Qabus ibn Saïd

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Qabus ibn Said
قابوس بن سعيد ال بو سعيد
Le sultan Qabus en mai 2013.
Le sultan Qabus en mai 2013.
Titre
30e sultan d'Oman
En fonction depuis le
(45 ans 11 mois et 2 jours)
Premier ministre Tariq ibn Taimur
Lui-même
Prédécesseur Saïd ibn Taimour
2e Premier ministre d'Oman
En fonction depuis le
(44 ans 5 mois et 23 jours)
Monarque Lui-même
Prédécesseur Tariq ibn Taimur
Biographie
Dynastie Al Said (en)
Nom de naissance Qaboos bin Said al-Said
Date de naissance (75 ans)
Lieu de naissance Salalah (Oman)
Père Saïd ibn Taimour
Mère Mazwon bint Ahmad
Conjoint Nawwal bint Tariq (divorcés)
Enfants Sans descendance

Qabus ibn Saïd
Sultans d'Oman

Qabus ibn Said (قابوس بن سعيد ال بو سعيد en arabe), né le à Salalah, est le sultan d'Oman depuis le 23 juillet 1970.

Enfance[modifier | modifier le code]

Descendant de la dynastie Al-Said au pouvoir depuis 1744, fils du sultan Saïd ibn Taimour, né à Salalah, la grande ville du sud du pays alors dénommé Mascate et Oman, Qabus a connu une enfance solitaire et austère, interdit d’aller à la plage, de participer à des jeux, ou de parler avec ses précepteurs de questions étrangères à ses études[réf. nécessaire].

À l’âge de seize ans, il est envoyé en Angleterre pendant cinq ans, d'abord à l’académie privée de Bury St Edmunds, dans le Suffolk, où il devient un cavalier émérite et un grand amateur de musique classique. Il étudie ensuite à l'Académie royale militaire de Sandhurst jusqu'en 1962, puis sert pendant un an dans l’armée britannique en Allemagne en tant qu’officier du régiment des Scottish Rifles (en).

Après un grand tour du monde, il est rappelé en 1965 par son père qui le maintient en quasi détention.

Le sultanat[modifier | modifier le code]

Le , Qabus ibn Said renverse son père Saïd ibn Taimour lors d'une révolution de palais[n 1]. Oman, alors le pays le plus pauvre de la péninsule arabique, vivant hors du temps, exploitant peu son pétrole, est en pleine guerre civile. Avec l'aide de l'Iran et des forces spéciales de la Grande-Bretagne[1], Qabus réussit à écraser la rébellion marxiste du Dhofar.

Après sa prise de pouvoir commence l'exploitation intensive du pétrole[1].

Tout en s'associant avec des pays de la région (notamment l'Égypte), il mène une politique d'indépendance du sultanat. Sous son règne, Oman adhère à la Ligue arabe (29 septembre 1971), à l'ONU (7 octobre 1971) et à l'OMC (9 novembre 2000). En 2005, un complot orchestré par des islamistes visant à renverser son gouvernement est déjoué. Une trentaine de personnes seront condamnées à des peines de prison allant de sept à vingt ans.

Ses efforts se concentrent également sur la modernisation du pays : ports, routes, écoles ou université[1]. Il concède le droit de vote et d'éligibilité aux femmes, plusieurs d'entre elles accédant notamment au rang de ministre à partir de 2004 puis d'ambassadrices. Il est à la tête d'un pays où, globalement, les femmes sont mieux considérées que dans les pays voisins, pouvant conduire ou travailler par exemple[2].

L'eau, l'électricité ou l'essence sont commercialisés à prix modique, les impôts inexistants ; les fonctionnaires sont pléthore et plusieurs métiers sont réservés aux locaux : toutes ces mesures préservant ainsi la longue accalmie sociale dans le pays, le Printemps arabe dans les années 2010 touchant peu le pays[1].

Préparant la constitution d'un État de droit en Oman, abandonnant progressivement l'absolutisme hérité de son père, il œuvre à une transition démocratique et égalitaire. Malgré tout, il impose l'image d'un État où il est impossible de ne pas soupçonner un régime despotique : longtemps, il cumule encore avec les fonctions — qu'il s'est adjugé — de chef de l'État, de Premier ministre, de ministre des Affaires étrangères, de ministre de la Défense, de chef d'état-major des armées et de directeur de la banque centrale. Dans la capitale, Mascate, le port, l'université, l'autoroute, les billets de banque portent son nom ou son image. Des affiches à son effigie sont présentes partout[3].

En 1996, le sultan a promulgué un décret clarifiant les règles de succession, instituant un Premier ministre et un Conseil bicaméral doté de certains pouvoirs législatifs, et garantissant des libertés civiles de base pour les citoyens omanais.

En 2003, la chambre basse du Conseil a été librement élue au suffrage universel direct pour la première fois, mais la chambre ne possède pas de réel pouvoir et ses membres ont interdiction de se réunir en partis politiques. Le Parlement n'a qu'un rôle consultatif[1].

Article détaillé : Politique à Oman.

Diplomatie[modifier | modifier le code]

Acteur influent de la diplomatie mondiale, maintenant son pays dans la neutralité, le sultan d'Oman sert à de maintes reprises d'intermédiaire entre différents états[4]. L'ibadisme y est pour beaucoup, permettant une bonne cohabitation entre toutes les religions[1] y compris entre les sunnites ou les chiites traditionnellement en opposition. Ainsi, dès la fin des années 1970, Qabus ibn Saïd sert de messager entre l'Iran de Khomeini et les États-Unis. Dans les années qui suivent, il tente de rétablir quelques liens entre l'Iran et l'Irak[1]. La décennie suivante jusqu'au début du millénaire, il établit des contacts avec Israël, cherchant à apaiser le conflit avec les Palestiniens[5].

Plus récemment, il est partie prenante dans les relations établies entre l'Iran et l'Arabie Saoudite[n 2] qu'il invite à Oman pour discuter, dans la libération d'otages au Yémen ou encore dans la réussite du Plan global d'action conjoint, en 2013 puis 2015[3] auquel il œuvre, au départ discrètement, depuis 2009. La guerre civile syrienne donne lieu également à son entregent[5]. Son éducation en Angleterre facilite également ses relations avec les Occidentaux.

Succession[modifier | modifier le code]

En 2014, le sultan est malade : un cancer est soigné longuement, et dans les mois qui suivent, Qabus ibn Saïd se fait absent[5]. La question de la succession se pose donc. En principe, c'est le fils aîné du sultan qui lui succède à sa mort. Faute d'héritier masculin, le sultan régnant peut nommer un frère ou tout autre parent mâle parmi les descendants du sultan Saïd. Le sultan Qabus n'a pas d'enfant et a indiqué qu'à son décès, il incombera à la famille royale (en) de se réunir et de convenir du nom d'un candidat. Cependant, si la famille royale ne parvient pas à s'accorder sur un candidat sous trois jours, c'est le Conseil de Défense qui décidera, en se basant sur les deux noms que le sultan Qabus a placés dans des enveloppes scellées avant sa mort[6]. L'armée pourrait instaurer une république, comme ce fut le cas jadis pour le Royaume du Yémen, voisin. Il y a trois généraux importants, et un nouveau régime dirigé par des militaires est envisagé, d'autant plus que la famille royale est divisée, certains de ses membres, sans charismes, ayant des liens familiaux lointains avec le sultan, et qui sont surtout inconnus de l'opinion publique Omanaise.

Sans descendance (Il est rapidement marié à sa cousine en 1972[2]), Qabus ibn Said « ne fait rien comme ses homologues des pays du Golfe. Divorcé, sans enfants, presque ouvertement gay, il laisse à son peuple la liberté de culte et ne réprime que très peu l'adultère et l'homosexualité, bien que ceux-ci soient encore considérés officiellement comme des délits. »[7],[8] Les mœurs du pays sont toutefois très conservatrices et les Omanais sont très pieux, comme le reste du Golfe.

Titulature[modifier | modifier le code]

  • 23 juillet 1970 - 2 décembre 1971 : Son Altesse le sultan
  • depuis le 2 décembre 1971 : Sa Majesté le sultan

Le sultan porte le prédicat de Sa Majesté depuis la fin du protectorat britannique sur Oman, le 2 décembre 1971.

Fortune[modifier | modifier le code]

Sa fortune est estimée à 700 millions de dollars en 2011, ce qui le classe alors 7e monarque le plus fortuné de la planète[9]. Quelques années plus tard, elle s'élève à près d'un milliard de dollars[10]. Il est propriétaire du yacht le « Al-Saïd »[11], le plus lourd du monde avec 15 850 tonnes et aussi l'un des plus longs du monde. Il est propriétaire de deux châteaux dans le parc de Massoury à Fontaine-le-Port en France[12]. Il a racheté les bâtiments d'une ancienne ferme avoisinante pour y aménager une écurie, créant ainsi un haras pour ses purs-sangs[10]. Il se rend dans ce château en moyenne une fois tous les trois ans, accompagné de quelques 500 personnes dont l'orchestre national d'Oman[n 3]. Il a fait aménager un tunnel pour accéder plus rapidement à sa propriété. Il a investi un total de 12 millions d'euros dans la rénovation de ses deux châteaux dans un style Belle Époque par l'architecte Gabor Mester de Parajd[13],[7].

Pourtant, l'origine précise de sa fortune reste un mystère, même si logiquement le gaz et le pétrole lui apportent ses plus gros revenus, sans qu'aucun détail ne soit connu ; malgré tout, « Quabous n'a pas dilapidé les richesses du pays »[2].

Monument[modifier | modifier le code]

La mosquée Qabus ibn Said, du nom du sultan, compte parmi les plus vastes du monde. Achevée en 2001, elle accueille 20 000 fidèles d'obédience ibadiste. Doté de 35 lustres et d'une salle de prière ornée d'un tapis de 4 600 m2, ce sanctuaire est ouvert à la visite des non-musulmans.

Anniversaire[modifier | modifier le code]

L'anniversaire du sultan, le 18 novembre, est le jour de la fête nationale d'Oman[14],[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cette date deviendra par la suite la fête nationale du pays, tout comme son anniversaire.
  2. Géographiquement, Oman est un tout petit pays placé entre les deux.
  3. Grand amateur de musique classique, il est à l'origine de cet orchestre. Il a aussi fait construire un opéra dans la capitale d'Oman en 2011.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g Jauvert, p. 62
  2. a, b et c Jauvert, p. 61
  3. a et b Jauvert, p. 60
  4. Jauvert, p. 60 à 63
  5. a, b et c Jauvert, p. 63
  6. « Le sultan Qabus, monarque absolu sans prince-héritier », sur Courrierinternational.com,‎
  7. a et b Marie Marvier, « Le sultan veut son souterrain », sur Francesoir.fr,‎
  8. Gilles Fumey, « Le sexe contre la mondialisation », sur Geographica.net,‎
  9. « Qabus ibn Said, Sultan d’Oman », sur Capital.fr,‎
  10. a et b Jauvert, p. 60 à 61
  11. « Le Top 10 des plus beaux bateaux d'hommes d'affaires », sur Yahoo.com,‎
  12. Eric de Legge, « Le château du sultan d'Oman, en Seine et Marne », sur Journaldunet.com,‎
  13. « Fontaine-le-Port : le sultan échange un rond-point contre un souterrain », sur Leparisien.fr,‎
  14. Guide des Fêtes - http://www.guidedesfetes.com/fete-nationale-d-oman-231-f.html
  15. Site de l'ambassade d'Oman à Paris - http://www.ambassadeoman.com/fete-nationale-du-sultant-doman/

Source[modifier | modifier le code]

  • Vincent Jauvert, « Monarque et diplomate : L'extravagant sultan Qabous », L'Obs, no 2660,‎ du 29 octobre au 4 novembre 2015, p. 60 à 63 (ISSN 0029-4713) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]