Jean-Eugène Robert-Houdin

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Jean-Eugène Robert-Houdin
Roberthoudin.jpg

Jean-Eugène Robert-Houdin.

Biographie
Naissance
Décès
Nom dans la langue maternelle
Jean-Eugène Robert-HoudinVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Jean-Eugène RobertVoir et modifier les données sur Wikidata
Surnom
Le père de la magie moderneVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités

Jean-Eugène Robert-Houdin, né à Blois le et mort à Saint-Gervais-la-Forêt le [1], est le plus célèbre illusionniste français du XIXe siècle et fondateur du Théâtre Robert-Houdin inauguré 11, rue de Valois à Paris en 1845 et transféré 8, boulevard des Italiens en 1854. Surnommé le « père de la magie moderne », Jean-Eugène Robert-Houdin est considéré comme l'un des plus grands illusionnistes et prestidigitateurs de tous les temps, à l'origine de presque tous les « grands trucs » de la magie actuelle, c'était aussi un grand constructeur d'automates.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est né Jean-Eugène Robert à Blois dans la maison familiale au 4, rue Porte-Chartraine (maison qui deviendra en 1848 la première boutique de chocolaterie d'Auguste Poulain)[2]. Le jeune Jean-Eugène Robert se passionne très tôt pour la mécanique en voyant son père Prosper Robert, horloger très estimé, travailler dans son atelier. Son père le destine au droit et le fait poursuivre des études de lettres en internat au collège d’Orléans de 1816 à 1823. Jean-Eugène devient clerc de notaire chez maître Roger près de Blois, mais, passionné de mécanique, il abandonne le notariat[3]. En septembre 1825, son père, retiré des affaires, le met en apprentissage d'horloger chez un cousin à Blois et peut satisfaire sa passion pour la mécanique et l'horlogerie[4]. Il est ouvrier horloger en 1828 et débute son tour de France en travaillant chez l'horloger Noriet, à Tours. C'est durant ce périple qu'il rencontre Torrini, un mystérieux saltimbanque qui lui aurait sauvé la vie et appris l'art de l'escamotage, cet épisode, relaté dans ses mémoires romancés, étant probablement une affabulation[5].

Il tombe mystérieusement malade, si bien que son tour de France ne dure que six mois. Il s'installe alors à Paris[6]. En 1830, il devient commissionnaire en horlogerie chez son futur beau-père, Jacques Houdin, horloger blésois fixé à Paris, mais suit attentivement les séances des prestidigitateurs de l'époque. Le 8 juillet 1830, il épouse Cécile Églantine Houdin[7]. Il se fait appeler J.-E. Robert-Houdin, pour se démarquer des nombreux homonymes qui exercent le métier d’horloger, si bien qu'à la mort de sa femme en 1843, il fait une demande de changement de nom pour s'appeler officiellement Jean-Eugène Robert-Houdin.

À Paris, il se perfectionne dans le domaine de l'horlogerie, l'électricité et la construction d'automates. Il dépose plusieurs brevets d'inventions, dont son premier brevet en 1837 : un « réveil briquet ». Il crée notamment des pendules mystérieuses dont le mécanisme est invisible, et enfin ses propres automates. Il répare entre autres le « Componium », ancêtre des robots musicaux. Ce travail lui apporte une notoriété certaine et, devenu horloger reconnu, il travaille pour la Maison Destouche. Son « écrivain dessinateur », clou de l'Exposition nationale de 1844, est acheté par le célèbre Barnum et lui ouvre les portes du marchand Alphonse Giroux, pour qui il fabrique différents automates.

Il découvre l'illusionnisme dans le recueil d'un bonimenteur dénonçant le charlatanisme, le docteur Carlosbach[8], la science de l'escamotage, ancêtre de la prestidigitation. Le 22 août 1844, il se remarie à Françoise-Marguerite-Olympe Braconnier pour donner une mère à ses deux enfants en bas âge. Il entame dès lors sa carrière de prestidigitateur[9].

Le no 11 de la rue de Valois en 2012.
Plaque commémorative, 11 rue de Valois à Paris, où avaient lieu les « Soirées fantastiques » de Robert-Houdin.

Un collectionneur, le comte de L'Escalopier, devenu son ami, lui avance la somme nécessaire pour ouvrir le Théâtre des soirées fantastiques, un théâtre de magie à Paris. Le 3 juillet 1845 a lieu la première séance publique des « Soirées fantastiques de Robert-Houdin », 11 rue de Valois, au Palais-Royal. C'est le succès immédiat. Il y présente des automates magiques[10] tels que L'Oranger merveilleux ou Le Pâtissier du Palais-Royal ; au cours des mois suivant il ajoutera Le Voltigeur au trapèze, ainsi que des expériences nouvelles comme La Bouteille inépuisable et La Suspension éthéréenne dont la conception et l'exécution envoient aux oubliettes le répertoire désormais désuet de ses prédécesseurs.

Robert-Houdin retourne vivre à Saint-Gervais-la-Forêt près de Blois, dans une propriété, « Le Prieuré », dont il truque le jardin grâce à des commandes électromécaniques et des appareils qu'il a inventés pour surprendre ses visiteurs.

Parallèlement, il publie ses mémoires et révèle ses procédés. Il publie aussi des articles pour La Grande Encyclopédie Larousse.

Éprouvé par le décès de son fils le capitaine Eugène Robert-Houdin tué le 10 aout 1870 à la bataille de Reischoffen pendant la guerre de 1870, il s'éteint à Saint-Gervais-la-Forêt le 13 juin 1871. Il est enterré au cimetière de Blois, sous une tombe ne présentant a priori aucun escamotage magique. Le médaillon qui l'orne, signé Dantan[Lequel ?], était placé de son vivant sur la cheminée de sa salle à manger.

Le théâtre Robert-Houdin[modifier | modifier le code]

La salle du théâtre peut contenir 225 personnes. La scène fait 17 mètres de longueur sur 6 mètres de large et 4 mètres de haut. Robert‑Houdin y réalise de nombreuses transformations pour ses spectacles en installant des machines aussi efficaces qu'invisibles. C'est ainsi qu'il introduit l'électricité et l'électro-magnétisme dans l'art de la prestidigitation ; c'est grâce à des piles de Smee que le courant arrivait dans des anneaux fixés au plafond de la scène et de la salle. Chacun des meubles, guéridons, consoles de côtés ou table de milieu, permettaient des changes ou des charges invisibles aux regards des plus avertis, et un savant dispositif de tirages contrôlait, à distance, les célèbres automates et pièces mécaniques.

Bien que la scène ne surplombe les spectateurs que d'un mètre environ, ses trappes, ses aménagements particuliers et sa machinerie spécifique auraient fait l'orgueil des plus grands théâtres. Des communications subtiles entre la salle et la scène concourent à des transpositions apparemment instantanées de personnages, certains fauteuils et même l'orchestre, en l'occurrence un simple piano droit, deviennent, au cours d'une expérience, d'utiles auxiliaires pour le prestidigitateur en titre. Du sol au plafond, de la salle à la scène, tout dans ce théâtre était pensé et construit dans le seul but d'enchanter le public et de donner une apparence de simplicité et d'aisance dans l'exécution de prestiges particulièrement sophistiqués pendant lesquels, toutefois, l'art de la manipulation ne perd jamais ses droits. Dans ce théâtre magique, même les charmantes ouvreuses peuvent s'avérer à l'occasion, pour les sociétaires des Soirées fantastiques, de très habiles assistantes, aussi discrètes qu'insoupçonnables.

En cinq ans, Robert-Houdin fait fortune dans son théâtre du Palais Royal. Il forme un assistant Chocat, alias Hamilton, et lui laisse son théâtre en 1852. Hamilton épouse la sœur de sa seconde femme, Olympe Braconnier. Le bail de la salle du Palais-Royal arrivant à expiration, le théâtre est transféré en 1854 au 8, boulevard des Italiens[11].

Au départ de Robert-Houdin, Hamilton reprend son répertoire et présente ses propres créations parmi lesquelles Le Fameux Enfant soulevé par un cheveu.

Le 24 novembre 1863 Hamilton établit un bail avec le magicien Cléverman ; ce dernier revend à la société Petit & cie. Cette société est financée par un certain Hippolyte Plantet (1829-1882), artiste peintre.

En 1879 Émile Robert-Houdin, fils de Jean-Eugène Robert-Houdin devient le propriétaire du théâtre.

En 1888 sa veuve Léonie Munier vend l'établissement et son équipement à Georges Méliès, lui-même illusionniste, âgé de 27 ans. Il fonde l'Académie de prestidigitation en 1891 et le Syndicat des Illusionnistes en 1893. Georges Méliès suit ses traces en inventant des saynètes magiques telles que La Stroubaika persane, Le Décapité récalcitrant. Enfin, un certain Ehrich Weiss connaîtra une célébrité mondiale sous son nom de scène, Harry Houdini, pseudonyme qu'il a adopté en hommage à Robert-Houdin[12]. En écrivant Robert-Houdin unmasking, il ternira l'image de son mentor, entre autres par la publication de documents historiques falsifiés.

En 1889, le « magicien » Dicksonn ouvre un théâtre passage de l’Opéra pour faire concurrence à Méliès. Dans le même temps, Méliès part en tournée avec sa troupe dans le Nord de la France et en Belgique. Durant ce laps de temps, le théâtre sera loué à des Espagnols qui présenteront des corridas avec des taureaux en carton !

À son retour, Méliès dessine dans le journal La Griffe où il publie des caricatures. Au théâtre Robert-Houdin, c’est l’heure des grandes illusions : Le Nain jaune, Les Farces de la lune, Le Château de Mesmer, Le calife, Les Spectres et Le Manoir du diable.

En pleine vogue du spiritisme, Méliès décide de combattre les charlatans en montant un numéro qui reproduit les expériences des pseudo médiums.

En 1889, Harmington Charles Fauque[13] entre au théâtre.

En 1896, Méliès organise des séances de projection de vues animées. Pour cela, il réalise son premier film, Une partie de cartes. Mais son premier grand succès, c'est Escamotage d'une dame au théâtre Robert-Houdin, qui reprend un trucage, l’arrêt de caméra, procédé qu'avaient déjà employé en 1895 William Heise et Alfred Clark, pour décapiter Mary Stuart dans L'Exécution de Mary, reine des Écossais. Ce que les cinéastes américains avaient utilisé une seule fois, Georges Méliès va en faire une sorte de marque personnelle, faisant apparaître, disparaître, ou se transformer des personnages ou des objets.

En 1896, au théâtre Robert-Houdin, on joue Le Miracle du Brahmine. Arnould assure les représentations.

En 1901, Le théâtre est en partie détruit le 30 janvier 1901, à la suite d'un incendie qui se déclare chez Clément Maurice, un photographe logé à l'étage. En 1905, le théâtre fête les cent ans de son créateur. On y présente l’automate au trapèze. En 1910, le théâtre donne une grande soirée au bénéfice des inondés. En 1913, Georges Méliès est ruiné. Il tente de vendre les automates du théâtre Robert-Houdin. Henri Maurier est le dernier magicien du théâtre en 1917. Trois ans plus tard, le théâtre cesse définitivement ses activités. Il est finalement démoli en 1924.

Houdin et la science[modifier | modifier le code]

Robert-Houdin s'intéresse à tout ce qui touche aux sciences et dépose de nombreux brevets. On lui doit les appareils permettant de mesurer les « touches » des escrimeurs, le taximètre, des appareils électromécaniques de contrôle à distance, certains instruments d’ophtalmologie.

Mission en Algérie[modifier | modifier le code]

François-Édouard de Neveu, chef du bureau politique à Alger, adjoint du général Randon, le tire de sa semi-retraite pour aller faire une tournée dans la colonie algérienne entre octobre et novembre 1856. Il a pour mission de montrer aux Algériens que les marabouts ne possèdent pas plus que lui de pouvoir inspiré de Dieu et qu'ils ne sont que des usurpateurs, de faux prophètes. Fomenteurs de révoltes dans les villages kabyles contre le colonisateur, les marabouts inquiétaient beaucoup le gouvernement français. Robert-Houdin raconte :

« Il fut convenu que je serais rendu à Alger pour le 27 septembre (1856), jour où devaient commencer les grandes fêtes que la capitale de l'Algérie offre annuellement aux Arabes. Je dois dire aussi que ce qui influença beaucoup ma détermination, ce fut de savoir que la mission […] avait un caractère quasi politique. […] On n'ignore pas que le grand nombre des révoltes […] ont été suscitées par des intrigants qui se disent inspirés par le Prophète, et qui sont regardés par les Arabes comme des envoyés de Dieu sur la terre, pour les délivrer des […] roumi (chrétiens). Or, ces faux-prophètes, ces saints marabouts qui, en résumé, ne sont pas plus sorciers que moi, et qui le sont encore moins, parviennent cependant à enflammer le fanatisme de leurs coreligionnaires à l'aide de tours de passe-passe […][14]. »

Hommages[modifier | modifier le code]

Statue à Blois devant la Maison de la magie.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Confidences d'un prestidigitateur, une vie d'artiste, 2 vol., 1858 Texte en ligne sur Google Books : vol. 1 et vol. 2
  • Les Tricheries des Grecs dévoilées ; l'art de gagner à tous les jeux, 1861
  • Le Prieuré, organisations mystérieuses pour le confort et l'agrément d'une demeure (1867) Texte en ligne sur Gallica
  • Note sur de nouveaux instruments propres à l'observation des divers organes de l'œil ainsi qu'à la manifestation des images entoptiques (1867)
  • Confidences et révélations, 1868. Réédition : Slatkine, Genève, 1980 Texte en ligne sur Gallica
  • Comment on devient sorcier : les secrets de la prestidigitation et de la magie, 1871
  • Magie et physique amusante, 1877

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Le quatrième volume contient des fac-similés des souvenirs des Soirées fantastiques dont la reproduction de deux modèles d'éventails, un DVD et un folioscope créé pour l'occasion sur les bases d'une série de photographies prises en studio par Disdéri. Ce folioscope a été finalisé d'après une idée ébauchée par Jean-Guy Fechner, frère cadet de Christian Fechner et ancien du groupe Les Charlots. Les ouvrages ont été mis en scène par Roger Faluci.

Films[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. Jean-Eugène Robert-Houdin, Comment on devient sorcier. Une vie d'artiste. L'art de gagner à tous les jeux. Magie de physique amusante. Le prieuré, éditions Omnibus, 2006, préface.[1].
  2. « Nez au sol, suivre les clous pour découvrir la ville », sur lanouvellerepublique.fr,‎ .
  3. André Keime Robert-Houdin, Robert-Houdin : le magicien de la science, Champion-Slatkine, , p. 15
  4. Michel Seldow, Vie et secrets de Robert-Houdin, Fayard, , p. 39.
  5. Robert Tocquet, Les hommes phénomènes, Les Productions de Paris, , p. 85.
  6. Michel Seldow, Vie et secrets de Robert-Houdin, Fayard, , p. 57.
  7. Robert Tocquet, Les hommes phénomènes, Les Productions de Paris, , p. 86.
  8. Jean-Eugène Robert-Houdin, Comment on devient sorcier. Une vie d'artiste. L'art de gagner à tous les jeux. Magie de physique amusante. Le prieuré, éditions Omnibus, 2006, p. 20 et suiv.
  9. Jean Chavigny, Robert Houdin : rénovateur de la magie blanche, Impr. industrielle, , p. 59.
  10. Présentation des automates les plus célèbres de Robert-Houdin.
  11. Max Dif, Histoire illustrée de la prestidigitation, Maloine, , p. 197.
  12. Michel Seldow, Vie et secrets de Robert-Houdin, Fayard, p. 155.
  13. Harmington Charles Fauque, né à Cavaillon (Vaucluse), le 10 juillet 1860, décédé à Arbois (Jura) le 28 août 1947, enterré à Port-Lesney (Jura).
  14. Jean-Eugène Robert-Houdin, op. cit., p. 383 et suiv.
  15. Armelle Heliot, « Le Cercle des illusionnistes : «Théâtre, ouvre-toi !» », sur lefigaro.fr,‎ (consulté le 10 août 2016).

Articles connexes[modifier | modifier le code]