Éternalisme

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L'éternalisme est la conception physique ou philosophique du temps selon laquelle les événements présents, passés et futurs qui paraissent se succéder lors du passage du temps coexistent en réalité sur la ligne du temps.

Ce courant philosophique s'oppose au Présentisme.

Temps objectif et temps subjectif[modifier | modifier le code]

Pour les défenseurs de la conception éternaliste du temps[1], il n'existe pas de différence objective entre le présent, le passé et le futur. La classification des événements selon ces trois modalités du temps est une classification subjective, comparable à celle que l'on établit entre les événements que l'on dit se passer « ici » et ceux qui, pour nous, se déroulent « là-bas ». De la même façon que nous nous sentons plus concernés par les événements qui sont proches de nous dans l'espace (qui ont lieu « ici ») plutôt que par les événements lointains, nous nous sentons plus concernés par les événements qui nous affectent présentement que par ceux qui se situent il y a longtemps ou dans un avenir lointain. Ces distinctions sont subjectives au même titre : elles dépendent de notre propre point de vue sur les événements et non de caractéristiques appartenant aux événements eux-mêmes.

Contre la conception du temps comme flux ininterrompu des événements futurs vers le passé (via le présent), l'éternalisme propose une conception du temps où les événements coexistent comme des points ou des segments sur une ligne[2]. Cette ligne du temps peut théoriquement être parcourue dans les deux sens. Mais la conscience limitée que nous en avons rend la séquence des événements asymétrique. Les événements présents sont ceux que nous vivons, les événements passés sont ceux dont nous nous souvenons et les événements à venir sont ceux que nous prévoyons ou attendons, mais aucun d'entre eux n'a la priorité sur les autres. En ce sens, l'éternalisme s'oppose au présentisme et, dans une moindre mesure, au possibilisme.

Thèse de l'Univers-bloc[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, l'éternalisme est étroitement associé à la théorie physique de l'Univers-bloc (ou bloc de l'univers) et à son approche quadridimensionnaliste du monde. Le temps y est traité comme une dimension de l'espace, bien qu'à proprement parler, le temps est une dimension du continuum espace-temps. Les objets constitutifs de l'Univers ne sont donc pas des objets à trois dimensions existant dans la durée, mais plutôt des objets quadridimensionnels dont les parties temporelles – les « phases » – seraient tout autant constitutives que leurs parties spatiales (les parties de leur corps)[3].

En philosophie, la théorie de l'Univers-bloc conforte l'idée d'un temps « spatialisé » car elle considère le temps d'un point de vue mathématique comme une dimension qui s'ajoute aux trois dimensions de l'espace géométrique, à l'instar du diagramme de Minkowski. Elle justifie l'analogie que l'on peut faire entre ce qui existe loin de nous dans l'espace et ce qui existe dans un temps lointain (passé ou à venir).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir notamment Bertrand Russell, Willard Quine et Jack Smart en philosophie ; Stephen Hawking, Igor Novikov et Kip Thorne en cosmologie.
  2. Voir J. J. C. Smart, « Spatialising Time » (1955), Mind, 64, p. 239–241.
  3. David Lewis, en particulier, généralise cette position pour rendre compte de l'identité des personnes à travers le temps. Cf. « Survie et identité » dans Identité et survie, Paris, ed. Ithaque, Philosophie (coll.), pp. 57-86.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sacha Bourgeois-Gironde, McTaggart: temps, éternité, immortalité, suivi de Trois essais de John McTaggart, Nîmes, Éditions de L'Éclat, 2000.
  • David Deutsch, L'étoffe de la réalité (1997), Paris, Cassini, 2003.
  • Carlo Rovelli, Et si le temps n'existait pas (2004), Paris, Dunod, 2012, 2014.
  • Bertrand Russell, La méthode scientifique en philosophie, notre connaissance du monde extérieur (1915), Paris, Payot, 2002.
  • Jack Smart, « River of Time.» (1949), in Anthony Kenny, Essays in Conceptual Analysis., New York, St. Martin's Press, 1966, pp. 213–227 ; « Spatialising Time » (1955), Mind, 64, p. 239–241 ; « The Tenseless Theory of Time » (2008)

Articles connexes[modifier | modifier le code]