Trope (philosophie)

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Les tropes sont des propriétés particulières qui, en métaphysique analytique, sont considérées comme les constituants des objets du monde. Ils (le terme est masculin) s'opposent directement aux universaux qui sont censés être des propriétés (ou des relations) que plusieurs choses peuvent partager, comme le rouge de ce coquelicot et le rouge de la cape de Dracula. Pour les partisans des tropes, il est incompréhensible qu'une même propriété (le rouge) soit présente à plusieurs lieux différents tout en restant unifiée et identique à elle-même : mieux vaut parler de propriétés différentes (ce rouge de ce coquelicot ; ce rouge de cette cape) et irréductiblement individuelles, qui ne font jamais que se ressembler qualitativement et ne renvoient pas à l'existence d'une propriété universelle. Les tropes évitent ainsi ce problème d'une propriété commune, mais la théorie est caractérisée par une faiblesse classique qui concerne la manière dont elles sont connectées ensemble pour constituer une entité. Le lien classique est censé être celui d'une relation dite de comprésence, mais il se heurte à certains problèmes, le plus classique ayant été anticipé par Bertrand Russell dans ses Problèmes de philosophie, qui montre que la connexion ouvre sur une régression à l'infini, ou implique à nouveau un universel. Des ré-aménagements sont tentés[1], et la théorie fait l'objet d'un fort intérêt et est en développement.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le terme "trope" s'est imposé dans la littérature, mais les entités qu'il est supposé désigner ont été qualifiées par divers noms dans l'histoire de la philosophie. Par exemple, on parlait d'accidents individuels dans la scolastique médiévale[2], à partir de la qualification d'Aristote. Ces entités sont aussi présentes dans la littérature empiriste sans être nommées comme telles : ainsi Locke, partisan d'une forme de nominalisme, considère que le monde est peuplé de particuliers et de propriétés particulières, et ses "modes" correspondent au concept de trope. La littérature plus contemporaine a elle-même utilisé plusieurs termes. P. F. Strawson parlait de "qualités particulières". Simons, Smith et Mulligan[3] nomment "moments" ce type d'entités, en reprenant un terme de Husserl, et les qualifient comme des particuliers dépendants. Le terme "particuliers abstraits" a été utilisé par K. Campbell[4], et s'il demeure en usage, c'est bien "trope" qui s'est le plus largement imposé à partir de l'article de D.C. Williams, Les éléments de l'être[5], du débat qu'il a suscité et des développements en cours.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. P. Simons, "Des particuliers dans leurs habits particuliers : trois théories tropistes de la substance", in Textes clés de métaphysique contemporaine, E. Garcia et F. Nef (eds), Vrin, 2007
  2. Alain de Libera, "Des accidents aux tropes", in Revue de Métaphysique et de Morale, 2002/4
  3. Smith, Simons & Mulligan, "Truthmakers", in Philosophy and phenomenological research,44 (1984), 287–321
  4. K. Campbell,"The Metaphysics of Abstract Particulars", Midwest Studies in Philosophy 6: 477-488 ; Abstract Particulars, Oxford: Blackwell, 1990
  5. D.C. Williams, "Les éléments de l'être", in Textes clés de métaphysique contemporaine, E. Garcia et F. Nef (eds), Vrin, 2007

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Frédéric Nef, Les propriétés des choses. Expérience et logique, Vrin, 2006
  • Jean-Maurice Monnoyer (ed), La structure du monde, Vrin, 2004
  • David M. Armstrong, Les Universaux. Une introduction partisane. Ithaque, 2010.

Liens externes[modifier | modifier le code]