Présentisme

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Dans la philosophie du temps, le présentisme est la théorie métaphysique selon laquelle seul le présent existe, contrairement au passé et au futur qui n'existent pas. Cette théorie s'oppose directement à l'éternalisme, théorie selon laquelle le passé, le présent et le futur existent tout autant[1].

Le présentisme peut également désigner plus généralement les conditions du moment présent[réf. nécessaire].

Origine du terme[modifier | modifier le code]

Le terme est utilisé pour la première fois dans les années 1920.

Tout d'abord en 1921 par l'artiste Raoul Haussmann, du mouvement Dada, dans la revue De Stijl[2]

En 1924, le philosophe français Frédéric Paulhan y recourt lui aussi[3],[4].

Existence du passé et du futur[modifier | modifier le code]

Le « présentisme » se distingue de l'éternalisme, qui est la théorie selon laquelle les choses passées et les choses futures existent tout autant que le présent, et du possibilisme (ou non-futurisme) qui considère que seuls le passé et le présent sont réels[5].

Un autre point de vue (qui fut défendu par peu de philosophes[réf. nécessaire]) est parfois appelé théorie du temps "growing block", qui est une théorie qui considère le passé et le présent comme existant, contrairement au futur qui n'existe pas.

Le présentisme est compatible avec la relativité galiléenne, dans laquelle le temps est indépendant de l'espace, mais est probablement incompatible avec la théorie de la relativité restreinte.

Les différentes approches[modifier | modifier le code]

Philosophie[modifier | modifier le code]

Saint Augustin proposait que le présent est une arête en lame de couteau entre le passé et le futur, et ne pouvait contenir une quantité étendue de temps. Cela semble évident puisque, si le présent est étendu, il doit avoir différentes parties - mais celles-ci doivent être simultanées si elles sont vraiment des parties du présent. D'après les premiers philosophes du temps le présent ne peut pas être à la fois passé et simultanément présent, donc il n'est pas étendu.

D'autres philosophes s'opposent toutefois à cette conception instantanéiste du temps, mettant en avant la durée (Bergson) ou/et l'étendue dans le temps de l'expérience de conscience. Ainsi, William James proposait que le temps soit « la courte durée durant laquelle nous sommes immédiatement et incessamment sensibles ».

Sociologie[modifier | modifier le code]

Le présentisme en sociologie est l'explication d'un contenu théorique passé à la lumière des enjeux présents, c'est-à-dire une sur-interprétation des débats du passé en fonction des enjeux du présent ; c'est une erreur de méthode car c'est nier les conditions d'énonciation de cette théorie.

Par exemple, l'opposition entre Émile Durkheim et Max Weber a été construite a posteriori dans le cadre du débat entre déterminisme social et individualisme méthodologique, ce qui a conduit à nier les points de convergence entre ces deux auteurs[6], comme le comparatisme, l'interprétation de la progression de l'individualisme en tant que valeur, etc.

C'est aussi la critique[7] qui peut-être faite à Raymond Boudon lorsqu'il reprend les grands sociologues pour montrer qu'ils s'inscrivaient dans une démarche d'individualisme méthodologique, en particulier pour Marx[8] (dans sa démonstration de la baisse tendancielle du taux de profit).

Histoire[modifier | modifier le code]

Les expériences du temps varient selon les époques et les civilisations. Chacune d'elles établit des liens particuliers entre passé, présent et futur. En comparant les manières d'articuler ces temporalités, l'historien François Hartog met en évidence divers « régimes d'historicité ».

Il estime que, durant les deux dernières décennies du XXe siècle, le passé tend à s'incruster dans le présent, notamment sous la forme du devoir de mémoire, des lieux de mémoire, des commémorations de tous types... Selon lui, le présentisme se caractérise par « une obsession du temps présent » qui, « au moment où il se fait, désire se regarder comme historique »[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Buser, Claude Debru, Temps, instant et durée : De la philosophie aux neurosciences, Odile Jacob,
  2. Raoul Hausmann, « Presentismus : Gegen den Puffkeismus der Teutschen Seele », in De Stijl, Leiden, n° 9, septembre 1921, puis la même année sous le tite « Manifeste du présentisme contre le dupontisme de l’âme teutonique », in Courrier Dada, p. 91-96.
  3. Frédéric Paulhan, Le Présentisme, Revue Philosophique de la France et de l'Étranger, tome 98, juillet-décembre 1924, p. 190-237
  4. C. Bellon, Le matérialisme dialectique de Frédéric Paulhan, Revue de Métaphysique et de Morale, 65e Année, n°1, janvier-mars 1960, p. 58-87
  5. (en) Steven Savitt, « Presentism and Eternalism in Perspective » , 2004
  6. Monique Hirschhorn et Jacques Coenen-Huther (dir.), Durkheim, Weber. Vers la fin des malentendus, Paris, L'Harmattan, 1994
  7. Frédéric Vandenberghe, La sociologie de Georg Simmel, Paris, La découverte, 2001
  8. Raymond Boudon, La logique du social, Paris, Hachette, 1979, p. 122-123
  9. « Présentisme » et « catastrophe » en jeu, Ouest France, 27 mai 2013

Annexes[modifier | modifier le code]

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Liens internes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]