Méthode de Singapour

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

La méthode de Singapour (ou mathématiques de Singapour) est une méthode d'enseignement fondée sur le programme national de mathématiques de la maternelle à la sixième année à Singapour. Le terme a été inventé aux États-Unis pour décrire une approche, initialement développée à Singapour, de l'enseignement des mathématiques à l'aide de trois aspects fondamentaux : la modélisation, l'approche « concrète-imagée-abstraite » et la verbalisation[1].

Conçue au début des années 80 par une équipe de professeurs de mathématiques mandatée par le Ministère de l'Éducation de Singapour, sur la base des recherches menées par des pédagogues du monde entier (en particulier Jerome Bruner, Jean Piaget, George Pólya et Maria Montessori), la méthode a été ensuite implémentée dans les écoles singapouriennes sur une longue période de quinze ans, chaque professeur ayant été formé, en formation initiale et continue, à ce nouveau cursus[2].

Sa réputation est devenue mondiale quand, en 1995, Singapour s'est classée, pour la première fois, première aux évaluations TIMSS (Trends in International Mathematics and Science Study) puis en 2008, aux évaluations PISA[2]. Depuis cette date, Singapour s'est classée systématiquement première ou seconde à toutes les nouvelles évaluations.

En 2002, la méthode de Singapour est d'abord utilisée par Israël, en 2008 par les États-Unis, en 2016 la moitié des écoles du Royaume-Unis sont équipées pour cette méthode. En 2017, il y a plus de 60 pays dans le monde qui l'utilisent[2].

Les trois aspects fondamentaux[modifier | modifier le code]

La modélisation[modifier | modifier le code]

La modélisation est un aspect primordial de cette méthode car elle permet aux enfants de mettre une image sur une situation qui leur parait difficile, abstraite. Le professeur a un rôle important ici car c'est lui qui va guider les élèves pour faire un bon schéma. C'est-à-dire qu'en posant des questions, inconsciemment cela va les aider à faire un modèle qui sera plus lisible, compréhensible, clair.

Pour le cycle 2, à ce moment on peut accéder à une visualisation des quantités connues et inconnues où l'on peut par la suite déterminer l'opération qui servira à résoudre le problème.

En pratique, les situations-problèmes sont modélisées par des « schémas en barre » (bar model) qui jouent un rôle de représentation semi-concrète et aident les élèves à visualiser les quantités en jeu, tout en servant de support à leur argumentation.

L'approche « concrète-imagée-abstraite »[modifier | modifier le code]

Chaque notion est abordée d'abord sous un angle concret (situation de la vie courante, cubes, jetons…) permettant aux élèves de manipuler, et de toucher. En cela, la méthode s'inspire de la pédagogie de Maria Montessori. La ou les démarches utilisées sont la mise en situation (ou mise en problème) ou bien la manipulation d'objets de la vie quotidienne bien souvent (bâtonnets, jetons, etc). Puis la situation concrète est représentée de manière schématique (par l'élève seul ou en binôme par exemple) sur le manuel ou au tableau. Cette formalisation (ou institutionnalisation, pour reprendre la terminologie de Guy Brousseau) n'est pas caractéristique de la méthode de Singapour, mais cette dernière en fait un emploi systématique et sophistiqué qui lui confère toute son originalité : les représentations multiples des opérations mathématiques, la progression dans ces représentations, leur choix rigoureux jouent un grand rôle dans l'architecture d'ensemble et donc dans l'efficacité de la méthode. Enfin vient la représentation abstraite des nombres (chiffres et symboles).

La verbalisation[modifier | modifier le code]

Après avoir effectué les étapes précédentes, la verbalisation permet aux élèves de « verbaliser » leur pensée. Durant ce temps, ils devront décrire et expliquer les étapes qu'ils devront suivre afin de réussir à résoudre le problème initial. Le rôle de l'enseignant est encore très important ici car il doit fournir beaucoup d'exemples aux élèves pour qu'ils puissent le faire à leur tour.

S'il n'y a pas de lien formel entre la pédagogie de Singapour et la pédagogie explicite, les ponts sont très nombreux entre les deux modèles. Dans ses éditions les plus récentes en particulier, la méthode de Singapour s'inspire de la pédagogie explicite : chaque chapitre est introduit par une séance de mise en situation, au cours de laquelle les objectifs sont explicitement formulés ; puis chaque séance, également introduite par l'annonce des objectifs, laisse une place importante au modelage, c'est-à-dire un apprentissage fortement guidé par l'enseignant, au cours duquel la classe est sollicitée par un jeu dynamique de questions-réponses ; la rétroaction, c'est-à-dire pour le professeur la possibilité de corriger immédiatement les fausses conceptions, est ainsi anticipée et planifiée dans la méthode séance par séance. Chaque séance prévoit la succession d'une phase de pratique guidée (20 minutes) et de pratique autonome (20 minutes). L'objectivation des connaissances, c'est-à-dire la possibilité pour les élèves de formuler à voix haute ce qu'ils ont appris ou compris afin de favoriser leur métacognition, joue également un rôle central dans le déroulement de chaque séance. Chaque chapitre se termine ainsi par une séance entièrement dédiée à l'objectivation. Enfin, la méthode de résolution de problèmes encourage un usage dynamique de la parole en classe, ritualisant les stratégies multiples et les argumentations contradictoires entre les élèves. Par son processus de conception même, on peut dire que la méthode de Singapour s'approche de la méthodologie de Barack Rosenshine : chaque séance, du CP à la 6e, est planifiée, corrigée, améliorée en fonction de son efficacité sur le terrain.

Peu de sujets traités mais des sujets traités en profondeur[modifier | modifier le code]

La méthode se focalise volontairement sur le sens des opérations (en anglais : Why Before How) sans insister sur les procédures de calcul. Ainsi, l'addition va être abordée pendant plus de trois semaines au début du CP sur les nombres de 0 à 10, en présentant ses deux significations (ajouter ou assembler) mais l'addition posée est à peine abordée ; de la même manière, les quatre opérations sont enseignées dès le CP à l'aide de représentations multiples et sous toutes leurs significations, mais sans que soient étudiés les algorithmes de calcul. Cette progression, très lente au départ, permet de traiter les sujets en profondeur et donc, en fin de primaire d'aller notoirement plus loin que les exigences du programme officiel : ainsi, en particulier, les calculs sur les fractions et les problèmes abordés au CM1 et CM2 sont d'un niveau de collège. Une différence notable avec le programme français : le cercle n'est abordé qu'en 6e, et le compas n'est pas utilisé du tout au primaire. Inversement, le rapporteur est introduit au CE2.

Quelques conseils pour les enseignants débutant avec cette méthode[modifier | modifier le code]

Il est nécessaire de ne pas négliger l'étape de la manipulation car en effet c'est grâce à celle-ci que les élèves perçoivent mieux et comprennent mieux les informations et le travail demandé. Cependant il faut veiller à ce qu'elle ne soit pas trop longue car les enfants pourraient perdre de vue l'objectif et se disperser. Cela permet aussi de garder l'attention de ces derniers. Bien souvent, ils ont tendance à décrocher lorsque le travail demandé n'est pas assez ludique.

Le professeur doit laisser ses élèves se débrouiller seuls mais avant, il a tout de même un rôle très important comme étant un guide. En effet, avant toute chose, il doit montrer plusieurs exemples pour la formulation pour que les enfants assimilent bien le système et puissent le faire à leur tour.

France - Éducation Nationale[modifier | modifier le code]

Elle est éditée en France par La Librairie des Écoles [3],[4], qui l'a introduite en 2008 sous le nom « Méthode de Singapour » [2]. Depuis 2015, une nouvelle édition dirigée par Monica Neagoy[5] est à la fois adaptée des nouvelles éditions de Singapour et aux programmes de l'Éducation Nationale publiés en novembre 2015.

Le rapport sur l'enseignement des mathématiques en France[6] remis au ministre de l'Éducation nationale le lundi 12 février 2018 formule des propositions concrètes en s'inspirant des pratiques les plus concluantes et à la lumière des études internationales, notamment la méthode de Singapour.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Michel Jamet, Guide pédagogique, méthode de Singapour, Paris, La librairie des Écoles, , 274 p. (ISBN 978-2-916788-24-1, lire en ligne).
  2. a b c et d LaLibrairiedesEcoles, « La méthode de Singapour présentée par Monica Neagoy et Jean Nemo », (consulté le 11 juin 2018).
  3. Name, « Accueil - La Librairie des Ecoles », sur La Librairie des Ecoles (consulté le 11 juin 2018)
  4. « LaLibrairiedesEcoles », sur YouTube (consulté le 11 juin 2018)
  5. (fr+en)Site de Monica Neagoy.
  6. Cédric Villani, député de l'Essonne, et Charles Torossian, inspecteur général de l'éducation nationale, « 21 mesures pour l'enseignement des mathématiques », Ministère de l'Éducation nationale,‎ (lire en ligne, consulté le 11 juin 2018)