Méthode globale

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La méthode globale est une stratégie pédagogique surtout connue pour son apprentissage de la lecture. Bien qu'il existe des précurseurs, elle a été actualisée par les mouvements de l'éducation nouvelle et par l'apport de la psychologie[1] notamment par le médecin et pédagogue Ovide Decroly. Elle a également été soutenue par Henri Wallon. La méthode globale prend en compte le développement complexe de la psychologie de l'enfant. C'est une méthode dite « active »[2]

Historique[modifier | modifier le code]

Décrite dès 1787 par Nicolas Adam, la méthode globale s'est développée au début du XXe siècle, sous l'impulsion d'Ovide Decroly qui, qualifié pour cela de « père de la méthode globale », a axé son apprentissage de la lecture par processus global, afin d'aider les enfants en difficulté n’arrivant pas à lire par les méthodes habituelles. Cette démarche a eu pour effet de lancer une réflexion des pédagogues sur l'existence et le rôle de la lecture globale. Le docteur Decroly s'adressait à des élèves porteurs de pathologies d'apprentissage avant d'appliquer ses expériences pédagogiques auprès des enfants ordinaires. « Decroly reconnaissait ce principe affirmé par Claude Bernard : qu'il n'y a pas de lois différentes pour la maladie et pour l'état de santé; les mêmes lois biologiques, et peut-on ajouter, psychologiques jouent dans les deux cas.» [3]. Contrairement à de nombreux mouvements utopiques de l'Éducation Nouvelle, Decroly « agit en vrai savant ». Ses expériences pédagogiques sont toujours encadrées par les conclusions psychologiques. Sinon, sa méthode n'a jamais été reproduite telle quelle dans les classes traditionnelles. Dans les années 1970, dans le cadre du post-modernisme, elle a été réduite à la lecture idéo-visuelle bien que cette conception ait été invalidée par son collaborateur J.E. Segers en 1939.

Contenu[modifier | modifier le code]

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Ovide Decroly résume « l’activité globalisatrice » ainsi : « Elle fait le pont entre l’activité instinctive et l’activité intelligente supérieure... Elle fonctionne spontanément chez les enfants et permet des acquisitions importantes telles que le langage, les connaissances sur le milieu matériel, vivant, social et aussi l’adaptation à une série de formes d’activités. La mère l’utilise inconsciemment pour éduquer l’enfant et lui faire acquérir diverses techniques importantes, notamment le langage... elle peut être appliquée non seulement dans l’initiation aux techniques (lecture, écriture, orthographe) mais aussi aux branches de connaissances relatives à la nature et l’homme (sciences naturelles, histoire, géographie) et à l’expression de ces connaissances dans la langue maternelle ou une autre langue...»[4].

C'est dans sa critique de la notion associationniste suite à sa recherche en psychologie génétique qu'Ovide Decroly a mis en avant la fonction de globalisation, « un processus général et complexe ». De là, il a tiré de ses expériences des applications pédagogiques qui permettent selon les faits d'aller à l'analyse[5]. Il nomme sa méthode soit idéo-visuelle, soit visuelle-naturelle ou encore visuelle idéo-graphique. Selon son collaborateur, J.-E. Segers, sa méthode pédagogique a fait ses preuves et « l'expérience a prouvé sa supériorité pédagogique sur la méthode analytique-synthétique des mots types. »[6].

Cependant, la psychologie expérimentale mise en pratique par J.-E. Segers en 1939 rectifie quelques-unes des affirmations d'Ovide Decroly sur sa méthode de lecture[7]. C'est le cas notamment sur le mot défini comme écriture idéographique. Ses points sont aujourd'hui rassurés par la technique des neurosciences. Cependant la méthode globale ne se réduit pas à la lecture strictement idéovisuelle. Cela n'invalide pas la méthode globale. Ça la rectifie et renforce le cadre théorique. D'où son importance chez Henri Wallon et les pédagogues qui la promeuvent et la soutiennent à la suite de ses résultats. Cette promotion de la méthode globale ne se fait donc pas par pure idéologie comme le soutiennent les traditionalistes et Liliane Lurçat, l'ex-stagiaire d'Henri Wallon. Ces derniers réduisent en effet comme les pédagogues du post-modernisme dans les années 1970, la méthode globale à la lecture idéo-visuelle bien que cette vision idéographique ait été invalidée par la psychologie expérimentale en 1939.

Les expérimentations de Segers rassurent également le cadre théorique de la méthode globale malgré l'invalidation de faits. En effet, elles montrent également l'importance de l'intérêt de l'enfant pour le contenu dans l'apprentissage de la lecture comme l'affirmait Ovide Decroly. De ce fait, les syllabes et les lettres isolées comme dans la méthode syllabique ne suffisent pas à elles seules pour que l'enfant reconnaisse spontanément et rapidement un mot. Il y a une nécessité à retenir l'attention par des mots ou phrases en rapport avec les goûts et les habitudes familières de l'enfant[7]. Il y a une mise en jeu d'une dialectique entre le décodage et l'intérêt global de l'enfant.

Le cadre principal de la méthode globale est donc les centres d'intérêt. Ainsi « Les notions, qui sont à enseigner à l'école sont des notions que le maître pourrait rattacher aux intérêts de l'enfant, aux nécessités de la vie qui est celle de l'enfant, aux conditions du milieu auquel il appartient. »[8].

Les méthodes « actives » mises en jeu permettent ainsi à l'enfant d'observer le monde qui l'entoure, de s'exprimer sur ses objets passés et surtout actuels et d'associer les expériences de chacun entre eux en les conciliant avec une recherche documentaire soit en pratiquant une méthode d'investigation ou d'enquête. Les trois principes de la pédagogie de Decroly et donc de la méthode globale dont en lecture sont : observation, expression, association. Contrairement à d'autres écoles de l'Éducation Nouvelle qui se protègent du monde extérieur, la méthode globale mise en pratique par Decroly est ouverte sur le monde[9].

Apprentissage de la lecture[modifier | modifier le code]

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  • Généralité

La méthode globale (ba-b.a.) et la méthode syllabique (b.a.-ba) sont toutes deux des méthodes phonétiques. Elles font le lien entre lettres et sons[10]. La lecture globale part du tout (du mot) pour aller à la partie (la syllabe). Mais il existe des va-et-vient entre ba et b-a. En lecture, la méthode globale peut être considérée comme une mise en œuvre de la dialectique entre le mot et la syllabe : ba ⇔ b.a.

En effet,« il existe deux « boîtes », deux « voies » coordonnées, qui fonctionnent ensemble, de façon d'ailleurs différentielle selon le matériel, les moments, et peut-être aussi les lecteurs, dans l'apprentissage puis la maîtrise de la lecture. La voie indirecte, ou analytique, est utilisée de préférence par les enfants dits « phéniciens » pour déchiffrer les mots qui se prononcent « normalement », la voie directe ou globale, basée sur la configuration spatiale du mot, par les sujets dit « chinois » pour les mots irréguliers, c'est à dire dont la prononciation ne correspond pas à l'écriture. Après être passé une dizaine de fois par la boîte phénicienne, les mots connus sont stockés dans la boîte chinoise. Les adultes ne lisent jamais en épelant syllabe après syllabe ! Aussi bien une méthode strictement syllabique est-elle impraticable dans les langues européennes qui, surtout comme le français et l'anglais, ne s'écrivent pas tout à fait comme elles se parlent, et même assez loin de là (ex : mai, mais, maie, mes, mets, m'est, m'ait, m'aient, m'aient...). » (En gras dans le texte)[11].

D'un point de vue général, la méthode globale a été principalement enseignée en Belgique et en Suisse[1]. Elle a trouvé peu d'échos pratiques en France à cause probablement du soupçon de « marxisme ». Le promoteur de la méthode globale en France, Henri Wallon est membre du PCF à la suite de l'exécution par les nazis de son collègue Georges Politzer.

La méthode globale dans l'apprentissage de la lecture est souvent confondue avec la méthode de lecture idéo-visuelle[1] qui est une méthode dite d'approche globale de lecture[1]. La méthode idéovisuelle n'est pas phonétique (ba ⇒ ba) et ne cherche pas à établir a priori de lien entre les signes et leur prononciation, entre code oral et code écrit. Or, il n'existe pas d'approche globale de lecture pure dans l'enseignement de la langue française, mais des processus d'apprentissage de la lecture « globaux » qui ne vont pas sans analyse. La méthode globale dans l'apprentissage de la lecture met en œuvre une dialectique entre les perceptions globale et analytique.

  • Opposition

La méthode globale trouve rapidement des détracteurs parmi ceux qui estiment que la méthode syllabique est un mode d'apprentissage de la lecture plus fiable. La méthode syllabique conduirait à un apprentissage de la lecture plus lent que l'apprentissage par la méthode globale (9 mois en moyenne au lieu de 3 mois) mais, la lecture du texte est acquise systématiquement. L'apprentissage par la méthode globale met l'accent sur la compréhension.

Cela entraîne ainsi des prises de position idéologiques opposant les partisans de l'apprentissage rapide de la lecture (la méthode globale) et les partisans d'un apprentissage plus lent mais qui, à leurs yeux, a fait ses preuves (la méthode syllabique).

Mais, c'est surtout à la suite de la critique de la méthode d'approche globale de lecture (méthode idéo-visuelle) que la méthode globale est vivement prise à partie par les médias et les politiques. Cet amalgame conduit les ingénieurs de la psychologie scientifique (cognitivisme et neuroscience) pratiquant une démarche « basée sur les preuves » (Evidence-Based)[12] à soutenir l'hypothèse syllabique. En fait, ça confirme simplement l'étude expérimentale de Segers réalisée en 1939 infirmant le principe idéovisuel pur mis en avant de façon factuelle par Ovide Decroly. Segers disqualifie encore plus le son dans son étude. Bien qu'il ne peut découvrir le cadre exacte du processus d'apprentissage de la lecteur autre qu'idéovisuel, il intègre cependant le visuel bien plus le son.

  • soutien

A contrario, les pédagogues comme le psychologue français Henri Wallon[13] vont à la méthode globale de par leur regard/pensée complexe et dialectique. L'enfant a en effet une perception syncrétique (globale) des choses bien qu'il ait des difficultés à les abstraire[14] comme le montrent également les expérimentations de Jean Piaget). De ce fait, l'initiation de la lecture par la méthode globale passe par l'apprentissage de l'abstraction.

Elle lie dialectiquement la méthode analytique et la méthode synthétique. Dès lors, opposer lecture syllabique et lecture globale n'aurait aucun sens. En effet, tout lecteur aurait besoin de la lecture syllabique pour déchiffrer les nouveaux mots, et de la lecture globale pour lire rapidement les mots familiers. Ainsi, contrairement à la méthode syllabique, la méthode globale met en œuvre véritablement une méthodologie de lecture[15].

Ambiguïté de l'appellation ?[modifier | modifier le code]

Méthode mixte : Toutes pratiques de lecture sauf le Béaba[modifier | modifier le code]

Certains spécialistes assimilent à la méthode globale les méthodes mixtes, voire toute méthode qui ne soit pas strictement alphabétique[16], en raison de leur « départ global ». Dans ce cadre la lecture est une simple discipline sans association avec les autres domaines.

Méthode naturelle : Célestin Freinet ou l'adaptation de la méthode Decroly[modifier | modifier le code]

L'appellation « méthode globale » semble ambiguë, car, comme le confirmait déjà Célestin Freinet en 1959 aucune « méthode globale » n’est employée dans les écoles françaises comme méthode de base[17]. Il est à noter que la Méthode naturelle de lecture-écriture (ou MNLE), qui ne se veut pas globale. Elle fait appel cependant à tous les processus de lecture, qu'il s'agisse d'un processus syllabique ou d'un processus global.

Toutefois, pour Michel Delors, c'est une méthode globale dans la lignée des pédagogues issus de l'éducation nouvelle. En effet, selon Freinet lui-même, la méthode naturelle est « Une adaptation technique de la méthode Decroly (par) l'imprimerie à l'école » (Hommage au Dr Decroly, 1932)[18]. Mais, Célestin Freinet contrairement à Ovide Decroly trouve que les études psychologiques n'ont pas d'application utile en pédagogie. Henri Wallon fait déjà remarquer dans les années 1950, que Freinet réduit la psychologie à la « psychologie dite scientifique » qui par son technicisme n'a aucun contact avec l'enfant. Or, le contact avec l'enfant dans son milieu est primordial aux psychologues. Si, Célestin Freinet refuse l'évaluation par les psychologues, la méthode naturelle intègre la psychologie d'Ivan Pavlov qui comme le montre Henri Wallon n'est pas néant de dialectique.

Méthode idéo-visuelle : Écart entre l'idéovisuelle d'Ovide Decroly et l'idéovisuelle pure[modifier | modifier le code]

La méthode non phonétique, décriée par les médias, n'est pas une méthode active et globale : c'est une méthode purement idéo-visuelle dite « d'approche globale de la lecture ». Elle a été initiée par Jean Foucambert et l'Association française pour la lecture (AFL) dans les années 1970 en reprenant autrement des points de la méthode globale notamment de Decroly. Decroly nommait également « sa méthode de lecture méthode idéo-visuelle » [19]. Cependant en 1939, le psychologue Segers « en a rectifié quelques-unes des affirmations sur lesquelles elle s'appuyait » notamment sur le mot qui « fait penser à l'écriture idéographique » [19]. Ce qui n'a pas été rectifié chez Jean Foucambert.

D'un point de vue psychologique, la méthode idéo-visuelle est naturelle et spontanée, c'est à dire qu'elle suit le développement de l'enfant. La lecture se met en place dès qu'un mot devient suffisamment familier pour être reconnu instantanément. Chez Decroly, cette reconnaissance rentre dans le cadre globale des « centres d'intérêts ». L'observation et la pratique sont donc primordiale avant l'apprentissage de la lecture : « L'intérêt et le jeu devraient-être les facteurs principaux dans ce procédé et nous voyons souvent des enfants qui réussissent à lire couramment sans connaître ni lettre ni syllabes. Le résultats est naturellement individuel. Il n'y a donc, à proprement parler, pas de méthode, mais une évolution naturelle» [20].

Or, ce qui n'est pas le cas dans les années 70 avec la méthode idéovisuelle pure où la lecture est devenue une discipline pure soit une technique de lecture. Suite à de grave erreur dans sa pratique pédagogique (« mécaniser et de faire généraliser trop tôt ») et après sa seconde édition de « La méthode Decroly », Mme Hamaïde en a supprimé le chapitre « précisions techniques » pour suivre parfaitement le cadre théorique d'Ovide Decroly notamment la globalisation. A contrario, l'approche idéovisuelle de Jean Foucambert est purement linguistique. L'alphabétisation passe a priori pour lui d'abord par l'écrit.

Aussi bien chez Decroly que Foucambert, la lecture idéo-visuelle se fait par la reconnaissance d'un mot entier ou plutôt d'une phrase entière plus expressive, sans passer par le déchiffrage des syllabes ou des sons mémorisés sans significations[21]. Cette reconnaissance ce fait effectivement de manière inconsciente chez les enfants avant l'âge de parler[22].

Chez Jean Foucambert, la méthode idéo-visuelle aborde donc d'abord l'écriture soit « le message-information (code écrit) » avant d'aborder la phonétique soit « le code informatique (code oral) » [23].

La méthode idéovisuelle que ce soit dans les années 1920 ou dans les années 1970 est comparée au processus utilisé pour lire des langues telles que le chinois, dont le mécanisme repose sur des idéogrammes. C'est effectivement le point de vue mécaniste de Jean Foucambert influencé par l'informatique[24], mais réfuté par Amélie Hamaïde.

Or, même si Stanislas Dehaene met en avant que lire dans n'importe quelles langues active les mêmes zones du cerveau, la constitution de la langue française ne peut être comparée aux idéogrammes chinois. En effet, l'écriture chinoise et l'écriture française ne sont pas le résultat de la même histoire. L'origine des lettres et des mots français est latine, et l'écriture de la langue latine repose sur l'usage de l'alphabet.

S'il est vrai que les petits Français traitent en premier lieu les lettres et les mots comme des dessins (les logographes), ce traitement trop superficiel ne permet pas d'appréhender le mot, ni à le décomposer. Cependant, si le visuel pur ne suffit pas, le son pur l'est encore moins comme le fait remarquer J.E. Seger. Comme le démontre Éveline Charmeux, dans l'apprentissage de la lecture, il y a certes l'importance de la linguistique, mais aussi une importance de l'organisation spatiale [25]. René Zazzo découvre également l'importance de la spatialité dans la lecture lorsqu'il rencontre une jeune ado dans l'incapacité à apprendre à lire bien qu'ayant un QI de 120 soit catégorisée dans les « sur-douées » ou « haut-potentiel ». Cette dyslexie est la conséquence de problème dans la reconnaissance des choses dans l'espace[26]. Il en a ainsi reconnu par cette étude la pluralité d'intelligences avant les études d'Howard Gardner. Or, étant donné que « l'on ne saurait distingué l'intelligence de ses opérations »[27], le « mode opératoire naturel » (MoON) déterminant à l'apprentissage de la lecture est ainsi le MoON spatial[28]. L'observation de ce qui nous entoure et de sa configuration pour l'apprentissage de la lecture est primordial dans « la méthode Decroly ». « spatiale » est préférable à « visuel » car il englobe les voyants dont sourds et les non-voyants, puis, les divers formes de langages.

Les résultats de l'approche linguistique pure de la méthode idéovisuelle semblent selon ses détracteurs largement inférieures à ceux obtenus par les autres méthodes traditionnelles : synthétique, analytique-synthétique[10]. Cependant, l'approche globale de la méthode idéovisuelle soit lorsqu'elle est intégrée au cadre de la méthode globale d'Ovide Decroly, les résultats escomptés y sont plus précoces.

Ainsi, la méthode idéo-visuelle pure ne doit pas être confondue avec la méthode globale[29]. La méthode idéovisuelle est une composante dépendante de la méthode globale soit de la stratégie globale mise en place par Ovide Decroly en pédagogie. Ces méthodes ne sont points des techniques d'apprentissage mais plutôt des stratégies à l'apprentissage. Dans ce cadre global en lecture, la méthode idéovisuelle (ou plutôt spatio-linguistique) met en jeu dialectiquement la syllabe et le mot, même si elle prend comme point de départ le mot.

Critiques[modifier | modifier le code]

Bien que, officiellement, aucune méthode purement globale n'ait jamais été utilisée pour l'apprentissage de la lecture en France[1], elle est accusée de provoquer dyslexie et dysorthographie. Or, selon l'enquête par questionnaire de É. et J. Fijalkow, l'enseignement de la lecture par la syllabique, le son et des livres de jeunesse est en moyenne à plus de 50% en 1990 et de 80% en 2009[30]

Débats scientifiques[modifier | modifier le code]

Les études scientifiques démontrant le lien entre l'apprentissage de la lecture par la méthode globale et certaines pathologies comme la dysorthographie existent désormais[31] et sont venues compléter les résultats de l'étude menée en 2005 par la Fédération nationale des orthophonistes (FNO) qui avait démenti que la méthode globale soit la cause d'apparition de dyslexie[32] qui, lorsqu'elle est avérée, a des origines "biologiques, génétiques et est donc antérieure à toute méthode d'apprentissage". Ces mêmes scientifiques soutiennent ensuite que la méthode globale « était la pire manière d'apprendre à lire pour des enfants dyslexiques », car « ces enfants ont plus besoin que les autres du décodage syllabique ». La prévalence de la dyslexie est de 5 à 12 % de la population, selon les différentes études[33].

Les travaux de Stanislas Dehaene[34] semblent indiquer que la reconnaissance globale des mots ferait toujours appel à « un traitement parallèle des lettres », mais à une vitesse très rapide. Cela a conduit ce scientifique à condamner la méthode globale en ces termes : « À la lumière de ces découvertes, ce que nous apprennent les neurosciences rejoint et étaie les sciences de l’éducation. On comprend notamment pourquoi la « méthode globale » d’apprentissage de la lecture est condamnée à ne pas bien fonctionner. En effet cette dernière attend de l’enfant qu’il reconnaisse un mot entier – « chaise », « vache », « lapin » – et non ses composantes autonomes, associations de graphèmes et de phonèmes, que l’enfant devra décomposer en lettres et en sons. Or ce sont bien sur ces segments, à commencer par les lettres, que travaille le cerveau, quand il mobilise ses algorithmes de reconnaissance des visages. Le « b a ba » dont on s’est tant moqué est ce qui permet le mieux d’activer et de recycler les zones cérébrales adéquates. »[35]

Après la « crise de vulgarisation » des notions et des concepts des Pédagogies nouvelles après 1968, la notion de « méthode ou lecture globale » a été « galvaudée et utilisée sans jamais avoir été analysée et évaluée »[36].

Or, Émile Jalley montre que « l'ultra-empirisme » des neurosciences et de la psychologie scientifique rejette l'histoire, la pensée complexe (dialectique) et nie l'abstraction[37]. Ces méconnaissances conduisent à des conclusions contraires à leurs résultats. De ce fait, les résultats des mesures a priori remettent a posteriori à jour le cadre théorique mis en avant par les pères de l'école de la république (Ferdinand Buisson avec la méthode d'écriture/lecture), les psychologues ou les pédagogues de l'éducation nouvelle comme Decroly, Henri Wallon, Montessori entre autres. Soit pour mettre en parallèle Daehene entre guillemets et la pédagogie nouvelle entre parenthèse : "attention" (le regardé/l'observation pure), "engagement actif" (la praxis/la pratique/l'action), "feedback" (l'évaluation, apport de la psychologie et de la psychanalyse), "automatisation" (l'acquisition, automatisme chez Henri Wallon)...

Les neurosciences ne démentent pas la méthode globale (BA ⇔ B-A) qui met en jeu de manière dialectique l'alphabétique et le phonétique. C'est plutôt la méthode idéo-visuelle (BA ⇒ BA) dite de lecture globale (non alphabétique et a-phonétique) qui est mise en cause. D'ailleurs, sur son site, Stanislas Dehaene montre en exemple une école Montessori soit une école mettant en jeu des méthodes globales et actives.

Débats idéologiques[modifier | modifier le code]

Les traditionalistes et Liliane Lurçat pensent que les pédagogues cherchent à briser l'éducation soit les traditions pour les uns et l'autorité républicaine pour la psychologue. les premiers prônent la méthode syllabique avec sa méthode de lecture-écriture et la seconde prône une méthode analytique-synthétique soit d'écriture-lecture déjà mise en avant par Ferdinand Buisson. Tous réduisent la méthode globale à l'aspect idéo-visuelle qui fait du mot un idéogramme. Et Lurçat la comprend comme si la méthode globale ne faisait pas intervenir l'écriture. Il est vrai que la lecture idéo-visuelle a été constituée en pratique dogmatique dans la période post-moderniste soit après 1968. C'est cette méthode en premier lieu qui est décriée par Liliane Lurçat même si elle en accuse l'Éducation Nouvelle dont Henri Wallon avec qui elle a travaillé 11 ans. Or, ce concept a été invalidé par Segers, le collègue de Decroly, en 1939 puis pris en compte par Henri Wallon et les pédagogues dont Freinet qui a adapté la méthode decrolyenne par l'imprimerie. L'écriture et le langage sont tout aussi importants dans l'apprentissage de la lecture chez Decroly et la « pédagogie progressive » (expression de Dewey) qui n'a pas été non plus sans évaluation scientifique contrairement à ce que Franck Ramus et Stanislas Dehaene sous-entendent.

La méthode globale a conduit à de vives polémiques dès son émergence. Après une accalmie dans les années 1980 et 1990, le débat est relancé par le ministre de l'Éducation Nationale. Ainsi, après avoir toujours réfuté l'usage de la méthode globale pour l'apprentissage de la lecture en France, Gilles de Robien a déclaré en 2005 qu'il fallait « abandonner une fois pour toutes la méthode globale[38] ». Cet appel semble arriver à contre-temps, alors que la méthode globale dans sa forme pure avait depuis longtemps fait place aux méthodes mixte ou semi-globale. Ces dernières comporteraient d'ailleurs, pour les parents et certains experts (orthophonistes ou psychologues[39]), les mêmes effets nocifs que la méthode globale elle-même.

Cet appel officiel de Gilles de Robien eut pour effet de réactiver les controverses opposant les partisans de la méthode globale et ceux de la méthode syllabique, la remettant au premier plan des discussions consacrées à la pédagogie[40].

Ainsi, selon Laure Dumont, auteur de Globale ou B.A.-BA ? Que cache la guerre des méthodes d’apprentissage de la lecture ?, le débat sur la méthode de lecture n'est pas seulement un débat sur la méthode d'apprentissage de la lecture. Il s'agirait aussi d'une lutte idéologique et/ou politique qui se cristalliserait à travers ce débat.

Même s'il subsiste encore des amalgames, Roland Goigoux considère que le débat des méthodes est un débat "archaïque", qui n'a plus lieu d'être et doit être dépassé [41].

Cependant, ces polémiques sont une résurgence des débats entre culture et nature, inné et acquis, tradition et modernité. Dans le cadre médiatique et politique, on ne parvient pas à dépasser ces oppositions comme l'a fait la Pédagogie Nouvelle qui met en œuvre consciemment ou inconsciemment une dialectique entre la biologie, la psychologie et la sociologie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e « Chronique « histoire de l'enseignement ». Méthode syllabique et méthode globale : quelques clarifications historiques », Le français aujourd'hui, Anne-Marie Chartier et Jean Hébrard, 2/2006 (no 153), p. 113-123.
  2. Decroly est connu pour être le théoricien de la méthode globale. Or, selon son confrère Henri Wallon : « En pédagogie Decroly est connu (également) comme un des grands initiateurs des méthodes dites actives » (Henri Wallon, Rapport de la psychologie et de la pédagogie chez Decroly. L'Ére Nouvelle, 1952, 77-72, 58-64. in Henri Wallon. Œuvre 5 - (1951-1956) (p. 133). L'Harmattan.)
  3. Henri Wallon (mars 1953). L'œuvre du Dr O. Decroly (p. 3-14). Pantin, C.F.E.P (comité Français pour l'éducation périscolaire) (rééd.in Enfance, 1968, 1-2, 91-101. E11968.EL). in Henri Wallon - Œuvres 5 (1951-1956) (p. 159). L'Harmattan
  4. Beaume, E. (2006). La méthode globale - (Extrait de La lecture, préalable à sa pédagogie, Edmond Beaume, 1985, AFL, épuisé). In Les Actes de Lecture (n°95_septembre 2006) (en ligne).
  5. Simon Jean. Contribution à la psychologie de la lecture (p. 434-435). In: Enfance, tome 7, no 5, 1954. p. 431-447. (en ligne)
  6. Seger, J.-E.(1926). Perception visuelle chez l'enfant (p. 751). In Pierre Janet, Georges Dumas, Journal de psychologie normale et pathologique. PUF. (extrait en ligne)
  7. a et b Segers, J.-E., La psychologie de la lecture et l'initiative à la lecture par la méthode globale. Anvers. Boekhandel, 1939, 1-VF1 (Avec préface d'Henri Wallon. également in Henri Wallon : Œuvres 4 (1938-1950) (p. 52-54). L'Harmattan, 2015.)
  8. Henri Wallon (mars 1953). L'œuvre du Dr O. Decroly (p. 3-14). Pantin, C.F.E.P (comité Français pour l'éducation périscolaire) (rééd in Enfance, 1968, 1-2, 91-101. E11968.EL). in Henri Wallon - Œuvres 5 (1951-1956) (p. 165). L'Harmattan
  9. Henri Wallon (mars 1953). L'œuvre du Dr O. Decroly (p. 3-14). Pantin, C.F.E.P (comité Français pour l'éducation périscolaire) (rééd.in Enfance, 1968, 1-2, 91-101. E11968.EL). in Henri Wallon - Œuvres 5 (1951-1956) (p. 163-165). L'Harmattan
  10. a et b La querelle des méthodes, SH, 2011
  11. Émile Jalley (2007). Critique de la raison en psychologie - La psychologie scientifique est-elle une science ? (p. 291-2). L'Harmattan.
  12. Cette démarche techniciste basée sur les preuves à pour origine la Médecine fondée sur les faits(Evidence-based Medecine). Or, cette démarche est critiquée par la « Science-based Medecine » parce qu'elle est incomplète. Par ailleurs, les outils de l'EBM comme les Essais randomisés contrôlés et le Théorème de Bayes sont détournés par le spiritualisme et le marché (anti-ride, homéopathie...) d'autant plus que l'EBM ne permet pas de trancher bien que l'on sait de manière théorique leur inefficacité. L'EBM cherche également à décrédibiliser dans la lutte au financement de la recherche les démarches scientifiques non empirique et non linéaire. C'est aussi ce que l'on rencontre chez Franck Ramus et Stanislas Dehaene, promoteur de l'evidence-based en éductation, vis à vis des sociologues et des pédagogues qui ont une démarche naturaliste et dialectique.
  13. Émile Jalley, «Wallon : un regard épistémologique», Les cahiers psychologie politique [En ligne], numéro 10, janvier 2007
  14. E. Claparède, Exemple de perception syncrétique chez un enfant, Archives de psychol., Genève, t. 7, 1908, p. 198
  15. [Michel Delord, La globale et la Syllabique, Groupe de Réflexion Interdisciplinaire sur les Programmes, 2006
  16. Voir à ce sujet Marc le Bris, Et vos enfants ne sauront pas lire... ni compter, Stock, 2004.
  17. La méthode globale, cette galeuse, Freinet, 1959
  18. Paragraphe 17 in Chartier Anne-Marie, Hébrard Jean, « Chronique « histoire de l'enseignement ». Méthode syllabique et méthode globale : quelques clarifications historiques », Le français aujourd'hui 2/2006 (no 153) , p. 113-123 en ligne
  19. a et b Wallon H., in Segers, 1939)
  20. Hamaïde, A (1946). La méthode Decroly (p.134). 4ème édition. Delachaux & Nestlés.
  21. Jean Foucambert (1986). L'acte de Lire (p. 30). In Lire, une autre approche de la lecture. CNDP, CDDP de la Drôme.
  22. Steinberg Danny D., Steinberg Mihio T., Bézot Jean-François. Apprendre à lire avant de savoir parler. In: Communication et langages, no 30, 1976. p. 34-61.
  23. Jean Foucambert : C’est par le message qu’on accède au code...
  24. p. 59 : Lobrot Michel. Foucambert (Jean). La manière d'être lecteur : Apprentissage et enseignement de la lecture de la maternelle au CM 2. In: Revue française de pédagogie, volume 39, 1977. p. 59-61.
  25. Éveline charmeux (1986). Pourquoi construire une pédagogie efficace de la lecture. In Lire, une autre approche de la lecture, CNDP, CDDP de la drôme
  26. Zazzo, R. (1983). « A propos de ces enfants que vous dites exceptionnels ». In Où en est la psychologie de l’enfant ?, Denoël
  27. Henri Wallon cité par Émile Jalley (2014). Louis Althusser et quelques autres (Notes de cours 1958-1959) (p136). éd. L'Harmattan (partie 4.2, chap. L’encyclopédisme dialectique dans la psychologie d’Henri Wallon).
  28. Yves Richez (2017). Détection et développement des talents en entreprise. ISTE
  29. « Michel Delord, La Globale et la Syllabique, Groupe de Réflexion Interdisciplinaire sur les Programmes », .
  30. Jacques Fijalkow, Méthodes de lecture : la réalité n'a rien à voir avec ce qu'on imagine au Collège de France Paru dans Scolaire le mercredi 22 janvier 2014. déposé sur le site de l'information des professionnel de l'éducation ToutEduc.
  31. DEHAENE, « Les quatre piliers de l'apprentissage, ou ce que nous disent les neurosciences », Paris Tech Review,‎ (lire en ligne)
  32. Sandrine Blanchard, Les orthophonistes démentent tout lien entre dyslexie et méthode globale, Le Monde, 12.12.2005
  33. Expertise collective INSERM. Données de prévalence., [1] Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie. Bilan des données scientifiques (p. 175-190). Paris : Les éditions Inserm, 2007
  34. Les neurones de la lecture, Paris, Odile Jacob, 2007, chapitre 5.
  35. DEHAENE, « Les quatre piliers de la l'apprentissage », paris tech review,‎ (lire en ligne)
  36. Wagnon, S. (2012). La pédagogie Decroly en France (1939-1968). In Laurent Gutierrez, Laurent Besse et Antoine Prost, 'Réformer l'école - L'apport de l'Éducation nouvelle (1930-1970). PUG
  37. Émile Jalley (2015). La réforme du collège - Sauver l’école Une question de vie ou de mort. L'Harmattan
  38. Conférence de presse sur la lecture - Ministère de l’Éducation nationale
  39. Article de L'Express du 13/09/2001 sur le livre Dyslexie, une vraie fausse épidémie de Colette Ouzilou
  40. « contre la méthode globale - mobilisons-nous »
  41. Roland Goigoux , Apprentissage de la lecture : opposer méthode syllabique et méthode globale est archaïque, Le monde, 31.12.2013

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Segers, J.-E., La psychologie de la lecture et l'initiative à la lecture par la méthode globale. Anvers. Boekhandel, 1939, 1-VF1 (Avec préface d'Henri Wallon. préface également in Henri Wallon : Oeuvres 4 (1938-1950) (p. 52-54). L'Harmattan, 2015.)
  • Amélie Hamaïde, La méthode Decroly, 4ème édition, Delachaux et Nestlé, 1946 (première édition 1922)
  • Philippe Meirieu, Apprendre... oui mais comment, ESF éditeur, collection Pédagogies, 1987 (réédition 2009).
  • Célestin Freinet, La méthode globale, cette galeuse !, l’Éducateur (no 19 du 30 juin 1959, p. 25-31).
  • Marc le Bris, Et vos enfants ne sauront pas lire ... ni compter !, Stock, 2004.
  • Laure Dumont (2006), Globale ou B.A.-BA ? Que cache la guerre des méthodes d’apprentissage de la lecture ? Paris : Robert Laffont
  • Carole Tisset, Apprendre à lire au cycle 2, Hachette Éducation ([PDF] extraits).

Liens externes[modifier | modifier le code]