Méthode globale

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La méthode globale est une méthode d'apprentissage de la lecture issue de l'éducation nouvelle et de l'apport de la psychologie[1]. Elle prend en compte le développement complexe de la psychologie de l'enfant. C'est une méthode dite active.

La méthode globale (BA/B-A) comme la méthode alphabétique (B-A/BA) que certains opposent, sont toutes deux des méthodes phonétiques[2].

Il n'existe pas de méthode globale pure (BA/B-A)dans la pratique. La lecture globale part du tout (du mot) pour aller au partie du tout (la syllabe). Mais, il existe des va-et-vient entre BA et B-A. La méthode globale est une mise en œuvre de la dialectique entre le mot et la syllabe : BA ⇔ B-A.

Mais la méthode globale des pédagogues progressistes de l'éducation nouvelle a été très peu appliquée où seulement dans des écoles privés en Suisse et en Belgique.

Elle est en permanence confondue avec la méthode idéo-visuelle qui est une méthode dite d'approche globale de lecture mais qui est non phonétique (BA ⇒ BA). La méthode idéo-visuelle passe par la reconnaissance d'un symbole (le mot).

Sinon, Il n'y a jamais eu en France de « méthode globale ». Mais des processus d'apprentissage à la lecture « globaux » comme la méthode idéo-visuelle[3].

Historique[modifier | modifier le code]

Décrite dès 1787 par Nicolas Adam, Ovide Decroly a axé son apprentissage de la lecture par processus global (il sera pour cela qualifié de père de la méthode globale) au début du XXe siècle pour aider l’apprentissage d'enfants en difficulté qui n’arrivaient pas à lire par les méthodes habituelles. Cette démarche a eu pour effet de lancer une réflexion des pédagogues sur l'existence et le rôle de la lecture globale, cependant il faut noter que Decroly s'adressait à des élèves porteurs de pathologies d'apprentissage, et que sa méthode n'a jamais été reproduite telle quelle dans les classes traditionnelles.

La méthode globale est vite pris à partie par les traditionalistes qui ne jurent que par le ânonnement[4]. Certes, cela conduit à une lecture rapide. Mais, la compréhension du texte n'est pas acquis systématiquement. L'enfant a besoin de l'adulte pour comprendre le texte. Ce qui conduit à faire du verbe une vérité absolue. C'est se soumettre à la vision et à un ordre transcendant. A contrario, la méthode globale des pédagogues progressistes remet l'élève au centre du lire. La méthode globale conduit à la compréhension de ce que l'enfant lit. Il n'y a pas besoin d'un intervenant extérieur pour comprendre de suite le monde. C'est apprendre à regarder.

Ce point de vue idéologique conduit à ce que la méthode globale soit décriée vivement par les traditionalistes.

Mais, c'est surtout suite à la critique de la méthode d'approche globale de lecture (méthode idéo-visuelle) de la période post-moderniste ou post-68 que la méthode globale est pris à partie par les médias et les politiques de droite. Cette confusion conduit à accuser la méthode globale de tous les problèmes de l'école. De plus, suite à cette amalgame, les recherches en psychologie de l'apprentissage, en psychologie cognitive (Goigoux, 2000) et en neuroscience, liée à la philosophie empirique, soutiennent largement la méthode alphabétique.

A contrario, les pédagogues progressistes de l'éducation nouvelle dont le grand psychologue français Henri Wallon[5] vont à la méthode globale de part leur vision complexe et dialectique d'autant plus que l'enfant a une perception syncrétique (globale) bien qu'encore mal abstraite[6] (cf aussi Jean Piaget). De ce fait, contrairement à la méthode syllabique, la méthode globale est véritablement une méthode de lecture[7]. Elle lie dialectiquement la méthode analytique et la méthode synthétique

De ce fait, opposer lecture syllabique et lecture globale n'a donc aucun sens En effet, tout lecteur ayant besoin de la lecture syllabique pour déchiffre les nouveaux mots, et de la lecture globale pour lire rapidement les mots familiers.

Ambiguïté de l'appellation[modifier | modifier le code]

Méthode naturelle[modifier | modifier le code]

L'appellation « méthode globale » est ambiguë, car comme le confirmait déjà Célestin Freinet en 1959, aucune « méthode globale » n’est employée dans les écoles françaises comme méthode de base[8]. Il est à noter que la Méthode naturelle de lecture-écriture (ou MNLE) qui ne se veut pas globale, fait appel cependant à tous les processus de lecture, qu'il s'agisse de syllabique ou de global. Mais, pour Michel Delors, c'est une méthode globale dans la lignée des pédagogues progressistes.

Méthode mixte[modifier | modifier le code]

D'autre part, des polémiques récurrentes assimilent à cette méthode les méthodes mixtes, en raison de leur « départ global », voire toute méthode qui ne soit pas strictement alphabétique[9].

Méthode idéo-visuelle[modifier | modifier le code]

La méthode non phonétique décriée par les médias n'est pas une méthode active et globale. C'est la méthode idéo-visuelle dite « approche globale de la lecture ». Elle a été initiée par Jean Foucambert et l'Association française pour la lecture dans les années 1970 en reprenant de façon très partielle et caricaturale quelques points de la méthode globale notamment de Decroly.

Depuis les années 1970, Éveline Charmeux et Jean Foucambert ont introduit des exercices de lecture globalisante dans des méthodes idéo-visuelles dont le manuel Objectif lire s'inspire. La lecture idéo-visuelle se fait par la reconnaissance d'un mot en entier, ou parfois d'une phrase entière, sans passer par le déchiffrage des syllabes. Elle est naturelle et spontanée, et se met en place dès qu'un mot devient suffisamment familier pour être reconnu instantanément. Elle peut se comparer au processus utilisé pour lire des langues telles que le chinois, basées sur des idéogrammes. Cependant, la constitution de la langue français ne peut être comparée aux idéogrammes chinois. En effet, contrairement à l'écriture chinoise dont les symboles sont visiblement naturalistes, en lien avec le réel, l'origine des lettres et des mots français est perdue. La langue française est devenu très abstraite dans la vie quotidienne. S'il est vrai que les petits français traitent en premier lieu les lettres et les mots comme des dessins (les logographes), ce traitement trop superficiel ne permet pas d'apprendre de comprendre le mot, ni à le décomposer.

Ainsi, la méthode idéo-visuelle n'est pas à confondre avec la méthode globale [10]. Cette dernière met en jeu également la syllabe même si elle prend comme point de départ le mot.

Cette situation crée des confusions médiatiques et politiques et des incompréhensions parmi les parents.

Critiques[modifier | modifier le code]

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Suite a des oppositions idéologiques entre une vision traditionaliste contre la pédagogie progressiste, et des amalgames scientifiques avec la méthode non-phonétique idéo-visuel, la méthode globale et les pédagogues sont accusés de tous les maux.

En l'amalgamant avec la méthode idéo-visuelle, les détracteurs de la méthode globale la présente toujours non pas comme une méthode d'apprentissage mais comme un processus permettant la lecture rapide de mots connus, identifiés instantanément de manière photographique.

Bien qu'aucune "méthode globale" n'ait jamais été utilisée, elle est tout de même accusée de provoquer dyslexie et dysorthographie. Le Figaro accuse cette méthode d'introduire de la confusion dans l'esprit des enfants et 21 % de ceux-ci entrent au collège « sans comprendre ce qu'ils lisent[11] ».

De plus, aucune étude scientifique n'a jamais fait le lien entre la lecture globale et les pathologies citées, ce qui est également confirmé par le fait que les anglophones ont un mode de lecture principalement global et ont un taux de dyslexiques correspondant à celui des francophones[12].

Les travaux de Stanislas Dehaene[13] semblent indiquer que la reconnaissance globale des mots ferait toujours appel à un "un traitement parallèle des lettres", mais à une vitesse très rapide. Toutefois, les conclusions qui en ont été tirées concernant l'apprentissage de la lecture sont critiquées par les enseignants, qui décrivent de nombreux biais scientifiques rendant impossibles de telles conclusions[14] »

De manière étonnante, malgré l'absence de toute "méthode globale", le ministre de l'Éducation Gilles de Robien a déclaré en 2005 qu'il fallait « abandonner une fois pour toutes la méthode globale[15] », même si dans la pratique, elle n'a jamais été utilisée de manière générale dans les écoles, remplacée par les méthodes mixtes ou semi-globale (idéo-visuelle) qui comportent pour beaucoup, parents et experts (orthophonistes ou psychologues[16]) les mêmes effets nocifs.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. thèse universitaire, lyon 2
  2. La querelle des méthodes, SH, 2011
  3. « Chronique « histoire de l'enseignement ». Méthode syllabique et méthode globale : quelques clarifications historiques », Le français aujourd'hui, Anne-Marie Chartier et Jean Hébrard, 2/2006 (no 153), p. 113-123.
  4. Méthode syllabique, thèse Lyon 2
  5. Emile Jalley, «Wallon : un regard épistémologique», Les cahiers psychologie politique [En ligne], numéro 10, Janvier 2007
  6. E. Claparède, Exemple de perception syncrétique chez un enfant, Archives de psychol., Genève, t. 7, 1908, p. 198
  7. [Michel Delord, La globale et la Syllabique, Groupe de Réflexion Interdisciplinaire sur les Programmes, 2006
  8. La méthode globale, cette galeuse, Freinet, 1959
  9. Voir à ce sujet Marc le Bris, Et vos enfants ne sauront pas lire... ni compter, Stock, 2004.
  10. « Michel Delord, La Globale et la Syllabique, Groupe de Réflexion Interdisciplinairesur les Programmes »,‎
  11. « B.A.-BA : les instits font de la résistance », Le Figaro, 16 septembre 2006
  12. Troubles spécifiques des apprentissages, INSERM, 2007
  13. Les neurones de la lecture, Paris, Odile Jacob, 2007, chapitre 5.
  14. « Pédagogies et sciences neurobiologiques ou neurocognitives », Bernard Collot, 22 mai 2014
  15. Conférence de presse sur la lecture - Ministère de l’Éducation nationale
  16. Article de L'Express du 13/09/2001 sur le livre Dysléxie, une vraie fausse épidémie de Colette Ouzilou

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Meirieu, Apprendre... oui mais comment, ESF éditeur, collection Pédagogies, 1987 (réédition 2009).
  • Célestin Freinet, La méthode globale, cette galeuse !, l’Éducateur (n° 19 du 30 juin 1959, pp. 25-31).
  • Marc le Bris, Et vos enfants ne sauront pas lire ... ni compter !, Stock, 2004.
  • Carole Tisset, Apprendre à lire au cycle 2, Hachette Éducation ([PDF] extraits).

Liens externes[modifier | modifier le code]