Baisse tendancielle du taux de profit

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La « baisse tendancielle du taux de profit » (BTTP) est une théorie en économie et économie politique, dont la plus célèbre exposition vient du chapitre 13 du Capital, Volume III de Karl Marx[1]. Des économistes aussi divers que Adam Smith[2], John Stuart Mill[3], David Ricardo [4] et Stanley Jevons[5] désignaient explicitement la BTTP comme un phénomène empirique qui devait être expliqué, mais ils différaient quant aux raisons pour lesquelles la BTTP pouvait nécessairement se produire[6].

Rappels sur les crises et le capitalisme[modifier | modifier le code]

Les marxistes expliquent les inégalités par l’existence de classes sociales. Notamment de deux classes principales extrêmement stratifiées que sont la bourgeoisie et le prolétariat. Ces deux classes sont dans un rapport de force (rapports de production), l’une étant propriétaire du capital, l’autre étant uniquement propriétaire de sa propre force de travail. C’est l’infrastructure (en rapport à la superstructure : État, idées, religions...). Les bourgeois pour exister (individuellement) ne peuvent faire autrement que chercher à maximiser leurs profits. Selon les marxistes, c’est de là que vient l’une des contradictions fondamentales du système qui est à l’origine des crises du capitalisme[7].

La baisse tendancielle du taux de profit[modifier | modifier le code]

Définition[modifier | modifier le code]

La concurrence entre les capitalistes les pousse à innover et donc à augmenter leur productivité (quantité de valeur d’usage/temps de travail), remplaçant les travailleurs par des moyens de production et augmentant la composition organique du capital. Cela a pour effet de diminuer la valeur qui ne peut être produite que grâce à la force de travail d'un être humain.

Le taux de profit[modifier | modifier le code]

Baisse tendancielle du taux de profit aux États-Unis avec comparaison de la composition organique du capital.

Le taux de profit c’est le thermomètre de la santé économique du capitalisme. Il permet d'observer le ratio investissement de départ sur la plus-value finale.

où Pl est la plus-value (dans le sens où c'est la valeur accaparée par le capitaliste, sans tenir compte des dépenses de celui-ci), C le capital constant avancé (les moyens de production), V le capital variable avancé (c'est-à-dire le salaire).

La seconde formule permet d'isoler C/V qui représente la composition organique du capital (le ratio investissements salaires sur investissements capital comme des machines). De même elle isole Pl/V qui représente le taux d'exploitation (e). L'augmentation du taux d'exploitation sera interprété comme une baisse du salaires vis-à-vis de la plus-value accaparée.



En sachant que :

où Vmp est la valeur des marchandises produites et Va la valeur ajoutée (créée par les travailleurs).

Une variante de la formule du taux de profit est celle qui fait apparaître le capital fixe (qui est la partie du capital constant qui transmet une partie de sa valeur à la marchandise : bâtiment, machine...)

On rapporte le montant total des profits au capital fixe, l’évolution du ratio profit/VA évolue plus ou moins comme le taux d’exploitation et le ratio VA/capital évolue comme l’inverse de la composition organique du capital. On note qu'ici, c'est le profit et non le taux de profit qui est utilisé dans la formule; le profit représentant les gains "brut" effectués par les capitalistes.

Effet d'une baisse du taux de profit[modifier | modifier le code]

Les effets à terme de la baisse du taux de profit sont la baisse de la valeur unitaire des moyens de production et l'augmentation du taux d’exploitation.

Baisse tendancielle du taux de profit et déclenchement des crises[modifier | modifier le code]

Il semble y avoir relation de cause à effet entre les crises (l’interruption du processus de production) et la chute du taux de profit. L’explication la plus simple est que le taux de profit étant trop bas, les capitalistes cessent d’investir dans l’économie « réelle ».

Mais, si, selon les marxistes, cette loi est vraie au niveau global, au niveau d'une branche, un capitaliste plus productif peut augmenter son taux de profit en accaparant de la plus-value dans les entreprises (de la même branche) où la productivité est basse. Ça ne signifie pas que le taux de profit baisse sans discontinuer mais cette théorie explique pourquoi la dynamique même du système mène à des crises récurrentes. Ce n’est pas une théorie de la chute finale ou de la décadence, ces baisses seules ne provoquent pas la fin du capitalisme. La loi exprime la contradiction fondamentale du mode de production capitaliste, entre le développement des forces productives et les rapports de production capitalistes (entre la valeur d’usage et la valeur, ou plus simplement entre la satisfaction des besoins humains et la logique capitaliste).

Interprétation de la baisse tendancielle du taux de profit comme loi économique[modifier | modifier le code]

Selon les marxistes et leurs approches économiques, la loi peut avoir une autre interprétation. Les approches dites "multicausales" estiment que la baisse tendancielle du taux de profit est une cause prépondérante au déclenchement des crises mais que la baisse n'est ni globale ni le seul facteur. En effet de nombreux autres facteurs viennent atténuer la baisse ou aggraver la crise. De plus la croissance démographique et l'amélioration technologique des moyens de production (en plus de l'augmentation de l'armée de réserve du capital) en font le déclencheur de crise localisée et non pas une baisse historique[7].

D'autres marxistes plus "orthodoxes" estiment qu'il y a effectivement une baisse globale du taux de profit historiquement et qu'elle ne s'observe que sur le temps très long (deux siècles ne sont pas suffisants pour la constater)[8].

Certain marxiens ou d'inspiration marxiste estiment qu'il y a au contraire une augmentation du taux de profit plus récemment en raison, par exemple, de la technologie et de son développement exponentiel[9].

Reprise de la loi et critiques[modifier | modifier le code]

Reprise de la baisse tendancielle du taux de profit dans d'autre contexte[modifier | modifier le code]

Thomas Piketty aussi traite la théorie de la baisse tendancielle du taux de profit avec l'accumulation du capital[10].

Critiques[modifier | modifier le code]

Nicholas Kaldor observe entre autres plusieurs décennies sans baisse notable et estime empiriquement l'invalidité de la baisse tendancielle du taux de profit dans son sens originel[réf. nécessaire].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Il est également désigné par Marx comme la "loi" de la tendance à la baisse du taux de profit "(LTRPF). Comme expliqué dans l'article, il existe des différends sur l'existence ou non d'une telle loi. Parmi les autres termes utilisés, on peut citer "la baisse du taux de profit", la "tendance à la baisse du taux de profit", la "baisse du taux de profit" et la "baisse tendancielle du taux de profit". Le taux de profit moyen sur le capital de production est généralement écrit comme r = S / (C + V).
  2. Adam Smith «La richesse des nations», chapitre 9. Voir aussi [Philip Mirowski], "Adam Smith, Empiricism, and the Rate of Profit in Eighteenth-Century England." History of Political Economy, Vol. 14, No. 2, Summer 1982, pp. 178-198.
  3. John Stuart Mill, Principles of Political Economy (1848), Book 4, chapter 4. Bela A. Balassa, "Karl Marx and John Stuart Mill." Weltwirtschaftliches Archiv, Bd. 83 (1959), pp. 147-165.
  4. David Ricardo, Principles of Political Economy and Taxation, chapter 6. Maurice Dobb, "The Sraffa system and critique of the neoclassical theory of distribution." In : E.K. Hunt & Jesse G. Schwartz, A Critique of Economic Theory. Penguin, 1972, p. 211-213.
  5. W. Stanley Jevons (1871), The Theory of Political Economy. Harmondsworth, Penguin Books, 1970, pp. 243-244.
  6. Tony Aspromourgos, "Profits", in: James D. Wright (ed.), International Encyclopedia of the Social & Behavioural Sciences. Amsterdam: Elsevier, 2015, 2nd edition, Vol. 19, pp. 111-116.
  7. a et b Tendance Claire, « Une analyse marxiste de la crise économique », Université d’Été du NPA,‎ (lire en ligne)
  8. (en) Guglielmo Carchedi, Crises and falling profitabilty, Empirical evidence,
  9. « La théorie des ondes longues et le capitalisme contemporain par Michel Husson », sur www.ernestmandel.org,
  10. Thomas Piketty, Le Capital au XXIe siècle, chapitre 6, p. 360