David Lewis (philosophe)

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David Lewis
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Philosophe occidental

Époque contemporaine

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David Lewis

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David Kellogg Lewis (28 septembre 1941 - 14 octobre 2001), philosophe américain, est l'une des figures majeures de la philosophie analytique contemporaine.

Après avoir enseigné brièvement à l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA) il rejoint l'université de Princeton jusqu'à la fin de sa carrière. Il est aussi assez souvent associé à la communauté philosophique australienne, à laquelle il rendit visite tous les ans pendant plus de 30 ans.

Il est surtout connu pour avoir défendu la théorie du réalisme modal (en), selon laquelle il existe un nombre infini de mondes possibles concrets et causalement isolés les uns des autres. Sa défense détaillée de cette position dans De la Pluralité des mondes (1986, trad. fr. 2007) a exercé une influence importante sur les débats ultérieurs en métaphysique.

On lui doit aussi des contributions fondamentales en philosophie du langage et de l'esprit, en métaphysique analytique, en épistémologie et en logique philosophique.

Logique modale[modifier | modifier le code]

David Lewis a proposé une logique modale originale, la théorie des contreparties, qui constitue depuis lors une alternative à la logique modale de Saul Kripke.

La sémantique de Kripke comme point de départ[modifier | modifier le code]

La logique modale de Kripke se fonde sur une sémantique dont la fonction est de rendre compte des propositions modales comme « il est possible que p » en termes de propositions assertives comme « il est vrai que p ». Le naturalisme philosophique, adopté par Kripke et la majorité des philosophes analytiques à la suite de Quine, semble en effet ne pas être compatible avec des énoncés où les objets et les événements sont caractérisés en termes modaux. Kripke élabore alors une sémantique des mondes possibles (notés w). Les mondes possibles sont des ensembles d'individus et de propriétés. L'ensemble des mondes possibles (noté W) comprend le monde actuel.

Dans cette sémantique, une proposition p est nécessaire si et seulement si p est vraie dans tous les mondes possibles (proposition assertive) ; une proposition p est seulement possible si et seulement si p n'est pas vraie dans au moins un monde possible, etc. Si, par exemple, il est nécessaire que Socrate soit sage, cela signifie que Socrate est sage dans tous les mondes possibles, et qu'il n'existe pas de monde possible où il ne soit pas sage. On dit alors que l'opérateur de nécessité "\Box" est l'équivalent du quantificateur universel "∀", tandis que l'opérateur de possibilité "◊" est l'équivalent du quantificateur existentiel "∃". La modalité apparait ainsi comme une quantification sur des mondes possibles à l'intérieur desquels les événements se réalisent.

Pour Kripke, il y a toujours un monde possible où un individu est différent de ce qu'il est en réalité. Il y a par exemple toujours un monde possible où Socrate n'est pas sage, car Socrate aurait pu ne pas être sage (au sens où il est concevable qu'il ne le soit pas). Tel est le principe de l'« identité transmondaine » ou identité à travers les mondes possibles. Ce point est fortement contesté par Lewis [1] et sa théorie des contreparties [2] offre une option alternative.

La théorie des contreparties[modifier | modifier le code]

Le problème qui se pose d'après Lewis avec la théorie de Kripke est que si l'on a une série suffisamment longue de mondes possibles et si l'on fait varier, même de manière infinitésimale, les caractéristiques d'un individu de monde en monde, alors tout ce qui existe peut être changé en n'importe quoi, Socrate en un vase par exemple, ce qui est non seulement contraire au bon sens mais également incomptatible avec le naturalisme philosophique. Pour cette raison, notamment, Lewis a proposé sa théorie des contreparties :

« La relation de contrepartie (counterpart relation) est notre substitut de l'identité des choses à travers les mondes. Là où certains affirment que vous existez dans plusieurs mondes, dans lesquels vous avez des propriétés quelque peu différentes et où vous arrivent des choses dans une certaine mesure différentes, je préfère dire que vous existez dans le monde actuel et dans aucun autre, mais que vous avez des contreparties dans de nombreux autres mondes. Vos contreparties vous ressemblent étroitement à beaucoup d'égards, dans le contenu et le contexte. Ils vous ressemblent plus que les autres choses dans leurs mondes. Mais ils ne sont pas vous. » [3].

La contrepartie d'une chose est un double numériquement différent de cette chose mais qui partage avec elle des caractéristiques essentielles. Ainsi, Socrate ne pourra t-il avoir, même dans un monde possible très différent du nôtre, une contrepartie qui serait un vase, car cet instrument ne possède pas d'essence en commun avec le maître de Platon. Pour Lewis, « la relation de contrepartie est une relation de similarité » [4]. La similarité (ou ressemblance) entre deux individus n'est pas l'identité de ces deux individus mais le fait pour ces individus d'avoir des caractéristiques en commun. La transitivité de l'identité (si x=y et y=z alors x=z) ne s'applique donc pas aux contreparties.

Si Lewis rejette ainsi l'idée qu'un individu dans un monde possible puisse être numériquement identique à un individu dans un autre monde possible (identité "transmondaine"), c'est aussi pour des considération liées à sa conception de la réalité des mondes possibles.

Métaphysique des mondes possibles[modifier | modifier le code]

Réalisme modal et théorie indexicale[modifier | modifier le code]

C'est avec David Lewis qu'a été soutenue pour la première fois la thèse qualifiée de réalisme modal :

« Y a t-il d'autres mondes ? Je dis qu'il y en a. Je plaide pour la pluralité des mondes, ou réalisme modal... qui soutient que notre monde n'est qu'un monde parmi de nombreux autres. Il y a d'innombrables autres mondes, d'autres choses inclusives. Nous et ce qui nous entoure, même éloignés dans le temps et l'espace, constitue notre monde. [...] Les mondes sont isolés : il n'y a ni relations spatiotemporelles entre des choses qui appartiennent à des mondes différents, ni une chose survenant dans un monde qui cause la survenance de quelque chose dans un autre monde. » [5].

Cette thèse du réalisme modal, du moins dans sa version Lewisienne, n'affirme pas seulement que tous les mondes possibles existent ; elle affirme également que ces mondes existent parce qu'ils tous « actuels », d'un certain point de vue. La réalité d'un monde possible consiste même dans cette « actualité » qui est à comprendre en un sens indexical. Selon l'interprétation indexicale, « le monde actuel » signifie seulement « ce monde », « le monde dans lequel nous sommes ». L'actualité du monde ne consiste en rien d'autre que dans le fait d'être ce monde .

Mais que veut dire « ce monde  » ? Le sens d'une expression indexicale consiste à faire référence au locuteur qui la produit (ex. "je") ou à sa situation dans l'espace ou le temps (ex. "ici" ou "maintenant"). Par conséquent, la référence de ce type d'expressions peut varier en fonction de l'identité ou de la situation du locuteur. Le fait pour un monde d'être ce monde ne constitue donc pas une caractéristique intrinsèque du monde en question, mais une caractéristique relationnelle — celle d'être notre monde, ou d'être le monde auquel nous nous référons. D'après la théorie indexicale, l'actualité est une propriété que le monde actuel possède non pas absolument, mais relativement à ses habitants. Considéré absolument, l'actuel n'a pas un statut différent du possible, et il n'a pas de prééminence ontologique sur les autres mondes.

L'illusion modale[modifier | modifier le code]

Ce n'est pas le même lieu qui est désigné par deux habitants des États-Unis lorsque le premier situé en Californie dit « il fait souvent beau dans ce pays » alors que l'autre situé au Massachussetts dit « il pleut souvent dans ce pays ». De la même façon, dans un monde possible différent du nôtre, ses habitants disent « ce monde » ou « notre monde » en désignant leur monde comme actuel, tout comme nous le faisons à propos du nôtre. Mais en disant « ce monde » ou « notre monde », nous pensons spontanément qu'il est le seul actuel. Telle est l'illusion modale que dénonce Lewis, une croyance illusoire qu'il considère enracinée dans notre égocentrisme.

Cette croyance est l'équivalent modal de ce que serait l'illusion solipsiste d'une personne parfaitement auto-centrée pour qui tous les indexicaux feraient nécessairement référence à sa seule situation ou même à sa seule personne, l'usage approprié du mot "je" lui étant réservé. L'« actualisme naïf » qui fait que nous pensons spontanément que notre monde est le seul actuel est, selon Lewis, l'équivalent du solipsisme à l'égard des autres personnes, qui, en niant leur existence personnelle, conduit à nier qu'elles pourraient avoir aussi un certain point de vue sur le monde.

Philosophie de l'esprit[modifier | modifier le code]

On doit également à David Lewis une conception naturaliste originale de l'esprit : la version réductionniste du fonctionnalisme, aussi connue sous le nom de « fonctionnalisme des réalisateurs » [6]. Elle fut longtemps une position minoritaire face à la conception non réductionniste du fonctionnalisme mise en avant par Hilary Putnam et Jerry Fodor. Mais récemment, elle a pris un nouvel essor suite aux travaux de Jaegwon Kim [7].

Le fonctionnalisme réductionniste n’admet pas de distinction entre des états ou des propriétés de premier ordre (les états ou propriétés physiques) et des états ou des propriétés de second ordre (les états ou propriétés fonctionnels). Les états mentaux, tels que la douleur, sont pour Lewis des états physiques : des configurations neuronales d'un certain type, notamment. Un état physique réalise une certaine fonction de l'organisme que les concepts mentaux décrivent. Les états fonctionnels auxquels se réfèrent les concepts mentaux sont donc des états physiques. Les descriptions en termes mentaux sont des descriptions de types d'états fonctionnels qui sont aussi des types d'états physiques.

Le fonctionnalisme de Lewis refuse de tirer une conclusion antiréductionniste de l'argument de la réalisation multiple, car le fait qu'une même fonction de l'organisme puisse se réaliser dans des états physiques différents peut s'expliquer par le fait qu'il y a une configuration physique commune entre ces différents états. La fonction de la douleur (fonction d'évitement) n'implique certes pas l'activation des mêmes fibres nerveuses selon les espèces animales, mais il y a bien une configuration neuronale associée à l'expérience de la douleur qui est commune à ces espèces.

Citation[modifier | modifier le code]

« Il y a tant et tant de manières dont un monde pourrait être, et l'une de ces nombreuses manières est la manière dont ce monde est.» [8]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. D. Lewis, "Counterpart Theory and Quantified Modal Logic", Journal of Philosophy, 65, 1968, p. 115
  2. Ibidem, pp. 113-126
  3. D. Lewis, "Counterpart Theory and Quantified Modal Logic" (1968), Philosophical Paper, Oxford University Press, 1983, repris et traduit dans Métaphysique contemporaine : Propriétés, mondes possibles et personnes, Vrin, pp. 288-289
  4. D. Lewis, Philosophical papers, vol. 1, Oxford, Oxford University Press,1983, p. 28
  5. D. Lewis, On the Plurality of Worlds, Oxford, Blackwell, 1986, p. 2, repris et traduit dans Métaphysique contemporaine : Propriétés, mondes possibles et personnes
  6. D. Lewis, “An Argument for the Identity Theory,” Journal of Philosophy, 63, 1966, pp. 17–25.
  7. J. Kim, Mind in a Physical World, MIT Press, 1998 – tr. fr. L'esprit dans un monde physique : Essai sur le problème corps-esprit et la causalité mentale, Éditions Syllepse, 2006
  8. De la pluralité des mondes (1986), Paris Tel-Aviv, Editions de l'éclat, 2007, p. 16

Œuvres[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

  • Convention, Cambridge, Mass., Harvard University Press, 1969
  • Counterfactuals, Oxford, Blackwell, 1973
  • Philosophical papers, Vol I, Oxford, Oxford University Press, 1983.
  • On the plurality of worlds, Oxford, Blackwell, 1986
  • Parts of classes, Oxford, Blackwell, 1991
  • Papers in philosophical logic, Cambridge, Cambridge University Press, 1998
  • Papers in metaphysics and epistemology, Cambridge, Cambridge University Press, 1999
  • Papers in ethics and social philosophy, Cambridge, Cambridge University Press, 2000

Dont une traduction en français[modifier | modifier le code]

  • De la pluralité des mondes (1986), Paris Tel-Aviv, Editions de l'éclat, 2007 (traduit par M. Caveribère et J.-P. Cometti)

Articles traduits en français[modifier | modifier le code]

  • « Douleur de fou et douleur de Martien » (1978), in D. Fisette et P. Poirier (éds.), Philosophie de l’esprit, Psychologie du sens commun et sciences de l’esprit, Paris, Vrin, 2002, p. 289-306
  • « Une nouvelle tâche pour une théorie des universaux » (1983), in Concept et Catégorie: numéro spécial des Cahiers Philosophiques de Strasbourg, vol. 17, Paris, 2004, pp. 345-404.
  • « Contre les universaux structuraux » (1986), in E. Garcia et F. Nef (eds.), Métaphysique contemporaine. Propriétés, mondes possibles et personnes, Paris, Vrin, 2007.
  • « Ce que nous apprend l'expérience » (1991), in L'expérience, collection GF Corpus, Paris, Flammarion, 1999
  • « Insaisissable connaissance » (1996), in Dutant et Engel (éds.), Philosophie de la connaissance, Paris, Vrin, 2005.

Voir aussi[modifier | modifier le code]