolina autour d'un temple dédié à Jupiter capitolin, peut-être édifié à l'emplacement de l'ancien Temple de Jérusalem ou plus probablement au centre de la ville sur le site du Golgotha[2],[3]. La seconde est l'interdiction générale de la circoncision, prise à l'encontre de tous les peuples la pratiquant tels les Juifs, mais aussi les Arabes et les prêtres égyptiens ou syriens[2]. Il est toutefois délicat de savoir si cette seconde décision a été prise avant ou après la révolte[2]. En revanche, la numismatique semble montrer que la fondation d'Ælia Capitolina est effective dès 131-132, avant l'éclatement de la révolte, contrairement à ce que laissent entendre les sources rabbiniques et chrétiennes[2]. C'est d'ailleurs ce qu'indique Dion Cassius dans son Histoire romaine[4].

Déroulement de la révolte[modifier | modifier le code]

À l'exception de quelques points forts retenus pour leur aspect symbolique, on dispose de très peu d'informations relatives au déroulement de la révolte[5]. « La guerre a touché uniquement la Judée et non l'ensemble de la Palestine[6]. » « Elle a duré au moins trois années pleines et a été prise très au sérieux par les autorités romaines[6]. »

« Les Judéens insurgés semblent avoir conçu une stratégie en trois étapes : libérer le nord de la Judée pour établir des communications avec la Galilée [...] ; empêcher l'arrivée de renforts romains en bloquant les routes ; reprendre Jérusalem afin de reconstruire le sanctuaire[6]. » Pour compenser leur infériorité militaire, les combats prennent la forme d'une guérilla rurale[6]. Les insurgés « s'appuient sur un dispositif de tours de guets, de forteresses perchées et d'habitats souterrains à partir desquels ils mènent leurs raids[6]. » Shimon bar Kokhba s'empare de la forteresse de l'Hérodion où il établit son quartier général[6].

Les Romains, faisant face à une force juive fortement unifiée et motivée, furent pris au dépourvu. L'annihilation d'une légion romaine avec ses auxiliaires obligea Rome à expédier pas moins de huit légions, sans compter les ailes de cavalerie et les cohortes[7], et son meilleur général de l'époque : Sextus Julius Severus est rappelé de Britannia[7] pour reconquérir la province rebelle.

Désavantagés par le nombre et subissant de lourdes pertes, les Romains décidèrent de pratiquer une tactique de terre brûlée, qui décima la population judéenne et entama petit à petit leur moral et leur détermination à poursuivre la guerre.

Bar Kokhba se replia dans la forteresse de Betar, au sud-ouest de Jérusalem, mais les Romains finirent par la prendre, et massacrèrent tous ses défenseurs en 135. Shimon bar Kochba était considéré comme le Messie par nombre de ses partisans, dont le plus célèbre est Rabbi Akiva.

Selon les récits des pères de l'Eglise Justin de Naplouse[8] et d'Eusèbe de Césarée[9], Bar-Kokhba persécuta les chrétiens.[10]

Géographie de la révolte[modifier | modifier le code]

Les grottes occupées sous la révolte permettent de délimiter la zone du conflit judéo-romain. Ces grottes, comportant des traces d'occupation contemporaines de la révolte, se situent dans le Nahal Hever (pour ce qui est de la grotte aux lettres et de la grotte de l'Horreur) ; dans le Nahal David (grotte au Bassin) ; au Nahal Mishmar (grotte au Trésor) ; au Wadi el-Mafjar (grottes à la Sandale, aux Manuscrits, grotte d'Abi'or) et au Wadi Murabba'ât (grottes 1 et 2). Ces grottes sont toutes situées dans le désert de Juda et autour de la mer Morte. La grotte au Bassin est située à moins de deux kilomètres du village d'Engaddi, un des centres de la révolte, attesté comme tel par une série de correspondances entretenues par Bar Kokhba.

Hormis les grottes, qui servirent de refuge pendant la deuxième phase de la révolte, les archéologues Amos Kloner et Boaz Zissu ont révélé l'existence et l'utilisation pendant la révolte, de complexes souterrains dans les monts d'Hébron et dans la Shefela, comme à Horvat Etri[11].

Bar Kokhba disposait de deux camps de résidence, selon une étude universitaire française réalisée en 2005 et 2006 : L'Hérodium et Qiryat Arabayyah[12]. Ils étaient ses quartiers généraux. Aucune correspondance (lettre) ne mentionne Jérusalem, laquelle ville semble n'avoir jamais été occupée par le leader de la révolte, ce que la numismatique confirme[13].

Conséquences de la révolte[modifier | modifier le code]

Dion Cassius rapporte que les troupes romaines auraient détruit 985 villages de Judée et que 580 000 Judéens ont trouvé la mort au combat, sans compter ceux, en plus grand nombre encore, qui sont morts de faim[14]. Selon Simon Claude Mimouni, la prudence s'impose à l'égard de ces informations ; quant aux chiffres donnés par la tradition rabbinique, ils sont invraisemblables et veulent simplement souligner l'étendue de la défaite et le dépeuplement de la Judée autour de la « Ville sainte »[14].

Après la défaite, Jérusalem est rasée par Hadrien et interdite aux Juifs, qui toutes tendances confondues sont expulsés de la ville comme de l'ensemble de la Chôra[14]. Ils y sont interdits de droit de cité sous peine de mort[14] jusqu'à une date inconnue. Une ville romaine, Ælia Capitolina, est bâtie sur le site de Jérusalem. La Chôra de la ville s'étend désormais de l'ancienne frontière de Judée et de Samarie vers le nord, jusqu'à la mer Morte et Hébron vers le sud et jusqu'au territoire de Éleuthéropolis, de Nicopolis et de Diospolis : 80 petites villes et villages y sont inclus[14]. La population d'Aelia Capitolina est désormais composée de vétérans de la Ve légion Macedonia, mais aussi de Grecs et de Syriens en général[14]. Pour sa part, la Xe légion romaine reconstruit son camp et forme aussi le cœur de la population de la ville[14]. Après 135, le mouvement rabbinique se déplace vers la Galilée[15].

Traditionnellement, l'expulsion des Juifs d'une grande partie de la Judée et les dures conditions qui leur furent imposées à la suite de la révolte sont vues comme marquant la fin de la relation de peuple autochtone que les Juifs entretenaient depuis plus d'un millénaire avec la terre des anciens royaumes d'Israël et de Juda[réf. nécessaire]. Cet événement contribue donc à la construction du mythe du Juif errant[16].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Lusius Quietus est alors nommé gouverneur de la province de Judée (117). En Cyrénaïque qui fournit leur chef aux rebelles et en Égypte (frontalier de la Cyrénaïque) où l'ampleur de la révolte est considérable, c'est Quintus Marcius Turbo, envoyé de l'empereur muni de pouvoirs spéciaux, qui massacre les rebelles juifs. À Chypre et en Égypte, la répression conduit à une quasi-extermination des Juifs.
  2. a, b, c, d, e et f Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 510.
  3. Nicole Belayche, « Du Mont du Temple au Golgotha : le Capitole de la colonie d'Aelia Capitolina », Revue de l'histoire des religions,‎
  4. « 12. La fondation à Jérusalem, en place de la ville qui avait été renversée, d'une colonie, à laquelle il donna le nom d'Aelia Capitolina, et la construction d'un nouveau temple à Jupiter en place du temple de Dieu, donnèrent naissance à une guerre terrible et qui dura longtemps. Les Juifs, irrités de voir des étrangers habiter leur ville et y établir des sacrifices contraires aux leurs, se tinrent tranquilles tant qu'Adrien fut en Égypte et lorsqu'il fut retourné en Syrie ; seulement, ils fabriquèrent mal à dessein les armes qu'on leur avait commandées, afin de pouvoir s'en servir comme d'armes refusées par les Romains ; mais, lorsque le prince fut éloigné, ils se soulevèrent ouvertement. Ils n'osaient pas, néanmoins, les affronter en bataille rangée ; mais ils se saisissaient des positions favorables et les fortifiaient de murailles et de souterrains, qui devaient leur servir de refuges lorsqu'ils seraient refoulés, et assurer entre eux des communications secrètes par terre, creusant, dans la partie supérieure de leurs routes souterraines, des ouvertures destinées à leur donner de l'air et du jour. 13. Les Romains, tout d'abord, ne firent aucune attention à leur entreprise; mais, lorsque le mouvement eut envahi toute la Judée, et que les Juifs se mirent partout à s'agiter et à se réunir, lorsque, en secret et au grand jour, ils leur eurent causé de grands maux, lorsque beaucoup d'autres nations étrangères, poussées par l'espérance du gain, eurent embrassé la cause des rebelles, voyant la terre entière, pour ainsi dire, profiter de l'occasion pour s'ébranler, alors, mais seulement alors, Adrien envoya contre eux ses meilleurs généraux, parmi lesquels le premier fut Julius Sévérus, qu'il manda de la Bretagne, où il commandait, pour lui confier la guerre contre les Juifs. Celui-ci n'osa nulle part en venir à un engagement face à face avec des ennemis dont il voyait le nombre et le désespoir; mais, les attaquant séparément, grâce au nombre de ses soldats et de ses lieutenants, il parvint, en leur coupant les vivres et en les enserrant, il parvint, dis-je, lentement, il est vrai, mais sans hasarder ses troupes, à écraser, à étouffer, à anéantir leur sédition. 14. Peu échappèrent à ce désastre. Cinquante de leurs places les plus importantes, neuf cent cinquante-cinq de leurs bourgs les plus renommés, furent ruinés ; cent quatre-vingt mille hommes furent tués dans les incursions et dans les batailles (on ne saurait calculer le nombre de ceux qui périrent par la faim et par le feu, en sorte que la Judée presque entière ne fut plus qu'un désert, comme il leur avait été prédit avant la guerre : le monument de Salomon, que ce peuple a en grande vénération, s'affaissa de lui-même et s'écroula ; des loups et des hyènes en grand nombre fondirent dans les villes avec des hurlements. Les Romains aussi éprouvèrent de grosses pertes dans cette guerre ; c'est pourquoi Hadrien, dans sa lettre au Sénat, ne se servit pas du préambule ordinaire aux empereurs : « Si vous et vos enfants vous vous portez bien, les affaires sont en bon état ; moi et les légions, nous nous portons bien ». Il envoya Sévérus en Bithynie, où il avait besoin, non d'une armée, mais d'un gouverneur et d'un chef, juste, sage et digne, qualités qui toutes se trouvaient dans Sévérus. Celui-ci régla et administra les affaires particulières et les affaires publiques de cette province avec tant de ménagement, que nous avons constamment gardé souvenir de lui jusqu'à ce jour ; [la Pamphylie, en place de la Bithynie, fut remise au Sénat et au sort.] » Dion Cassius, Histoire romaine, livre 69.
  5. Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 512.
  6. a, b, c, d, e et f Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 513.
  7. a et b Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 519.
  8. Justin Martyr, I Apologie, xxxi:6
  9. A. Schoene [éd.], Eusebi Chronicum Canonum, Berlin, Weidmann, , t. II, p. 169 p.
  10. Voir: Jonathan Bourgel, D'une identité à l'autre ? : la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem : 66 - 135, Paris, Le Cerf,
  11. (en) Amos Kloner et Boaz Zissu, Hiding complexes in Judaea : an archaeological and geographical update on the area of the Bar Kokhba revolt, Tübingen, Mohr Siebeck,
  12. Frédéric Coulon, La Révolte de Bar Kokhba : la guerre ultime du peuple juif avant la grande diaspora (132-135 ap. J.-C.), KDP Amazon,
  13. (en) Hanan Eshel, Magen Boshi et Thimothy A.J. Jull, Four Murabba'ât papyri and the alleged capture of Jerusalem by Bar Kokhba dans Law in the documents of the Judean desert, Leiden, Brill,
  14. a, b, c, d, e, f et g Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 522.
  15. Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 527.
  16. L'exil des juifs – Entre mythe et histoire, enquête historique et archéologique, documentaire réalisé par Ilan Ziv pour Alegria Productions, diffusé par Arte en 2013.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, (ISBN 978-2-13-056396-9)
  • Dion Cassius, Histoire romaine depuis l'arrivée d'Enée en Italie jusqu'à l'année de son consulat, livre LXIX Histoire Auguste, Vie d'Hadrien.
  • Marguerite Yourcenar : Mémoires d'Hadrien (1951) ; roman fondé sur une très solide documentation.
  • Frédéric Coulon, La Révolte de Bar Kokhba : la guerre ultime du peuple juif avant la grande diaspora (132-135 ap. J.-C.), KDP Amazon, 2014.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]