Robert Alexandre Caulet

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Robert Alexandre Caulet
Robert Caulet 1942.jpg
Robert Caulet 1942
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Caulet Robert Alexandre (né et mort à Marseille, 14 février 1906 - 29 février 1984) est un artiste peintre, professeur de dessin, résistant en Corrèze.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Robert Alexandre Caulet est né le 14 février 1906 à Marseille[1], boulevard de la Liberté[2]. Ses parents sont originaires de Sisteron. La famille s'installe à Paris quelque temps après.

Robert a été scolarisé à l'école primaire publique de garçons 15 rue Turgot (Paris 9e) à partir de 1912 jusqu'à mai 1919 : « sa conduite et son travail ont toujours donné très entière satisfaction ». Il a vécu la première guerre mondiale à Paris : les premiers bombardements aériens de l'histoire, les descentes dans les abris … À 14 ans Robert travaillait en usine à faire des filets sur les assiettes (porcelaines de Sèvres). À 15 ans il passe le concours d'entrée à l'école des Beaux Arts de Paris mais n'y reste que 3 mois, ses parents ne pouvant financer ses études. Il continue donc à travailler à l'usine et suit des cours de dessin le soir. En 1922 un professeur de l'école Nationale des Beaux Arts le décrit comme « élève travailleur et bien doué dont les progrès sont sensibles».

Débuts professionnels[modifier | modifier le code]

Pour son service militaire, il est envoyé à Bizerte (Tunisie) chez les zouaves, en mai 1926.

Démobilisé sur place, il prépare le professorat de dessin qu'il passera à Paris : en 1929 il est reçu 1er au 1er degré du Certificat d'aptitude à l'enseignement du dessin dans les lycées et collèges. Il est ensuite nommé professeur de dessin au lycée Dupuy de Lôme de Lorient (du 14 octobre 1929 au 31 juillet 1930).

Hors métropole : Saint-Denis de La Réunion, Sousse, Dakar etc.[modifier | modifier le code]

Il demande un poste en Indochine mais est nommé à La Réunion, en août 1930, au lycée Leconte de Lisle de Saint Denis. Il expose à La Réunion, en juillet 1931, au musée Léon Dierx. Deux de ces tableaux servent de base à deux séries de timbres[3], Une représentation du Musée Dierx et une de la cascade des Demoiselles - Salazie. Il épouse en 1932 Lise Marie Blanche de Fayard à Saint-André sur l'île de La Réunion dont il divorce en août 1939 à Grand-Bassam en Côte d'Ivoire[1].

Timbre signé Robert Caulet
Timbre signé Robert Caulet

Il regagne Paris en 1934, puis est nommé en Tunisie au Collège de Sousse de novembre 1934 à novembre 1937. Il y fraternise avec des tunisiens et s'engage dans la CGT locale. Il accompagne les mouvements de grèves dans le bassin minier de Gafsa en mars 1937. La répression violente a causé la mort de dix-sept mineurs à Metlaoui.

En 1937 il n'est pas maintenu en Tunisie et est nommé, à sa demande, à Dakar, au lycée Van Vollenhoven. Face à la montée du nazisme il publie,entre le 1er janvier 1940 et le 1er juin 1940, « Mamadou s'en va-t'en guerre » [4], en bande dessinée, dans « La Gazette du tirailleur » [5](bimensuel Publié par l'état-major du Général commandant supérieur à Dakar[6]). Il illustre avec des gravures sur bois une édition des « Nouveaux contes d'Afrique »[7] de René Guillot en 1939-1940[8].

Mobilisé, les 23 et 24 septembre 1940 il participe à la bataille de Dakar contre les Anglais, mais en novembre 1940 le Gouverneur Général décide de ne pas renouveler son détachement en AOF. qui arrive à expiration le 1er décembre. Il quitte Dakar pour Marrakech où il entre en contact avec Joséphine Baker et son «agent» - Jacques Abtey.

Il rencontre certainement Albert Merglen[9], à Casablanca. Albert Merglen était une figure des opérations spéciales en 1940-1945. Docteur en histoire, il termine sa carrière avec le grade de Général. Dans son récit autobiographique «Mission spéciale en France»[10], son personnage porte le nom de Robert Caulet, ce qui révèle une profonde estime.

La résistance en Corrèze[modifier | modifier le code]

A force de démarches, il est nommé à Tulle en novembre 1941. Il sera professeur de dessin au lycée Edmond Perrier, jusqu'en décembre 1945. Il y entre en contact avec les mouvements de résistance locaux. En particulier il devient proche de Gibert Bugeac et de Martial Brigouleix qui sera arrêté et fusillé le 2 octobre 1943 au Mont-Valérien. Totalement impliqué dans la résistance, il devient responsable du Front National pour la Corrèze en 1942, sous le pseudonyme de « Laurent ».

Il continue son activité artistique dont restent deux histoires écrites au pinceau et illustrées d'aquarelles, réalisées en 1942 : « Feu de Joie »[11] et « Nature morte »[12].

Dans le cadre de l'affaire Grandclément, il est arrêté à Bordeaux par la Gestapo le 22 Juillet 1943 et emprisonné au fort du Hâ pendant un mois. Il se retrouve dans une petite cellule où se serrent une dizaine de prisonniers. Des dessins [13]en témoignent. Il est libéré faute de preuves.

A son retour, il entre dans la clandestinité.

Il participe à la bataille de Tulle des 7 et 8 juin 1944[14]. Divers témoignages relatent la présence et le rôle de Robert Caulet à Tulle les 7 et 8 juin. Bruno Kartheuser les a rassemblés dans « Caulet dit Laurent, résistant en Corrèze »[15]. Il est élu Président du Comité Départemental de Libération (CDL) de Corrèze en juillet 1944. Il devient le « préfet du maquis » pendant l'été 1944[16]. Il est installé avec une petite équipe à Nougein (commune de Marcillac-la-Croisille) dans un endroit discret, peu accessible et bien protégé par le maquis. Il est en contact avec Pierre Trouillé, préfet de Vichy, afin de préparer au mieux la Libération[17]. A ses côtés se trouve Jean-Gaston Labrunie qui sera maire de la Libération à Brive-la-Gaillarde et Conseiller Général de la Corrèze de 1951 à mars 1976. En 1974, en souvenir de cette période, il écrira une pièce de théâtre intitulée « Laurent ou le chant de guerre du maquis Corrézien ». A la Libération, le 17 août 1944, Robert Caulet fait fonction de Préfet[18] , pendant un mois, en relation étroite avec le Préfet sortant, jusqu'à la nomination de Maurice Chantelauze comme Préfet officiel. Alors à ses côtés, étant Président du CDL, il joue le rôle de Président du Conseil Général. Fin 1945, après 16 mois de gestion de la Corrèze libérée, il quitte la présidence du CDL et demande à retrouver un poste d’enseignant en dehors du département, là où « je pourrai redevenir Professeur, tout simplement » écrit-il.

Affiche libération Corrèze 1944

Il épouse en janvier 1946 à Égletons Renée Marie Reiss[1], née le 9 septembre 1921 à Ars-sur-Moselle[2]. Il l'avait connue en 1942 à Tulle où elle était en poste. Elle a été un agent de liaison régulier pendant deux ans et a largement contribué à sa Libération, en août 1943. Le mariage est célébré le 21 janvier 1946 à Egletons (19). Parmi les témoins, Maurice Rouel, futur Conseiller de la République de Corrèze de 1946 à 1948 et Gilbert Bugeac, vice-président du CDL, Compagnon de la Libération.

La médaille de la Résistance lui est attribuée par décret en avril 1946[19].

Peu de temps après son départ pour Marseille une rumeur s'est répandue en Corrèze : Robert Caulet serait mort dans des conditions troubles, à Marseille. Cette rumeur délibérément malveillante était visiblement destinée à minorer et faire oublier le rôle central qu'il a joué pendant quatre ans, entre 1942 et 1945. Cette rumeur, restée longtemps vivace, est reprise dans des ouvrages dressant un portrait peu flatteur de Robert Caulet comme celui de Michel Peyramaure, «La Division Maudite[20]». On y lit «Caulet est mort noyé près de Marseille, dans la Méditerranée, semble-t-il, dans les années 46-47». Pour Marcel Meyssignac, dans «Comment Tulle ne fut pas Oradour[21]», « Caulet se serait suicidé à Marseille ».

À l'initiative du collectif  Maquis de Corrèze, une plaque, commémorant la Préfecture du Maquis présidée par Robert Caulet alias Laurent, a été posée le 28 juin 2014 à Nougein (commune de Marcillac-la-Croisille). Pierre Pranchère, secrétaire général du collectif Maquis de Corrèze et Jean-Louis Bachellerie, maire de Marcillac-la-Croisille présidaient la cérémonie [22].

Plaque commémorative Préfecture du Maquis Corrèze

Retour à Marseille[modifier | modifier le code]

Au début de 1946, il est affecté à Marseille, au lycée Thiers puis au lycée Marseilleveyre, lycée "pilote" dans lequel il s'investit. Il participe à de nombreux projets : théâtre (décors, costumes), fresques en fer forgé dans la salle de spectacle avec son ami Georges Rolland...

Il continue à peindre et à créer des meubles. Il s'occupe de ses enfants (Laurent né en 1951 et Malijaï née en 1959).

En 1956 sa tuberculose fut considérée comme active et il fut mis en congé de longue maladie, avec un long séjour dans un sanatorium de Briançon. Par, ironie de l'histoire, c'est un docteur nommé Laval qui le suivait à cette époque là! Inspiré par le Knock de Jules Romain (et faisant le lien avec le bacille de Koch), il en a tiré une leçon amère : la maladie, pourtant stabilisée, plus perfide que les nazis !

Il meurt le 29 février 1984 à Marseille[1].

En 2014, Bruno Kartheuser, historien Belge ( "Walter, SD à Tulle", tommes 1 à 4[23],[24]) publie "Caulet, dit Laurent, Résistant en Corrèze"[2].

L'artiste peintre[modifier | modifier le code]

Dès son plus jeune age, Robert Caulet dessine et peint.

A 15 ans, il exprime ses dons avec des œuvres personnelles en porcelaine et un bel auto-portrait.

Il expose à de nombreuses reprises, à Paris, Maison Marthe en 1929, à Lorient en 1930 (article dans Le Nouvelliste du Morbihan), à Saint-Denis de la Réunion (articles dans Le Peuple et La Jeunesse Littéraire) en 1931, à Sisteron en 1947 ( articles dans Sisteron Journal)...

Il s'essaie également au modelage, à d'autres expressions plastiques comme l'utilisation du polyester et le modelage sur polystyrène expansé ainsi qu'à la création d'accessoires et de meubles pour l'usage familial. 

Parmi ses élèves, à Sousse : Georges Massa (1917-2013); à Tulle : Jean Leyssenne (1921-2009); à Marseille : Christiane Vivanti (Marseille 1937-2006).

Sources[modifier | modifier le code]

  • Pierre Trouillé, Journal d'un Préfet pendant l'occupation, éditions Gallimard, 1964
  • Jacques Delarue, Trafics et crimes sous l'occupation, éditions Fayard, 1968
  • Jean-G Labrunie, Laurent ou le chant de guerre du maquis Corrézien, pièce en 4 actes, 1976
  • Bruno Kartheuser, Caulet dit Laurent Résistant en Corrèze, éditions Krautgarten orte, 2014
  • Jean-Louis Bourdelle, Départs, récit, éditions Rougerie, 1945
  • Jacques Vigne, La contrainte, éditions Imprimerie du Corrézien, 2005
  • André Odru, Maquis et Guérilla en Limousin 1943-1944, éditions ANACR Corrèze, 2007
  • Le Novelliste du Morbihan, article du 22 juin 1930.
  • La Jeunesse Littéraire (La Réunion) article du 8 août 1931.
  • Sisteron journal, articles des 6 t 20 septembre 1947.
  • La Gazette du Tirailleur (Dakar) janvier – juin 1940.
  • Le Maitron, Caulet Robert, Alexandre dit « Laurent » lire en ligne

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Bruno Kartheuser, Walter, agent du SD à Tulle: Les pendaisons de Tulle : crime sans châtiment, Krautgarten, , 491 p. (ISBN 9782873160319, lire en ligne), p. 50
  2. a b et c Bruno Kartheuser, Caulet, dit Laurent, Résistant en Corrèze, 1906-1984 récit d'une vie, Krautgarten, , 418 p.
  3. « Robert Caulet Illustrations - Timbres La Réunion », sur Robert-Caulet.malijai.org (consulté le 25 mars 2018)
  4. « Robert Caulet Illustrations - Mamadou », sur Robert-Caulet.malijai.org (consulté le 25 mars 2018)
  5. « Robert Caulet Illustrations - La gazette du tirailleur », sur Robert-Caulet.malijai.org (consulté le 25 mars 2018)
  6. Myron Echenberg, Les tirailleurs sénégalais en Afrique occidentale française, 1857-1960, Karthala, impr. 2009, 352 p. (ISBN 9782811102975, OCLC 690868776, lire en ligne), p. 159-161
  7. « Robert Caulet Illustrations - Nouveaux contes d'Afrique », sur Robert-caulet.malijai.org (consulté le 25 mars 2018)
  8. Kartheuser, Bruno, (1947- ...)., Caulet, dit Laurent : résistant en corrèze : 1906-1984 récit d'une vie, Krautgarten orte, dl 2014 (ISBN 9782873160494, OCLC 908689932, lire en ligne), p. 29 & 33
  9. « Hommage à Albert Merglen », sur www.defense.gouv.fr (consulté le 25 mars 2018)
  10. Albert Merglen, Mission spéciale en France, Arthaud,
  11. « Robert Caulet Illustrations - Feu de joie », sur Robert-Caulet.malijai.org (consulté le 25 mars 2018)
  12. « Robert Caulet Illustrations - Nature morte », sur Robert-Caulet.malijai.org (consulté le 25 mars 2018)
  13. « Robert Caulet Illustrations - Fort du Hâ », sur Robert-Caulet.malijai.org (consulté le 25 mars 2018)
  14. Jacques Delarue, Trafics et crimes sous l'occupation, Fayard, , 506 p., p. 346
  15. Bruno Kartheuser, Caulet dit Laurent, résistant en Corrèze, Kautgarten, , pages 177 à 182
  16. 150 Combattants et Témoins, Maquis de Corrèze, 3ème édition, éditions Sociales, , 535 p., page 418
  17. Pierre Trouillé, Journal d'un Préfet pendant l'occupation, Gallimard, , p. 165
  18. Pierre Trouillé, Journal d'un Préfet pendant l'occupation, Gallimard, 240 p., p. 226
  19. Journal Officiel de la République Française du 17 mai 1946, p 46.
  20. Michel Peyramaure, La division maudite, la marche de la Das Reich de Montauban au front de Normandie par Tulle et Oradour, Robert Laffond, , 440 p., page 434
  21. Marcel Meyssignac, Comment Tulle ne fut pas Oradour, Brive, Chastrusse, , 263 p., page 126
  22. « Un Hommage à la Préfecture du Maquis », sur La Montagne,
  23. Bruno Kartheuser, Les pendaisons de Tulle : crime sans châtiment, vol. 4, Krautgarten, dl 2008, 491 p. (ISBN 2873160314, OCLC 470952312, lire en ligne)
  24. Bruno Kartheuser, Walter, SD à Tulle : la tragédie du 9 juin, Neundorf, Krautgarten, (ISBN 9782873160319)