Nicolas de Largillierre

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Nicolas de Largillierre
1707 Self-Portrait of Nicolas de Largillière.jpg

Nicolas de Largillierre Autoportrait en tenue d'atelier (1707),
Washington, National Gallery of Art.

Naissance
Décès
(à 89 ans)
Paris
Activité
Maître
Élève
Mouvement
Influencé par
Œuvres réputées
Portrait de Charles Le Brun ; ex-voto ; natures mortes aux perdrix

Nicolas de Largillierre, diversement orthographié jusqu’à il y a peu[N 1], né le à Paris, où il est mort le , est un peintre français. Il est l'un des portraitistes les plus réputés des XVIIe et XVIIIe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d’un marchand chapelier, Largillierre passe son enfance à Anvers, où sa famille a emménagé en 1659. Il fut envoyé en Angleterre en 1665 chez un marchand londonien ayant pris intérêt à lui, pour y apprendre le commerce mais, voyant qu’il employait son temps à dessiner, son père, établi comme négociant en marchandises de France, le fit revenir au bout de vingt mois et se décida, malgré une vive répugnance, à lui permettre de suivre son penchant. Placé, à partir de 1668, en apprentissage dans l’atelier du peintre Antoine Goubeau, peintre de paysages et de bambochades, qui lui transmit le goût de la couleur et du clair-obscur distinctif de l’école flamande, et l’employa, dès qu’il sut un peu manier le pinceau, à peindre les accessoires dans ses tableaux, les fruits, les fleurs, les poissons et les légumes. Voulant s’essayer à un morceau historique, Largillierre peignit secrètement une Sainte famille. Son maitre lui ayant demandé qui il avait copié, Largillierre lui répondit qu’il n’avait consulté que son génie. Dix-huit mois plus tard, Gobau lui déclara qu’il n’avait plus rien à lui enseigner. En 1673, il fut reçu franc-maître de la guilde de Saint-Luc de la ville.

Il retourna alors en Angleterre de 1675 à 1679, où il trouva le successeur de Van Dyck, Peter Lely auquel le patronage de Cromwell avait fait une large place parmi les courtisans. Surchargé de commandes, Lely, qui avait besoin d’aide, l’ajouta au nombre de ses collaborateurs qui peignaient les draperies, les accessoires et les fleurs de ses tableaux. Ayant déjà vu pratiquer la restauration des tableaux en Flandre, Lely le recommanda au surintendant des Bâtiments du roi d’Angleterre, qui lui donna plusieurs tableaux de maitres à restaurer, notamment des toiles destinées à la décoration du château de Windsor qui exigeaient de fréquents remaniements, des agrandissements et des retouches des tableaux, dont on modifiait alors le format en raison de la place qu’ils devaient occuper dans les appartements royaux. Sa dextérité à réparer les tableaux d’anciens maitres et à en repeindre certaines parties le fit remarquer du roi Charles II. Un jour, étonné de trouver tant de talent chez un garçon si jeune en voyant le plus endommagé de ces tableaux, un Amour endormi dont le jeune peintre avait repeint les jambes avec l’habileté d’un praticien consommé, il dit en français aux grands qui l’entouraient : « Regardez cet enfant, on ne croirait jamais, si on ne le voyait, car ce n’est qu’un enfant. »[réf. nécessaire] Il s’intéressa à lui et lui demanda de lui montrer des ouvrages entièrement de sa main : Largillierre en produisit trois qui suffirent à lui assurer aussitôt la faveur royale.

La fortune de Largillierre semblait établie à la cour d’Angleterre, et il pensait à s’établir à Londres, où il avait été si bien accueilli mais, à cette même époque, les querelles religieuses du pays se réveillèrent, lorsque le Parlement se mit à persécuter les catholiques, et les étrangers de cette confession reçurent l’ordre de partir. De retour à Paris en 1678, resté quatre ans en Angleterre, il se fit bientôt remarquer par quelques beaux portraits. Comme, à Londres, il avait connu Jan Frans van Bloemen, Jean Sybrecht et le peintre et sculpteur Pierre van der Meulen, frère du fameux Adam François van der Meulen, alors le peintre historiographe de Louis XlV. Il alla voir van der Meulen aux Gobelins, lui donna des nouvelles de son frère et gagna son amitié par un superbe portrait, en échange duquel van der Meulen lui fit présent de son œuvre gravé : ce sont les estampes d’Audran, de Bonnart et de Boudewyns.

À la vue du portrait de van der Meulen, Charles Le Brun, premier peintre du roi, promit sa protection à Largillierre, qui parlait alors de retourner en Angleterre quand les circonstances le lui permettraient. Aussi, lorsque le surintendant des Bâtiments du roi d’Angleterre lui écrivit pour lui offrir la place de garde des tableaux du roi, Le Brun lui dit : « ourquoi porter ses talents à l'étranger, quand on peut briller dans son pays ? »[réf. nécessaire], Largillierre renonça à repartir.

La réputation de Largillierre prit bientôt un grand essor. Désormais fixé en France, il ne quitta plus Paris qu’une seule fois : ce fut en 1685, à l’avènement au trône du roi Jacques II, à qui il ne put refuser d’aller faire son portrait et celui de la reine. Il fit le portrait du roi, revêtu d’une armure, avec une immense perruque et un panache de plumes sur son casque placé près de lui. Il fit aussi celui de la reine, qu’il para de dentelles et de brocart, celui du prince de Galles, de sir John Warner, de sa fille et de sa petite-fille. Son séjour à Londres fut de courte durée et Largillierre revint à Paris. Ce n’était pas un retour définitif car, sachant que la noblesse anglaise savait lui offrir des prix très rémunérateurs pour ses portraits, il reprit la route de Londres, où il s’aperçut bien vite que les peintres anglais lui marquaient une très vive hostilité, ce qui le décida à rentrer en France pour toujours.

Revenu en France, il devient à partir de 1689 un des peintres les plus demandés et incarne la quintessence du peintre français réputé[1]. Alternant les commandes officielles pour des ex-voto ou des allégories avec les portraits de la noblesse et de la haute bourgeoisie, son talent lui permet de gravir les échelons de la hiérarchie de l’Académie royale de peinture et de sculpture, où il est admis le 30 mars 1686, non seulement comme peintre de portraits, mais en qualité de peintre d’histoire, avec le portrait en pied de Le Brun (Paris, musée du Louvre) comme morceau de réception. Il fut nommé professeur adjoint le 4 juillet 1699, et professeur le 30 juin 1705, adjoint du recteur le 24 avril 1717, recteur le 10 janvier 1722, directeur le 5 juillet 1738 et enfin chancelier le 30 mai 1743. Il a pris part aux Salons de 1699 et 1704.

De Marguerite-Élisabeth Forest, la fille d’un peintre de paysages nommé Jean Forest, peintre du roi et officier en l’Académie, qu’il avait épousée en 1699, Largillierre eut deux filles et un fils : Élisabeth-Marguerite (1701) ; Marguerite-Élisabeth (1703) et Nicolas (1701-1742), conseiller au Châtelet, qui l’avait précédé dans la mort. Le portrait de son beau-père (palais des beaux-arts de Lille) où il reconnait sa dette envers Rembrandt, Rubens, Van Dyck[1], est curieux. Dans son Histoire des Peintres, Charles Blanc écrit à propos de ce tableau : « Forest était un homme original, fantasque. Son gendre se fit un plaisir de le peindre dans le bizarre costume qui lui était familier, d’autant plus qu’il devait être las d’avoir toujours devant les yeux les mêmes modèles, toujours des magistrats avec leurs perruques in-folio et des bourgeois avec leurs perruques à boudin. Il représenta donc son beau-père en cheveux courts avec une sorte de bonnet de margrave à fond de soie et une hongreline doublée de fourrure. Assis dans un fauteuil, la main, le sourcil en mouvement, l’œil mouillé, le portrait respire, il est vivant. Largillierre le fit graver à ses frais par Drevet père[2]. »

Largillierre mourut paralytique dans le bel hôtel parisien qu’il s’était fait bâtir rue Geoffroy-l'Angevin, qu’il avait orné de paysages, de fleurs et de fruits, de plusieurs centaines de portraits et de quelques tableaux religieux. Il fut inhumé à Paris dans l’église Saint-Merri. Charles Blanc le décrit comme « plein de franchise et de gaité[2] » et « aimé de tout le monde[2]. »

Œuvre[modifier | modifier le code]

Études de mains (vers 1714), Paris, musée du Louvre.

Largillierre est l’artiste le plus complet de sa génération[3]. Ce peintre aux talents multiples était à l’aise aussi bien avec les natures mortes, qu’avec les tableaux historiques, les paysages ou les portraits, sa maîtrise technique lui permettant de jouer avec les matières, les couleurs et les lumières sans en faire un exercice froid. S’il s’était signalé par quelques tableaux historiques, il s’adonna plus particulièrement, sans renoncer à la grande peinture, au genre du portrait, dans lequel il excellait, surtout ceux des femmes où il savait démêler, dans leur physionomie, les traits constituant à la fois la beauté et le caractère. Il pouvait, sans s’écarter du modèle, y découvrir des grâces inaperçues et faire valoir les beautés apparentes, de façon que les femmes étaient d’autant plus sensibles aux flatteries de son pinceau, qu’il semblait n’avoir exprimé que la vérité, et qu’ainsi en regardant leur portrait, en les trouvait ressemblantes avant de les trouver belles. La ville de Paris ayant donné un repas à Louis XIV à l’occasion de sa convalescence, en 1687, voulut consacrer le souvenir de ce repas mémorable. Largillierre fut choisi pour le peindre, et, comme s’il eut compris ce que désiraient, au fond, les officiers du corps de ville, il fit leur portrait de grandeur naturelle au premier plan, leur prêta quelques gestes insignifiants, pour avoir l’occasion de peindre de belles mains à la Van Dyck, et rejeta Louis XIV et sa cour dans le vaporeux de la perspective. Cette représentation des échevins parisiens en costume et perruque s’appelle néanmoins la Convalescence de Louis XIV. Ses portraits, dans la tradition flamande de Rubens et van Dyck[4], gardent toujours une vie et une sensibilité qui font de lui l’un des plus grands peintres du règne de Louis XIV et de la Régence. Il laisserait, à sa mort, 4 500 portraits[2].

Oublié aux dépens de son « rival » et ami Hyacinthe Rigaud qui aurait été le peintre attitré de la haute noblesse, Largillierre, aurait surtout été celui de la haute bourgeoisie[5]. Il fait le lien entre le siècle de Louis XIV et le siècle des Lumières[6] et mérite d’être redécouvert et de se voir attribuer la place qu’il mérite dans l’art français[7].

Quelques œuvres dans les collections publiques[modifier | modifier le code]

La belle Strasbourgeoise (vers 1703), musée des beaux-arts de Strasbourg.
Portrait de Monsieur de Vermont (vers 1697), Pasadena, Norton Simon Museum.
  • Tableaux d'histoire, natures mortes et autres sujets :

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. Diversement orthographié Largillière, Largilière, Largilierre, Largilliere dans les dictionnaires biographiques du XIXe siècle, l’orthographe de son nom, maintenant attestée par la signature de l’artiste, est désormais suivie par les principaux biographes du peintre tels que Dominique Brême, Myra Nan Rosenfeld ou Georges de Lastic.
Base Joconde du Ministère de la culture 
Autres références 
  1. a et b (en) Masterworks from the Musée Des Beaux-arts, Lille, Metropolitan Museum of Art, 1992, 324 p., p. 123 (ISBN 978-0-87099-649-8).
  2. a, b, c et d Charles Blanc, Histoire des peintres de toutes les écoles, t. 1, Paris, Jules Renouard, 1865 p. 6.
  3. Musée Jacquemart-André, Nicolas de Largillierre : 1656-1746. Exposition du 14 octobre 2003 au 30 janvier 2004, Paris, Culture Espaces, 2003, 191 p. (ISBN 978-2-91449-812-8), p. 98.
  4. (en) Everett Fahy, Jayne Wrightsman, The Wrightsman Pictures, New York, Metropolitan Museum of Art, 2005, 440 p. (ISBN 978-1-58839-144-5), p. 167.
  5. Cette « idée reçue » serait néanmoins, selon d’autres, due à une mauvaise interprétation d’une anecdote rapportée par Dezallier d’Argenville selon laquelle Largillierre « m’a dit plus d’une fois, travailler pour le public ; les soins en étaient moins grands et le paiement plus prompt. » (voir Musée Jacquemart-André, Nicolas de Largillierre : 1656-1746. Exposition du 14 octobre 2003 au 30 janvier 2004, Paris, Culture espaces, 2003, 191 p. (ISBN 978-2-91449-812-8), ou Myra Nan Rosenfeld, op. cit., p. 15).
  6. Nicole Garnier-Pelle, Le Musée Condé, Domaine de Chantilly, Réunion des Musées Nationaux, 2009, 135 p. (ISBN 978-2-71185-637-4), p. 87.
  7. « “Celui-là, Monsieur, est un grand peintre, auprès duquel je ne suis qu’un enfant : c’est M. de Largillière.” disait Rigaud », cité dans Largillière, huit reproductions facsimilé en couleurs, no 60, collection « Les Peintres illustres », sous la direction d'Henry Roujon, P. Lafitte et cie, 1914, p. 10.
  8. collections-musees.bordeaux.fr.
  9. http://www.ville-ge.ch/musinfo/bd/mah/collections/detail.php?type_search=simple&lang=fr&criteria=largilliere&terms=all&page=1&pos=8&id=1281745

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Myra Nan Rosenfeld, « Largillierre : portraitiste du XVIIIe siècle », catalogue de l'exposition, Montréal, musée des Beaux-Arts de Montréal, .
  • Charles Blanc, Histoire des peintres de toutes les écoles, t. 1, Paris, Jules Renouard, 1865. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Dominique Brême, Largillierre [sic], un géant retrouvé, Paris, Faton, coll. « L'Estampille-L'Objet d'art », , 79 p.
  • Dominique Brême, Catalogue de l'exposition Nicolas de Largillierre. Peintre du Grand Siècle et de la Régence, musée Jacquemart-André, Paris, 2003-2004.
  • Antoine Joseph Dezallier d'Argenville, « Abrégé de la vie des plus fameux peintres, avec leurs portraits gravés en taille-douce, les indications de leurs principaux ouvrages, Quelques réflexions sur leurs Caractères, et la manière de connoître les dessins des grands maîtres », vol. IV, Paris, De Bure,
  • Charles-Philippe de Chennevières-Pointel, Louis-Étienne Dussieux, Paul Mantz, Anatole de Montaiglon, Eudore Soulié, « Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de l’Académie royale de peinture et de sculpture, publiés d’après les manuscrits conservés à l’école impériale des beaux-arts », vol. II, Paris, Société de l'histoire de l'art français,
  • Gaston Brière, « Notes sur les tableaux de Largillierre commandés pour l’Hôtel-de-Ville de Paris », Paris, Bulletin de la Société de l'histoire de l'art français (p. 215-219),
  • Jean de Cayeux, « Rigaud et Largillierre, peintres de mains », vol. 6, Alger, Études d’art publiées par le musée national des Beaux-Arts d’Alger,
  • Louis Dumont-Wilden, « Largillierre et Rigaud, disciples de Van Dyck », vol. 14, La Belgique Artistique et Littéraire (p. 297-307),
  • Honoré Gibert, « Dix portraits et dix neuf lettres de Rigaud et de Largillierre », Paris, Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques (p. 276-317),
  • Georges de Lastic, « Rigaud, Largillierre et le tableau du prévôt et des échevins de la ville de Paris de 1689 », Paris, Bulletin de la Société de l'histoire de l'art français (p. 147-156),
  • Édouard François Joseph Reynart, Catalogue des tableaux, bas-reliefs et statues exposés dans les galeries du Musée des tableaux de Lille, Lille, Le Musée des beaux-arts, 1872, p. 85} (en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article

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